Un périodique unique en langue française qui éclaire et accompagne des engagements toujours plus évangéliques dans toutes les formes de la vie consacrée.

Sens du corps et significations de la continence

Alain Mattheeuws, s.j.

N°2000-3 Mai 2000

| P. 163 -181 |

Dans le contexte culturel largement déterminé par les « questions nouvelles » de bioéthique (au sens large, incluant tout le champ de la corporéité, de la sexualité, du couple...), il importe d’être au clair avec l’anthropologie qui soutient la proposition chrétienne (et les déterminations du magistère). La lecture de cet article est exigeante. Mais l’effort consenti aura pour fruit une meilleure compréhension de ce qui est profondément en jeu dans l’espace de la continence. La personne engagée dans le célibat pour le Royaume se doit de bien le situer dans ce cadre plus large pour que le signe que sa consécration propose en sa propre chair « console », souvent à son insu, et conforte, si faire se peut, son frère et sa sœur en humanité.

Les questions de bioéthique reposent « à frais nouveaux » les grandes questions classiques du rapport de l’homme à son corps. L’homme est-il identifié totalement à son corps ? L’homme est-il un corps ? Et s’il n’en est pas un : n’est-il qu’esprit ? Comment distinguer les choses sans tomber dans un dualisme, dans une opposition ? L’homme a-t-il un corps sur lequel il a une maîtrise et dont il a une connaissance totale ? C’est dans ce contexte que nous proposons une brève réflexion fondamentale. Nous en verrons ensuite quelques applications dans le domaine de la sexualité. À ce moment nous soulignerons l’originalité anthropologique de la continence, ses exigences dans tous les états de vie et son sens spirituel.

Rapport de l’homme à son corps

Le corps-objet

C’est un fait indéniable et souvent répété que, par le développement des sciences et des techniques, nous avons fait du corps un « pur visible ». Ce qui nous reste inconnu dans le corps n’est caché que pour un temps encore. Nous-mêmes, les autres, la science, nous pouvons accéder à tous les secrets du corps : tout du corps peut être visible. Nous agissons et nous réfléchissons comme si tout dans notre corps pouvait nous devenir « connu » à nous et aux autres. Bien sûr on a dépassé le cadre de la dissection (voir ce qu’il y a en-dessous de la peau) pour entrer dans l’ère du scanner et de l’échographie. On peut soulever tous les voiles et déposer les photos de notre corps devant nous (les cathéters et la miniaturisation japonaise sont efficaces). Aucun coin de notre corps n’échappe à notre regard et au regard des autres. Les questions de secret professionnel et de pudeur semblent loin derrière nous : elles appartiennent à un passé révolu.

Cette manière de présenter le corps humain devant nous transforme petit à petit nos comportements sur le corps et sur nous-mêmes. Nous nous attachons au corps et y faisons attention pour lui-même. Le corps est devenu un objet précieux, connu et/ou à connaître, mais un objet quand même. Le corps devient de plus en plus un instrument dont il faut prendre soin. Puisque c’est l’objet qui nous est le plus proche, il devient le plus précieux. Il devient notre propriété particulière. Disposer de son corps (au maximum de sa force, de sa beauté etc.), c’est un « droit ». Mon corps est à moi. Il m’est indispensable. Il devient sacré pour moi. Mais - oh paradoxe - c’est moi qui ai fixé son degré de sacralisation. Si le corps est sacré et sacralisé de plus en plus par nos contemporains, ce n’est pas parce qu’il est plus qu’une chose, mais au contraire parce qu’il est plus « objet » à ma disposition que tous les autres objets qui m’entourent. Il est sacré parce que je puis en faire ce que je veux. Quel retournement que cette nouvelle sacralisation ! Nous avons récupéré notre corps en nous affirmant âprement son propriétaire. J’ai un corps : il est à moi. J’en dispose comme je le veux. J’ai droit à tous les soins nécessaires à ce corps. Le corps est ainsi le lieu et l’occasion de tous les conflits avec les autres et le monde.

Le corps, cet inconnu

Cette tentative de mettre mon corps devant moi est une illusion. Ce que je considère dans ce cas, ce n’est pas mon corps : c’est une image de mon corps. Dans la logique décrite plus haut, il est impossible de sortir d’un « point de vue » sur le corps. S’il est devant moi, il est toujours une représentation de mon corps. Il est une présentation de mon corps comme autre. Je me transporte hors et en face de moi, je me considère comme un autre pour voir ce corps... J’oublie que pour voir ce corps objet, il me faut mes sens et mon intelligence : tout mon corps. Pour voir son corps dans le monde extérieur, il faut être dans son corps. Le corps-propre (le corps intime, le corps sujet), est toujours la condition sine qua non de toute objectivation. Bref, pour voir mon corps, il me faut mon corps qui, comme tel, n’apparaît pas.

