Un périodique unique en langue française qui éclaire et accompagne des engagements toujours plus évangéliques dans toutes les formes de la vie consacrée.

Le temps pascal

Pierre Piret, s.j.

N°2004-2 Avril 2004

| P. 114-118 |

Le temps pascal s’étend sur cinquante jours, de Pâques à la Pentecôte. Il célèbre « le premier jour de la semaine », jour unique de la Résurrection qui intègre tous les temps et les conduit jusqu’à leur fin.

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Les cinquante jours

La liturgie de l’Église déploie le temps pascal sur cinquante jours. Elle suit l’enseignement de saint Luc, dans les Actes des Apôtres (cf. Ac 1, 1 – 2, 41).

Le jour de Pâques célèbre la victoire de Jésus sur la mort et le péché, sa présence à l’Église, son autorité dans l’annonce et le don du salut. Ainsi, « après sa passion, il se montra vivant » aux apôtres « et le leur prouva de maintes façons, leur apparaissant pendant quarante jours et leur parlant du Royaume de Dieu » (Ac 1, 3).

Habitués à le reconnaître apparaissant et disparaissant à leur vue, les disciples sont en même temps formés par le Seigneur à le reconnaître dans la foi (cf. Jn 20, 28-31). Alors, « une nuée le dérobe à leurs regards » (Ac 1, 9). La liturgie de l’Ascension célèbre l’entrée de Jésus au ciel, sa session à la droite du Père. C’est de cette façon que toujours il vient et qu’il viendra encore au milieu de nous (cf. Ac 1, 10-11, la parole des anges) : en attirant l’humanité vers son Père pour la vie éternelle (cf. Jn 3, 14-15), en laissant le Père l’attirer à lui avec tous les siens.

Cet acte unique du Christ et de son Père à l’égard de l’humanité devient aussi l’acte de l’humanité à l’égard de Dieu grâce au don de l’Esprit Saint. La Pentecôte célèbre la mission de l’Esprit Saint, source à la fois de notre intimité avec le Seigneur (cf. Jn 14, 25) et de l’expansion de l’Évangile à travers les temps et les espaces humains (cf. Ac 1, 8).

Alors que la liturgie du Temps ordinaire reprend son cours dès le lendemain de la Pentecôte, l’Église célèbre, le dimanche suivant, la Sainte Trinité. La référence au Fils de Dieu, le Seigneur confessé le jour de Pâques, la référence au Père, le jeudi de l’Ascension, et celle à l’Esprit Saint, à la Pentecôte qui clôt la cinquantaine pascale, sont rassemblées dans la confession indivisible de la Trinité sainte de Dieu. Une semaine plus tard, la foi chrétienne se concentre sur la présence tangible du don de Dieu : c’est le dimanche du Saint-Sacrement, que suivra le vendredi du Sacré-Cœur de Jésus.

Le premier jour de la semaine

Les quatre évangiles (celui de saint Luc y compris) insistent sur la Résurrection au « premier jour de la semaine » (Mt 28, 1 ; Mc 16, 2 ; Lc 24, 1 ; Jn 20, 1). C’est « à l’aurore » dit Matthieu (« le soleil se levait » : Mc ; c’était « de très bonne heure » : Lc ; « il faisait encore sombre » : Jn), que « Marie de Magdala » (cf. Jn) et « l’autre Marie » (cf. Mt), que des femmes (cf. Mc, Lc) viennent au tombeau. Luc et Jean mentionnent, après l’apparition de Jésus à Marie de Magdala ou aux femmes, l’apparition de Jésus à ses disciples, « le soir du même jour » (Jn 20, 19. Cf. Lc 24, 13.29.33).

Une Révélation de la Trinité par le Ressuscité semble parcourir ce même et unique jour, le premier de la semaine. Certes, l’apparition de Jésus à Thomas accompagnant les autres apôtres est décrite le dimanche suivant (cf. Jn 20, 26), mais elle concerne le passage de la vision des témoins à la foi de tous les chrétiens. Certes, l’apparition de Jésus en Galilée (cf. Mt 28, 16-20), ses diverses apparitions et son enlèvement au ciel, relatés dans la seconde finale de Marc (cf. Mc 16, 9-20), de même que le récit de Luc à ce propos (cf. Lc 24, 50-53), insinuent une période plus longue – que détermine le livre des Actes. Toutefois, aucun des évangélistes ne mentionne d’autre date précise que « le premier jour de la semaine ». Ce jour de la Résurrection, s’il se déploie de Pâques à la Pentecôte (cf. Ac), est aussi l’unique temps qui intègre tous les temps jusqu’à leur fin. Matthieu termine son évangile par ces paroles du Seigneur : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la consommation du siècle » (Mt 28, 20).

