Un périodique unique en langue française qui éclaire et accompagne des engagements toujours plus évangéliques dans toutes les formes de la vie consacrée.

Pour une « fidélité créative »

Témoignage

Noëlle Hausman, s.c.m.

N°1999-4-5 Juillet 1999

| P. 267-269 |

Ces quatre « témoignages », par leur diversité même, nous donnent de « sentir avec l’Église » et de nous laisser rejoindre par le « parfum de Béthanie » qui l’embaume. Quatre manières fécondes de se rapporter à l’Église locale. Une note courte, mais évocatrice, touche, en les laissant ouverts à la « fidélité créative », aux points essentiels en cause dans la problématique de notre Conseil. La découverte, peut-être pour beaucoup, d’un Institut dont la spécificité porte en elle, comme son ressort le plus intime, son charisme, le lien même entre vie consacrée et Église locale. Le témoignage vivant d’une relation quasi organique de la vie religieuse (et consacrée en général) au corps même de la communauté chrétienne en souffrance et qui « marquera son histoire ». Enfin, dans une courte évocation et grâce aux réponses à nos questions, la présentation d’une relation « nouvelle » au sein d’une Association de fidèle récemment reconnue. Quatre éclairages apportant un modelé nuancé à un visage aux traits toujours renouvelés : celui de la vie consacrée dans et pour l’Église au cœur du monde.

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Peu de sœurs sont chez nous engagées en pastorale pour une partie importante ou entière de leur activité. Mais beaucoup ont, d’une manière ou d’une autre, affaire soit avec la paroisse (dans la catéchèse, les mouvements, les groupes de prière, les visites des malades, etc.) soit avec le doyenné (dans les conseils ad hoc), soit avec les instances diocésaines (commission diocésaine des religieux) et au-delà. Nous savons que la paroisse n’est pas toute l’Église, pas plus qu’une Église locale ne contient à elle seule toutes les facettes qui forment, dans la diversité des Églises, l’Église universelle - de même qu’une communauté religieuse n’est pas à elle seule tout l’Institut, même si celui-ci se trouve pour ainsi dire tout entier présent, sous un certain mode, en chaque communauté. Et l’Institut n’est pas seulement la somme des communautés qui le compose, il est encore au-delà d’elles, en deçà aussi d’ailleurs, puisqu’il a une histoire et un avenir qui échappent en partie aux réalisations du présent. Ainsi en va-t-il de l’Église, qui célèbre pour l’instant, au niveau mondial, quatre synodes continentaux et un synode ordinaire. Bref, nous connaîtrons autour de l’an 2000 une animation ecclésiale au plus haut niveau comme on n’en a jamais vu dans l’histoire de l’Église. Comment allons-nous y contribuer ?

En étant nous-mêmes, bien sûr. Et toujours davantage, puisque le Seigneur nous y appelle. Donc, en priant, en souffrant, en travaillant pour que ces immenses remises en question portent du fruit. Mais aussi en contribuant plus directement à l’élaboration des décisions et des orientations qui vont se prendre, et ne peuvent se prendre sans nous. Il faut encourager tous les membres de la vie consacrée, spécialement les religieuses, à participer à tous les niveaux de concertation des Églises locales : c’est là que nous pouvons entrer dans les préoccupations de l’Église, là que nous pouvons apporter notre contribution propre, là que nous avons d’ailleurs à montrer son poids de vérité. Plus qu’une affaire d’influence, cette perspective revient à nous rappeler derechef que notre insertion ecclésiale prend corps dans un lieu, un espace, un temps déterminé, bref, une Église particulière qui nous ouvre sur l’Église universelle, notre vraie patrie. C’est ce qu’une conception renouvelée de la paroisse peut à coup sûr nous apprendre aujourd’hui.

Ceci dit, la pastorale du diocèse requiert notre présence en tant que religieuses, dans tous les espaces stratégiques qui s’ouvrent à la nouvelle évangélisation aujourd’hui, et que Vita consecrata a voulu identifier. Les « nouveaux aréopages de la mission » se trouvent d’abord dans le monde de l’éducation (où s’applique spécialement le choix préférentiel pour les pauvres, 96-97), de la culture (avec l’engagement pour l’étude que cela implique, 98) et des communications sociales, domaine important de l’apostolat (99). Plus largement, la vie consacrée est encore requise par le service de l’unité des chrétiens (100-101), le dialogue interreligieux (102), bref, comme « réponse spirituelle à la recherche du sacré et à la nostalgie de Dieu », elle doit montrer « le terme de tout itinéraire religieux sincèrement ouvert à la transcendance » (103).

Face à cet immense horizon, il demeure préoccupant de voir, dans les Instituts religieux ordinaires, ce qu’il reste d’énergie de plus en plus absorbé par les services internes. D’un autre côté, la tentation est grande pour beaucoup, surtout à l’âge de la retraite, de s’engager plus ou moins inconsidérément dans des tâches qui n’ont qu’un rapport lointain avec celles que continue de porter l’Institut. Le vieillissement et le goût du changement peuvent être en cause, mais un examen de conscience sérieux devrait aussi être fait du côté de la « fidélité créative » à la mission reçue : qu’est-ce que le Seigneur attend aujourd’hui de nous, avec ces forces limitées, sinon en finances, du moins en âges et en inventivité. On ne verra surgir de jeunes pousses sur les vieilles souches que si les racines ont puisé plus profond.

Sœur du Saint-Cœur de Marie, de la Hulpe (Belgique), professeur de théologie à la Faculté jésuite de Bruxelles. Supérieure générale. A participé comme expert au Synode de 1994 sur la vie consacrée.

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