Le mystère du corps réside en partie dans cette constatation : comme tel, le corps n’est finalement pas un « visible ». Il ne fait pas partie totalement du monde extérieur et du domaine des sciences de l’observation. Le corps n’est pas une « enveloppe » interchangeable que je pourrais remplacer ou changer à ma guise. Je ne puis pas m’en séparer comme d’un élément extérieur. Les opérations de chirurgie esthétique par exemple ne font que toucher les apparences du corps. Elles entretiennent chez beaucoup de patients l’illusion qu’ils peuvent être autre. Le désir de se changer comme celui de retrouver une beauté originelle de la personne est un désir profond qui ne se comble pas uniquement par une technique médicale.

Comment connaître le corps dans ces conditions sinon par une « science » originale, spécifique, propre au corps. Je ne peux connaître le corps comme les autres objets qui m’entourent. Je puis le connaître à travers une « co-présence » à lui. Il s’agit d’un savoir non pas du corps, mais un savoir « qui-fait-corps », un savoir incarné. C’est un savoir qui se confond presque avec ce qu’il sait : c’est un savoir du sujet. Il faut donc quitter le monde de l’avoir, de l’objectivation, pour connaître le corps. En fait, finalement c’est à partir de mon corps que tout autre savoir, toute autre connaissance prend du relief, du sens. Je n’ai pas un corps. Mon corps, c’est moi. Suis-je mon corps ? Quelle est la profondeur de cette identification personnelle ?

Identité du corps

L’homme a un corps. Bien plus, il est corps. Son corps appartient à son identité. Mais l’homme ne s’identifie pas totalement à son corps. Nous avons vu qu’il fallait dépasser le monde de l’avoir, celui du verbe « être » aussi. L’homme n’est pas que son corps. L’homme a une relation et est relation à son corps : c’est le terme de relation qui est le plus riche pour définir ce qu’est le corps. Une relation duelle existe entre moi et moi-même avec mon corps. Il y a un lien entre l’homme comme être d’esprit et l’homme comme corps. Ce lien n’est pas une relation d’opposition. Ce n’est pas une relation hiérarchique. C’est une relation d’être. Rencontrer l’homme, le définir, l’aimer, c’est le rencontrer comme sujet grâce à et par son corps. L’homme n’est pas sans son corps, même s’il ne s’y réduit pas. En fait, souvent, c’est notre regard qui réduit l’homme à un corps en oubliant l’unité personnelle qu’il est.

La personne n’est pas sans son corps [1]. Chacun de nous peut se découvrir dans la création comme confié à l’univers, donné aux autres, donné à lui-même. Par son corps, l’homme plonge ses racines dans le cosmos, dans sa beauté mais aussi dans ses contraintes géographiques et historiques : l’homme est noir et pas jaune. Il est homme et pas femme, et non pas les deux. Le corps signifie des contraintes et des dépendances, une localisation dans le temps et dans l’espace. Par sa liberté et sa conscience, l’homme peut jouer avec ce corps, acquiescer à ces limites en les maîtrisant, en les transformant vers la finalité de son existence : aimer et voir Dieu. Au lieu d’y voir des obstacles ou des limites insurmontables, l’homme peut y découvrir ainsi une histoire : celle d’un don offert à chacun. Notre corps est mémoire de ce don. Notre corps est mémoire de notre origine : nous avons été conçus par amour et pour l’amour. Physiquement et psychiquement, notre corps possède des éléments de mémoire vive dont nous sommes redevables. Nous en sommes souvent conscients : « Ma mère était très malade pendant qu’elle me portait », « J’étais battu par mon père », ou ne pas en être conscient du tout avant de s’en souvenir par hasard ou durant une cure analytique : « J’ai été enfermé par ma mère dans une cave toute noire et j’ai cru qu’elle m’abandonnait ». Le corps nous renvoie toujours à plus loin que nous-mêmes simplement par le fait que nous n’en sommes pas l’auteur. Dès l’origine, nous étions corps livré, offert aux autres. Le corps est un don et il est le signe et le rappel continu de notre être-de-don. Chaque homme est donné à lui-même : c’est là sa grandeur, son autonomie, sa responsabilité. Dans le don qu’il est, l’homme doit apprendre à lire un « appel éthique » : ce qu’il ne donne pas est et sera perdu. Le don seul sauve.

L’enjeu éthique du corps

L’homme, l’autre, moi-même, chacun, est une unité « substantielle », c’est-à-dire formée par un lien indissociable entre le corps et l’esprit. Cette relation, bien que mystérieuse, construit l’être de l’homme de telle manière que « dans le corps et par le corps, on touche la personne humaine dans sa réalité concrète » [2]. Le corps, c’est la personne en tant qu’elle se rend visible à nos yeux. « Il (le corps) est partie constitutive de la personne qui se manifeste et s’exprime à travers lui » [3]. De nombreuses situations sociales et professionnelles comportent des relations personnelles où le corps d’autrui nous est confié de manière plus sensible : celui qui soigne, qui guérit, qui masse, qui rééduque touche le corps d’autrui et est appelé à le faire pour faire le bien. La beauté éthique de ces professions réside dans l’exigence interne aux gestes à poser : ils doivent rester interpersonnels. En les posant, il convient de toujours considérer l’unité personnelle du corps soigné, observé, étudié. Il n’y a pas d’un côté le corps comme nature corporelle, fonctions indépendantes et remplaçables, et de l’autre côté la personne : il y a toujours une totalité unifiée. Le corps manifeste l’être personnel : il le dit, il est sa langue. Sans les mots du corps, que saurais-je de moi-même et des autres ? Comme pour tout langage, il faut en connaître la grammaire, le vocabulaire, le sens.

