Un périodique unique en langue française qui éclaire et accompagne des engagements toujours plus évangéliques dans toutes les formes de la vie consacrée.

« L’Esprit et l’Épouse disent : Viens ! » (Ap 22, 17)

Jean-Paul II

N°1998-1-2 Janvier 1998

| P. 8 -14 |

Vénérés Frères dans l’Épiscopat,

Chers Frères et Sœurs du monde entier !

Le chemin de préparation au grand Jubilé de l’An 2000 place cette année la Journée mondiale de prière pour les Vocations sous la “nuée lumineuse” de l’Esprit Saint, qui agit perpétuellement dans l’Église en l’enrichissant des ministères et des charismes dont elle a besoin pour mener à bonne fin sa mission.

1. “Jésus fut emmené au désert par l’Esprit...” (Mt 4, 1)

Toute la vie de Jésus se déroule sous l’influence de l’Esprit Saint. Au commencement, c’est Lui qui couvre de son ombre la Vierge Marie dans le mystère ineffable de l’Incarnation ; au Jourdain, c’est encore Lui qui rend témoignage au Fils bien-aimé du Père et le conduit au désert. À la Synagogue de Nazareth, Jésus lui-même atteste : “L’Esprit du Seigneur est sur moi” (Lc 4, 18). Ce même Esprit, il le promet aux disciples comme garantie perpétuelle de sa présence parmi eux. Sur la Croix, il le remet au Père (cfr Jn 19, 30), scellant ainsi à l’aube de Pâques la Nouvelle Alliance. Au jour de la Pentecôte, enfin, il le répand sur la communauté primitive pour la consolider dans la foi et la lancer sur les routes du monde.

Depuis lors l’Église, Corps mystique du Christ, parcourt les sentiers du temps poussé par le souffle de ce même Esprit, illuminant l’histoire du feu ardent de la parole de Dieu, purifiant le cœur et la vie des hommes aux fleuves d’eau vive qui jaillissent de son sein (cf. Jn 7, 37-39).

Ainsi se réalise sa vocation d’être “un peuple réuni par l’unité du Père, du Fils et du Saint-Esprit” (St Cyprien, De Dominica Oratione, 23 ; CCL 3/A, 105), un peuple de “dépositaires du mystère de l’Esprit Saint qui consacre pour la mission ceux et celles que le Père appelle par son Fils, Jésus Christ” (Pastores dabo vobis, 35).

2. “Vous êtes une lettre du Christ... écrite avec l’Esprit du Dieu vivant... sur des tables de chair, sur les cœurs” (2 Co 3, 3)

Dans l’Église tout chrétien commence à vivre par le Baptême sous “la loi de l’Esprit qui donne vie dans le Christ Jésus” (Rm 8, 2) et, sous la conduite de l’Esprit entre en dialogue avec Dieu et avec les frères et connaît l’extraordinaire grandeur de la vocation personnelle.

La célébration de cette Journée est une occasion favorable pour annoncer que l’Esprit Saint de Dieu écrit dans la vie et dans le cœur de chaque baptisé un projet d’amour et de grâce, qui seul peut donner un sens plénier à l’existence, en ouvrant la voie à la liberté des fils de Dieu et en donnant la capacité d’offrir un apport véritablement personnel et irremplaçable au progrès de l’humanité sur le chemin de la justice et de la vérité. L’Esprit non seulement aide à se mettre avec sincérité devant les grandes questions de son propre cœur - d’où je viens, où je vais, qui suis-je, quel est le but de la vie, comment occuper mon temps – mais ouvre la route à des réponses courageuses. La découverte que chaque homme et chaque femme a sa place dans le cœur de Dieu et dans l’histoire de l’humanité constitue le point de départ d’une nouvelle culture vocationnelle.

3. “L’Esprit et l’Épouse disent : Viens !” (Ap 22, 17)

Ces paroles de l’Apocalypse nous portent à considérer la fécondité de la relation entre l’Esprit Saint et l’Église d’où surgissent les diverses vocations, et à faire mémoire de cette “Pentecôte” où chaque communauté chrétienne est engendrée dans l’unité, façonnée au feu de l’Esprit dans la multiplicité des dons et envoyée pour porter la Bonne Nouvelle à tout cœur qui l’attend.

S’il est vrai en effet que l’appel a toujours sa source en Dieu, il est également vrai que le dialogue de la vocation se réalise dans l’Église et par l’Église. La force de l’Esprit qui a poussé Pierre à aller dans la Maison du centurion Corneille pour y porter le salut (Ac 10, 19) et qui a dit : “Mettez-moi donc à part Barnabé et Saul en vue de l’œuvre à laquelle je les ai appelés” (Ac 13, 2), ne s’est pas épuisée. L’Évangile continue à se répandre “non seulement par le moyen de la parole, mais aussi en puissance, dans l’action de l’Esprit Saint” (1 Th 1, 5).

L’Esprit Saint et l’Église, son Épouse mystique, répètent encore aux hommes et aux femmes de notre temps : “Viens !”

Viens à la rencontre du Verbe incarné, qui veut te rendre participant de sa propre vie !

