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Charles de Foucauld et la spiritualité de l’abandon

Dominique Salin, s.j.

N°2018-1 Janvier 2018

| P. 19-38 |

Kairos

Longtemps professeur de théologie spirituelle au Centre Sèvres de Paris, l’auteur réside aujourd’hui à Montpellier où il coordonne le pôle ignatien du Languedoc. Il a notamment édité le Pseudo Caussade, L’Abandon à la Providence divine, un ouvrage qui marque un tournant dans la vie spirituelle de Charles de Foucauld. S’ensuit un portrait surprenant du défricheur évangélique devenu frère universel.

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Le titre étonnera peut-être. Parler d’« abandon » à propos de Thérèse de Lisieux et de sa « petite voie », cela se conçoit aisément : que faire en un carmel perdu au fond de la Normandie sinon s’abandonner ? Mais la spiritualité de Charles de Foucauld : une spiritualité de l’abandon, vraiment ?

Cet homme d’une volonté de fer, cet officier de cavalerie, cet aventurier explorateur du Maroc dans des conditions extraordinairement dangereuses, ce moine trappiste à la recherche d’une vie d’austérité absolue ; cet homme qui a passé sa vie à chercher à être le premier : d’abord premier Européen à explorer clandestinement le Maroc, médaille d’or de la Société de géographie ; puis qui a cherché à devenir le premier des derniers (ah ! cette recherche perpétuelle de la « dernière place »...) ; dernière place d’abord comme domestique sacristain des Clarisses de Nazareth, puis comme prêtre perdu aux confins du Sahara et de l’empire colonial français... Cet homme qui semblait n’avoir peur de rien, sinon de la médiocrité... Cet homme surtout qui était en perpétuelle recherche d’autre chose que ce qu’il vivait : cet homme dont la vie a été une suite de zigzags et de revirements successifs : officier, explorateur, moine pendant sept ans, retourné à la vie laïque par refus de recevoir le sacerdoce (quatre ans) ; puis demandant à être ordonné prêtre pour pouvoir aller porter le Christ eucharistique au Maroc ; mais contraint à faire escale dans une oasis saharienne (quatre ans), avant de découvrir enfin sa vraie vocation : « défricheur évangélique » dans le Hoggar, parmi les Touaregs dont il sera, pendant dix ans, l’ami et l’ethnographe, non l’apôtre au sens classique du mot. Cet homme d’une énergie farouche, dans une recherche perpétuelle d’un ailleurs plus comblant : voilà qui s’accorde mal avec une spiritualité de l’abandon telle qu’on l’entend communément – avec ce que le mot connote de détente, de passivité, de démaîtrise acceptée.

Voir dans ce stoïcien instable une figure de l’abandon, n’est cependant pas une gageure. Étant entendu que, comme pour Thérèse de Lisieux, la posture de l’abandon ne fut pas d’emblée la sienne, loin de là, mais l’aboutissement d’un long chemin à l’école du lâcher prise et de la confiance en l’autre (avec et sans majuscule) [1].

Il est commode de distinguer, avec J.-F. Six, trois grandes phases dans l’existence de Foucauld : une phase explosive (sa jeunesse, jusqu’à sa démission de l’armée, à 23 ans) ; une phase rétractée (remises en question constantes et tourments intérieurs, jusqu’à son ordination sacerdotale et son départ pour Beni-Abbès, à 42 ans) ; une phase ouverte, respirante, au Sahara (jusqu’à sa mort à 57 ans) : période de l’abandon vécu et de la joie.

La jeunesse

Ce qui caractérise la jeunesse de Foucauld, c’est une extraordinaire capacité de résilience. À cinq ans, il a perdu son père et sa mère, sa grand-mère paternelle est morte sous ses yeux, d’une crise cardiaque. Sa petite sœur Marie et lui-même sont recueillis et élevés par leur grand père maternel, le colonel de Morlet et sa seconde épouse, tous deux septuagénaires. Enfance entourée d’affection et de soins attentifs, certes, mais enfance de noir vêtue. Il manque quand même l’essentiel : papa et maman.

Mais Charles a de la ressource. Il va très vite compenser. Il est très intelligent, très réfléchi, très grand lecteur, d’une curiosité intellectuelle insatiable. Collégien à Nancy, il partage tout avec un garçon qui sera son ami pour la vie, un vrai frère, Gabriel Tourdes. Gabriel sera magistrat, agnostique résolu, célibataire, sorte de saint laïc. Leur relation, très confiante et affectueuse, durera jusqu’à la mort de Foucauld.

Mais la compensation affective majeure sera la relation avec sa cousine Marie Moitessier, qui deviendra Marie de Bondy. Marie, qui vit à Paris, a neuf ans de plus que Charles. Ils se voient pendant les vacances. C’est elle qui sera sa mère de substitution, et non sa tante Inès Moitessier, femme de tête, énergique, très mondaine (son salon est un des plus en vue de Paris), admirée par Charles, mais plus exigeante avec lui, pour son bien, que vraiment affectueuse.

