Un périodique unique en langue française qui éclaire et accompagne des engagements toujours plus évangéliques dans toutes les formes de la vie consacrée.

« Où sera la vie consacrée demain ? »

Qui peut le dire ?

Sylvie Robert

N°2003-1 Janvier 2003

| P. 37-46 |

Très proche de l’expérience vécue et en posture de discernement des vocations (qui est la sienne comme maîtresse des novices), la contribution de Sœur Robert propose une analyse de la situation actuelle de la vie religieuse « classique » (en contraste avec celle des « communautés nouvelles ») examinant successivement l’expérience spirituelle constituante, la dimension du groupe, le rapport à une tradition et la place des médiations. C’est une hypothèse qui est développée et qui a le mérite d’ouvrir au dialogue. De plus, elle est en prise avec la situation actuelle de l’Église dans la société (si souvent souffrante et en « déficit d’humain ») et donc propose une relecture de ce qui est constitutif de notre vie religieuse apostolique en « résonance » d’humanisation avec nos frères et sœurs d’aujourd’hui.

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Où sera la vie consacrée demain ? Qui peut le dire ? Je dois avouer d’emblée que je ne suis pas très à l’aise avec tout ce qui peut ressembler à de l’ecclésio-fiction ! Et pourtant, est-il possible de ne pas se préoccuper de l’avenir ? Mais alors, à partir de quoi regarder cet avenir, sinon à partir de ce que l’aujourd’hui donne déjà à entendre ? Si nous souhaitons garder le souci d’un regard forgé au discernement, c’est bien sur le réel d’aujourd’hui que nous aurons à nous pencher.

Ce regard vers demain, je le porterai donc sans quitter le lieu qui est le mien. J’appartiens à une congrégation religieuse de type « classique », de vie apostolique, fondée au xixe siècle, sans institutions, de spiritualité ignatienne, internationale, et qui a vécu l’ aggiornamento. J’y suis actuellement chargée de la formation des novices, en lien avec d’autres congrégations ignatiennes ou de spiritualités diverses, toutes de types « classique ». Je fais ce travail en m’intéressant aussi, en tant que théologienne, aux questions de théologie de la vie religieuse.

Le réalisme et la conscience de la responsabilité que nous prenons lorsque nous accueillons des jeunes dont l’avenir est en jeu me conduisent à adopter d’abord un point de vue démographique ; nous le savons bien, la démographie est une réelle question pour la vie religieuse classique ; du côté des instituts de fondation plus récente, apparentés à la vie monastique, ou des communautés nouvelles qui sont en expansion, même s’il y a, en même temps que beaucoup d’entrées un nombre important de départs, parfois fort difficiles, cette question de démographie ne se pose pas actuellement.

En espérant que cela ne revêt pas une allure défensive, j’ai donc fait le choix de m’arrêter, dans ce paysage d’ensemble, sur un constat : même en diminution numérique, la vie religieuse classique continue d’attirer. Pourquoi en est-il ainsi ? Comment se trouve-t-elle située et marquée par les courants qui constituent l’éclatement du paysage religieux ? Voit-on poindre quelque chose d’une nouveauté en germe ? Je réserverai pour le terme de cette réflexion quelques notes ayant trait au discernement étant donné tout cela.

Il y a encore des novices...

Même en diminution et en infériorité numérique par rapport à d’autres groupes, la vie religieuse classique continue à exister et à attirer. Il vaut peut-être la peine de s’en étonner, alors que souvent l’heure risque d’être à la lamentation ou à la culpabilisation !

Dans un contexte où le « spirituel » est partout, soit comme dimension vague, comme « potentiel » que les techniques de « développement personnel » cherchent à intégrer, soit comme richesse retrouvée et cherchée dans d’autres traditions religieuses, en tout cas ailleurs qu’en christianisme, dans un contexte où fleurissent d’autre part des fondations nouvelles qui proposent des formes variées d’engagement et en sont à une phase d’institutionnalisation, c’est un fait, la vie religieuse classique ne s’éteint pas. Certaines congrégations disparaissent ou sont en voie de s’éteindre ; d’autres continuent malgré tout à accueillir de nouveaux membres. Des jeunes et moins jeunes demandent à y entrer, qui ne sont pas sans une étoffe humaine, sans une vitalité déjà éprouvée, sans une forte expérience de Dieu. Et s’ils frappent à la porte de nos congrégations, ce n’est pas non plus parce qu’ils ne connaîtraient pas d’autres formes de vie communautaire – certains ont même fait des passages, parfois assez longs, dans des communautés nouvelles ou ont connu d’autres formes d’engagement : c’est le cas par exemple de ceux qui, après un temps de séminaire, parfois même après l’ordination presbytérale, se tournent vers la vie religieuse.