Viens et accueille l’appel de Dieu, sans hésitation ni retard. Viens et découvre l’histoire d’amour que Dieu a tissée avec l’humanité : Il veut la réaliser aussi avec toi !

Viens et savoure la joie du pardon reçu et donné. Le mur de séparation qui existait entre Dieu et l’homme et entre les humains eux-mêmes a été abattu. Les fautes sont pardonnées, le banquet de la vie est apprêté pour tous.

Bienheureux ceux qui, attirés par la force de la Parole et modelés par les Sacrements, répondent généreusement. Ils se mettent sur la route de la totale et radicale appartenance à Dieu, forts de l’espérance qui ne déçoit pas “parce que l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné” (Rm 5, 5).

4. “Il y a diversité de dons spirituels, mais c’est le même Esprit” (1 Co 12, 4)

À la vie nouvelle, qui jaillit du Baptême et se développe par la Parole et les Sacrements, s’alimentent les charismes, les ministères et les diverses formes de vie consacrée. Il devient possible d’engendrer dans l’Esprit Saint de nouvelles vocations quand la communauté chrétienne vit dans une attitude de pleine fidélité à son Seigneur. Cela suppose un climat de foi et de prière intense, un témoignage généreux de communion et d’estime à l’égard des dons multiformes de l’Esprit, une passion missionnaire qui surmonte les facilités et les illusions de l’égoïsme et pousse au don total de soi pour le Règne de Dieu.

Chaque Église particulière est appelée à soutenir le développement des dons et des charismes que le Seigneur suscite dans le cœur des fidèles. Notre attention, en cette Journée, se porte plus particulièrement sur les vocations au sacerdoce et à la vie consacrée, en raison du rôle fondamental quelles revêtent dans la vie de l’Église et dans l’accomplissement de la mission.

Jésus, en s’offrant lui-même au Père sur la croix, a fait de tous ses disciples “un royaume de prêtres et une nation sainte” (Ex 19, 6) et les a constitués comme “un édifice spirituel”, “un sacerdoce saint, en vue d’offrir des sacrifices spirituels agréables à Dieu” (1 P 2, 5). Au service de ce sacerdoce universel de la Nouvelle Alliance, il a appelé les Douze “pour être avec lui et pour les envoyer prêcher, avec le pouvoir de chasser les démons” (Mc 3, 14-15). Aujourd’hui le Christ continue son œuvre de salut par le moyen des évêques et des prêtres, qui “sont dans l’Église et pour l’Église une représentation sacramentelle de Jésus Christ, Tête et Pasteur, qui en proclament authentiquement la parole et en répètent les gestes de pardon et d’offre du salut” (Pastores dabo vobis, 15).

Comment aussi ne pas faire mémoire, avec reconnaissance envers l’Esprit, de l’abondance des formes historiques de vie consacrée, suscitées par Lui et toujours présentes dans le tissu ecclésial ? Ces formes ont l’aspect d’une plante aux multiples rameaux, qui plonge ses racines dans l’Évangile et produit des fruits abondants à tous les âges de l’Église (Vita consecrata, 5). La vie consacrée se situe dans le cœur même de l’Église comme un élément décisif pour sa mission, étant donné qu’elle exprime la nature intime de la vocation chrétienne et la tension de l’Église-Épouse tout entière vers l’union avec l’unique Époux.

De telles vocations, nécessaires en tout temps, le sont plus encore aujourd’hui dans un monde marqué par de grandes contradictions et pris par la tentation d’exclure Dieu des choix fondamentaux de la vie. Viennent à l’esprit les paroles évangéliques : “La moisson est abondante, mais les ouvriers peu nombreux : priez donc le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson” (Mt 9, 37-38 ; cf. Lc 10, 2). L’Église accueille chaque jour ce commandement du Seigneur et dans une espérance confiante adresse ses invocations au “Maître de la moisson”, en reconnaissant que lui seul peut appeler et envoyer ses ouvriers.

Mon souhait est que la célébration annuelle de la Journée Mondiale de la Prière pour les Vocations suscite au cœur des fidèles une prière plus intense pour obtenir de nouvelles vocations au sacerdoce et à la vie consacrée et réveille la responsabilité de tous, spécialement des parents et des éducateurs de la foi, dans le service des vocations.

5. “Rendez compte de l’espérance qui est en vous” (cf. 1 P 3, 15)

Je vous invite, vous tout d’abord, chers Évêques, et avec vous les prêtres, les diacres et les membres des Instituts de vie consacrée, à rendre témoignage de manière infatigable de la plénitude spirituelle et humaine qui pousse chacun de vous à se faire “tout à tous”, afin que l’amour du Christ puisse atteindre le plus grand nombre possible de personnes.

Établissez des relations appropriées avec toutes les composantes de la société ; valorisez les vocations ministérielles et charismatiques que l’Esprit suscite dans vos communautés, en favorisant entre elles la complémentarité et la collaboration ; apportez votre contribution à la croissance de chacun vers la plénitude de la maturité chrétienne. Qu’en vous regardant, de joyeux serviteurs de l’Évangile, garçons et filles, éprouvent la fascination d’une existence entièrement consacrée au Christ dans le ministère ordonné ou dans le choix radical de la vie consacrée.