Lorsque Charles fait sa première communion, à 13 ans, sa cousine Marie est présente. La démarche est sincère, mais Charles ne va pas tarder à perdre la foi, de concert avec Gabriel. Ce sera la faute à leurs lectures. Le père de Gabriel et le grand père de Charles possèdent de riches bibliothèques. Charles et Gabriel dévorent : les classiques grecs et latins, mais aussi Voltaire, Montesquieu et les Lettres persanes, Rabelais, Scarron, Érasme, Laurence Sterne, etc. Littérature sérieuse, littérature salace, littérature imprégnée de l’esprit philosophique du XVIIIe siècle, le Siècle des Lumières. Au lycée, les professeurs lui ont laissé l’impression, écrira-t-il plus tard à son beau-frère, « de gens très cultivés, d’une bonne tenue morale, mais comme ils n’avaient aucune religion, j’en avais conclu, trop facilement, avec mes camarades, qu’on pouvait s’en passer [2] ».

Donc, désormais, Charles se passera de la religion. Relativisme, agnosticisme. Lorsqu’il arrive à Paris pour faire sa classe de terminale chez les jésuites, à Sainte-Geneviève, rue des Postes, à côté du Panthéon, la foi chrétienne l’a quitté. Pendant cette année de philosophie, écrira-t-il beaucoup plus tard, « une foule d’objections m’ont tourmenté [...] Les philosophes sont tous en désaccord ; je demeurai douze ans sans rien nier et sans rien croire, désespérant de la vérité et ne croyant même pas en Dieu, aucune preuve ne me paraissait assez évidente [3] ».

Il passe son bac avec dispense à l’âge de 15 ans. Il revient à Saint-Geneviève, l’année suivante, pour préparer Saint-Cyr. C’est une concession à son grand père adoré. Celui-ci aurait voulu qu’il prépare Polytechnique. Mais les maths n’intéressent pas Charles. Ce qui le passionne, c’est la géographie.

Il aurait voulu être marin, préparer Navale. Il se résignera à Saint-Cyr.

Mais, c’est plus fort que lui, il faut qu’il s’éclate, comme on dit aujourd’hui. Phase « explosive », selon la formule plus académique de J.-F. Six. L’internat l’étouffe. Il écrira plus tard : « Jamais, je crois n’avoir été dans un aussi lamentable état d’esprit [...] À dix-sept ans, j’étais tout égoïsme, tout impiété, tout désir du mal, j’étais comme affolé. » Mauvais résultats scolaires, paresse inacceptable aux yeux des Jésuites : en mars, il est renvoyé. Il a maintenant un défi à relever : rentré à Nancy, il prépare le concours en candidat libre avec un répétiteur particulier. Il est reçu à Saint-Cyr 82e sur 412. Résilience, encore une fois.

À Saint-Cyr, il travaille modérément. Surtout, il s’ennuie. On a eu du mal à lui trouver un uniforme provisoire : il est petit (1 m 63) et rondouillard (il mange trop et il boit). Heureusement, il y a le cheval. Il est excellent cavalier. Il sera admis dans la cavalerie. La mort subite de son grand père est un gros coup. Il sortira de l’école dans les derniers (333e sur 386), après moult punitions.

À vingt ans, il intègre Saumur. Il en sortira dernier, après seize jours d’arrêts de rigueur pour fausses permissions. Note de l’inspecteur : « A de la distinction. Mais tête légère et ne pense qu’à s’amuser. » Puis ce sera la vie de garnison à Pont-à-Mousson. Il s’ennuie prodigieusement. Il a beaucoup d’argent. Il a touché un héritage très important qu’il dissipe dans le jeu et les parties fines. Il a une maîtresse, Mimi, une demi-mondaine. L’armée est un carcan insupportable. Il n’aime que la lecture et le cheval. Son régiment est envoyé en Algérie. Mais il ne supporte pas l’inaction. En mars 1881, il est mis en non-activité pour « indiscipline doublée d’inconduite notoire ». « L’inconduite », ce sont les fêtes qu’il organise, mais surtout sa liaison affichée avec Mimi qu’il a fait suivre et avec laquelle il vit ouvertement en concubinage, ce qui est inadmissible pour un officier à l’époque. Mimi et lui s’installent dans un grand hôtel d’Évian. Mais trois mois plus tard son régiment doit mener une expédition punitive à Mascara. Enfin l’action ! Foucauld obtient sa réintégration. Au combat, il manifeste une bravoure qui étonne et se montre exemplaire (il a renvoyé Mimi). Fierté, dévouement aux hommes, goût du risque. Un autre homme s’est révélé : actif, énergique, ascète. Un peu comme Laurence d’Arabie. C’est cet aspect de sa personnalité qui va désormais s’affirmer. La période « explosive » de sa vie est terminée. Une nouvelle existence commence, placée sous le signe de l’exigence intérieure, du goût de l’aventure, de l’énergie, du courage, de l’austérité. Après s’être dissipé, Foucauld va se rassembler, se recueillir. Ce que Six appelle sa phase « rétractée ».

