Un périodique unique en langue française qui éclaire et accompagne des engagements toujours plus évangéliques dans toutes les formes de la vie consacrée.

Accueillir des jeunes ?

L’expérience de l’Assomption en Belgique francophone

André Brombart

N°1998-1-2 Janvier 1998

| P. 46 -49 |

Au milieu des années 70, comme bien d’autres Instituts, la Province de Belgique Sud des Religieux de l’Assomption était frappée par la crise et par des départs nombreux, en particulier de jeunes religieux. Sur environ cent cinquante religieux, la quasi-totalité des jeunes de moins de quarante-cinq ans étaient sortis. Dans les années qui ont suivi, beaucoup “d’anciens” n’envisageaient plus comme plausible - voire même, pour certains, souhaitable - l’appel de jeunes à la vie religieuse assomptionniste dans notre pays.

C’est pourtant dans cette ambiance de découragement qu’un terrain vocationnel est apparu, dans un contexte qui n’avait pas du tout été programmé ni prévu.

Le point de départ s’est cristallisé autour d’un religieux d’une quarantaine d’années. Il vivait à Bruxelles dans une petite communauté de jeunes en fin de formation. Responsable d’un centre de documentation catéchétique, ce religieux s’intéressait à des articles et des publications faisant écho au développement du Renouveau charismatique aux États-Unis et à ses commencements sur le continent européen. Il rassembla une bibliographie sur le sujet et eut bientôt l’occasion de faire lui-même cette expérience de renouvellement spirituel dont des chrétiens de plus en plus nombreux, en particulier des catholiques, recevaient la grâce.

À l’époque, ce religieux animait un petit groupe biblique, rassemblant quelques personnes d’âge mûr. Sous son impulsion, le groupe s’ouvrit à la grâce du Renouveau et devint un groupe de prière.

Le groupe grandit, des jeunes arrivèrent. Parmi eux, plusieurs exprimaient un désir d’engagement. Ce fut le passage du groupe de prière à une communauté “d’alliance” et la naissance de la Communauté Maranatha.

Des “fraternités” de partage s’étaient mises en place, mais plusieurs jeunes exprimaient un appel à une vie évangélique plus radicale, en communauté de vie. Ainsi débutèrent, au sein de la Communauté Maranatha, une “fraternité” de jeunes filles et une autre composée du religieux responsable de la Communauté et de deux jeunes gens. Chacune sous son toit, ces fraternités mènent la vie commune et partagent la prière, mais il n’est pas encore question explicitement de vie consacrée.

En 1976, après avoir peu à peu découvert la vie religieuse assomptionniste à travers le religieux avec qui il vivait en fraternité et à travers d’autres religieux rencontrés ici et là, l’un des jeunes demanda à entrer à l’Assomption. Le Provincial de l’époque était tout à fait favorable au projet et demanda au Supérieur général l’ouverture d’un noviciat. Il avait d’ailleurs encouragé l’expérience dès son commencement, s’appuyant notamment sur un document relatif aux vocations élaboré par le Chapitre Général de 1975. On y lisait que, pour l’accueil de jeunes en recherche de vocation, il faudrait sans doute susciter des “communautés hors-institution”. C’est, estime-t-il, tout à fait le cas de la petite fraternité de vie au sein de la Communauté Maranatha. Mais la question n’est sans doute pas mûre, et le Conseil Général de l’époque écarte la demande.

Mais la vie continue. La petite fraternité de trois frères continue sa vie de prière et de partage, en symbiose avec la Communauté Maranatha. Fin 1978, la demande d’accueillir ce jeune dans l’Institut est à nouveau présentée et soumise au Conseil de Province. À l’unanimité, le Conseil demande l’ouverture d’un noviciat. Le Conseil Général accepte et, quelques mois plus tard, le noviciat peut commencer. À ses débuts, la Communauté du noviciat se compose du religieux responsable de la Communauté Maranatha – nommé maître des novices – du jeune devenu novice et du troisième jeune, qui postule à son tour la vie religieuse à l’Assomption. Pendant la durée du premier noviciat, et pour étoffer quelque peu la communauté, un religieux plus ancien vient chaque jour partager la vie de la fraternité, tandis que le Provincial y vient une journée par semaine.