Certes, des instituts s’éteignent, parfois en sachant être très vivants jusqu’au bout, et c’est sagesse. D’autres accueillent encore de manière trop isolée, sans avoir démographiquement le moyen d’offrir un avenir à des plus jeunes, ce qui pose une redoutable question. Mais la vie religieuse classique ne disparaît pas, alors qu’elle aurait toutes les raisons de le faire. Et même, des laïcs, qui pourraient trouver peut-être plus facilement des formes d’engagement dans des communautés nouvelles, s’adressent à des congrégations religieuses pour leur être associés.

Pourquoi en est-il ainsi ? Ne serait-ce pas à cause d’une constellation particulière que forment, dans la vie religieuse classique, l’expérience spirituelle, la dimension de groupe, le rapport à une tradition et à des médiations ?

Une expérience spirituelle constituante

Est-il permis de risquer une hypothèse, qui serait certes à vérifier avec le regard de personnes plus compétentes en matière de connaissance des communautés nouvelles ? Peut-être faut-il prendre particulièrement au sérieux l’expression « communautés nouvelles », en l’appliquant ici tant aux instituts de fondation récente comme les Fraternités monastiques de Jérusalem, les Sœurs de Bethléem ou les Frères et Sœurs de Saint-Jean, qu’aux communautés de type charismatique. Parler de « communautés nouvelles », c’est souligner deux composantes : celle du groupe et celle de la jeunesse.

Entre la vie religieuse classique et ces communautés nouvelles, le rapport de l’expérience spirituelle au groupe me paraît être différent. Le nombre, déjà, permet de le dire, et c’est aujourd’hui un indice non négligeable. Les communautés nouvelles font nombre, cela n’a jamais été vraiment le cas de la vie religieuse, sauf exceptionnellement au xixe siècle. La coexistence de plusieurs états de vie, avec une possibilité d’engagements diversifiés, tout comme, à d’autres égards, la place et le soin donnés à la prière liturgique disent l’importance du groupe dans les communautés nouvelles. Cette dimension du groupe peut y être première. Pour certains, peut-être pour beaucoup, c’est elle qui a attiré : on se sent bien dans le groupe, on y fait une expérience, puis on y entre. D’ailleurs le groupe s’est constitué autour d’une personnalité dont le charisme de rassembleur est indéniable. Au sein de la communauté, il est possible de vivre pleinement la vie fraternelle sans d’autres dimensions qui font partie de la vie religieuse classique comme les vœux, la consécration, l’engagement définitif : c’est dire que le groupe est en quelque sorte prépondérant ou du moins englobant par rapport à ces autres composantes. Sans doute les risques de dérives sectaires qui ont pu guetter ou atteindre davantage ces communautés nouvelles sont-ils en rapport avec la place considérable du groupe dans ce genre de vie.

Dans la vie religieuse classique, où le groupe est moins attrayant et souvent moins visible au quotidien, ce n’est pas l’attrait pour un type de service ou pour une congrégation propre qui est l’étincelle de départ, la source et le lieu de l’appel comme de la réponse, c’est l’expérience spirituelle et elle seule, sinon cela ne tient pas. Nous faisons alors une expérience propre et originale de lien social : nous ne sommes liés ensemble dans le corps religieux que nous formons par rien d’autre que par un appel commun, une expérience spirituelle, un engagement pris par chacun envers Dieu. La manière dont la Compagnie de Jésus a pris forme en serait un exemple très clair, c’est l’expérience spirituelle devenue commune et c’est la mise en place, à partir de là, de médiations pour que le groupe trouve sa cohésion et perdure, qui constitue le groupe. Dans le choix de la vie religieuse, l’esprit se cherche un corps, pour reprendre la très belle expression de Dominique Bertrand [1] ; l’appel qui se fait entendre est très généralement appel à la vie religieuse, puis se pose la question : où et comment le mettre en œuvre ? Si l’on reprend les catégories de l’initiation, qui peuvent convenir à la vie religieuse, moyennant la reconnaissance de son originalité, le caractère « clanique » est plus fortement marqué dans le cas des communautés nouvelles.

