Réparer pour transformer
Rencontre avec Patrick Goujon, jésuite
09/062025 Vies Consacrées
Un bref échange avec Patrick Goujon, autour de la thématique du colloque des 100 ans de Vies Consacrées : « Faut-il réparer la vie consacrée ? »
Infos
Captation, montage, habillage : Vies Consacrées
Musique : Allegro (Emit Fenn)
Réparer pour transformer
« Réparer la vie consacrée », j’avoue que j’ai bondi en voyant le titre !
Je me suis dit : Mais on ne répare rien ! Et puis, si c’est pour réparer, pour revenir à l’état antérieur parce qu’on a cassé la machine, ce n’est vraiment pas de ça dont il s’agit. Et puis, après, je me suis dit : Non mais, en fait, comme d’ailleurs pour les voitures de collection, quand on répare, on transforme. Parce qu’on ne revient jamais à l’état antérieur. Alors, réparer pour transformer : Oui. Non pas parce qu’il y aurait un problème à résoudre, mais simplement parce que la vie change, ne cesse de changer. Alors pourquoi la vie religieuse, et la vie consacrée, échapperaient-elles au changement ?
En suivant la grande tradition des colloques, prendre le temps de s’écouter
Les colloques, ou les conférences, dans la vie ecclésiale, me semblent absolument nécessaires aujourd’hui. C’est aussi une très longue tradition de la vie ecclésiale de se rassembler pour réfléchir ensemble. Et là, on touche à quelque chose de vital pour notre vie chrétienne – la vie consacrée, mais aussi la vie chrétienne en général –, qui est la nécessité de s’écouter, donc l’invitation à parler en vérité, et à aller au-delà des discours répétés, des évidences. Parce que chacun d’entre nous le constate dans la vie consacrée : entre les communautés qui disparaissent par vieillissement, les communautés qui ont subi de plein fouet la crise des abus (et qui ne la subit ?), les communautés qui se présentent encore comme triomphantes, mais que tous les autres regardent en disant : « oui, mais jusqu’à quand ? » ... il y a une fragilité de la vie chrétienne, de la vie consacrée, une mise à l’épreuve du fait du temps dans lequel nous vivons, qui rend nécessaire le temps passé ensemble pour s’écouter.
Et je crois que c’est aussi une autre des dimensions de ce colloque, cette dimension du temps. Prendre le temps. On peut toujours lire un article sur internet, on trouve facilement tout ce qu’on veut. Au fond, on pourrait même ne rien avoir de neuf en termes de contenu, l’occasion de rencontrer les personnes qui portent des points de vue différents, ça c’est absolument nécessaire.
Les formes de vie consacrée dans l’Église : ensemble et différents à la suite du Christ
Je crois aussi que la vie ecclésiale, la réflexion théologique en général, n’est jamais acquise ou derrière soi. On ne peut jamais se reposer comme si on avait fait le tour de la question. Enfin, ça serait un tel orgueil, au fond, que de croire que les solutions, on les a déjà ! Alors qu’on parle de l’amour de Dieu, qu’on parle de consacrer sa vie à Dieu... Mais qui peut prétendre avoir le dernier mot ? Qui peut prétendre avoir trouvé la forme qui convienne pour aujourd’hui ?
La tradition des formes de vie consacrée dans l’Église, dans sa multiplicité, témoigne justement de ce foisonnement. Au-delà des blagues (les fameuses relations entre dominicains et jésuites...), les bénédictins, les franciscains, toutes les familles religieuses beaucoup plus récentes, vraiment, elles ont toujours été faites pour vivre ensemble et non pas pour que l’une domine sur les autres.
Alors oui, faisons l’expérience, quasiment de la Pentecôte, de nous écouter, pour pouvoir recevoir ensemble la même parole de Dieu.