L’aventure intérieure

L’aventure intérieure s’inaugure de pair avec l’aventure tout court. Après Mascara, Foucauld quitte l’armée. Il est fasciné par l’Orient, le monde musulman. Et d’abord par le Maroc, pays « insoumis » et interdit aux Européens. Foucauld veut se lancer, en solitaire, dans son exploration clandestine. Il veut participer à l’aventure coloniale qui commence : l’Europe se partage l’Afrique, Foucauld se veut en avant-poste dans cette aventure. Il participe au patriotisme revanchard contre l’Allemagne. Pendant dix-huit mois, il étudie l’arabe.

Il parcourt le Maroc pendant un an, déguisé en rabbin, en compagnie d’un vrai rabbin stipendié. 3000 km. Il prend en cachette notes et croquis. C’est un exploit.

C’est un autre homme qui revient à Paris. Il a remporté une victoire sur lui-même. La rédaction de son livre (405 pages illustrées de dessins et de cartes) lui prendra deux ans [4]. Il habite rue de Miromesnil, où il vit à l’arabe. Il est fasciné par l’islam. Il écrira plus tard :

L’islam a produit sur moi un profond bouleversement. La vue de cette foi, de ces âmes vivant dans la continuelle présence de Dieu m’a fait entrevoir quelque chose de plus grand et de plus vrai que les occupations mondaines [...] L’islamisme me plaisait beaucoup avec sa simplicité de dogmes, simplicité de hiérarchie, simplicité de morale.

Il est travaillé par la question de Dieu : « J’ai songé à me faire musulman. » Il est habité par un grand désir de vertu et d’héroïsme spirituel. Son idéal, au fond, c’est la sainteté du stoïcien – l’inverse du jouisseur qu’il a été. La chasteté lui est devenue « une douceur », un « besoin ».

Il vit à côté de chez sa tante Inès Moitessier et sa cousine Marie, qui va bientôt devenir Madame de Bondy. Ces deux femmes, non seulement il les aime beaucoup, mais elles le fascinent : certes elles sont croyantes et pratiquantes, mais elles sont en même temps très intelligentes et cultivées ! Ce ne sont pas des bigotes. Elles fréquentent la paroisse Saint-Augustin, notamment un prêtre exceptionnel, l’abbé Huvelin. Ancien de Normale Sup, l’abbé a choisi de ne pas être professeur à l’Institut catholique, mais vicaire de base. Il donne des conférences sur la foi et la vie spirituelle.

C’est lui introduira Foucauld à une vraie connaissance du christianisme et qui l’initiera à une vie spirituelle chrétienne (nous sommes en octobre 1886, deux mois avant la conversion de Paul Claudel). Huvelin restera le père spirituel de Charles jusqu’à sa mort en 1910, six ans avant celle de Charles. Huvelin a très bien compris Charles. Il a su le mettre en garde contre le risque d’exaltation, la tentation de l’héroïsme spirituel. La foi est chose simple, à vivre au quotidien. Dieu ne se conquiert pas à la force du poignet, il se reçoit. Huvelin conseille à Charles de mener, pour le moment, une vie ordinaire. Ce que fait Charles : rédaction de son livre et vie familiale.

La recherche spirituelle de Charles durera deux ans. Il se sent appelé à être moine (comme Claudel). Il pense à la Trappe, qui lui semble l’ordre le plus rigoureux, le plus austère (toujours la recherche du « top » !). Mais il hésite. Son idéal religieux n’est pas vraiment clair à ses yeux (il en sera ainsi pendant vingt ans, jusqu’à son installation à Tamanrasset). Lui, désormais si organisé, si méthodique à la limite de l’obsessionnel (pendant longtemps, il rédigera pour lui-même des règlements de vie et des emplois du temps), il aura un itinéraire plein d’imprévus et de revirements.

Huvelin lui suggère de faire un pèlerinage en Terre Sainte (trois mois). L’abbé veut lui faire découvrir l’humanité de Jésus, comment Dieu s’insère dans l’histoire. À Nazareth, Charles a le choc de sa vie : la révélation du mystère de la vie cachée de Jésus, avant sa vie publique. Dieu inconnu dans un bled sans beauté ni éclat. Nazareth restera l’idéal spirituel de toute sa vie. Jésus, à Nazareth, c’est Dieu incognito parmi les hommes. Menant la vie simple de tout le monde. Dieu caché. Insistance sur la pauvreté de Jésus, « pauvre artisan » (pauvreté sans doute peu conforme à la réalité historique, mais qu’importe ?). Humiliation. « Abjection » (au sens du XVIIe siècle : abaissement). Le dernier des derniers. Donc pas Jésus prédicateur, thaumaturge, créant le « buzz », ni Jésus dans la Passion, mais Jésus un parmi d’autres – de préférences les plus pauvres –, Marie et Joseph en adoration perpétuelle devant ce Dieu caché. Tel sera toujours, pour l’essentiel, le mystère de Nazareth pour Foucauld.