En même temps que cette place donnée au groupe, ces communautés sont dites « nouvelles », leur jaillissement a tendance à accorder moins de place aux médiations et à l’institution, ou, lorsque vient le moment de l’institutionnalisation, elles se trouvent sans encore de tradition ; de fait, on les voit chercher à quelle tradition se rattacher ou faire appel parfois à plusieurs traditions spirituelles. Comme l’a remarqué Thaddée Matura, on constate que la nouveauté prend souvent l’allure d’un « retour à un certain passé » – regardons par exemple le style de costume qui est pris : alors qu’il y aurait la possibilité d’inventer puisque l’on n’a pas de tradition, voile, robe longue et scapulaire réapparaissent. L’appel et l’attachement à ces formes anciennes dont le caractère extérieur et visible se remarque ne serait-il pas l’expression d’une carence de tradition, avec le risque d’assimiler tradition à extériorité repérable ?

La vie religieuse classique, qui articule différemment expérience spirituelle, appartenance, tradition et médiations correspond peut-être secrètement à une des aspirations, légitime et sans doute bénéfique, de l’individualisme ambiant, celle de n’être socialisé qu’en étant fortement individualisé.

Mais il est clair que cela suppose – et c’est peut-être une des conditions pour qu’une congrégation de type classique dure et continue à s’ouvrir à de nouveaux membres – une spiritualité vigoureuse. Peut-être une trop grande polarisation sur la recherche du charisme propre, en termes de tâche ou de type de population privilégiée, a-t-elle occulté cela ; il y aurait aujourd’hui, me semble-t-il, à développer l’intérêt pour nos spiritualités, avec leur caractère structurant pour les individus et pour le corps religieux que nous formons, plus qu’à s’en tenir à la définition ou redéfinition de charismes sans intégrer cette profondeur d’une spiritualité et en cherchant à spécifier chacune des congrégations existantes. Quand des laïcs viennent aujourd’hui frapper à la porte des congrégations, c’est une spiritualité au sens fort du terme que la plupart du temps ils cherchent. Et cette demande est également frappante de la part de ceux et celles qui demandent à entrer au noviciat.

Mais si avec eux la vie religieuse poursuit son chemin, c’est vers eux qu’il s’agit maintenant de se tourner davantage.

La marque de l’époque

Comment la vie religieuse classique perdure-t-elle actuellement ? C’est d’abord en étant minoritaire, ce qui signifie que la formation est très fortement individualisée. Être seul au noviciat a des incidences qu’il s’agit de mesurer. Cela engendre en effet des formes de fixation affective, sur le responsable de noviciat comme sur le novice ! L’absence de dialogue avec des pairs comme l’investissement fait par la congrégation pour la formation d’une personne unique renforcent l’individualité sans favoriser la dimension socialisée de la formation et peuvent faire peser un poids assez lourd sur celui ou celle qui, plus ou moins consciemment, peut être regardé ou se voir comme une pièce non négligeable pour ne pas dire comme la pièce maîtresse de l’avenir de la congrégation ! Qui plus est, ceux et celles qui demandent à entrer se présentent de plus en plus avec des parcours « atypiques » : on voit arriver des personnes de tous âges ; certaines, marquées par le contexte de sécularisation, ont fait très tardivement une expérience spirituelle décisive qui les amène à se poser la question de la vie religieuse. Et les expériences antérieures originales ne manquent pas – expériences religieuses diverses avec influences fortes d’autres traditions, parcours humainement et socialement chaotiques par exemple. Il est sûrement beaucoup plus difficile de faire aujourd’hui une typologie des demandes d’entrée, car chacune représenterait presque à elle seule un type ! Tout cela renforce la nécessité d’une adaptation à chaque personne pour sa formation, et la prégnance de l’individualité s’en trouve du coup encore accentuée.