Notre regard sur le corps doit être « intégral » et pas réducteur. Le « voyeur » par définition fixe un aspect du corps d’autrui : celui qui l’intéresse. L’étudiant en médecine doit faire de même pendant qu’il observe tel ou tel organe. Le regard réducteur est limité, il n’est pas nécessairement pervers. La question du regard est importante pour tout ce qui concerne la nudité de notre corps et la nudité du corps d’autrui. Rappelons-nous l’expérience d’Adam et Ève avant le péché originel : « Ils étaient nus et n’en avaient point honte ». Il s’agit de bien plus qu’une expérience physique comparable à celle des naturistes sur la Côte d’Azur. Cette nudité sans honte était possible à cause de l’amour « oblatif » et transparent, qui caractérisait l’être masculin et l’être féminin à la création. Le regard posé l’un sur l’autre n’était pas un regard qui prend possession et qui ramène à soi pour le plaisir. Cette nudité supposait l’acceptation et l’admiration de la beauté de l’autre autant que de ses limites. Cela supposait une harmonie de la personne, dans la maîtrise de ses passions. Il s’agissait d’une nudité de l’être : la personne était offerte à l’autre sans « repli », sans « emballage », sans secret. La vraie pudeur dans nos relations actuelles peut donner une indication de cet état de transparence originelle. La pudeur est un sentiment qui protège l’être personnel de chacun. Elle se manifeste par la discrétion concernant les organes génitaux ou d’autres parties du corps. La pudeur ne se réduit cependant pas à cette attitude. Des peuplades vivent nues avec pudeur : le respect de la personne et de son mystère sont sauvegardés. C’est ce point qu’il faut essayer de vivre et de faire observer moralement.

Le regard personnel à poser pour rencontrer la personne à travers son corps doit être un regard « purifié » de toute possession et de toute réduction : regarder l’autre comme un don, comme une totalité intérieure et extérieure qui s’offre à moi et que je dois accueillir à ce niveau. Jean Vanier a de très belles pages sur cette qualité de regard qui pénètre tout le corps : il y décrit la manière dont il a donné le bain pendant des mois à des handicapés et quelle expérience spirituelle ce fut pour lui [4]. À méditer par les infirmières, par les hommes particulièrement. L’homme est parfois maladroit dans l’expression de sa tendresse ou de sa miséricorde. Il a besoin d’une éducation. À la différence de la femme, les sentiments chez l’homme le poussent souvent à réagir avec une rapidité qui le surprend lui-même. Le regard qu’il pose sur autrui peut l’entraîner à des réactions brusques et peu respectueuses du rythme d’autrui. Il doit apprendre à se connaître.

Regard de pureté ou d’impureté : nous en avons tous l’expérience de manière différente. La pureté cherchera toujours à saisir dans le corps de l’autre un don de l’âme, du noyau intime de sa personne. Dans ce type de regard, le corps n’est plus opaque. On ne s’arrête plus à lui (à certaines de ses apparences séduisantes ou non), mais sa « matérialité » même nous entraîne plus loin dans l’amour, dans la joie, dans le plaisir ressentis. L’autre est restitué à lui-même par notre regard au lieu d’avoir le sentiment d’être possédé. En ce sens, le corps apparaît en vérité quand il s’efface à nos yeux pour témoigner dans la pureté du regard d’un don personnel qui le traverse et le transfigure. Cette expérience surgit proprement d’une conversion du regard. Elle est nécessaire à la vérité de toute rencontre inter-personnelle. Elle est possible dans l’amour-charité. Ce sont les prémices de ce que nous croyons être déjà « la résurrection de la chair ».

La sexualité comme « mystère »

Nous avons compris combien la personne se « laissait voir » à travers le corps. Cette visibilité de la personne et de sa richesse marque profondément le corps. Plus que toute la variété des corps avec leur beauté, leurs caractéristiques physiques et psychiques, la sexualité va moduler d’une manière radicale l’expression de la personne dans le monde.

L’humanité personnelle connaît deux modalités d’incarnation : la féminité et la masculinité. Ces différences personnelles pénètrent le corps et s’y expriment dans des différences notables que nous percevons en nous et autour de nous.

L’être humain se trouve en se donnant dans sa féminité et sa masculinité. Ce don de lui-même structure son être. Nous appelons cette structure, avec Jean-Paul II [5] une structure sponsale. Par l’Écriture et par la Tradition, nous savons l’importance de la conjugalité dans les liens humains comme dans la relation entre Dieu et les hommes. Le corps est toujours celui d’une personne sexuée appelée à la communion : c’est par lui qu’elle entre en relations. Développons à présent certains traits de la sexualité humaine en vue d’une meilleure compréhension des exigences morales liées à notre corps et à notre manière d’être homme ou femme [6].