Au retour, retraite chez les jésuites (villa Manrèse, à Clamart) : confirmation de sa vocation trappiste. La vie de trappiste, à l’époque, c’est d’abord une vie de sacrifice. Pour le fondateur, Rancé, il ne s’agissait pas seulement de renoncer au monde. Il faut renoncer à la vie. Une Trappe, c’est un tombeau, où on se prépare à la mort. La spiritualité de l’époque valorise la souffrance, dans la tradition du dolorisme romantique qui sévit alors dans le catholicisme. Mais ce que Frère Marie-Albéric recherche surtout, c’est une discipline de vie rigoureuse. Il veut se mater.

Il entre, non à la Grande Trappe de Soligny, mais à N.-D. des Neiges (Ardèche). Il a une idée derrière la tête. Il sait que ce monastère a fondé un prieuré près d’Alep, à Akbès (la Syrie, c’est l’Orient, l’islam....). La vie y est plus précaire qu’en Ardèche. Il demande à y être envoyé : pour mieux imiter la vie pauvre et « abjecte » de Jésus à Nazareth.

Or à Akbès, il sera vite insatisfait. Akbès, c’est encore trop bien, trop confortable. Bien sûr, les vingt moines vivent dans des baraques en planche et en osier. Mais ils dirigent un orphelinat pour les petits Arméniens et une propriété. Ils emploient une quinzaine d’ouvriers ! Ce sont des patrons ! « Nous ne sommes pas pauvres », constate Charles. Il rêve d’une vie monastique d’une pauvreté radicale, d’une vie liturgique moins compliquée. L’idéal de Nazareth. Au fond, Foucauld est un hors-cadre, un aventurier solitaire. Refus de toute propriété, idéal du travail manuel. [5]

C’est alors qu’il compose la « Règle » de l’ordre idéal (1896) : Congrégation des Petits Frères de Jésus. Il veut de petites communautés dans des pays « infidèles ». Des travailleurs pauvres, lettrés ou illettrés (l’idéal explicite est François d’Assise). Huvelin fait tout pour le dissuader de songer à une fondation : votre règle est beaucoup trop radicale, trop barbare, c’est fou ! Vous n’êtes pas fait pour être fondateur ni supérieur de communauté. L’abbé lui répètera plusieurs fois : « Ne fondez pas ! » Ses supérieurs l’envoient à Rome pour faire deux années de théologie en vue du sacerdoce, alors qu’il ne souhaite pas être prêtre. Il accepte docilement. Il ne voit pas où il va, il accepte dans la foi. Ce « dur », cet entêté comme on le verra, est et restera toujours obéissant comme un enfant à Huvelin et à ses supérieurs.

Très caractéristique de cette époque tourmentée est un passage de son journal spirituel qui est promis à une immense popularité. Petite Sœur Magdeleine l’a diffusé après la guerre comme étant « la » prière du P. de Foucauld, sa « dernière prière ». Elle en a d’ailleurs retouché le texte. C’est ce qu’on appelle la « Prière d’abandon » du P. de Foucauld : « Mon Père, je m’abandonne à toi, fais de moi ce qu’il te plaira, etc. » La communauté du Chemin Neuf l’a mise en musique. Or voici le texte original de la méditation de Charles sur Luc 23,46 :

« Mon Père, je remets mon esprit entre Vos mains »... C’est la dernière prière de notre Maître, de notre Bien-aimé... Puisse-t-elle être la nôtre... Et qu’elle soit non seulement celle de notre dernier instant, mais celle de tous nos instants : Mon Père, je me remets entre Vos mains ; mon Père, je me confie à Vous ; mon Père, je m’abandonne à Vous ; mon Père, faites de moi ce qu’il Vous plaira ; quoi que Vous fassiez de moi, je Vous remercie ; merci de tout ; je suis prêt, à tout ; j’accepte tout ; je Vous remercie de tout ; Pourvu que Votre Volonté se fasse en moi, mon Dieu, pourvu que Votre Volonté se fasse en toutes Vos créatures, en tous Vos enfants, en tous ceux que Votre cœur aime, je ne désire rien d’autre, mon Dieu ; je remets mon âme entre Vos mains ; je Vous la donne, mon Dieu, avec tout l’amour de mon cœur, parce que je Vous aime, et que ce m’est un besoin d’amour de me donner, de me remettre en Vos mains sans mesure ; je me remets entre Vos mains avec une infinie confiance, car Vous êtes mon Père.

