Un périodique unique en langue française qui éclaire et accompagne des engagements toujours plus évangéliques dans toutes les formes de la vie consacrée.

Au cœur de l’Afrique

La vie consacrée dans l’Église en R.D.C.

Angèle Mutonkole, s.c.j.m.

N°1999-4-5 Juillet 1999

| P. 277-289 |

Le thème choisi pour le conseil de la Vie Consacrée 1998 est un sujet très vaste. Notre partage se limitera à indiquer des pas qui se font humblement dans ce domaine au sein de l’Église en République Démocratique du Congo. Et comment ils nous ouvrent des perspectives nouvelles.

Nous prenons comme terrain d’observation d’une part des communautés chrétiennes vivantes de paroisses et de quartiers, et d’autre part le témoignage des religieuses, toutes congrégations confondues, leur expérience commune de femmes qui appartiennent officiellement à Dieu par la profession des conseils évangéliques et l’engagement dans la mission évangélisatrice de l’Église, aujourd’hui. Quel est l’impact de leur présence et de leur action dans l’Église locale congolaise ? Il ne s’agit pas de juger ni de vouloir enseigner aux consœurs ce qu’elles savent déjà, mais de stimuler la réflexion. Si notre contribution pouvait réussir à mettre deux têtes ensemble pour prolonger ce partage, alors nous aurons atteint notre but. Du choc des idées jailliront la lumière et l’énergie qui permettront à la vie consacrée de marquer l’histoire.

L’expérience des communautés chrétiennes

Une maman catholique nous confie le changement qui s’est opéré dans sa vision des consacrés. « Avant que je sois insérée à fond dans le mouvement des mamans catholiques, j’avais une très haute idée des consacrés. Mais certains témoignages recueillis sur les faiblesses d’hommes et de femmes de Dieu m’ont ramenée à la réalité. »

Cette maman venait de comprendre que les personnes consacrées n’étaient ni des surhommes ni des extra-terrestres.

Durant plusieurs années, des chrétiens ont placé l’image des personnes consacrées au sommet de l’échelle sociale. Elles étaient perçues comme des modèles de la vie chrétienne, comme des observatrices scrupuleuses des dix commandements de Dieu. Leur intégrité morale était remarquable et remarquée. Leur conduite était une référence sociale sûre. Un catéchisme vivant !

Les chrétiens d’aujourd’hui ont encore de l’estime pour l’idéal de la vie consacrée. Ils apprécient la souplesse dans la discipline des maisons religieuses en matière d’accueil des laïcs, des anciennes élèves, des familles, et de quelques marginaux. Avant, on vivait dans une structure rigide qui avait comme but de protéger les religieuses de la « contagion du monde » et la conséquence fut l’éloignement des gens.

Beaucoup d’entre nous, femmes consacrées, sommes encore prisonnières des structures de nos institutions apostoliques. Celles-ci mangent toute notre énergie et notre temps. Elles nous laissent peu de loisirs pour des contacts gratuits, en dehors du cadre strictement professionnel. La remarque vaut surtout pour nous, religieuses des Instituts internationaux, qui avons reçu le charisme de la Congrégation bien emballé dans une tradition non africaine.

Les communautés chrétiennes vivantes témoignent d’un grand dynamisme. Toutes les dimensions de la vie sociale y sont prises en charge.

À la réunion hebdomadaire, après le partage de l’évangile en prolongement de l’homélie dominicale, on passe aux informations sur la vie de la communauté. S’il y a un besoin ressenti par ses membres, on porte l’affaire à la connaissance de tous pour l’analyser et suggérer des solutions telle qu’une cotisation pour acheter un câble électrique afin d’amener le courant jusque dans la maison, ou l’on s’accorde pour partager la facture d’eau, voire même pour acheter ensemble un moyen de locomotion pour le déplacement du curé lors de ses visites aux familles.

La vie des communautés religieuses n’est pas à l’abri du regard des gens du quartier. Les préoccupations quotidiennes pour la survie sont les mêmes. Les gens s’intéressent à notre vie, à nos problèmes et ils nous aiment. Toutefois l’indiscrétion et l’ingérence dans la vie intime soit des couples soit de la communauté religieuse constituent un aspect négatif de ce rapprochement.

