Un périodique unique en langue française qui éclaire et accompagne des engagements toujours plus évangéliques dans toutes les formes de la vie consacrée.

État de la vie religieuse au Québec et au Canada

Yvette Côté, o.s.u.

N°1998-1-2 Janvier 1998

| P. 50 -53 |

Après avoir situé et bien défini le charisme et la spiritualité des différentes communautés, les Sœurs se sont nourries plus de la spiritualité de leur Institut que de leurs œuvres. À cet effet, l’exhortation apostolique Vita consecrata est venue confirmer des efforts pour aller à l’essentiel dans la vie consacrée. De plus, la plupart des communautés ont fait appel à des spécialistes pour travailler cette exhortation qu’on trouvait neuve par sa présentation du charisme et de la spiritualité et même de l’appel fondamental à partir du récit de la Transfiguration.

Bien entendu, nous souffrons un peu partout au Canada et au Québec d’un état de vieillissement autant dans les communautés masculines que féminines, et aussi bien dans les communautés contemplatives qu’actives.

Nous assistons à la fermeture canonique de quelques noviciats. Nous entendons souvent cette justification suivante devant la pénurie de novices : “Nous avons des novices en pays de mission”... et chez nous ! Les entrées sont souvent une ou deux par décennie.

La situation des jeunes

Les engagements provisoires dans la société ne génèrent en rien un engagement perpétuel et radical au service du Seigneur. Les jeunes d’aujourd’hui sont beaucoup attirés par un engagement missionnaire. Certains diocèses ont un programme de formation de trois ans. Puis les jeunes sont confiés à une communauté déjà présente en pays de mission. Cette formation est en lien avec la pastorale missionnaire diocésaine ou encore avec une communauté missionnaire. Nous avons également un autre organisme du nom de “Nord-Sud” pour des jeunes qui se rendent en pays de mission uniquement pour une œuvre humanitaire sans allégeance confessionnelle.

Causes de la diminution vocationnelle

La famille est éclatée ainsi que ses valeurs fondamentales traditionnelles de fidélité, de respect, de pratique religieuse, etc. Ces valeurs ont été remplacées par l’efficacité, la rentabilité, l’économie, etc. qui ont beaucoup chamboulé la stabilité existante et le désir d’un engagement. Le système capitaliste, avec son accent très fort sur une poursuite individuelle des valeurs de liberté, de bonheur, de qualité de vie, est entré en compétition avec le don total au Seigneur pour l’extension du Royaume. Le politique, le social et l’économique ont donc pris les devants sur l’humain et par voie de conséquence sur la vie religieuse. La force du “marché” pousse les jeunes et les moins jeunes à s’offrir comme une matière à sélectionner, à agir en vue d’une dignité reconnue, d’un bonheur d’être tout simplement heureux de vivre, de mordre la vie à belles dents.

C’est l’arrière-fond de cette désintégration sociale dans laquelle les jeunes ont à se tailler une place, et c’est vers eux que nous sommes envoyées. Comment un appel à la vie consacrée peut-il être perçu ? Comment une réponse à cet irrésistible “Viens, suis-moi” peut-elle être donnée ? À quel passage ces jeunes sont-ils confrontés ?

Aussi le contenu des conférences religieuses canadiennes des dernières années a donc porté plus sur le fait de se sensibiliser, avec d’autres organismes en place dans la société, pour se faire solidaire des grands problèmes comme la menace de la guerre nucléaire, la protection de l’environnement, et la défense des pauvres. Donc, trois grands problèmes à balayer de notre planète. Étude de la société, oui, mais en lien toujours avec les préoccupations de l’Église et en lien avec Vita Consecrata.

C’est dans ce monde, dans cette société que la vie consacrée vit et elle va de plus en plus à contre-courant... L’identité religieuse se définit donc par cette consécration pour et dans le monde d’aujourd’hui. Dieu, regardant notre monde, nous demande “de réparer ce monde avec lui”.