Le Fr. Chatelard, dans le commentaire qu’il en a publié, souligne qu’il ne s’agit pas proprement d’une prière et qu’en tout cas ce n’était pas « la » prière du Père de Foucauld, comme on le dit.

D’une part, elle a été écrite alors qu’il n’était pas le Père de Foucauld mais un simple moine en instance de quitter la Trappe ; d’autre part, rien ne permet de penser qu’il l’aurait utilisée lui-même comme prière et encore moins qu’il aurait eu l’intention de la transmettre comme telle à des disciples. On ne retrouve aucune allusion à cette prière dans le reste de ses écrits.

Il ne semble pas, d’ailleurs, que Foucauld ait jamais eu l’idée de composer quelque prière que ce fût à aucun moment de sa vie. Et J.-F. Six souligne qu’il a écrit cette méditation

dans un moment extrêmement tourmenté, où, certain, en conscience, de sa vocation de Nazareth, il voulait quitter la Trappe ; et il était en même temps écartelé : la volonté de Dieu n’était-elle pas qu’il obéisse aveuglément et demeure trappiste ? Cette « prière », il l’avait composée comme un développement, par Jésus, de sa dernière prière, au moment de sa mort : « Mon Père, je m’abandonne entre tes mains ».

Il s’agissait bien d’une méditation dans un moment de crise exceptionnelle, sans doute la plus grave qu’il ait traversée. Elle ne reflète donc pas la spiritualité dont Charles vivra plus tard au jour le jour. L’abandon s’exprime ici de manière encore très volontariste et absolue : « Je, je, je, je, je... ». Le Je s’affirme au lieu de disparaître comme il en va dans le fameux traité de L’Abandon à la Providence divine, que Charles va bientôt découvrir.

Après sept ans de vie monastique, il n’a pas été ordonné, ses supérieurs ont compris qu’il faut le laisser suivre son idéal de Nazareth. Il est autorisé à quitter l’Ordre. Avec l’approbation d’Huvelin, il se présente comme domestique chez les Clarisses de Nazareth. Pendant quatre ans, « Frère Charles » sera jardinier-sacristain, passant jusqu’à sept heures par jour devant le tabernacle. Il médite la plume à la main, pour ne pas s’endormir. La plupart de ses « écrits spirituels » datent de cette époque. Ils sont assez assoupissants.

À Nazareth, il découvre un petit livre qui est en train de devenir le best-seller de la littérature spirituelle catholique après l’Imitation de Jésus-Christ. Il a été composé au milieu du XVIIIe siècle, par le jésuite Caussade, croit-on à l’époque (et pour longtemps), mais il n’a été publié que sous le Second Empire par le jésuite Ramière. Il est intitulé L’Abandon à la Providence divine. C’est l’abbesse des Clarisses qui l’a fait découvrir à Charles. Non le texte intégral, mais un abrégé, un tout petit bouquin de poche. Cette doctrine de l’abandon spirituel, de la découverte de la volonté de Dieu dans les événements de la vie, si contrariants soient-ils ; doctrine aussi de la confiance envers les supérieurs religieux ; bref cette invitation à la foi et à la dépossession de soi, cette invitation au lâcher prise, parle immédiatement à ce grand volontariste. Comme s’il pressentait qu’il lui fallait renoncer à se faire le sculpteur de sa propre sainteté. Mais il lui faudra du temps pour vivre ce programme d’accès à la liberté intérieure. De ce petit livre, il écrira plus tard à une Sœur Blanche : « C’est un des livres dont je vis le plus. » À l’époque où il écrit cela, en 1904, il est sur le point de partir pour le Hoggar. L’abandon, le lâcher prise, il commence à le vivre de manière beaucoup moins crispée, plus détendue, plus joyeuse.

À Nazareth, donc, deux ans à peu près après son arrivée, en 1899, voici que Charles est repris par sa frénésie de fondation. Il désire fonder une autre congrégation, les Ermites du Sacré-Cœur, qui sera installée dans un domaine du Mont des Béatitudes qu’il envisage d’acheter, avec l’encouragement de l’abbesse. Il y aurait hôtellerie, dispensaire, orphelinat. Il écrit leur règle (c’est la seconde règle qu’il écrit !). Le financement serait assuré par la famille et les amis. Huvelin n’est évidemment pas favorable à la fondation d’un monastère type Akbès, dont Charles serait le patron.

En outre, Charles désire maintenant être prêtre ! Merveilleux abbé Huvelin, qui a su faire face à tous les revirements de Charles avec une patience, une délicatesse et une fermeté inlassables (ses lettres à Charles sont admirables ; comme d’ailleurs les lettres de Charles, souvent bouleversantes). En réalité, Charles ne sait pas vraiment ce qu’il veut : il ballotte entre trois idéaux : Nazareth, la Trappe, un monastère « humanitaire ». Il ne pense pas du tout à être ermite. Il est travaillé par son besoin d’action (c’est un grand actif, comme les vrais mystiques : Jean de la Croix, Thérèse d’Avila, Bernard...). Et le solitaire qu’il est, rêve aussi d’une « famille » autour de Jésus.

