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Auxiliaires du sacerdoce

Une communauté à mission diocésaine

Thérèse Labriet, a.s.

N°1999-4-5 Juillet 1999

| P. 270-276 |

Châlons-en-Champagne : un diocèse rural de Champagne-Ardennes où est insérée, depuis plus de quarante ans, une communauté d’Auxiliaires du Sacerdoce.

Châlons-en-Champagne : un diocèse rural de Champagne-Ardennes où est insérée, depuis plus de quarante ans, une communauté d’Auxiliaires du Sacerdoce.

Une longue tradition a permis de cultiver une certaine symbiose entre cette Église particulière et la Congrégation. Dans le passé, la communauté a toujours reçu des responsabilités au niveau diocésain : Service Diocésain de la Catéchèse, Action Catholique de l’Enfance, Formation des Adultes, accompagnement d’équipe en vue du diaconat permanent..., tout cela vécu dans une confiance réciproque fondée sur des relations cordiales entre responsables de la Congrégation et de l’Église locale.

Arrivée à Châlons il y a cinq ans, avec une expérience apostolique auprès d’adultes en France et en Afrique, de longues années de service interne de la Congrégation en tant qu’économe générale, et... une formation canonique, il me fallait trouver ma manière de servir l’Église, « ici et maintenant », ce qui fut facilité par le climat de dialogue habituel entre la Congrégation et le Diocèse. La responsabilité du Service diocésain du Catéchuménat m’a donc été confiée ainsi que la fonction de chancelier du Diocèse et celle d’avocat auprès de l’Officialité Interdiocésaine de Champagne-Picardie. Cette mission, dans des secteurs très différents de l’action ecclésiale, m’aide à équilibrer des approches diverses de l’Église : approche plus traditionnelle par le droit canonique, participation au témoignage d’une Église proche des blessés de la vie par l’accueil de personnes en situation d’échec de leur couple, approche plus missionnaire par une attention aux « gens du seuil » et une écoute de leur attente au catéchuménat des adultes.

La communication et la collaboration avec d’autres responsables de services diocésains me font prendre conscience de la vie de l’Église incarnée dans la réalité du diocèse et de ses problèmes : vieillissement du clergé, raréfaction des vocations au ministère presbytéral, recomposition des paroisses, problèmes financiers et statutaires liés à l’embauche de laïcs...

Tensions constitutives d’une vocation

« Branchées » sur la vie de l’Église, nous sommes, dans cette Église, religieuses, avec un engagement et un statut spécifiques.

Il est vrai que la vocation de la Congrégation, son charisme propre lié à la spiritualité sacerdotale, est le service de la mission. Ceci est rappelé dans la présentation des dernières Constitutions.

« La mission est première : engagements apostoliques, prière, vie communautaire et gestion des biens lui sont ordonnés ; l’autorité nécessaire est elle-même au service du Corps apostolique ».

Cela est développé autour de l’affirmation centrale : « Nous faisons corps pour la mission ».

En même temps, quelle que soit la forme que prendra pour nous la mission, aucune ne pourra être absolutisée aux dépens de la disponibilité à tout envoi par la Congrégation. Pour ma part, cette conviction m’a aidée à vivre, non sans souffrance, mais en plein accord avec mon engagement religieux, certains passages difficiles, de la pastorale française à la mission en Afrique, de cette mission à un service interne de congrégation, d’une vie communautaire en grande ville à une insertion en province...

Mais, cette essentielle disponibilité de chaque membre à l’envoi reçu ne peut faire l’économie, au niveau de l’institution, d’un dialogue loyal, de franches négociations entre les responsables de la congrégation et de l’Église locale, comme le rappelait en 1978 le document Mutuae Relationes.

Il me semble que pour nous, Auxiliaires du Sacerdoce, la tension entre le service de la mission et la nécessaire autonomie d’un institut religieux est constitutive de notre vocation. De tradition ignatienne et formées à l’école des Exercices, nous sommes aussi proches des pasteurs par la note sacerdotale de notre spiritualité, par la prière pour les prêtres et par une action, sinon toujours directement pastorale, du moins à visée pastorale.

Par ailleurs, notre charisme d’origine comporte à la fois un lien spécial au sacerdoce ministériel et le service du sacerdoce des baptisés, en particulier par la promotion du laïcat à des responsabilités d’Église.

Pour nous comme pour toutes les religieuses, « vivre en communauté fait partie intégrante de la mission » mais « chaque communauté réalise cette mission en fonction du peuple dont elle partage la vie, les aspirations, la culture... Insérée dans une Église particulière, elle se réfère aux orientations du diocèse et demeure ouverte à l’universalité de la mission de l’Église » (Constitutions nos 27 et 28).

C’est dans ces liens simultanés que s’origine une vocation qui exige sans cesse un discernement pour rester ce qu’elle est, mais contient aussi beaucoup de potentialités. Notre fondatrice, Marie-Magdeleine Galliod, nous voulait ouvertes à toute forme d’action, tout milieu de vie. Tel était son projet dès 1921.

« Faire des religieuses dans le monde et atteindre par elles toutes les branches, tous les degrés, toutes les conditions sociales, toutes les misères. »

C’est ainsi que la vie des Auxiliaires, travaillant autrefois [1] dans le cadre de la paroisse et de ses œuvres, n’a plus aujourd’hui de milieu déterminé. À l’écoute des événements du monde et de l’Église, la Congrégation a orienté certains de ses membres vers le travail professionnel, puis vers la mission du Tchad et du Brésil et vers des engagements de plus en plus diversifiés. A-t-elle ainsi trahi son charisme d’origine ? Il ne le semble pas, pour autant que, selon les Constitutions de 1982 :

La Congrégation vit à sa mesure la présence active à l’œuvre de Dieu dans le monde, l’annonce explicite de la Bonne Nouvelle du Salut, l’offrande au Père : aspects divers du mouvement sacerdotal qui trouve son achèvement dans l’Eucharistie.