Tout ce que l’on peut peut-être dire à très grands traits, c’est que les personnes qui demandent à entrer dans les noviciats sont, paradoxalement, à la fois vraiment en distance par rapport aux courants spirituels qui accordent une très grande importance au groupe et à son ambiance et tributaires d’attentes de même type. A la fois en fort décalage par rapport à leur génération et bien de leur temps, qui n’est pas exactement le nôtre ! En effet, entrer aujourd’hui dans la vie religieuse classique, c’est se démarquer de ce qui est majoritaire dans la société mais aussi de ce qui a du succès comme groupes d’Église. L’heure n’est plus à l’épreuve de l’enfouissement qu’ont connue leurs devanciers mais à celle de la marginalisation : entrer dans la vie religieuse, c’est faire un choix qui marginalise, de tous points de vue. Or cela peut entraîner un renforcement de l’individualisation mais aussi faire resurgir une forme souvent moins consciente d’idéalisation de la vie religieuse, là même où cependant on affirme de plus en plus nettement et à juste titre que la vie religieuse ne représente pas une supériorité par rapport au mariage.

Mais cette marginalisation ne va pas sans correspondances ou affinités avec ce qui est dans l’air du temps, au moins en trois lieux qui sont en outre des lieux cruciaux de la formation. Le premier lieu est celui de l’affectivité : c’est tout particulièrement aujourd’hui un travail réel et de longue haleine que de passer d’une affectivité de surface omniprésente et envahissante, à tendance fusionnelle, à l’affectivité profonde, ce lieu où Dieu me meut, ce lieu de l’altérité intérieure, où se forge véritablement ouverture à Dieu et à autrui, pour le dire autrement, l’affectivité est fort souvent vécue de manière plus narcissique que relationnelle. S’ensuit une réelle difficulté à passer, dans la vie commune et dans l’appartenance, de « je » au « nous ». Enfin, le troisième trait le plus apparent me paraît être la requête du droit aux tâtonnements, dans une conscience très forte de l’inachevé, du provisoire et avec une interrogation sur la possibilité d’une durée.

A travers tout cela, peut-on dire que l’on verrait une nouveauté germer ?

Nouveauté ou renouvellement ?

Peut-être faut-il d’abord s’interroger sur les recherches de nouveauté... Si l’ aggiornamento a moins fait apparaître du neuf qu’il n’a opéré de salutaires ruptures par rapport à certaines formes du passé, est-ce seulement faiblesse ou manque d’imagination ? La recherche de nouveauté est-elle si féconde qu’elle le laisse espérer ? La référence à l’initiation a un intérêt majeur : elle oriente vers une attention à porter sur le renouvellement plus que sur le neuf. Initier, c’est se laisser renouveler par l’arrivée d’autres ; c’est moins chercher du neuf que laisser se raviver la vitalité spirituelle qui nous anime.

Et si l’on tente de continuer à se situer dans la ligne d’un certain réalisme, le petit nombre et le caractère minoritaire joints au fait que la vie religieuse apostolique est finalement assez peu connue et que c’est de moins en moins à elle que l’on fait appel pour de grandes opérations, changent les données. C’est sans doute le creuset d’un rapport nouveau à la mission. Si l’annonce est redevenue essentielle, elle ne peut avoir la prétention de couvrir la totalité des besoins ; nous sommes alors conduits à regarder davantage la mission comme lieu de rencontre et de résonance, comme lieu de contemplation du Dieu qui déjà travaille avant même que nous soyons là et là où l’on ne nous attend pas, où l’on n’a pas d’abord besoin de nous.

Peut-être alors s’agit-il surtout de regarder comment certaines des dimensions de notre vie religieuse, qui en sont constitutives et qui sont pour nous en travail, entrent en résonance avec des points sensibles aujourd’hui, qui ont un fort impact d’humanisation. Quelles dimensions ? J’en retiens quatre.

Celle de l’altérité, d’abord. Notre vie religieuse me paraît avoir vocation et mission d’altérité : le Dieu qui nous appelle est foncièrement autre, Il nous invite à une alliance marquée d’une dissymétrie radicale, la relation à Lui est pour nous le moteur de l’ouverture à tout autre en même temps que ce qui nous lie à d’autres dans notre Institut : nous ne pouvons échapper à ce travail de l’altérité. Est-il aussi fort dans des communautés nouvelles où la part du groupe et de son ambiance a une place très prégnante ? Ce n’est pas si sûr. Or, pour nous comme pour nos contemporains l’accès à l’altérité est un labeur – ne peut-on en effet reconnaître dans nos sociétés une difficulté forte à la vivre, perceptible entre autres dans l’individualisme, dans les replis identitaires, dans une certaine confusion des sexes et des générations, dans les avatars de la communication ?