Pour faire le point et être ordonné prêtre, après quatre ans à Nazareth, il rentre en France, à Notre-Dame-des-Neiges. 1901 : pendant neuf mois, il se prépare à l’ordination. Il veut maintenant être prêtre au Maroc pour présenter l’Eucharistie aux « plus éloignés », aux « plus pauvres » (expressions désormais constantes sous sa plume). Il veut fonder une zaouïa chrétienne (petit centre d’accueil, pas un ermitage [6]). Il est ordonné prêtre en juin par l’évêque de Viviers, dont il dépendra canoniquement jusqu’à sa mort.

Le Maroc, c’est le retour sur les lieux de l’aventure. Maroc fascinant. Terre vierge pour les chrétiens. Dix millions d’habitants, pas un prêtre. Foucauld rêve d’y être le pionnier de l’Évangile (toujours le fantasme du premier !). En fait, le Maroc est toujours interdit. Foucauld décide de s’installer à la frontière, côté algérien, en attendant qu’il s’ouvre.

C’est la fin de la phase « rétractée », des tourments et des hésitations intérieurs. Charles commence à entrer dans la phase de l’épanouissement.

Le Sahara

En octobre donc, il s’installe dans l’oasis de Beni-Abbès. Il dépend de Mgr Guérin, vicaire apostolique du Sahara. Il se veut « frère universel ». L’expression, passée à la postérité, a en réalité une portée restreinte. Elle signifie qu’il veut être le frère des deux communautés qui vivent à Beni-Abbès : la garnison militaire de 800 hommes et les 130 familles (paysans pauvres, rançonnés par des razzias marocaines fréquentes). Symboliquement, la zaouïa que lui construit l’armée est à l’écart, à égale distance du village et de la garnison.

Certes le terrain autour de la zaouïa est délimité par une murette symbolisant une clôture : on sent que l’idéal monastique est toujours présent. Mais Charles va se livrer à une activité intense. Action contre l’esclavage. Sur le terrain, le gouvernement soutient cette pratique ancestrale. Charles est scandalisé. Il veut interpeller le gouvernement, ameuter l’opinion publique. On a du mal à le dissuader. Il est scandalisé aussi par la manière dont les petits fonctionnaires locaux traitent les « indigènes » et dont les commerçants les exploitent. Il y aurait beaucoup à dire sur la prétendue « mentalité coloniale » de Foucauld. En réalité, il a prévu qu’un jour, les « indigènes » mettraient les Français à la mer et que ceux-ci ne l’auraient pas entièrement volé.

Surtout, accueil des voyageurs, distribution d’aumônes (c’est la famille qui finance). Il est mangé par le prochain. Les heures d’adoration se raccourcissent.

Et c’est un nouveau projet de fondation, le troisième ! Il songe à implanter les Petits Frères du Sacré-Cœur (non plus Ermites) au Sahara et, quand ce sera possible, au Maroc où il espère s’installer avant l’armée française. Il en soumet la Règle – troisième Règle – à Mgr Guérin : « Petite légion de religieux, voués à la fois à la contemplation et à la bienfaisance [...] Adoration perpétuelle du Saint-Sacrement exposé, imitation de la vie cachée de Jésus à Nazareth, vie dans les pays de mission. » Une « première évangélisation ». Plutôt, une pré-évangélisation (différente de ce que font les Pères Blancs, fondés par Lavigerie).

1904 : Laperrine lui parle du sud du Sahara, le massif du Hoggar, pays des Touaregs, dont il a la responsabilité. Ceux-ci, encore largement inconnus, viennent de faire leur soumission à la France. Charles part en reconnaissance avec l’armée pour quelques mois. Il s’enthousiasme et décide de s’implanter en pays touareg. Il commence à étudier le touareg et revient à Beni-Abbès. Or Mgr Guérin le presse d’y rester, de ne pas aller chez les Touaregs. Que faire ? Huvelin : « Allez où vous pousse l’Esprit ! » (Huvelin ne démissionne pas, il fait confiance : pour lui, Charles est vraiment un homme de Dieu ; à condition qu’il ne fonde pas, tout ce qu’il fera sera bien). Nouvelle bifurcation dans son itinéraire, donc : toujours plus loin, vers les plus « délaissés ». Continuité, en fait.

1905. En mai : deuxième tournée vers le Sud. Il rencontre l’Aménokal Moussa ag Amastane et décide de s’installer à Tamanrasset, au sud du Hoggar. C’est un « lieu délaissé », quelques familles y habitent dans des cabanes, mais c’est un carrefour très fréquenté par les caravanes. Charles a 47 ans. Il y passera les onze dernières années de sa vie [7].

