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À propos d’un ouvrage récent

La vie religieuse apostolique depuis Vatican II. Un témoignage

Noëlle Hausman, s.c.m.

N°2005-2 Avril 2005

| P. 125-126 |

M. DORTEL-CLAUDOT. La vie religieuse apostolique depuis Vatican II. Un témoignage

Qui ne connaît le père Michel Dortel-Claudot ? Les instituts séculiers et religieux de toutes obédiences qui ont eu recours, depuis plus de quarante ans, à ses précieux services, dans l’aire francophone, croient savoir quelque chose de l’affabilité de l’homme, de la compétence du canoniste, du dévouement du prêtre, de la discrétion du jésuite. Mais ce petit ouvrage, parfaitement autobiographique, leur réserve quelques très bonnes surprises.

Quel régal de retraverser avec notre pionnier (au sens figuré, mais aussi – pourquoi pas ? –, au sens propre), « l’enthousiasme et l’assurance des premières années de l’aggiornamento » (de 1964 à 1973), « le moment de doute et des questionnements » (de 1974 à 1979), avant de nous retrouver devant « un travail clair à faire et des convictions à proposer » (de 1980 à 1986) ; surgit alors, « comme une parenthèse », le « trouble devant les réponses à apporter à l’interpellation des nouvelles pauvretés » et la « tentation de tout lâcher » (de 1987 à 1989) ; or, il s’agit d’« être attentif à tout signe d’espérance, si humble soit-il » (de 1990 à aujourd’hui). Cette périodisation n’est peut-être pas l’histoire d’un seul (comment ne pas nous rappeler ces fabuleux moments, quand on les a vécus ?), mais nous savons gré à l’expert d’une telle traversée de livrer, si simplement, ses convictions et ses doutes recommencés, ses tentations de se replier ailleurs, aussi. Il y a ici, plus qu’un témoignage banal, la confession d’une conviction profonde, née (remarquons-le) d’un questionnement toujours repris : « (Dieu) ne permettra pas que la vie religieuse apostolique puisse disparaître, y compris en France » (p. 72).

Très nuancé sur l’avenir des familles religieuses de fondation récente (« que le gros de la vie religieuse critique parfois injustement », p. 72), le texte s’achève sur une sorte de déclaration d’amour (mais oui !) qui fonde en réalité tout le cheminement :

« Je demeure convaincu qu’il y a place pour une vie religieuse plus conventuelle, attachée aux signes extérieurs ; et pour une vie religieuse plus apostolique, affichant une façade ordinaire mais très proche des gens bien ordinaires. Dans ma foi en la vie religieuse, j’aime et j’estime l’une et l’autre, mais je me sais appelé à servir davantage la seconde, parce qu’elle est celle que j’ai connue et aimée en premier, et depuis plus longtemps » (p. 73).

Il faut lire ces pages toniques, qui ne s’embarrassent jamais de la langue de bois (on reconnaît le locuteur), et contiennent plus d’une prise de position à méditer longuement – je pense en particulier à ce qui est dit de l’œuvre propre entendue comme apostolat communautaire [1], ou à l’exercice amusant qui fait distinguer les instituts séculiers des instituts religieux [2], ou encore, à la parole risquée sur « les nouvelles pauvretés et la vie religieuse apostolique [3] »…

Un terme caractérise cette relecture : il s’agit, depuis le début, de servir (p. 8) la vie consacrée, sous plusieurs de ses formes, mais surtout, ces congrégations « sans grande image de marque » auxquelles réserver « le meilleur » de soi-même » (p. 72). Ad multos annos, cher Père !

[1« Honnêtement, on doit bien admettre ceci : la forme concrète de l’apostolat des religieux c’est l’œuvre propre, c’est-à-dire celle dont la communauté religieuse reste responsable » (p. 49, et la suite ; voir aussi p. 35).

[2Aux pages 36-39.

[3P. 57 et s. Ainsi : « Le moment est peut-être venu… d’inventer de nouvelles réalisations de congrégation, de taille modeste, aux structures légères, pour y faire communautairement quelque chose de concret et d’immédiatement utile au profit des nouveaux pauvres » (p. 60).

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