Éclairer et accompagner des engagements toujours plus évangéliques
dans toutes les formes de la vie consacrée

Thierry Monfils, s.j.

Noëlle Hausman, s.c.m.

N°2022-3 Juillet 2022

| P. 3-14 |

Rencontre

Juriste, volontaire ATD-Quart-Monde, accompagnateur au Service de la pastorale des jeunes, présent à La Viale-Europe, chargé des prières quotidiennes sur le site Click to pray... un jésuite « polymorphe » nous emmène en voyage.

La rencontre est accompagnée d’une vidéo, que vous pouvez découvrir ici.

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Vs Cs • Père Thierry Monfils, vous naviguez entre la France, la Belgique, le Grand-Duché de Luxembourg : est-ce dans cette variété qu’on est jésuite aujourd’hui ?

Thierry Monfils • Oui, la mission jésuite m’a « sorti » de ma Belgique natale et m’a permis de me laisser marquer par des façons de faire vécues ailleurs. Sans qu’il faille nécessairement parler d’identités plurielles, car je reste belge, mes racines sont ici. Mais j’ai beaucoup appris dans le mouvement ATD Quart-Monde, depuis la France jusqu’au Grand-Duché de Luxembourg. Le Père Joseph Wresinski a marqué ma vie de jeune et dynamise ma vie de prêtre. Récemment par exemple, nous avions un week-end de prière avec des personnes en précarité au monastère bénédictin de Wavreumont en Belgique ; à un moment donné, nous réfléchissions à l’importance de la messe dominicale – « Oui, c’est bien, disait une dame, mais je ne suis pas vraiment à l’aise dans une église le dimanche, comment pourrais-je y aller ? Je ne suis pas chez moi, là ; je n’y vais pas. Sauf l’aumônier du Pèlerinage à Lourdes, lui je le connais, alors quand lui dit la messe, j’y vais ». C’est caractéristique de la foi des pauvres : elle est communautaire, elle a besoin de médiations, elle est dans la rencontre ; n’est-ce pas l’essentiel ?

Vs Cs • Vous avez aussi appartenu à la communauté La Viale Europe ; qu’est-ce à dire ?

Thierry Monfils • C’est une très belle création, une communauté de vie et d’accueil dans le contexte européen de Bruxelles, vivant de paix, de silence, de prière et de travail. Il a fallu le rebond spirituel de Pierre van Stappen, s.j., après sa dépression ; il a fallu le génie stratégique de Guy Martinot, s.j., pour saisir la balle au bond quand un partenariat s’est avéré possible avec les Pères du Saint-Sacrement ; et jusqu’au « Béguinage Viaduc [1] ». J’ai beaucoup appris là, en matière de souplesse et d’improvisation, autour d’un bon canevas. Pour aider les jeunes à vivre un temps, dans l’élan d’une générosité sans remords, apprenant aussi à quitter un lieu où nous passons, en allant parfois de la nostalgie à l’espérance.

Vs Cs • Il y a aussi le Réseau Mondial de Prière du Pape.

Thierry Monfils • Oui, je travaille dans la rédaction des prières en français de « Click To Pray », la plateforme officielle de prière du Pape François (clicktopray.org). Les intentions de prière du Pape restent fidèles à la tradition d’une intention par mois annoncée un an à l’avance ; mais bien sûr le Pape François utilise les outils numériques pour faire connaître ses intentions et pour en introduire d’autres dans le feu de l’action. Le langage du Pape dans sa vidéo mensuelle est vraiment innovant : « Je partage avec vous, avec Jésus, mon intention de ce mois... » Le Pape est là comme au coin du feu, avec nous à table, et ensemble nous sommes autour de Jésus bien sûr. J’ai découvert cette recréation de l’Apostolat de la Prière en Réseau Mondial de Prière du Pape et je me sens là dans une belle dynamique d’Église où se vit un esprit d’« Église famille ». Notamment dans « le Chemin du cœur », qui est le fondement de notre mission, l’itinéraire de formation du cœur humain à l’école du Cœur de Jésus, dans une dynamique missionnaire : Jésus lui-même est en mission ; du haut du ciel, la Sainte Trinité a bien vu le monde et sa détresse, aussi le Père a-t-Il envoyé le Fils pour nous sauver. Jésus nous apporte le salut ; Il nous ouvre son amitié et nous donne une place dans sa mission de compassion. Cette mission est prière et service : la prière prépare des démarches, des paroles, des actions ; mais elle est aussi déjà une action, une forme de solidarité ou d’amitié sociale. Bénir les gens de loin. Être en communion dans un silence qui confie à Dieu ceux et celles que nous ne pouvons rejoindre que par la pensée, l’offrande.

Vs Cs • Vous êtes même parfois musicien de rue. Pourquoi ? Qu’y avez-vous donné et appris ?

