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Visite d’une délégation de la Conférence des évêques de France

à la Conférence des évêques du Congo-Brazzaville, 20-27 juillet 2005

Marie-Claire Jadeau, s.s.c.

N°2006-2 Avril 2006

| P. 131-133 |

La note que sœur Marie-Claire a bien voulu nous confier rapporte un important voyage qui date de l’année dernière, mais dont les enseignements méritent réflexion : quand sont détruits tous les moyens d’action, la vie religieuse apostolique féminine peut toujours écouter et compatir — une mission pour tous les âges et toutes les heures.

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Cette délégation conduite par Mgr Jean-Pierre Ricard, Président de la Conférence épiscopale de France, a été constituée pour répondre aux appels de la Conférence épiscopale du Congo et pouvoir ainsi partager au plus près, joies et inquiétudes, attentes et espérances des évêques congolais et des diverses communautés chrétiennes que nous avons rencontrées. En la basilique de Sainte-Anne de Brazzaville, Mgr Ricard disait : « Cette rencontre est placée sous le signe d’une visitation de l’Église de France à l’Église du Congo, et de l’échange d’expériences entre les Églises dans le contexte des relations passées et présentes entre les deux nations » ; et Mgr Kombo, Président de la Conférence épiscopale du Congo ajoutait : « Dans un processus conduisant de la tutelle d’autrefois au partenariat jusqu’à la fraternité espérée. »

Voici quelques éléments qui peuvent permettre de mieux situer les questions qui se posent à la vie religieuse en ce pays qui est parmi les plus endettés du monde. En effet, soixante-dix pour cent de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Et pourtant, le pays a des possibilités économiques raisonnables : pétrole, bois, variété des sols, des climats et des cultures, mais il est en proie à une gouvernance chaotique.

L’Église, telle que nous avons pu l’entrevoir dans nos visites des diocèses, est bien vivante dans ses communautés comme en témoignent les messes avec assistance nombreuse le matin en semaine, les célébrations de Sainte-Anne à Brazzaville, de Nkayi ou de Ouesso particulièrement vivantes, la mise en place de communautés ecclésiales de base à Pointe-Noire, les initiatives apostoliques auprès des cadres à Pointe-Noire, les actions en direction des enfants de la rue à Brazzaville.

Tous les diocèses ont été touchés d’une façon ou d’une autre par la guerre, avec pertes en vies humaines, destructions, pillages. Certains ont été plus particulièrement dévastés : Kinkala et Nkayi, et dans une moindre mesure Brazzaville. Pointe-Noire a dû accueillir des dizaines de milliers de réfugiés. Dans l’un ou l’autre diocèse, les orientations pastorales portent sur le développement de la culture de la paix et de la réconciliation dans un tissu humain et social abîmé, blessé.

Un regard sur la vie religieuse apostolique féminine

J’ai été profondément touchée par la présence et la place de la vie religieuse apostolique féminine ; elle a payé un lourd tribut aux guerres successives qui ont détruit presque en totalité les outils apostoliques : écoles, ateliers d’apprentissage, centres de santé. Par leur proximité avec les populations dans les quartiers et les villages, les religieuses sont profondément atteintes par les détresses physiques, psychologiques et morales, en particulier chez les enfants, les jeunes, les femmes. Pendant des mois, leur seule arme a été l’écoute et la compassion. Aujourd’hui, elles travaillent à reconstituer ce tissu social très abîmé. Elles reprennent des écoles délabrées, rétrocédées par l’État. Cette reprise est coûteuse à tous les niveaux (matériel, pédagogique, financier…).

Les jeunes qui pensent à la vie religieuse sont très fragilisées, voire traumatisées par les guerres. Malgré un « léger frémissement », c’est un tout petit nombre de jeunes qui se présentent, et un réel discernement est à faire. Leur plus grand défi à relever est sans doute de vivre les différences dans des communautés de vie fraternelle et d’en témoigner comme Bonne Nouvelle. Elles travaillent en inter-congrégations pour la formation des jeunes religieuses. Cette formation est essentielle pour enraciner une vie religieuse congolaise solide. Elles ont besoin d’être aidées financièrement pour diminuer le coût de ces formations. Elles réfléchissent ensemble sur des chantiers apostoliques qui leur apparaissent importants et elles ont le souci de chercher les moyens de subsistance pour une vie religieuse autonome dans laquelle elles peuvent vivre de leur travail. Leurs activités pastorales ne sont pas rémunérées, les salaires de celles qui ont un travail professionnel sont faibles. Il leur faut penser à des unités de production… Congrégations diocésaines et congrégations internationales se soutiennent. La recherche est à poursuivre pour une authentique vie religieuse congolaise s’appuyant à la fois sur ses atouts et ses fragilités.

Les religieuses du Congo Brazzaville, comme toutes les religieuses répandues à travers le monde ont conscience de leur mission de messagères de réconciliation et d’espérance. Et elles savent que ce projet, elles ne le portent pas seules, qu’elles font route avec un peuple de croyants aux traditions multiples qui a soif d’un monde réconcilié. Elles cheminent avec eux dans l’insécurité, la fragilité et le besoin d’une conversion du cœur permanente pour aimer sans exclure et chercher à faire la vérité.

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