Il étudie intensément la langue et la culture touarègues. « Langue mille fois plus facile que l’arabe ». Travail d’ethnologue et de linguiste qui va l’absorber de plus en plus dans les dix années à venir : il recueille les poésies (des milliers de vers), les proverbes ; établit dictionnaire, grammaire... Ces ouvrages, publiés de son vivant et sur lesquels il a refusé que figure son nom, n’ont jamais été dépassés et sont toujours en usage aux Langues Orientales et à l’École Pratique des Hautes Études. Une étude récente a calculé le temps que Foucauld a consacré à ces travaux : jusqu’à douze heures par jour ! Foucauld avait l’étoffe d’un grand ethnologue.

Sa conception de l’évangélisation : avant de catéchiser, il faut se faire accepter, se faire pardonner d’être chrétien et français colonisateur ; nouer des liens amicaux les plus étroits possibles ; entrer le plus loin possible dans la découverte d’une population, sa langue, sa culture, ses traditions,... Sinon, pas d’évangélisation possible. Un prosélytisme très indirect, donc, et désintéressé.

Charles entretient des relations de plus en plus amicales avec l’Aménokal et le peuple. Pas question de prédication ni d’apostolat. On s’apprivoise mutuellement. Action de bienfaisance. Mais il se sent très seul. « Vis comme si tu devais toujours vivre seul », écrit-il pour lui-même. Il est attristé de voir que personne n’accepte de le rejoindre, que presque personne apparemment ne comprend son idéal de Nazareth (il est trop en avance sur son époque). En outre, il ne peut pas célébrer l’Eucharistie, car il n’a pas de servant de messe. Mais ce qui le chagrine le plus : l’image de la France et du christianisme en Afrique.

Janvier 1908 : depuis six mois il n’a pas vu un Européen. La sécheresse sévit. Il n’y a rien à manger. Épuisé, affamé et déprimé, Charles est au bord de la mort. Les Touaregs le sauvent en lui faisant boire du lait de chèvre. Il reçoit la permission papale, très exceptionnelle, de célébrer la messe sans servant. Il reprend courage. En 1909, il effectue un premier voyage en France.

Tamanrasset

Charles ne pense plus à fonder de congrégation. Il pense désormais à une association de laïcs et de prêtres (une « Union » ou « Association ») qui vivraient le mystère de Nazareth et le « retour à l’Évangile » là où ils sont, en métropole et surtout ici, en Afrique, rayonnants « d’amour et de bonté ». Ce sera son dernier grand projet, sa grande préoccupation jusqu’à sa mort. Il fera tout pour le faire approuver par l’Église et le mettre en œuvre, notamment par des voyages en France. Il en a écrit les statuts à Pâques 1908. Il les corrigera constamment par la suite, dans le sens d’une simplification.

Juillet : il a fait construire un ermitage (8 m x 4 m) au sommet de l’Assekrem (2700 m), au centre du Hoggar (80 km au nord de Tamanrasset). Lieu magnifique qui est aussi un lieu de pâturage et de rencontre pour les Touaregs (quand il a plu, ce qui est plus rare que ne le pensait Charles). Il veut partager son temps entre Tamanrasset et l’Assekrem.

À Tamanrasset même, il fait construire une maison (16 m x 2 m). Laperrine rentre en France. Avec la mort de l’abbé Huvelin et celle de Mgr Guérin, Foucauld perd ses appuis.

Il effectue un deuxième voyage en France en 1911, un troisième en 1912, en compagnie d’un jeune touareg, Ouksem. Il prend des contacts en vue de la mise en œuvre de l’Union. Il rédige une Note sur l’esclavage dans le Hoggar. Il souhaite la venue d’instituteurs pour « une école franco-touarègue ». Il soutient le projet du train Transsaharien.

L’année 1913 le voit poursuivre ses travaux linguistiques et culturels. Il n’envisage la conversion des Touaregs qu’à très long terme. Plus que jamais, il veut être Touareg avec les Touaregs. Dans une lettre du 7 septembre 1915 : « Dix ans que je dis la messe à Tamanrasset, et pas un seul converti ! » L’Union est approuvée par son évêque, Mgr Bonnet (Viviers).

En 1914, lorsqu’il apprend la déclaration de guerre, il veut revenir en France comme aumônier et brancardier. Laperrine lui demande de rester. Les tribus touarègues sont travaillées par des tensions entretenues par l’Allemagne.

En 1916, l’armée construit un fortin, pour abriter la population de Tamanrasset en cas d’attaque.

Le 9 décembre au soir, une quarantaine de Touaregs dissidents entourent le fortin. On attire Charles à l’extérieur, sans doute pour le prendre en otage. On le ligote et le confie à la garde d’un garçon de seize ans pendant qu’on pille le fortin. À l’arrivée d’un groupe de méharistes, le garçon prend peur et tue Charles d’une balle dans la tête.

