Un périodique unique en langue française qui éclaire et accompagne des engagements toujours plus évangéliques dans toutes les formes de la vie consacrée.

Chronique d’Écriture Sainte

Nouveau Testament

Véronique Fabre

N°2000-6 Novembre 2000

| P. 409-413 |

Brièveté, due à la rareté des livres envoyés à la rédaction, mais clarté des appréciations, c’est une très courte chronique qui vient clôturer notre année bibliographique, en attendant la « Revue des revues » du Père Jacobs au numéro de janvier 2001.

Après la chronique vétérotestamentaire nourrissante du dernier numéro de Vie Consacrée, notre chronique du Nouveau Testament se limite à quatre ouvrages, deux sur Jésus, et deux autres traitant de sujets particuliers : l’argent dans la Bible (avec une place non négligeable accordée à l’Ancien Testament) et les fondements scripturaires du ministère du diaconat.

La collection « Connaître la Bible » fait paraître sous le n° 16/17 un double volume dont le titre est explicite : Avec Jésus à contre-courant. Il s’agit de la traduction du livre portugais de Carlos Mesters, publié en 1995 pour sa 5e édition, au Brésil [1]. L’auteur, exégète, présente une synthèse vivante et originale de la démarche de Jésus de Nazareth, à contrecourant de la religion officielle et de la société de son temps. Pour ce faire, il considère successivement la vie à Nazareth, le premier impact de la Bonne Nouvelle, comment elle s’incarne dans une communauté, la mission, et enfin la crise, la défaite et la victoire : Jésus est obéissant au Père et fidèle aux pauvres, jusqu’à la mort sur la croix. Dès le début, la visée de l’ensemble est claire : « Dans toute cette recherche sur Jésus, la question suivante doit être présente : Qui est Jésus pour moi ? Qui suis-je pour Jésus ? » (p. 9). Le texte, pétri de références bibliques, dénote un fort engagement dans l’Église brésilienne et n’en est que plus interpellant : « suivre Jésus » aujourd’hui conduit à « ramer à contre-courant et aller en sens interdit » (p. 78).

Le second ouvrage sur Jésus n’est pas œuvre d’exégète puisqu’il est écrit par les écrivains et cinéastes, G. Mordillat et Jérôme Prieur [2], qui ont enquêté pendant sept ans avant de réaliser la célèbre série Corpus Christi pour la télévision. Pourquoi le faire entrer dans une chronique biblique ? Pour la simple raison que ce livre est une lecture du Nouveau Testament, et tout particulièrement des récits de la Passion et de la Résurrection. Les titres des sept chapitres sont éloquents : Inconnu - Crucifié - Enseveli - Ressuscité - Apparu - Échangé - Livré. Mais la lecture se veut extérieure à l’expérience de l’Amour révélé dans la Parole de Dieu. Il s’ensuit des dichotomies douloureuses entre foi et histoire, entre foi et raison. L’accomplissement est réduit à une historicisation et la tradition à une habitude. Le dessein de salut divin est totalement évacué puisque tout est passé au crible de notre vision purement humaine. En ce sens l’ouvrage est performant : très documenté, il présente de bonnes synthèses historiques (par exemple sur « l’exégèse et la critique » p. 44 à 48) et n’hésite pas à aborder toutes les questions possibles et imaginables. Mais quelle illustration de notre aveuglement annoncé par Isaïe et repris par Jésus en Mt 13, 14 : « Vous avez beau entendre, vous ne comprendrez pas ; vous avez beau regarder, vous ne verrez pas ! »

Un petit livre vient au bon moment accompagner le Jubilé de l’an 2000 : L’argent dans la Bible [3]. Le sous-titre nous en donne dès le début la visée : Ni riche ni pauvre. L’auteur, doyen de la faculté de théologie de l’Institut Catholique de Toulouse, théologien et bibliste, réhabilite la pauvreté comme une véritable attitude spirituelle. Le moyen choisi est de parler clairement de l’argent souvent considéré comme un sujet tabou, et d’interroger la Bible. Déjà dans l’Ancien Testament, et davantage encore dans la bouche et les attitudes de Jésus, une tension ne cesse de se manifester entre la valence positive des richesses et de l’argent et leur dimension d’épreuve, de danger. La pauvreté est un scandale, et pourtant les pauvres sont heureux ! Ce livre est un véritable chemin spirituel pour nous amener au plus profond : « L’utilisation de l’argent ne relève pas seulement de la morale mais de la foi... En servant Dieu on consent à sa dignité - plus qu’à son statut - de fils de Dieu et de frère, et on communie au monde de Dieu qui est celui de la dépossession et du don » (p. 140 et 141). Exigence du don, exigence aussi de gérer son argent de manière responsable : l’auteur propose de nouvelles alternatives en ce sens. Enfin est abordée la pauvreté comme signe, viennent alors des paroles très fortes qui sonnent étonnamment justes en cette fin de parcours...

Quel serviteur ? [4] Tel est le titre d’un ouvrage voulant offrir au diacre d’aujourd’hui les moyens de se tourner vers son passé littéraire et biblique pour le déchiffrer. Le diakonos de la littérature grecque et du judaïsme hellénistique est tantôt un messager, tantôt un serviteur de la table, tantôt un fonctionnaire de la cité, tantôt un intermédiaire, mais toujours tourné vers son Maître et à sa disposition. Le Nouveau Testament révèle alors un visage original du serviteur selon les différents écrits : pour Paul, c’est un héraut de la Parole ; en Matthieu et Marc, il est celui qui sert le Maître et qui s’abaisse ; Luc et Jean le contemplent à la table du repas. L’articulation de ces divers aspects réside dans le Christ : en lui, le serviteur est avant tout un ministre du Père en son dessein de salut, si bien que dans la communauté primitive, le diakonos apparaît d’abord comme ministre au service des apôtres, prolongeant ainsi le ministère du Christ. Et l’auteur d’en venir au temps d’aujourd’hui : « Il faut peut-être encore du temps pour que l’Église accorde à de nouveaux ministres la possibilité de rendre plus visible le ministère du Christ serviteur aux yeux de la communauté croyante et aux yeux de la société. Cependant les diacres et les communautés chrétiennes demandent que soit mieux perçu le signe sacramentel reçu par le ministère de l’évêque. Il nous interroge tous sur notre façon de vivre l’Église dans sa relation au monde et dans son service des pauvres » (p. 184). Ce beau livre, étayé de tableaux éclairants, intéressera donc non seulement les diacres, mais aussi tous les membres des communautés chrétiennes.

Véronique Fabre, née en 1956, a enseigné les mathématiques et est assistante en théologie biblique à l’Institut d’Études Théologiques (I.E.T.) de Bruxelles.

[1C. Mesters, Avec Jésus à contre-courant, Coll. « Connaître la Bible » 16/17, Bruxelles, Lumen Vitae, 2000, 21 x 15, 112 p., 380 BEF.

[2G. Mordillat et J. Prieur, Jésus contre Jésus, Paris, Seuil, 1999, 22 x 14,359 p., 120 FRF.

[3P. Debergé, L’argent dans la Bible, Coll. « Racines », Montrouge, Nouvelle Cité, 1999, 20 x 13, 155 p., 85 FRF.

[4F. Blanquart, Quel serviteur ? Coll. « Initiations bibliques », Paris, Cerf, 2000, 21 x 13, 200 p., 120 FRF.

Mots-clés

Dans le même numéro