Thierry Monfils • Pourquoi je suis musicien de rue ? Je dirais trois choses : par complicité avec les pauvres, pour la musique, pour Dieu. En effet, à Luxembourg, les contacts avec M. Romain Benick, catéchiste, m’ont conduit à nouer des liens avec quelques personnes de la rue. Le premier Noël que j’y ai vécu, je l’ai passé avec l’association « Noël de la rue ». Avec Romain, il m’est arrivé d’aller devant l’Abrigado, lieu d’accueil pour des personnes toxicomanes ; si certains me disaient : « allez jouer un peu plus loin, on ne s’entend plus » – comme lors d’un petit-déj’ de l’Ordre de Malte où un autre m’a dit « de grâce, laissez-moi me reposer... » –, là devant l’Abrigado, un monsieur de passage m’a demandé de jouer My Way de Franck Sinatra.

Il m’est arrivé de jouer de l’accordéon au centre ville pour gagner un peu d’argent avec un sans-abri (dix, quinze euros en deux heures, c’est déjà ça) ; je l’ai fait récemment aussi pour relayer l’appel de Caritas Luxembourg pour un logement inconditionnel. Je ne demandais pas d’argent, mais des studios pour les personnes sans logement. Bon, les schémas classiques aidant, des gens m’ont fait l’aumône, mais j’étais plus dans le cri d’Antigone, avec une affiche dessinée à la main et photocopiée à la Maison culturelle d’ATD Quart Monde à Beggen (un quartier périphérique de Luxembourg ville) ; les quinze euros récoltés m’ont permis d’acheter quelques dessins de Hamza, un ami de la chorale Home Sweet Home où je joue quand je peux, par exemple pour le 17 octobre, Journée mondiale du Refus de la Misère. J’y ai donc donné du temps, de ma personne ; et j’y ai appris la patience. Mais pas vraiment la persévérance, comme me le conseillait mon professeur d’accordéon qui gagnait sa vie en partie grâce au métro : « Vous devez être fidèle à telle station, vous créerez des liens, les gens vous donneront et s’inquiéteront de vous s’ils ne vous voient plus... »

Avec des personnes sans abri (DR)

Vs Cs • Également pour la musique ?

Thierry Monfils • Oui, en second lieu pour la musique. Quand une association distribue un repas du soir devant la Gare centrale à Luxembourg, ma musique crée une complicité inattendue, un air de fête, qui dédouane de l’humiliation du recevoir de ceux qui donnent – dans la musique nous sommes à égalité. Les gens apportent leurs mélodies, ils chantent, je les accompagne, « comme au passant qui chante, on reprend sa chanson », disait Jean Ferrat. À Bruxelles, j’ai passé le concours de musicien de la STIB (Société des transports intercommunaux de Bruxelles) et j’avais des stations de métro attitrées. Pourquoi ? Avant tout pour la joie de partager ce trésor, le dynamisme de la jeunesse – que de fois avec Arlette et Jules Kuseke n’avons-nous pas chanté O Happy Day... Et il est bon d’entendre la phrase entière de ce beau chant : « ...when Jesus washed my sins away ». Un second motif est donc d’annoncer l’Évangile : nous chantions « Nobody knows the trouble I have seen, nobody knows but Jesus ». Nous annoncions Jésus seul Sauveur.

Vs Cs • Donc, pour Dieu, dites-vous.

Thierry Monfils • Oui, musicien de rue, c’est finalement, pour moi, une activité menée pour Dieu, à qui j’ai promis la pauvreté : connaissez-vous un métier plus pauvre que musicien de rue ? Il permet d’être heureux seul, avec Dieu, comme le chantait Serge Gainsbourg, à propos de l’Accordéoniste : « Son copain, son compagnon, c’est l’accordéon. Le musicien des ruelles, pour qui la vie est cruelle, qui c’est-y qui l’aide à vivre, à s’asseoir quand il s’enivre, c’est-y vous, c’est moi ? Mais non, c’est l’accordéon ». L’autre jour, place d’Armes à Luxembourg, un couple italo-américain était assis depuis longtemps derrière moi ; ils écoutaient mes mélodies, ils aimaient entendre ces refrains inusables qui font sourire les passants, Bella ciao, Alla fiera dell’est, Que sera sera, mais aussi des gospels et des mélodies de Brel, Brassens, Aznavour, Joe Murányi ou du groupe hongrois Kaláka.

Vs Cs • Changeons de sujet : parallèlement à tout cela, vous restez assistant du Réseau Mondial de Prière du Pape en ce qui concerne l’Europe orientale ; de quoi s’agit-il ? Quelle est la situation dans cette région aujourd’hui ?