Quelques jours après sa mort, on a trouvé dans le sable, près du lieu de son assassinat, son petit ostensoir avec l’hostie consacrée. Le symbole est parlant : le pain tombé en terre n’a pas été perdu. Charles avait choisi de s’insérer dans une société qui n’intéressait personne sinon pour des raisons géopolitiques. Or sa figure a connu un immense rayonnement, celui d’une « fraternité universelle », mais d’une manière qu’il n’avait pas prévue.

Postérité

Charles avait voulu vivre l’Évangile à la lettre, comme François d’Assise. Et l’Évangile, pour lui, c’était surtout Nazareth, Dieu incognito parmi les hommes, surtout parmi « les plus pauvres » et « les plus délaissés ».

Mais les nantis aussi ont été impressionnés par son témoignage. Sa biographie par René Bazin en 1921, même si elle donne de Foucauld une image parfois inexacte, trop « érémitique », a joué un grand rôle dans sa fécondité posthume.

Sa postérité est nombreuse et très diversifiée. Lui-même n’a rien fondé, sinon l’Union qu’il avait souhaitée à la fin de sa vie. À sa mort, l’Union comptait une cinquantaine de membres, sous la responsabilité de Louis Massignon ; Jean-François Six a pris la relève. Puis, entre les deux guerres, une pluralité de congrégations religieuses s’est réclamée de lui, notamment les Petits Frères et les Petites Sœurs de Jésus à partir de René Voillaume et de Magdeleine Hutin.

Foucauld a inspiré une nouvelle conception de l’apostolat et de l’évangélisation, appelée à une grande fortune au milieu du XXe siècle (époque des prêtres ouvriers, de la nouvelle conception de la mission selon Vatican II), conception fondée moins sur la prédication explicite que sur le témoignage et la contagion, le primat de la charité active.

Foucauld a acclimaté une nouvelle image de Dieu : l’humilité de Dieu. Le thème sera développé dans la théologie allemande, et en France par François Varillon notamment. Il répond assez bien à l’image de Dieu qu’on trouve chez Etty Hillesum, chez Christian Bobin, chez Jean Sulivan.

Surtout sa vie a été la merveilleuse illustration d’un chemin vers ce que Maître Eckhart appelait la Gelassenheit (le laisser faire Dieu, la « déprise ») ; ce que François de Sales appelait « l’abandonnement » et Thérèse de Lisieux « l’abandon ». Ce qui donne, dans la version sécularisée qui est celle des « psy » et des coaches, le « lâcher prise ».

L’abandon. De l’obsession d’être le premier, fût-ce le premier des derniers, au simple dénuement, à l’acceptation simple et joyeuse du réel, de la vie qui, comme écrit Etty Hillesum, est « atroce et merveilleuse à la fois. » Il suffit d’être bon et détaché de tout : telle était à la fin la conviction fondamentale de Charles. Pour lui, les bons anges de l’abandon auront été Laperrine (Foucauld a accepté de se laisser entraîner par lui chez les Touaregs) et les Touaregs (quand Foucauld a accepté le lait de chèvre qui l’a sauvé).

Symboles de cette simplification, de cette joyeuse et cordiale simplicité qui était la sienne à Tamanrasset et qui impressionnait les militaires autant que les Touaregs : la simplification de son vestiaire. Il suffit de regarder sa dernière photo, son visage radieux tout entier tourné vers l’extérieur : il a abandonné le scapulaire, le Sacré-Cœur, le chapelet, tous ses accessoires religieux. Autre symbole de simplification : les dernières années, il ne signait plus « Frère Charles », mais « Charles de Foucauld » tout simplement. « Tel qu’en lui-même enfin l’éternité le change ».

[1On s’appuie principalement sur J.-F. Six, Charles de Foucauld. Sa vie, sa voie, Paris, Artège, 2016 ; P. Sourisseau, Charles de Foucauld, 1928-1916. Biographie. Paris, Salvator, 2016 ; A. Chatelard, La mort de Charles de Foucauld, Paris, Karthala, 2001 ; A. Chatelard, « La prière d’abandon de Charles de Foucauld », Vie consacrée 67 (1995/4), p. 208-223, ainsi que sur les travaux de M. Serpette, D. Casajus H. Didier et L. Galland, pour ne citer que les plus importants.

[2J.-F. Six, op. cit., p. 20.

[3Lettre à H. de Castries, 14 août 1901.

[4Reconnaissance au Maroc, février 1888.

[5Vie consacrée 67 (1995/4), p. 208-223.

[6Il faut faire un sort à l’image tenace de Foucauld ermite, accréditée par René Bazin.

[7Lettre de juillet 1905 à Huvelin.

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