Le Père, le Fils et le Saint-Esprit

Quelle révélation de la Trinité le Seigneur Jésus livre-t-il dans le jour unique de sa Résurrection ?

Selon Jean. « Ne me retiens pas ainsi », dit Jésus à Marie de Magdala, « car je ne suis pas encore monté vers le Père ; mais va trouver mes frères, et dis-leur : je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu » (Jn 20, 17). « Le soir du même jour, le premier de la semaine » (Jn 20, 19), Jésus se place au milieu des disciples : « Paix à vous ! Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et leur dit : Recevez l’Esprit Saint ; les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez » (Jn 20, 21-23). Je ne suis pas encore monté vers le Père, je monte vers mon Père, votre Père… L’enlèvement et la session de Jésus auprès de Dieu (cf. Lc et Mc) est, selon Jean, une montée vers le Père – d’où le vocable liturgique de l’Ascension – dans laquelle Jésus entraîne les siens. L’envoi de Jésus par le Père se poursuit dans l’envoi des disciples par Jésus et le don de l’Esprit qui sanctifie.

Selon Luc. Jésus paraît au milieu des « Onze et leurs compagnons », à Jérusalem (Lc 24, 33). « Pour moi, voici que je vais envoyer sur vous ce que mon Père a promis. Vous donc, demeurez dans la ville, jusqu’à ce que vous soyez revêtus de la force d’en Haut » (Lc 24, 49). La promesse faite par le Père est reprise et sera prochainement réalisée par Jésus ; elle concerne l’Esprit Saint, « la force d’en Haut » qu’il convient d’attendre en veillant.

Selon Matthieu. Sur la montagne de Galilée, Jésus, s’approchant, parle aux Onze en ces termes : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez donc. De toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit, leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit » (Mt 28, 18-20). La formule liturgique du baptême au nom de la Trinité semble postérieure à celle du baptême au nom de Jésus Christ (cf. Ac 2, 38 ; 8, 16 ; 10, 48 ; 19, 5 ; 22, 16). Matthieu la fait entendre de Jésus ressuscité, sur la montagne de Galilée : la présence « tous les jours jusqu’à la consommation du siècle » (Mt 28, 20) est bel et bien confirmée par cette identification de la parole et du geste de l’Église à l’ordre de son Seigneur.

Selon Marc. Aux derniers versets de l’évangile : « Or le Seigneur, après leur avoir parlé ainsi, fut enlevé au ciel et s’en alla siéger à la droite de Dieu. Pour eux, ils partirent prêcher partout avec l’assistance du Seigneur qui confirmait la Parole par les signes qui l’accompagnaient » (Mc 16, 19-20).

L’Évangile de Jésus

Le Seigneur Jésus ressuscité n’apparaît ni à Pilate, ni aux grands prêtres et aux pharisiens. Selon les quatre évangiles, il apparaît aux femmes ; il les rend messagères de la résurrection auprès de ses disciples, avant d’apparaître à ceux-ci – et éventuellement leur reprocher leur incrédulité (cf. Mc 16, 14).

Jésus peut apparaître à celles qui ont contemplé la croix (cf. Mt 27, 55) et le sépulcre lors de son ensevelissement (cf. Mt 27, 61) et au jour suivant, le premier de la semaine (cf. Mt 28, 1). La relation de la « Femme » et du disciple est établie, selon Jean, par Jésus en croix : il s’agit de « sa mère » et du « disciple bienaimé » (cf. Jn 29, 25-26).

Le texte de Marc présente deux finales. La première semble réclamer un complément. Après avoir entendu le message du « jeune homme vêtu d’une robe blanche » (Mc 16, 5), les femmes « sortirent alors et s’enfuirent du tombeau, car elles étaient toutes tremblantes, hors d’elles-mêmes. Et elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur » (Mc 16, 8). Si les femmes se turent, comment entendrons-nous l’Évangile du salut, sinon en relisant le texte de Marc depuis son début ? La crainte de Dieu qui suspend toute parole humaine ne renvoie-t-elle pas à l’inspiration divine de l’écrit dès son premier verset ? « Commencement de l’Évangile de Jésus Christ, Fils de Dieu » (Mc 1, 1).

Matthieu aussi laisse comprendre que la lumière pascale illumine la rédaction et l’audition de son écrit. Celui que l’« Ange du Seigneur » au « vêtement blanc comme neige » (Mt 28, 2-3) dénomme « Jésus, le Crucifié » (Mt 28, 5) sera appelé « Seigneur » par ses disciples tout au long du premier évangile.

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