Thierry Monfils • Être assistant du Réseau Mondial de Prière du Pape pour l’Europe orientale, c’est pour moi être ouvert à ce qui se passe. Attentif à ce que les gens, les croyants, les chrétiens, les catholiques ont vécu durant les années terribles de la persécution sous le communisme. Je pense ainsi à l’Église gréco-catholique de Roumanie : ses fidèles ont prié unis au Pape, ils prient aujourd’hui avec le Pape peut-être d’une manière plus intense qu’en Europe occidentale. En Russie, après avoir maltraité l’Église par les persécutions, les autorités politiques ne sont-elles pas en train de bafouer l’Évangile en instrumentalisant l’orthodoxie qu’elles flattent et favorisent à des fins dominatrices ?

En Pologne, le Réseau de Prière du Pape a été pleinement au service d’une belle démarche : la consécration du pays au Sacré-Cœur de Jésus ; les évêques ont compté sur les Jésuites, pour cela – car c’est dans notre église du Sacré-Cœur de Cracovie que cette démarche a été effectuée pour la première fois il y a cent ans. Le Cœur de Jésus est blessé par les violences de toutes sortes infligées aux faibles, y compris par les pasteurs de l’Église qui se comportent parfois comme des loups voraces. Cette dimension a été présente dans la consécration de la Pologne au Cœur de Jésus. Aujourd’hui, bien sûr, ce pays est en première ligne pour l’accueil de réfugiés venus d’Ukraine. Le Mouvement eucharistique des jeunes (MEJ) en Pologne est très fervent, il offre une catéchèse magnifique et d’une grande profondeur. Le MEJ du diocèse de Poznan m’a conduit à Pniewy, où j’ai pu visiter l’endroit devenu chapelle où sainte Ursule Ledóchowska a fondé le MEJ en Pologne. Ma mission d’assistant pour l’Europe orientale est ainsi un partage fraternel : je découvre ce qui se vit là ; je partage ce que j’ai moi-même reçu avec gratitude en ayant participé durant sept années à la recréation de l’Apostolat de la Prière en Belgique et au Luxembourg.

Je vais me rendre prochainement en Géorgie et en Arménie : aux avant-postes de l’Europe et de la prière chrétienne. C’est dans un esprit de visitation, via un pèlerinage organisé par le Père Pierre Dumoulin, prêtre diocésain en charge du sanctuaire Sainte-Rita de Marseille, professeur de théologie au Séminaire d’Asie centrale à Nur Sultan au Kazakhstan, ancien recteur du Séminaire de Tbilissi. Pierre a traduit, ou fait traduire, en russe, en géorgien et en arménien une présentation du Réseau Mondial de Prière du Pape ; j’espère que le courant passera, que nous pourrons établir des contacts. Nous devons apprendre d’eux la réconciliation après les conflits.

En Hongrie, l’Église vit dans un grand dynamisme, avec en mémoire les quelque 150 ans vécus sous l’occupation ottomane (1540-1690), la manière dont les puissances occidentales n’ont donné qu’un soutien symbolique face à l’invasion soviétique ; les chrétiens de Hongrie soutiennent M. Orbán, qui considère comme libérale et décadente l’Église en Europe occidentale. Le Pape François a été bien accueilli à Budapest lors du Congrès eucharistique international de septembre 2021. Il a exprimé le souhait de revenir. Il continue à dire à M. Orbán qu’il ne suffit pas d’affirmer l’importance de l’Évangile dans l’histoire de l’Europe, mais qu’il faut vivre l’accueil de Jésus réfugié aujourd’hui : « Souviens-toi que tu as été un réfugié en 1956 au pays d’Égypte ». Bien sûr, le Pape François fait confiance aux États pour le discernement de la mesure dans laquelle peuvent être reçues les demandes de protection internationale : un État ne doit accueillir les demandeurs d’asile que dans la mesure où il est capable de les intégrer, selon la séquence proposée par le Pape François « accueillir, protéger, promouvoir et intégrer ».

Vs Cs • Nous sommes en juillet 2022 : c’est la fin de l’Année ignatienne. D’après vous, en tous les cas dans votre expérience, quels sont les principaux fruits de cette année ?

Thierry Monfils • Tant de belles choses. Beaucoup de créativité et un grand sens de la réconciliation. La créativité se partage en notre ère 5.0 via de belles initiatives en ligne (le Cardinal Hollerich a comparé l’entrée dans le monde numérique à l’ère nouvelle permise par l’introduction de la roue). Prie en chemin donne maintenant aussi des vidéos. À Luxembourg, la communauté dominicale du Christ-Roi a vécu une découverte de la spiritualité ignatienne de façon très branchée, avec durant le Carême « Quarante jours pour dépoussiérer nos images de Dieu avec la spiritualité ignatienne », et plus tard, une récollection appelée « Oasis de silence avec Dieu » (pourriez-vous dire non à une telle proposition ?), puis bientôt une nouvelle édition du Camino ignaciano. Tant d’initiatives si créatives. Et dans un contexte ouvert aux vocations de chacun. Pour cela, le P. François Boëdec, provincial, nous invite à valoriser nos contacts avec les familles ; le P. Christian Motsch, responsable de notre chapelle, a mis sur pied à Luxembourg une équipe de jeunes professionnels, une équipe Magis, et il développe dans le Grand Est de la France une dynamique ignatienne où les amis laïcs sont très actifs et portent la spiritualité ignatienne, en donnant des retraites, en offrant un accompagnement, en ouvrant des possibilités de discernement.