Des variations au cœur de la sexualité

La sexualité « transit » et imprègne tout notre être personnel. Nous sommes « homme ou femme » dans notre corps biologique (avec sa morphologie, ses rythmes hormonaux), dans toute notre psychologie (réactions émotionnelles, attirances et peurs), dans notre intelligence (conception du réel, modes d’abstraction et de synthèse), dans nos rencontres des autres, dans notre rencontre de Dieu. La sexualité n’est pas un élément périphérique de notre être. C’est une modalité d’incarnation de la personne humaine. Nier la différence sexuelle, serait « vivre dans un autre monde » et peut-être pas en soi-même, car la différence est en nous (nous « sommes » différence) et possède des expressions profondes. Pour certains, le donné biologique est prégnant : l’homme sème, la femme accueille. Au risque de paraître caricatural ou peu scientifique, reprenons quelques différences glanées ici et là. Elles peuvent être paraboliques pour le (la) lectrice et nous ouvrir la porte à l’acceptation d’une « différence plus radicale » de l’être humain sexué. Voyons donc quelques applications :

  • Dans la réponse au Christ. Cette différence se vit certainement dans la manière de rencontrer le Christ de l’Évangile :particulièrement dans la prière personnelle et communautaire.De plus, la relation de la femme sera marquée dans son imaginaire par l’image nuptiale de l’alliance :le Christ époux de l’Église et de chacun de ses membres. La « dévotion » et l’approche du mystère de l’Incarnation seront vécues différemment par des mamans, par des femmes consacrées, par des hommesmariés, par des prêtres célibataires.
  • Dans la croissance intellectuelle. À cause des changements physiologiques de leur corps et de leur prise de conscience, les jeunes filles accèdent à une maturité globale plus rapidement que les garçons. À partir de 12 ans, la prise en charge des études, aussi bien que le type de réflexion, sont très différents chez la fille et chez le garçon. Ce dernier « rattrape » son retard vers 18 ans. À l’âge adulte, l’angle d’approchereste différent chez l’homme et chez la femme. Chez la femme, l’environnement des personnes reste souvent une donnée présente : il conditionne nettement l’abord des questions et la considération des actions à faire. L’homme doit faire « effort » pour inclure régulièrement ce point de vue dans sa manière de pensée et sa prise de décision.
  • Dans la rencontre des autres. L’importance du vêtement est ressentie très différemment selon les sexes. Chez les filles (sans parlera priori de coquetterie), le vêtement est plus lié aux significations du corps et à la personnalité que chez les garçons.Dans la parole, le contenu et la forme des dialogues varient également. L’homme refait facilement le monde avec des idées, il construit, il spécule... Pour la femme le parler est indissociable d’un goût d’être ensemble, de partager des faits de vie, d’une communion de soucis personnels, d’un attachement à l’histoire des uns et des autres...
  • Dans les réactions émotionnelles. Les mêmes tempéraments existent de part et d’autre. La différence pourrait être exprimée ainsi (elle est importante dans la compréhension du plaisir de l’acte conjugal,comme dans les événements quotidiens de la vie commune) : les réactions de l’homme sont promptes, brusques, réflexes... ; elles touchent localement son corps ; celles de la femme sont plus globales, diffuses, imprégnant l’ensemble de son corps.

Parce que nous sommes homme ou femme, il nous faut reconnaître des différences dans l’expression de la sexualité. L’exigence morale doit tenir compte de ces différences et les intégrer dans les expressions de l’être sexué de l’homme. L’exercice de la relation sexuelle comme la décision d’y renoncer temporairement ou définitivement supposent une sagesse et une connaissance de cette « différence radicale ». Intégrer les diverses composantes de la sexualité, cela signifie les « ordonner », les mettre en ordre, faire l’unité de son être. Le bonheur de l’homme est dans cette recherche d’une harmonie et d’une unité de son être et de ses actions. La tonalité de la sexualité est fixée par sa signification de don. Il faut commencer par manifester ce sens et pas l’inverse. Tout comme dans un orchestre, c’est d’abord le hautbois qui donne le ton, et puis, les autres instruments, plus puissants, s’accordent avec lui. On commence par les instruments les plus ténus, les plus délicats pour se tourner ensuite vers les autres. De même, pour la sexualité et dans les relations humaines, il s’agit de commencer par la reconnaissance fragile et difficile de l’autre comme don, comme don personnel. Dans ce dialogue, la parole est fondamentale : pour des amoureux, il convient d’abord de s’accorder sur les sentiments, les goûts, les opinions sur la vie et sur les valeurs, le sens de Dieu, les différences éducatives avant d’exercer le langage sexuel. Ce sont ces préludes qui donneront force et saveur au langage du corps. En tout cas, l’exercice de la sexualité ne doit pas étouffer la rencontre de l’être personnel : il doit y mener et la fortifier. Cela suppose un dialogue permanent entre l’homme et la femme.

