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A propos d’un ouvrage récent

Au creux du rocher. Itinéraire spirituel et intellectuel. Mémorial

Véronique Fabre

N°2005-1 Janvier 2005

| P. 58-60 |

A. CHAPELLE, Au creux du rocher. Itinéraire spirituel et intellectuel d’un jésuite. Mémorial, Bruxelles, Lessius, coll. « Au singulier », 9, 2004, 20,5 x 14,5 cm, 184 p., 18,00 €.

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Albert Chapelle fut ordonné prêtre en 1956, en l’année du quatre centième anniversaire de la mort d’Ignace de Loyola. Ce « Mémorial » éclaire le caractère prophétique, missionnaire, ignatien et théologique de sa vie.

Le troisième an, qu’on appelle « l’école du cœur » dans la Compagnie de Jésus, fut déterminant quant à l’agir de Dieu sur l’auteur. « Tu me pris à l’écart, au creux du rocher […] C’est là que tu as décidé de ma vie intellectuelle, donc apostolique, en inscrivant en moi une de tes paroles. Je n’entendis rien et ne vis rien. Il n’y eut ni lumière, ni feu, mais je le sais, depuis lors, ce fut toi […] J’ignore ce qui en a été vu. La vie était fervente et simple. Et ta parole me fut donnée. Ou plutôt je reconnus la parole à laquelle tu m’avais convié. J’étais né pour cette parole que tu prononçais en moi quand tu m’unissais à toi. Parole que je ne savais ni entendre, ni dire. Mais je l’identifiais comme l’articulation et le rythme des Exercices spirituels » (p. 18-19).

Modelé par la Parole, l’auteur fut encore son envoyé. « Tu ouvris pour moi l’Écriture […] Tu m’envoyas en terres de mission : dans tous ces continents où la négation de toi se conjuguait avec les dons nouveaux reçus de toi pour l’humanité d’aujourd’hui » (p. 34).

L’une de ces terres de mission : Hegel. « Sous peine de me renier comme jésuite-prêtre-catholique et comme moi-même, je ne pouvais me penser comme Hegel s’était pensé. Mais était-ce une raison pour ne pas apprendre de lui ce qu’il pouvait me donner à penser de mon être, de ta vérité ? Il y faudrait traverser quelques précipices. Tu m’y guiderais. Il faudrait […] se laisser enseigner par sa part de vérité. Tu me la donnerais : c’était la compassion même du prêtre que tu étais en moi » (p. 26-27).

La vie divine ne se limite pas aux clartés intellectuelles, elle réside aussi dans nos profondeurs obscures, ainsi que dans les bouleversements de l’esprit devant la vérité, et enfin dans nos élans de communion, pour la vie de tous.

« Oui, la vie intellectuelle, c’était tout ceci que tu m’indiquais, Seigneur, comme la vérité que tu imprimais en moi toute vivante. Appelant en retour l’amour. Mais d’abord inscrit en moi comme le don que tu me faisais d’être moi-même pour toi comme et puisque tu étais ainsi le Verbe en moi (Contemplatio). Les mots manquaient pour dire cet afflux de certitudes aussi indélébiles qu’inarticulées. A travers ce mouvement et ce rythme des Exercices, tu t’étais prononcé en moi et pour moi, tu t’étais donné à articuler par moi. Et, en toi, ô Verbe de vérité, c’était avec toi le monde et moi qui se trouvaient ainsi prononcés, proférés. Il était bien sûr dès ce jour – et cela ne changea jamais – que j’avais à porter et à dire cette parole qui ne venait pas de moi, mais que j’étais en toi, par toi, pour toi […] C’était toi et c’était moi. Ainsi tu me donnais à l’Église et à la Compagnie. Par tout Ignace, mon père, pour ceux à qui tu me destinais et que je ne connaissais pas » (p. 22-23).

L’intuition première s’est déployée d’abord en de puissantes germinations intellectuelles, et plus tard, en de nombreux fruits ecclésiaux au service de l’humanité, en particulier pour la théologie aujourd’hui. « Le rapport entre les semaines des Exercices et les sens de l’Écriture m’a aidé à donner à l’Institut d’Études Théologiques de Bruxelles un certain nombre de références » (p. 98).

« Quand on dit que le sujet de la théologie est Dieu, on signifie par là qu’il ne s’agit pas de l’Église, pas non plus de l’Écriture. Écriture et Tradition sont les voies par lesquelles nous est donnée dans l’Église la révélation de Dieu. La révélation n’est pas l’objet de la théologie, mais Celui qui se révèle, Dieu même. Ce n’est même pas le Christ, sinon en tant qu’il est Dieu même, Fils de Dieu, Verbe de Dieu, Parole de Dieu lui-même parlant et aimant. Les contenus rationnels, les concepts utilisés ne sont pas la mesure de Dieu » (p. 155).

« La formation des prêtres est déterminée par leur ordination au ministère ecclésial : qu’ils puissent donner corps et forme, en eux et en leurs frères, au sacerdoce commun. Corrélativement la formation au sacerdoce baptismal de tous les fidèles se trouve indiquée dans la formation traditionnelle des pasteurs à la Parole, à la prière et aux sacrements, à la communion à Dieu » (p. 150).

Voilà un livre pour le xxie siècle. Il est à lire !

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