Vous, les époux chrétiens, soyez prompts à rendre compte de la réalité profonde de votre vocation matrimoniale : la bonne entente au foyer, l’esprit de foi et de prière, la pratique des vertus chrétiennes, l’ouverture aux autres, aux pauvres surtout, la participation à la vie ecclésiale, la force sereine pour affronter les difficultés de la vie constituent le terrain favorable à la maturation de vocations chez les enfants. En tant “qu’église domestique” la famille, soutenue par la grâce sacramentelle du mariage, est l’école permanente de la civilisation de l’amour, où il est possible d’apprendre que la plénitude de la vie ne surgit que du don de soi libre et sincère.

Et vous, enseignants, catéchistes, animateurs pastoraux et tous les autres qui exercez des charges éducatives, considérez-vous comme les coopérateurs de l’Esprit dans votre important et laborieux service. Aidez les jeunes à se libérer, de cœur et d’esprit, de tout ce qui fait obstacle à la marche ; incitez-les à donner le meilleur d’eux-mêmes dans un élan constant de croissance humaine et chrétienne ; formez en eux à la lumière et à la force de la parole évangélique les sentiments les plus profonds, de telle sorte qu’ils puissent, s’ils sont appelés, réaliser leur vocation pour le bien de l’Église et du monde.

Cette année, le cheminement préparatoire au Jubilé de l’An 2000, en plaçant au centre l’Esprit Saint, nous invite à prêter une attention particulière au sacrement de confirmation. C’est pour cela que je désire maintenant réserver une parole spécifique pour ceux qui en cette période recevront ce sacrement. Très chers amis, l’évêque, en se tournant vers vous au cours du rite de la confirmation, dit : “L’Esprit Saint qui maintenant va vous être donné, comme sceau spirituel, complétera en vous la ressemblance avec le Christ et vous unira plus fortement à l’Église comme membre vivant.” Commence donc pour vous un temps privilégié, durant lequel vous êtes invités à vous interroger et à interroger la communauté chrétienne dont vous êtes devenus les membres vivants, sur le sens plénier que vous devez donner à votre existence. C’est un temps de discernement et de choix vocationnel. Écoutez l’invitation de Jésus : “Venez et vous verrez.” Rendez dans la communauté ecclésiale votre témoignage au Christ, selon le projet tout à fait personnel et unique que Dieu a sur vous. Laissez l’Esprit Saint, répandu dans vos cours, vous guider vers la vérité et faire de vous les témoins de la liberté authentique et de l’amour. Ne vous laissez pas assujettir par le mythe facile et trompeur de l’éphémère succès humain et de la richesse. Au contraire, n’ayez pas peur de parcourir le chemin exigeant de la charité courageuse et de l’engagement généreux. Apprenez “à rendre compte de l’espérance qui est en vous” devant tous (1 P 3, 15).

6. “L’Esprit vient en aide à notre faiblesse” (Rm 8, 26)

La Journée Mondiale pour les Vocations se qualifie avant tout par la prière pour les vocations au sacerdoce et à la vie consacrée, expression culminante d’un climat de prière habituel, dont la communauté chrétienne ne peut se dispenser. Nous voulons cette année nous tourner avec confiance vers l’Esprit Saint, afin qu’il obtienne à l’Église d’aujourd’hui et de demain le don de nombreuses et saintes vocations :

Esprit d’Amour éternel,
qui procèdes du Père et du Fils,
nous Te remercions pour toutes les vocations
d’apôtres et de saints qui ont fécondé l’Église.
Continue encore ton œuvre, nous t’en prions.
Souviens-toi de ce moment, à la Pentecôte,
où tu descendis sur les Apôtres réunis en prière
avec Marie, la mère de Jésus,
et regarde ton Église qui a aujourd’hui
un besoin particulier de prêtres saints,
de témoins fidèles et autorisés de ta grâce ;
qui a besoin d’hommes et de femmes consacrés,
qui rayonnent la joie de celui qui vit seulement pour le Père,
de celui qui fait sienne la mission et l’offrande du Christ,
de celui qui construit dans la charité le monde nouveau.
Esprit Saint, Source éternelle de joie et de paix,
c’est toi qui ouvres le cœur et l’esprit à l’appel divin ;
c’est toi qui rends efficace tout élan
vers le bien, vers la vérité, vers la charité.
Tes gémissements inexprimables
s’élèvent vers le Père du cœur de l’Église,
qui souffre et lutte pour l’Évangile.
Ouvre le cœur et l’esprit des jeunes gens et jeunes filles,
pour qu’une nouvelle floraison de saintes vocations
montre la fidélité de ton amour,
et que tous puissent connaître le Christ,
vraie lumière venue dans le monde
pour offrir à chaque être humain
l’espérance assurée de la vie éternelle. Amen.

J’adresse à tous très affectueusement une spéciale Bénédiction Apostolique.

De Castel Gandolfo, le 24 septembre 1997

Mots-clés

Dans le même numéro