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ÉditorialAu commencement était le Verbe » (Jn 1,1), proclame l’évangile du matin de Noël. Comment le saurions-nous, si ce somptueux accomplissement du matin de la Genèse (« Au commencement, Dieu créa... », Gn 1,1) n’avait été compris, interprété, transmis, par une foule de témoins qui ont proclamé la Parole, bientôt consignée. Il a fallu la tradition orale, puis l’écriture – et tous ses supports manuscrits, imprimés, informatiques –, pour que nous advienne la nouvelle d’une lumière qui change aujourd’hui encore la face du monde. Une revue comme la nôtre veut continuer à l’attester, en multipliant pour ses lecteurs des réflexions qui s’inscrivent dans ce sillon lumineux de vie et de vérité ou, si l’on veut, d’expérience et de doctrine.
On sait que la vie consacrée, longtemps regardée comme la proue du grand vaisseau ecclésial, fendant les eaux, se retrouve aujourd’hui comme à la poupe, prise dans des vents contraires. Il nous a semblé nécessaire d’affronter l’une des difficultés qui semblent à la racine des systèmes d’emprise ou d’oppression très bien documentés aujourd’hui : la question du charisme. Pour la reprendre à frais nouveaux, nous lui avons consacré, avec les membres de notre Conseil annuel de rédaction, une journée d’études intitulée : « Charisme et vie consacrée, une question à enterrer ? ». Plusieurs contributions, dans ce numéro et le suivant, y font directement écho, dans le cadre de la rubrique Kairos : ainsi le texte synthétique proposé par Moïsa Leleu, f.m.j., membre de notre Comité de rédaction, qui trace les contours du travail proprement théologique qui s’offre à nous ; ou la contribution d’Anne-Claire Noël, f.m.j., qui observe, depuis l’Allemagne où elle vit, la manière dont les mouvements ecclésiaux y appréhendent cette question. En contre-chant (à moins que ce ne soit en contre-champ) de ces deux articles, Marie-Vladimir Gaudrat, o.cist., abbé de Lérins, s’interroge sur la « nécessité des fondateurs » : quand on vit dans un lieu qui a changé trois fois d’obédience, dans une permanence de fond certaine, bien des questions se déplacent.
Bien que moins directement connecté à cette problématique du charisme, le reste du numéro lui apporte des éclairages complémentaires. À travers la Rencontre avec Stefano Conotter, o.c.d, prieur du couvent de Bruxelles, par exemple, ou l’Orientation offerte par l’abbé Benoît Lobet, qui voit dans un passage des Confessions d’Augustin un souci relevant de l’« éco-spiritualité ». Quant à Madeleine Delbrêl, telle que la présente, Sur un autre ton, Raphaël Buyse, prêtre lillois et président d’une Fraternité qui cherche à vivre dans le sillage de la future bienheureuse, ne témoigne-t-elle pas d’une existence « a-charismatique », où la vie consacrée contemporaine pourrait trouver à se ressourcer ?
Mais le Kairos ecclésial reste sans aucun doute celui de la préparation de l’assemblée synodale de 2024 ; sur fond des travaux de celle de 2023, Alphonse Borras, théologien belge qui s’y est trouvé impliqué, fait le point, notamment en mode prospectif. Nous vous souhaitons de bonnes lectures et de vraies réflexions, fécondes pour notre vie en Église !