Fin 1980, le novice prononce ses premiers vœux à l’Assomption. À ce jour, onze autres jeunes, après lui, sont entrés dans la vie religieuse à l’Assomption par cette “filière” de la Communauté Maranatha et sa fraternités de frères. Deux jeunes frères n’ont pas poursuivi à l’issue d’une première période de vœux temporaires. D’autre part, plusieurs autres jeunes ont cheminé un temps avec la Fraternité sans s’engager à l’Assomption [1].

Très vite, cette petite fraternité a perçu, et défendu, sa spécificité et sa relative autonomie par rapport aux autres maisons de la Province. Plusieurs dimensions importantes de ce qu’elle vivait ne se trouvaient pas, de facto, dans le vécu des autres maisons de la Province. Ainsi, par exemple, l’esprit du monachisme augustinien (pourtant si important aux yeux du fondateur de la Congrégation), ou la place prépondérante donnée à la prière, au partage et à la vie commune. Il fallut ainsi résister, à plusieurs reprises, à des pressions visant à disperser les jeunes, aussitôt formés, dans des communautés anciennes. Ce qui n’empêchait pas, cependant, que des relations et des contacts très fraternels s’établissent entre la jeune fraternité et des confrères plus anciens.

Très vite aussi, des engagements apostoliques de toutes sortes sont venus, et même, plus tard, des responsabilités dans la Congrégation (assistant provincial, économe provincial, etc.). Ainsi, s’il y a eu quelques incompréhensions, avec le temps, la plupart des religieux plus anciens ont reconnu la valeur de ce qui se vit dans la fraternité assomptionniste de la Communauté Maranatha et ont reconnu la conformité du projet avec le charisme de l’Institut.

De plus, même si cela n’a pas été évident dès le départ, il est bientôt devenu clair pour tous que, par respect pour leur vocation, et dans l’intérêt même de l’Institut, il ne convenait pas d’envoyer des jeunes religieux dans des communautés où ils n’auraient pas, de fait, trouvé un niveau suffisant de vie communautaire et de partage spirituel et où ils auraient eu à porter des situations moins compatibles avec les motifs pour lesquels ils étaient entrés dans la vie religieuse. Cela semble aujourd’hui acquis, et l’avenir de la Province est plutôt envisagé à partir de ce noyau de jeunes (moyenne d’âge actuelle : trente-neuf ans) et de leurs engagements apostoliques plutôt que dans le “replâtrage” d’œuvres en déclin.

À partir de cette expérience, et malgré son caractère limité, contingent et fragile, il est possible d’esquisser quelques convictions.

  • Même si, de l’avis de plusieurs, la Belgique est sensiblement plus “malade”, du point de vue de la vitalité religieuse, qu’un pays comme la France par exemple, des vocations à la vie consacrée existent. Ce qui manque sans doute le plus, ce sont des lieux propices à leur émergence et à leur développement. Des lieux où la foi et l’expérience chrétienne sont vécues et partagées. Des lieux où un tissu ecclésial fraternel donne un goût d’Évangile. À cet égard, des communautés - quelque soit leur “style” - où états de vie, âges, milieux sociaux, etc., se rencontrent et communient à la même table, offrent sans doute davantage de chance à l’éclosion de vocations à la vie consacrée.
  • Il est légitime d’assurer à des jeunes religieux un environnement communautaire qui les stimule dans leur don à Dieu et qui leur permette de vivre ce pour quoi ils ont choisi la vie religieuse. Une vie fraternelle intense et exigeante, comportant partage spirituel, mise en commun des engagements apostoliques, style de vie simple et transparent, n’a rien d’un “cocooning” communautaire et demande, au contraire, ascèse et abnégation.
  • Le dynamisme apostolique n’est pas freiné, mais au contraire stimulé par une vie communautaire réellement tendue vers Dieu. Dans la tradition augustinienne, la vie commune fait partie intégrante du kérygme et de sa prédication.

21, rue des Braves

B-1081 BRUXELLES, Belgique

[1Plusieurs vocations religieuses féminines sont également nées dans la Communauté Maranatha. C’est notamment le cas pour la fraternité de jeunes filles d’où est issue une communauté d’Orantes de l’Assomption.

Mots-clés

Dans le même numéro