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En écho...

Commentaire du P. J. Famerée, s.c.j.

Joseph Famerée, s.c.j.

N°2000-2 Mars 2000

| P. 114-116 |

À la demande de l’auteur et comme « en écho... », nous donnons une brève note de lecture du P. Famerée, s.c.j. dont on connait l’ecclésiologie résolument « localiste » (développée dans V.C. 1999, 4-5, 250-266). Pour ne pas allonger indûment, nous réservons à une parution ultérieure une éventuelle clarification que H. Baudry voudrait apporter.

Je suis tout d’abord reconnaissant à l’auteur d’avoir attiré mon attention sur les religieux « de droit diocésain » et d’en avoir présenté l’identité ecclésiale de manière aussi solide et argumentée.

Ces Instituts se situent en Église à partir de leur Église particulière de fondation, avec lesquelles ils font corps, s’ouvrant comme elles et avec elles aux autres Églises : à partir du pôle « Église particulière », ils s’ouvrent à l’universel par le moyens des échanges entre Églises. Ceci me paraît de bonne ecclésiologie (Église locale, Église universelle).

Les appellations « Église de fondation » ou « Instituts né d’une Église locale » sont intéressantes, mais me posent problème : en effet, tout Institut religieux est né dans une Église locale, même s’il devient international ; son Église locale de départ peut être considérée comme son Église de fondation. Mais cette dernière appellation vise plutôt l’Église locale qui reconnaît canoniquement l’Institut naissant, elle prend alors un sens prégnant qu’elle n’a plus pour tous les Instituts reconnus par Rome à l’échelle universelle ; Il est vrai aussi que l’auteur parle d’instituts nés d’une Église locale, et pas seulement dans une Église locale. À partir de là, je suis d’accord avec ce qu’il écrit du lien particulier (de la proximité native) entre un Institut né d’une Église locale et la portion du Peuple de Dieu qui constitue cette Église locale, de ce qui en découle pour le charisme et la mission de cet Institut.

L’expansion et la catholicité de ces Instituts se manifesteront sous forme d’échanges entre Églises à partir de l’Église de fondation : plus précisément, les Instituts témoigneront de la catholicité de leur Église de fondation, en portant avec elle et en son nom le souci des autres Églises. Cette dynamique ecclésiale et ce jeu de relations où les communautés religieuses de l’Église de fondation et celles implantées dans d’autres Églises s’apportent et se provoquent mutuellement me paraissent tout à fait conformes à l’être ecclésial. J’approuve par le fait même la volonté de se démarquer de la pratique des Instituts internationaux. J’aimerais cependant mieux percevoir l’articulation entre Église de fondation (de référence) et Église d’accueil de nouvelles communautés (vivant l’expérience fondatrice) : l’égalité dans l’échange entre Églises (par le biais des échanges entre communautés) sera-t-elle sauvegardée ?

Sans contester la particularité des Instituts religieux nés d’une Église locale, je souhaiterais que les Instituts dits internationaux aussi repensent leur insertion dans les Églises locales à partir d’une théologie de l’Église locale et de l’Église universelle comme communion des Églises locales. Autant je suis H. Baudry sur le terrain des Instituts religieux nés d’une Église locale, autant je ne me résigne pas à sa conception des Instituts soi-disant supra-diocésains. Je sais qu’il a raison de fait : les Instituts dits internationaux se situent effectivement à partir du pôle « Église universelle » et répartissent leurs communautés dans les Églises particulières... Malheureusement ! De droit, je veux dire théologiquement, les Instituts dits internationaux devraient eux aussi se penser radicalement à partir des différentes Églises locales (en communion les unes avec les autres) où ils sont insérés. C’est ce que j’ai essayé de montrer dans mon article récent de Vie Consacrée (4-5, juillet-octobre 1999, p. 250-266) : les Instituts « de droit pontifical » doivent quitter une position universaliste ou supra diocésaine (« à partir de l’Église universelle ») pour penser, vivre et réaliser l’universalité à partir des Églises locales singulières dans lesquelles ils sont engagés, l’Église entière ou universelle résultant de la communion des Églises locales.

Je reconnais une différence entre Instituts nés d’une Église locale et Instituts (internationaux) nés dans une Église locale, les premiers restant parfois présents dans un seul diocèse, alors que les seconds sont toujours présents dans plusieurs diocèses. Le premier cas de figure instaure des liens très profonds avec un diocèse en particulier. Néanmoins, dans le second cas également, les Instituts « internationaux » devraient à mon estime être radicalement insérés dans chaque Église locale où ils se trouvent et à partir de là renforcer l’universalité ecclésiale, comme les Instituts « diocésains » implantés au bout d’un certain temps dans différentes Églises locales. Ici aussi, je reconnais la proximité « native » des Instituts « diocésains » par rapport à leur Église locale de fondation, mais tout Institut, me semble-t-il, devrait cultiver la proximité avec l’Église locale qu’il sert.

Je veux bien admettre que les « Instituts de type universel » ne puissent pas s’identifier aux Églises locales tout à fait de la même façon que « les Instituts nés d’un Église locale », mais je n’en accepte pas la raison invoquée : « Ils sont de nature supra-diocésaine » (p. 112). Ce fait n’est pas de droit (ecclésiologique) : l’Église universelle n’existe que dans et à partir des Églises locales (diocésaines ; cfr L.G., 23 A) ; il en va de même pour les Instituts religieux.

Je partage l’ecclésiologie du E Baudry en ce qui concerne « les Instituts nés d’une Église locale », mais il faut souhaiter, je pense, que cette ecclésiologie devienne aussi celle des Instituts « internationaux ».

Joseph Famerée, s.c.j. (prêtre déhonien - Congrégation des prêtres du Sacré-Cœur, de Saint-Quentin), est professeur d’ecclésiologie, d’œcuménisme et de théologie des Églises orientales à l’Université Catholique de Louvain (Louvain-la-Neuve). Il est l’auteur de l’Ecclésiologie d’Yves Congar avant Vatican II : Histoire et Église. Analyse et reprise critique, coll. BETL, n° 107, Louvain, Peeters, 1992. Il a publié plusieurs études sur Vatican II, le magistère ecclésial et diverses questions œcuméniques. Il est membre du comité éditorial de l’Histoire du Concile de Vatican II en 5 volumes (le premier est paru au Cerf en 1997).

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