Difficulté et chance

Ce pluralisme et cette ouverture que la fondatrice a voulu favoriser en refusant à l’institut « toute œuvre propre » lui posent, il est vrai, un problème de visibilité. « L’apostolat n’est pas une spécialité », entendions-nous il y a quelques années dans un congrès de droit canonique. C’est sans doute une des raisons pour lesquelles nous avons du mal à nous définir en tant que religieuses vouées à la mission de l’Église, et pas nécessairement dans ses structures visibles.

Pourtant, ce qui nous apparaît comme une difficulté (que nous partageons d’ailleurs avec d’autres instituts autrefois spécialisés dans l’éducation des enfants ou le service des malades) est peut-être une situation privilégiée pour travailler à une juste compréhension des vocations et ministères et à la collaboration entre eux, un appel à consentir à des exigences plus grande dans le témoignage de vie personnelle et communautaire, une invitation à nous tourner vers de nouveaux secteurs socio-culturels, sans oublier que le vieillissement des religieuses les oblige à trouver d’autres formes de service de la mission plus adaptées à leurs possibilités.

Des contrats passés avec l’Église locale

Quelques mots de la vie matérielle et de son évolution. En un temps où le travail pastoral n’était pas reconnu financièrement, les communautés vivaient en étroite dépendance des paroisses et souvent dans une grande pauvreté. Cependant, dès 1934, des conventions précisent les conditions de vie des Auxiliaires. Dans les années ’40, on voit apparaître la mention d’indemnités à réévaluer selon le coût de la vie. La seconde guerre mondiale a été l’occasion pour les Auxiliaires, de s’ouvrir à des activités autres que pastorales pour assurer leur subsistance et s’ouvrir à des besoins nouveaux. Peu à peu, les conventions évoluent vers des formes plus personnalisées et sont élaborées avec l’évêque du lieu ou son représentant. Souvent, elles sont complétées par une lettre de mission.

Visant à établir les obligations réciproques des sœurs et des responsables de l’Église locale, ces documents ont aussi pour nous une valeur symbolique de notre lien à l’Église.

Expression du vouloir-vivre en Église

Pour illustrer la sensibilité ecclésiale qui me semble être un caractère singulier de la vocation des Auxiliaires du Sacerdoce, je voudrais rappeler un fait déjà vieux de vingt ans qui nous a permis d’approfondir ensemble ce qui constitue pour nous ce lien à l’Église. Durant la préparation du Chapitre général de 1978, l’un des Chapitres d’ aggiornamento qui devait aboutir à de nouvelles constitutions, une enquête fut lancée avec la question : « Comment comprenons-nous et vivons-nous notre lien à l’Église aujourd’hui ? » Quelques groupes de sœurs seulement étaient pressentis pour y répondre ; trente-sept réponses furent adressées spontanément aux capitulantes, témoignant de l’intérêt soulevé par la question. Toutes voulaient dire comment elles vivaient et se sentaient d’Église. Les réponses mises en forme fournirent un document de travail au Chapitre, faisant apparaître les aspects de leur vocation auxquels les Auxiliaires donnaient le plus d’importance, lesquels seront repris dans les nouvelles constitutions :

  • participation à la mission de l’Église par l’envoi de la Congrégation ;
  • vocation apostolique à dimension pastorale, qu’elle soit vécue dans un service d’Église ou un statut professionnel ;
  • prière pour l’Église, en particulier pour ceux à qui est confié le ministère presbytéral ;
  • souci de la promotion des laïcs à des responsabilités d’Église ;
  • nécessité de travailler en Église, dans des équipes d’évangélisateurs et de réviser avec d’autres l’action apostolique.

Il n’était pas inutile, au moment de formuler une nouvelle règle de vie, de mettre à jour l’expression des intuitions que portaient les Auxiliaires en optant pour cette forme de vie religieuse. On n’entrait pas dans la Congrégation pour enseigner ou soigner, ni même pour faire de la catéchèse ou travailler aux œuvres paroissiales, mais pour participer, humblement sans doute, en Auxiliaires, à la mission du Christ continuée dans l’Église.

Aujourd’hui comme hier, confiantes en Celui qui du « petit reste » d’Israël a fait jaillir la vie, nous voulons nous référer à la parole de la fondatrice :

« Humbles petites Auxiliaires du Cœur de Jésus Prêtre, nous devons contribuer pour notre modeste part, à révéler au monde par notre conduite et par nos œuvres, ce qu’est l’amour immense, insondable, du Fils de Dieu, Prêtre éternel pour l’humanité. »

Et nous souhaitons, avec ce que nous sommes, là où nous sommes, avec tous les ouvriers de l’Évangile, « offrir un bon pain sur la table de l’Église ».

Sœur Labriet se présente : « Arrivée à Châlons il y a cinq ans, avec une expérience apostolique auprès d’adultes en France et en Afrique, de longues années de service interne de la Congrégation en tant qu’économe générale, et... une formation canonique, il me fallait trouver ma manière de servir l’Église. (...) La responsabilité du Service diocésain du Catéchuménat m’a donc été confiée ainsi que la fonction de chancelier du diocèse et celle d’avocat auprès de l’Officialité Interdiocésaine de Champagne-Picardie. Cette mission, dans des secteurs très différents de l’action ecclésiale, m’aide à équilibrer des approches diverses de l’Église (...). »

[1La Congrégation des Petites Auxiliaires du Clergé, devenue en 1983 Auxiliaires du Sacerdoce, a été érigée en 1926. Sa fondatrice est Marie-Magdeleine Galliod, morte en 1935.

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