On parle communément de « génitalité » pour exprimer l’exercice de la sexualité dans le rapport entre les hommes et les femmes. À ce niveau correspondent les pulsions sexuelles, les besoins, les manifestations variées de la relation sexuelle. À cette dernière participent les expressions émotionnelles et affectives, le plaisir, les jeux sexuels, les sentiments de joie et de culpabilité. Ce niveau de l’exercice de la sexualité n’est pas en dehors de la morale : notre liberté y est engagée même si elle nous apparaît liée par des pulsions et par des réflexes instinctifs. Si le corps exprime le don, particulièrement dans la relation sexuelle, ce don doit être conscient, réfléchi, responsable. Au fond, l’exercice de la sexualité doit toujours rester « humain », c’est-à-dire lié à la liberté de l’homme qui se donne dans son être personnel. Ce que l’Église rappelle depuis toujours dans sa doctrine conjugale est cette attitude de fond : la maîtrise de soi. Maîtrise de soi ne signifie pas « castration » ni refoulement. Cela signifie humanisation, intégration, manifestation et épanouissement de la personne à travers le corps sexué. C’est le prix de la dignité humaine.

La sexualité est lieu de rencontre et de reconnaissance de l’autre comme personne. La découverte et la reconnaissance de l’altérité doivent et peuvent se réaliser au cœur de la sexualité. Cependant, soulignons combien la différence corporelle renvoie toujours à une différence plus profonde. La sexualité offre la possibilité pour tout être humain de se réjouir de l’altérité humaine, d’y plonger dans la joie en assumant toute la différence qu’elle contient. L’homme expérimente, grâce au mouvement de l’amour qui imprègne cette découverte, la richesse de sa propre humanité et celle de l’autre. Au fond, c’est la découverte d’Adam et son cri d’admiration face à Ève quand il la découvre et qu’elle lui est offerte : « Cette fois, c’est vraiment l’os de me os, la chair de ma chair » (Gn 2,23). N’est-ce pas la première affirmation fondamentale de l’égale dignité de l’homme et de la femme ?

Dans l’exercice de la sexualité (dans l’acte conjugal) comme dans son renoncement, l’homme ou la femme rencontrent l’autre en humanité, grandissent et se fortifient mutuellement en humanité. Cette rencontre ne peut pas faire abstraction de l’engendrement de l’enfant, de l’apparition de cet autre-là présent dans toute relation sexuelle : un autre que l’homme et la femme. Cependant, la sexualité n’existe pas uniquement en vue de l’engendrement de l’enfant. Elle a un sens personnel aussi en dehors de toute relation sexuelle. Dans la différence sexuelle, nous apprenons à « communier » dans la diversité. Nous éprouvons une communion humaine fondée sur la reconnaissance mutuelle d’une différence radicale. Ce n’est pas le moindre mérite de la sexualité que de nous mettre sur ce chemin d’un amour qui se donne à l’autre et qui dans cette différence éprouvée et aimée, trouve son repos et son identité. La compréhension du sens de la sexualité est un apprentissage à la vérité de notre être fait pour aimer.

La sexualité est aussi l’espace d’un amour-charité qui vient de Dieu et qui retourne à lui. Il est évident que les hommes ont besoin d’un sauveur. L’amour lui-même, la sexualité doivent être sauvés. L’homme, grâce au Christ, est rendu capable par grâce, d’aimer tout autre, dans sa différence, pour lui-même. Cette grâce vient au secours de toutes les blessures de notre nature. Elle permet à tout homme, à toute femme, d’aimer l’autre comme homme, comme femme. Cet amour racheté s’exprimera dans le corps sexué de chacun. Il se vivra dans le mariage et à travers la relation conjugale, signe de l’alliance entre le Christ et son Église. Il se vivra aussi dans la consécration de la chasteté.

La continence : un archipel de significations

Abordons cette question. Elle ne semble pas accessoire, mais au contraire très actuelle puisque de nombreuses exigences morales s’y donnent rendez-vous. Les interdits concernant la sexualité nous sont rappelés plus souvent d’ailleurs par les médias que par l’Église : tels quels, ils peuvent nous apparaître absurdes, dépassés, inhumains. Essayons d’en saisir les enjeux et la cohérence globale plutôt que de nous « bloquer » sur l’observance ou non de ces exigences.

Est continent celui qui contient ses pulsions sexuelles et s’abstient de tout plaisir génital volontairement provoqué. Cette définition heurte de front une mentalité hédoniste pour laquelle le plaisir sexuel représente un droit, une nécessité ou une hygiène (« cela détend les nerfs que de faire l’amour » !). La morale chrétienne demande la continence à ceux qui ne sont pas mariés. Cette exigence se fonde sur un abandon et une remise de soi à Dieu en lui livrant son corps. C’est à ce prix que la continence acquiert un sens pour l’homme libre. Dans la réflexion concernant la vie conjugale, l’Église parle aussi de la paternité responsable et d’une continence périodique comme manière adéquate pour assumer cette responsabilité [7]. Nous distinguons donc la continence totale et la continence périodique. C’est un qualificatif qui les distingue : la réalité profonde ne doit donc pas être totalement différente dans les deux cas ? N’est-elle pas un fruit de l’Esprit pour tous ? (Ga 5, 22-23).