Comment concilier ce phénomène du “vieillissement” mentionné au tout début et la nécessité d’agir ? Malgré les âges, nous sommes toujours pour un Royaume à bâtir ; nous avons une semence “impérissable” à jeter dans cette terre. Comment annoncer une Bonne Nouvelle à un jeune de vingt ou vingt-cinq ans affamé de dignité humaine, avec des rêves enfouis et qui perd foi en son avenir et en celui d’une collectivité ? Comment accueillir des jeunes qui vivent ces difficiles questionnements et les insérer dans une communauté vieillissante ? La communauté, avec ses “sécurités”, peut-elle donner une réponse à une radicalité d’engagement ? Si jeunes il y a, ils et elles se sont groupés autour des lieux universitaires pour s’aider à vivre leur réalité. Mais, souvent, les religieuses plus expérimentées sont très bien accueillies dans ces groupes “d’âge”. De plus, les autorités sont soucieuses de convoquer ces jeunes pour cueillir leur questionnement et pour discerner ensemble la volonté de Dieu pour aujourd’hui.

La tâche n’est pas facile pour nos communautés. Tâche très bien identifiée dans tous les milieux qui est d’annoncer que Jésus a “pitié de cette foule” et qu’il continue d’appeler des disciples.

Toutefois, ma participation à une rencontre des Maîtresses de Formation (A.C.R.F.) a revitalisé mon espérance. Des femmes porteuses de pousses neuves ont voulu identifier des nouveautés et élaborer des projets neufs. Chaque communauté devra être soucieuse de porter un projet vocationnel, et non seulement confier cette préoccupation à une personne responsable. Non seulement la prière pour les vocations, mais de la part de chaque soeur, un engagement devra faire surgir chez les jeunes le goût de vivre et peut-être le goût d’aller plus loin dans un engagement de voies à créer. Donc, vraiment identifier des pousses nouvelles pour l’Église et la société.

Un autre facteur qui pourrait aider les jeunes, ce serait le fait d’être déchargés du lourd fardeau des institutions à maintenir. Autant dans les communautés d’hommes que de femmes, des laïcs préparés continuent l’œuvre des collèges avec “l’esprit des fondateurs et des fondatrices”.

Aussi beaucoup de femmes consacrées et en plus bien qualifiées, sont adjointes à l’évêque dans des postes de coordinatrices pastorales. Là également, de gros problèmes se posent pour laisser croître l’Église pour le monde de notre temps.

Nous vivons un phénomène de retraites anticipées dans le secteur public. Alors les personnes consacrées s’insèrent dans des lieux existants ou en créent de nouveaux pour la croissance personnelle des personnes et des groupes de tout genre.

Les communautés sont soucieuses de se sensibiliser et sensibiliser davantage les personnes avec qui elles veulent grandir. Malgré un vieillissement apparent, les personnes consacrées s’impliquent en Église avec les personnes de bonne volonté, dans une concertation pour lutter plus efficacement contre les structures déshumanisantes de notre société. Les jeunes sont pourtant sensibles à ces valeurs de dignité humaine ! Peut-être se sentent-ils trop seuls ou isolés dans leurs engagements !

Deux mots traduisent bien ce que les jeunes attendent de nous : transparence et cohérence. Transparence, oui par le témoignage de vies données. Les jeunes exigent un modèle de vie. Une personne essoufflée, fatiguée, qui n’en peut plus à la tâche qu’on maintient à tout prix, peut-elle transparaître d’une joie au service du Seigneur ? Cohérence encore dans le témoignage d’une vie donnée, oui, mais que le dire et le faire soient perceptibles. Sans cette visibilité congruente, la recherche d’authenticité chez les jeunes ne trouvera pas son écho dans un engagement radical.

Notre espérance est-elle assez active pour enrayer un défaitisme chez les jeunes ? Notre espérance est-elle assez contagieuse pour susciter la “lumière d’un oui” au Seigneur ? “Il n’y a rien d’impossible à Dieu”. À nous de continuer notre marche avec le souffle de l’Esprit et l’assurance que Dieu est avec nous.

Avec l’implication des consacrés(es) dans tous les domaines de la société, nous espérons que l’Esprit soufflera contre vents et marées et que les appels du Seigneur seront entendus. Car les jeunes que nous cotoyons, eux aussi cherchent et ont besoin d’être des témoins d’énergies nouvelles pour le Règne de Dieu.

140, rue Lavoie

Rimouski, QUE

CAN-G5L 5Y4, Canada

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