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La situation de la vie consacrée aujourd’hui

Essai d’un diagnostic

Thaddée Matura, o.f.m.

N°1998-1-2 Janvier 1998

| P. 114-117 |

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Avant toute réflexion de nature spirituelle et toute proposition « pastorale » regardant la vie religieuse aujourd’hui, s’impose un regard descriptif, analytique. Il faut établir un relevé statistique et géographique, tenter une sorte de sociologie de cette vie ; en faire un diagnostic. Autrement on risque de rester dans le théorique, sans prise sur la réalité telle qu’elle est.

État des lieux

Constat général « Crise démographique »

Les derniers documents officiels y font des allusions discrètes et rapides. Or, si l’on serre de près les statistiques globales dont on dispose, à vrai dire rarement, et qui paraissent approximatives, un fait s’impose : la diminution constante dans l’Église catholique du nombre de religieux et religieuses. Les données dont j’ai pu avoir connaissance, indiquent, depuis environ trente ans, une diminution de près d’un tiers pour les hommes (330 000 en 1968 : 240 000 en 1993), un peu moins pour les femmes. Il serait intéressant que chaque Institut dresse un tableau statistique comparatif de son personnel entre 1965-1997.

Cette crise affecte tous les Instituts existant depuis plus de cinquante ans. Font exception les communautés nouvelles nées ces dernières décennies, mais leur nombre ainsi que le chiffre de leurs membres, si abondant qu’il soit, ne fait pas le poids dans le vaste ensemble de la vie religieuse. D’autant que là aussi, si on assiste aux naissances, les morts-disparitions et sorties ne manquent pas.

Variation géographique

- Hémisphère Nord : Europe de l’Ouest, Amérique du Nord, Australie : la crise est très profonde. En certains pays, des Instituts ont connu une chute entre cinquante et septante pour cent. L’Europe de l’Est et des Balkans, font exception, mais un certain ralentissement se fait sentir, ces dernières années.

- Asie - Afrique : les vocations y sont en croissance, souvent importante, voire spectaculaire (Corée, Indonésie...), avec les problèmes d’encadrement et de formation que cela pose.

- Amérique latine : la croissance y est relative, affectée qu’elle est par la crise de persévérance.

Causes

À considérer l’ensemble de la vie religieuse, tout en tenant compte des distinctions ci-dessus, on est frappé par le vieillissement du personnel et par sa diminution numérique.

Le vieillissement apparaît d’abord du fait de la raréfaction des recrues plus jeunes, mais aussi du fait de l’allongement spectaculaire de la vie, particulièrement sensible dans les milieux religieux en raison sans doute de l’équilibre de la vie. La génération de soixante à quatre-vingts ans est souvent majoritaire, mais la mortalité normale la fait disparaître peu à peu.

Les disparitions ne sont pas remplacées : les rentrées ont baissé, elles aussi, spectaculairement. Pour beaucoup d’instituts elles sont à peu près inexistantes. À quoi il faut ajouter de nombreuses sorties : la vague de « 1968 », qui a touché surtout des membres définitivement engagés et les sorties, en soi normales, soit de novices, soit de profès temporaires. Il est à remarquer cependant que les sorties des profès temporaires sont beaucoup plus fréquentes que par le passé ; elles atteignent parfois jusqu’à la moitié de ceux qui s’engagent.

Diversité des situations

Si la crise paraît générale, elle touche différemment les divers Instituts.

  • Les maisons indépendantes : (moines et moniales) sont plus exposées et plus affectées, du fait de leur autonomie. Quand le nombre baisse considérablement et durablement elles sont menacées d’extinction, soit obligées à la fusion avec d’autres, ce qui n’est pas sans problèmes.
  • Les Instituts centralisés : la situation est différente selon qu’il s’agit d’instituts exclusivement locaux ou nationaux, ou d’instituts internationaux. Dans le premier cas, les apports extérieurs n’existent pas et si le recrutement ne reprend pas, le groupe est menacé d’une mort plus ou moins lente. Les Instituts internationaux, ceux surtout qui ont des implantations afro-asiatiques, même s’ils diminuent ou à la longue s’éteignent dans l’hémisphère nord, peuvent connaître ailleurs un « déplacement de vitalité ». Le cas échéant, ils peuvent aussi être renouvelés en Europe et en Amérique du Nord, par des apports venus d’ailleurs.
  • Les « communautés nouvelles » deux cas de figure sont à considérer :

Les premières, qu’il s’agisse d’instituts religieux ou séculiers, sont touchés par la même crise que les Instituts anciens.

Les plus récentes - Instituts religieux ou séculiers, associations de fidèles - ont un recrutement abondant si on le compare à la situation générale. Cela s’explique par leur jeunesse, par la grâce des origines, ainsi que, généralement, par leur internationalité. Elles aussi connaissent cependant le problème de la persévérance, et, comme les autres, seront soumises à l’épreuve de la durée d’ici dix ou vingt ans.

Attitudes à prendre

À l’égard du vieillissement. Il importe de distinguer ici deux catégories de vie consacrée :

  • celle dont le projet fondamental est un certain type d’existence chrétienne. (Le « monachisme » et tout ce qui de près ou de loin s’attache à ce type)
  • celle qui comporte comme élément essentiel un service pastoral, éducatif, caritatif...

Les conséquences du vieillissement et, à la longue, de l’éventuelle extinction du groupe, se pose différemment à chacune des catégories.

Le premier groupe, n’ayant ni œuvres, ni institutions à maintenir, doit tout simplement permettre à chacun de ses membres de vivre le mieux possible, dans la situation donnée, sa vocation fondamentale selon sa tradition propre.

Dans le second cas, lorsque l’Institut ne peut plus assurer la prise en charge des œuvres, institutions et engagements qui font partie de son projet de base, la situation est plus critique. Elle touche davantage les membres survivants et apparaît comme un échec, une mort à assumer...

Accueil des jeunes. Les jeunes viennent volontiers vers ce qui est ou apparaît neuf, vivant, dynamique et où il y a déjà d’autres jeunes. Il faut tenir compte de ce fait.

- Les communautés vieillissantes et qui n’ont que peu ou pas de jeunes, peuvent-elles encore en accueillir, surtout si ce ne sont que de rares unités qui se présentent ? Il faut se rappeler ce qui a été dit plus haut à propos des maisons indépendantes ou des Instituts trop régionaux : y accepter des unités pose le problème et pour les candidats et pour les Instituts eux-mêmes.

- S’il y a quand même quelques jeunes, il faut se garder de les mettre - par nécessité - au service des œuvres ou des membres anciens, quitte à les écraser ou les décourager. Peut-on cependant empêcher les courageux et les généreux ?

Les communautés à diffusion internationale, même si elles diminuent, voire disparaissent en tel lieu, offrent en raison du déplacement de vitalité » de plus grandes possibilités aux jeunes.

S’il faut éviter de placer un ou deux jeunes dans des communautés très âgées, il n’est pas non plus judicieux de les regrouper tous en une communauté de jeunes ; cela comporte un risque de rupture de tradition et peut créer des divisions.

Fraternité Franciscaine
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