Quelles sont les situations humaines où l’homme est appelé à être continent ? On peut distinguer l’enfance, l’adolescence, l’âge adulte, la vieillesse. Il est bon de le souligner : toute la vie de l’homme est parcourue par diverses formes de continence. Il s’agit donc d’une expérience plus commune qu’on ne l’imagine. Cette première constatation nous permet peut-être de ne pas trop la considérer comme un phénomène « anormal » ou « extraordinaire ». Voyons cependant les nuances que l’on peut apporter selon les âges et les êtres humains considérés.

L’enfant vit une continence que l’on pourrait qualifier de « primordiale ». Sans être marquée par la pulsion vers l’autre, sa sexualité est encore fortement narcissique. S’il a éprouvé des plaisirs à manger, à faire « ses besoins », il en éprouve aussi à explorer son corps, à le connaître et à ressentir les réactions qu’il provoque. L’éveil de la pudeur correspond à la prise de conscience chez lui d’une personnalité à part entière imprégnée par la sexualité. L’enfant intègre une hygiène de vie, une discipline de gestes et de paroles par rapport à son propre corps. La continence pour lui s’exercera progressivement dans l’usage et la maîtrise de certaines parties du corps et le respect à garder dans des gestes et des paroles concernant son corps et le corps des autres.

L’adolescent est appelé à vivre une « continence d’apprentissage ». Dans les transformations de son corps, il perçoit la croissance d’une capacité à aimer, à rencontrer l’autre dans sa différence. Quel est le sens de cette découverte ? Il en ressent les fragilités et les instabilités et doit en éprouver la valeur dans la patience et la durée. Être tenu à la continence consiste à apprendre ce qu’est l’amour qui passe par le respect du corps propre. La continence fait sortir chacun du narcissisme : elle conduit à l’altérité. Ce point est évident en ce qui concerne la masturbation ou l’auto-érotisme. Il touche aussi les relations sexuelles d’adolescents. La continence est cette exigence parfois longue et éprouvante à travers laquelle l’adolescent(e) mûrit sa capacité d’aimer, se laisse attirer par des idéaux, et acquiert une maturité d’homme (de femme). Cette vertu de continence et le désir qui l’anime ont leurs temps forts, leurs déserts, leurs défaillances et leurs reprises. Au niveau de l’histoire sainte, l’adolescence est la période de l’espérance : le jeune espère en l’amour qui se révèle à lui et en lui. Il espère aimer et être aimé, lui, comme être unique et singulier. Continence d’apprentissage, continence où l’homme grandit vers la vérité de l’amour.

L’adulte est appelé lui-aussi à vivre la continence, soit sous forme définitive, soit sous forme périodique ou temporaire. L’adulte peut être convié à une « continence-attente », c’est-à-dire à vivre le temps de solitude avant tout engagement personnel comme un temps d’offrande de soi. La continence adulte suppose une réelle maîtrise de soi. La liberté humaine est saisie plus particulièrement par le sens de la sexualité personnelle. Une question radicale est posée à chacun : dois-je vivre le désir sexuel, et ce dans le mariage ou dans la chasteté consacrée [8] ? La continence permet à l’adulte de ne pas escamoter trop vite la profondeur de cette option. De plus, elle peut se revêtir progressivement d’une attente et d’une passion pour un être à qui se donner, un être à qui tout donner. Que l’adulte puisse vivre un temps de continence, ne peut que l’aider à mettre des jalons dans sa vie. La continence est une préparation au don définitif à l’être aimé.

Durant ces périodes de continence de la vie humaine, l’échange de la parole est fondamental, qu’elle s’exprime sous forme de confidences, de conseils reçus et partagés, d’aveu de ses faiblesses et de ses blessures. Ce qui a été nié ou mal vécu dans les périodes antérieures, peut encore venir paisiblement à la conscience et s’ouvrir à la guérison et/ou à un équilibre plus harmonieux. Il n’est pas vrai en effet que le mariage ou la vie religieuse résolvent automatiquement les problèmes affectifs et sexuels. Ce sont des engagements où devraient resplendir avec plus de force et dès le départ, le don d’hommes et de femmes avec toute leur capacité d’aimer librement développée. La continence et la manière personnelle de l’assumer peuvent révéler l’homme à lui-même et lui permettre de prendre ses engagements en pleine liberté.

L’adulte peut s’ouvrir à un engagement de continence définitive. C’est le propre de la vie consacrée et de tous ceux et celles qui se sentent appelés par Dieu à se donner ainsi à lui. Cette continence est alors perçue et vécue dans un lien amoureux et direct avec la personne du Créateur et Sauveur qui appelle la personne humaine à vivre une amitié exclusive. Si elle a les traits d’un sacrifice, elle n’est pas une mutilation. Elle est une offrande d’amour personnelle. Ce type de continence définitive ne met pas l’amour en échec et ne lui enlève pas sa fécondité. Cette dernière prendra des formes variées. Toute solitude, tout état de célibataire, s’il désire vivre en continence, doit donner un sens d’offrande à la continence vécue. Pour des motifs divers, des hommes et des femmes ne se marient pas. S’ils veulent vraiment donner tout son sens à leur situation, il convient qu’ils l’offrent un jour ou l’autre.