Ces initiatives se vivent dans un esprit de collaboration et d’estime mutuelle – en Église nous sommes devenus trop faibles pour encore nous disputer. À Luxembourg, nous sommes entrés dans le processus synodal. La communauté de Luxembourg m’a fait découvrir ainsi le prêtre anglican Michael Lapsley, qui séjourne ces jours-ci dans notre maison : il propose des ateliers de Guérison des mémoires, notamment à l’attention des détenus de la prison [2]. Lui-même fut blessé par une lettre piégée en raison de son engagement contre l’apartheid ; il a beaucoup souffert et il a accueilli une nouvelle mission, celle d’aider les gens de toutes convictions à passer de la souffrance à la responsabilité. Guérir les mémoires et bâtir un monde de respect. Guérir, écouter (faciliter l’expression des personnes blessées notamment via des symboles, des dessins), valoriser, accueillir avec bienveillance ; puis aider à sortir de la position de victime pour assumer ensemble notre rôle dans une communauté qui prend soin de ses membres les plus faibles ; dans un atelier de Guérison des mémoires, les personnes victimes deviennent acteurs de la guérison des autres. Cette démarche rejoint les ESDAC, l’approche d’ATD Quart-Monde, la « purification de la mémoire » vécue lors du Jubilé de l’An 2000 : ces différentes approches expriment le désir d’unification qui traverse l’humanité, et cela passe par la réconciliation. Peut-être les Semaines jésuites dans les collèges entrent-elles dans la même dynamique : comme celle qui a eu lieu à Erpent au printemps dernier – nous réconcilier avec notre passé pédagogique, avec les institutions que nous avons semblé délaisser depuis 50 ans ; nous avons fait ce que nous pouvions, peut-être pas tout ce que nous pouvions, mais nous avons été sincères, et nous restons en lien avec les collèges.

Vs Cs • Voyez-vous autre chose d’important à communiquer à nos lecteurs ?

Thierry Monfils • Oui, nous n’allons pas vers des jours faciles. Le changement d’époque va nous mettre au défi de vivre les secousses de manière évangélique : accueillir les réfugiés du climat en considérant que notre Terre est à tout le monde (« accueillir, protéger, promouvoir et intégrer »). Notre égoïsme y fera obstacle, mais nous pouvons compter sur Jésus-Christ, sur les pauvres et sur la société civile pour stimuler notre sens des responsabilités. Le Seigneur continue de porter dans ses mains ce monde souffrant et en crise. Il passe par les pauvres, les petits, les enfants qui pleurent : et les murs s’effondrent, et les adultes prennent leurs responsabilités. Ils se remettent à construire, là où tant de ravages ont sévi. Des personnes extérieures aux structures habituelles de l’Église vont nous le rappeler : nous avons une responsabilité de mettre en place des hôpitaux de campagne. Des signaux s’agitent, disant : « fin du monde, fin du monde ». Fin d’un monde, oui ; mais confiance, il vaut la peine de vivre l’idéal de l’Évangile. Le Pape François nous en ouvre la voie, lui qui a si bien intégré la mondialisation : faire la guerre est devenu obsolète. Et bannir un ennemi ne sert à rien, il est avant tout un frère qui s’égare ; il va devoir être jugé, peut-être, sans haine, mais en attendant je vais aller lui parler pour lui montrer qu’il ne doit pas se replier sur des frustrations du passé. Il est quelqu’un. Mais être quelqu’un invite à laisser vivre les autres. J’interprète l’obstination de M. Macron à rester en dialogue avec M. Poutine par le souci de ne jamais voir une arme atomique frapper une ville de France. Le désir du Pape François de rencontrer M. Poutine procède de la dynamique de l’Évangile : la guerre n’est plus nécessaire, le Christ est parmi nous, le Christ est notre Paix. Sit Nomen Domini benedictum, nunc et in saecula benedictum.

Propos recueillis par Noëlle Hausman, s.c.m.

[2Cf. son ouvrage Guérir du passé. Du combat pour la liberté au travail pour la paix, Éd. de l’Atelier / Éditions ouvrières, 2015, 412 p.

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