En second lieu, notre vie religieuse me paraît avoir à être témoin de l’Incarnation du Verbe, tandis qu’aujourd’hui le corps est facilement malmené, surmené dans une vie très active, idéalisé par la publicité, entouré de manière réductrice par des recherches de bien-être, détaché de sa parole et de sa mémoire dans la manière de vivre la sexualité, sublimé par des courants spirituels : il ne suffît pas pour le prendre en compte spirituellement d’introduire des gestes dans la prière collective, et notre vie religieuse, profession de vivre selon des vœux qui engagent notre corps, est lieu où la vérité de notre relation à Dieu s’incarne et incarne.

Constitutivement, elle a encore partie liée avec le temps sous ses aspects de durée pour la croissance et d’engagement, alors que ce rapport au temps se modifie, se cherche aujourd’hui, dans une conscience forte de la fragilité de toute chose.

Enfin, la vie religieuse est lieu où peut-être l’institution et les médiations qu’elle suppose peuvent retrouver une force vitalisante, en un temps où l’institution n’est pas ce qui attire de soi la confiance !

Mais elle ne peut être désormais apostolique et vivante si, devant la diminution numérique, elle ne se réorganise. Une recomposition des équilibres est en cours ; elle est nécessaire de manière encore plus vaste ; tous les instituts existants ne pourront survivre, ni survivre de la même manière ; les modifications d’équilibres géographiques et démographiques sont considérables, elles appellent à des recompositions, du paysage d’ensemble comme du paysage de chaque institut, qui, elles, sont encore pour une grande part à inventer.

Sans doute est-ce tout autant la situation de la vie religieuse que des tendances plus marquées chez les plus jeunes qui commandent les évolutions.

Le dernier mot peut donc revenir maintenant au discernement.

Si l’on entend par là le discernement des vocations, il est clair qu’un discernement se fait de lui-même étant donné la situation nouvelle que connaît aujourd’hui la vie religieuse apostolique. Le choix de la vie religieuse se fait aujourd’hui dans un contexte où bien d’autres sollicitations et possibilités existent. Ceux et celles qui frappent à la porte des noviciats ont déjà derrière eux tout un parcours. Il y a à vérifier comment cette expérience humaine a été relue, mais elle offre déjà des éléments de discernement. Il est aussi tout particulièrement souhaitable que les candidats aient une conscience claire de la situation de la vie religieuse dans laquelle ils entrent.

C’est dire que les congrégations ont à faire un discernement courageux pour savoir si oui ou non elles sont à même d’accueillir, si elles peuvent ou non offrir un avenir à des plus jeunes.

Mais plus encore, dans le contexte qui est le nôtre, je crois que nous avons à entendre la richesse du discernement ignatien et à ne pas craindre de l’exploiter en profondeur et d’en offrir le trésor à l’Église, étant donné l’équilibre qui le constitue. Les ignatiens ont peut-être à entendre l’interrogation que leur adresse le simple fait que beaucoup de communautés nouvelles sont nées à partir du tronc dominicain. Ils me semblent rappelés alors à leur responsabilité à la mesure de la grâce qui leur a été faite. En effet, le discernement est une chance pour trouver sa liberté en alliance, en la recevant d’un autre, à partir d’une rencontre de Dieu dans le réel, sans évasion, en faisant descendre jusqu’à ce point de l’affectivité où s’entend la Parole d’un autre et où s’ouvre le dynamisme au service d’autres, en Église ; il donne de vivre l’expérience la plus personnelle qui soi, en la laissant épanouir les capacités humaines de relation. N’est-ce pas particulièrement précieux aujourd’hui ?

Actuellement maîtresse des novices de sa congrégation et enseignante à la Faculté Catholique de Lyon ainsi qu’au Centre Sèvres de Paris. Elle a déjà publié deux travaux importants en spiritualité : Une autre connaissance de Dieu - Le discernement chez Saint Ignace de Loyola, Cerf, Paris, 1997, et L’itinéraire mystique d’une femme (Marie de l’Incarnation, ursuline), Cerf, Paris, 1993.

[1Voir son livre sur les Constitutions de la Compagnie, intitulé Un corps pour l’Esprit, coll. « Christus », Paris, DDB, 1974.

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