Dans le mariage, les époux ne s’engagent pas à la continence. Le lien privilégié qui les unit charnellement, les pousse volontiers l’un vers l’autre. Ils ont à veiller à la joie de l’autre et à l’expression de cette joie dans le corps à l’intérieur de la relation conjugale. L’intensité de cette joie, le plaisir des rencontres, le respect de l’intimité de chacun et de sa santé, le désir d’assumer une paternité responsable, sont des critères et des exigences qui mèneront les époux à vivre une continence périodique. Ces périodes ne peuvent être assumées sans un accord et une communion des conjoints. Elles peuvent être l’occasion d’un approfondissement de la tendresse, d’une ouverture du couple aux autres, d’un temps d’intime prière. Les couples sont appelés ainsi à vivre une continence périodique et à en découvrir si possible ensemble la signification spécifique pour eux-mêmes.

La continence a un rôle spécifique dans toute vie humaine : elle fonctionne comme un rappel symbolique, lié à notre corps, elle témoigne de la relativité de l’acte conjugal comme de son importance dans une destinée immortelle. Sous forme de conclusion, explicitons la force de ce symbole en nos corps d’homme et de femme.

- Son importance. L’acte sexuel n’est pas un acte comme les autres. Il n’est pas banal. Il n’est pas totalement banalisable. Diverses expériences contemporaines et certaines idéologies, tentent à considérer l’acte sexuel comme n’importe quel acte. Nous passons d’une « sacralisation » outrancière (avec ses tabous) à une banalisation tout aussi exagérée. L’acte sexuel est un acte privilégié de l’homme. Il concerne l’union de l’homme et de la femme ainsi que la procréation. Il est appelé à n’être que conjugal, c’est-à-dire à être l’expression privilégiée et le fruit d’un amour promis.

Comparons-le à d’autres gestes posés par l’homme : marcher, travailler, boire, siffler, applaudir... Une fillette de six ans qui mange trop de chocolat aura une indigestion. Cependant, elle s’en remettra assez vite. Si cette fillette est violée au même âge, même avec douceur, elle en portera la trace durant toute sa vie. Tout ce qui touche à la sexualité touche à la profondeur de la personne. Le plaisir comme la gêne issus d’un acte concernant la sexualité, touche l’homme à une profondeur plus grande que n’importe quelle action. L’être humain s’y trouve toujours comme à la jointure de son être. L’acte sexuel fait appel à sa conscience, à sa liberté, à ses capacités d’amour. Cet acte de plus est toujours posé avec un ou d’autres frères et sœurs en humanité. Il en acquiert une densité humaine, religieuse et morale encore plus grande. Cet acte, même si les moyens contraceptifs fonctionnent, est lié structurellement (à la fois dans la chair et dans le psychisme de l’homme) à la génération humaine. Pour un croyant, tout acte sexuel est un acte où la présence de Dieu est aussi confessée. « Dieu est amour » : comment pourrions-nous nier l’importance aux yeux de Dieu de l’acte d’amour ? L’exercice de cet acte transforme l’homme pour le bien ou pour le mal : il le change plus profondément que ce qu’il pourrait pressentir même dans son désir de le banaliser. La densité même de l’acte met l’homme brusquement ou progressivement devant le sens de sa vie. L’acte sexuel n’est pas totalement réductible à l’insignifiance dans laquelle nous voulons le mettre ou le laisser. Rappelons ici la distinction entre la sincérité et la vérité : un homme peut véritablement faire du mal même s’il n’en a pas conscience. Dans ce cas, selon l’acte qu’il pose, les conséquences peuvent être désastreuses pour lui ou pour les autres quelles que soient ses intentions. Une femme alcoolique qui boit beaucoup durant sa grossesse, fait du mal à son enfant. Nos actes nous construisent ainsi au-delà de nos intentions. Le statut des actes concernant la sexualité est le même que celui de tous les autres actes. Il est même plus particulier car il touche l’homme aux fibres intimes de son être. Pour le meilleur ou pour le pire, l’acte sexuel, plus qu’un autre, nous rappelle notre vraie nature d’homme ouvert à l’amour et à la fécondité.

Il est clair que dans ce contexte, la continence, pour soi et pour les autres, temporaire ou définitive, est une lumière pour l’homme. La continence rappelle la profondeur de ce qui est vécu dans l’acte conjugal. Elle ravive cette profondeur ou en donne le goût. Elle remet le cœur des hommes au diapason de la densité du don mutuel des personnes.

- Sa relativité. La continence peut être considérée comme un encouragement pédagogique. Il s’agit d’une expérience-source qui permet de mieux comprendre la profondeur de l’amour et du don de soi. L’acte conjugal peut être une manifestation de l’amour. Pour celui qui est marié et pour celui qui ne l’est pas, la continence rappelle que l’unique manière d’aimer ne passe pas obligatoirement par l’acte sexuel. Il fut un temps où le soupçon régnait sur la moralité de l’acte sexuel : est-il vraiment bon ? N’est-il pas toujours entaché d’égoïsme et de recherche de soi ? Est-ce un péché de le poser et d’en éprouver du plaisir à l’intérieur du mariage ? Le contexte culturel a changé. La réflexion de l’Église et son langage se sont affermis également. Il ne s’agit plus de défendre seulement l’honnêteté de l’acte conjugal. C’est pourquoi, on peut dire avec clarté et sans trop heurter les consciences que si l’acte conjugal est bon pour l’homme, il ne le définit pas. Celui qui n’a jamais posé un acte sexuel et qui n’en posera jamais, n’est pas moins homme pour cela. Cette affirmation est importante. Elle ne vient pas de la foi catholique seulement : on la retrouve dans d’autres systèmes de pensée et dans d’autres religions (ex. : Gandhi). La mentalité contemporaine distille plutôt le contraire, mais ce contexte ne doit pas nous empêcher de voir toute la richesse d’une doctrine et d’un respect de la continence.

La continence librement assumée rappelle que l’homme ne se définit pas d’abord par l’exercice de sa génitalité. Elle fait aussi la preuve que l’amour, s’il peut et doit se vivre dans la relation sexuelle, ne s’y réduit pas.

Prêtre depuis 1985, l’auteur est actuellement professeur de théologie morale et sacramentaire à l’Institut d’Études Théologiques (Bruxelles). Biologiste de formation, il est intéressé par les questions éthiques actuelles concernant le corps ainsi que les relations conjugales et familiales. Sa thèse sur « les dons du mariage » développe avec audace une nouvelle théologie du don pour ce sacrement. Comme supérieur de séminaristes en formation (Communauté Notre-Dame della Strada et Maison Sainte-Thérèse), l’auteur est sensible aux problèmes de la formation des jeunes et de l’accompagnement des vocations. Une conviction à partager ? « Toute vie humaine est une aventure spirituelle, une histoire sacrée, un mystère qui nous dépasse ».

[1D’une part la personne n’est pas détruite par la séparation de l’âme et du corps, à travers la mort. Le « moi » subsiste dans l’âme séparée, mais d’autre part, elle demeure dans un état d’incomplétude jusqu’à la résurrection des corps.« Dans l’âme séparée, subsiste “le même moi humain”, puisque, étant l’élément conscient et subsistant de l’homme, nous pouvons soutenir, grâce à elle, une véritable continuité d’un élément humain subsistant, l’homme qui a vécu sur terre et celui qui ressuscitera. Sans cette continuité d’un élément subsistant, l’homme qui a vécu sur terre et celui qui ressuscitera ne seraient pas le même “moi”. À cause de cela, les actes d’intelligence et de volonté accomplis sur terre demeurent après la mort. Cette âme, même séparée, accomplit des actes personnels d’intelligence et de volonté. (...) Il ressort de ces considérations que, d’une part, l’âme séparée est une réalité ontologiquement incomplète et, d’autre part, qu’elle est consciente. Plus encore, selon la définition de Benoît XII, les âmes des saints, pleinement purifiées “immédiatement après leur mort” et, certainement, déjà en tant que séparées (« avant la résurrection des corps »), possèdent la totale félicité de la vision intuitive de Dieu. Ce bonheur est parfait en soi, et on ne peut rien trouver qui lui soit spécifiquement supérieur. La même transformation glorieuse du corps à la résurrection est l’effet, en ce qui concerne le corps, de cette vision. En ce sens, Paul parle d’un corps spirituel (1 Co 15,44), c’est-à-dire conformé par l’influence de “l’esprit”, et non pas seulement par l’âme ("corps psychique”) » (Commission Théologique Internationale, « Quelques questions actuelles concernant l’eschatologie », dans DC n° 2069,1993, n° 5.4, 317-318).

[2Jean-Paul II, Discours aux participants à la 35e Assemblée Générale de l’Association Médicale Mondiale, 29 Octobre 1983 : AAS 76 (1984) 393.

[3Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Donum vitae, n° 3, LEV Vatican, p. 8.

[4J. Vanier, Homme et femme, il les fit. Paris/Montréal, Fleurus/Bellarmin, 1984,201 p.

[5Le Pape Jean-Paul II développe longuement cette anthropologie dans ses catéchèses sur l’amour humain dans le plan divin. Il conviendrait de lire particulièrement Le corps, le cœur et l’esprit. Pour une spiritualité du corps. Paris, Cerf, 1984.

[6L’objectif de cet article est de manifester la beauté de la sexualité humaine en décrivant quelques traits anthropologiques. Nous n’abordons pas les problématiques liées aux échecs, aux blessures et aux errements qui touchent l’homme et la femme dans leur développement psycho-sexuel comme dans leur croissance spirituelle. Cet aspect phénoménologique de cette étude ne nie pas ces questions : elle dessine d’abord l’horizon sur lequel elles surgissent dans nos vies.

[7« La continence périodique, les méthodes de régulation des naissances fondées sur l’auto-observation et le recours aux périodes infécondes sont conformes aux critères objectifs de la moralité », Catéchisme de l’Église catholique, n° 2370.

[8Certaines personnes, qui ne sont plus vierges, font ensuite vœu de chasteté et entrent dans un état de vie qui suppose la continence.

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