Les laïcs veulent nous voir intégrées dans les structures de l’Église locale. Ils apprécient la participation de la sœur aux réunions de quartiers à titre de membre conseiller. Il n’est pas toujours facile de concilier l’heure des réunions avec les exigences de la vie conventuelle. Dans les communautés de base, on ne s’attend pas non plus à une présence massive des religieuses, mais plutôt significative, comme l’est un peu de levain dans la pâte. Auparavant lorsqu’on appelait des sœurs dans des réunions ou commissions diocésaines, elles y étaient de corps, incapables de donner un avis sur des questions traitées hormis des sujets strictement religieux. Aujourd’hui, cela n’est plus tout à fait le cas. Les consacrées invitées sont à la hauteur des sujets débattus et elles expriment leur opinion dans la recherche des solutions.

Les personnes consacrées ne sont pas la lumière, mais elles collaborent comme elles le peuvent à chercher la lumière qu’est Jésus Christ. Elles s’enrichissent aussi aux côtés des laïcs engagés.

L’intégration se manifeste sur plusieurs terrains de façon visible ou discrète.

Dans l’enseignement, on a tendance à travailler davantage en collaboration avec d’autres chefs d’établissement. Outre des réunions organisées par la coordination diocésaine, il y a des rencontres interconfessionnelles. Prêtres, religieux et laïcs, on cherche à élaborer une vision éducative chrétienne commune. On essaie d’être attentif aux doléances des parents, aux besoins de la population. En vue de travailler au redressement de la morale parmi la jeunesse, quelques religieuses pensionnées de l’enseignement ont pris l’initiative d’assurer le cours de religion dans les classes primaires et secondaires d’une école conventionnée catholique.

Ailleurs, on a monté une école paroissiale privée pour les enfants d’une zone périphérique et ce, avec le concours des paroissiens. Les bâtiments ont été construits avec l’apport financier de la population. Un consacré assume la direction du complexe scolaire et la gestion reste transparente. Ce qui n’est pas le cas partout.

Dans le domaine du décollage économique de notre pays, des consacrés s’investissent aux côtés des laïcs pour lutter ensemble contre la malnutrition et la sous-alimentation de la population congolaise. On multiplie des activités de développement : champs, élevage. Là où c’est possible, on fonde une association mixte composée des laïcs et des consacrés afin de gérer ensemble des champs communautaires. Au temps de la récolte, on procède à un triple partage dont une part revient aux membres, l’autre aux besoins de la paroisse et de son curé et une troisième est réservée aux nécessiteux.

À certaines occasions, des unions des supérieures majeures se font la voix des sans-voix pour rappeler aux gouvernants leur devoir de faire respecter la justice et la paix. Un cas récent est celui de la lettre écrite par la présidente d’une union régionale où elle « demande à nos missionnaires d’Amérique et d’Europe de bien vouloir sensibiliser leur gouvernement respectif sur les réalités que nous vivons au Congo et de dénoncer tous ceux qui fomentent cette guerre injuste et ceux qui soutiennent nos agresseurs ». En effet, la responsabilité de la mort des innocents civils, malades, bébés en couveuses repose sur la conscience de ceux qui, au-dedans comme au dehors, commanditent ces meurtres pour des fins égoïstes et en vue de satisfaire leurs appétits économiques malsains. Jésus n’a-t-il pas maudit tous ceux qui seront « enceints » de projets peccamineux ou qui « allaiteront » des actions diaboliques, au jour de sa venue ?

Une congrégation a permis à l’une ou l’autre de ses religieuses d’encadrer des équipes qui luttent pour les droits de l’homme opprimé ou jugé injustement. Avec l’aide des laïcs compétents, elles forment une chaîne de solidarité pour l’avènement de la justice et de la paix entre les citoyens. Leur action vise à gérer des conflits de la vie quotidienne par exemple la confiscation arbitraire des pièces d’identité, des parcelles, des maisons ou des arrestations tout aussi arbitraires. Ces équipes bénévoles ne s’improvisent pas juges, mais elles orientent les personnes lésées vers les institutions locales ad hoc. Elles aident à rassembler des données objectives, à les classer de façon cohérente. Elles recommandent ensuite les victimes auprès d’avocats consciencieux. Elles restent aux aguets pour détecter des abus afin de les dénoncer aussitôt en portant les faits à la connaissance des membres des droits de l’homme.

Il faut noter également la contribution des personnes consacrées dans l’initiation des adultes et de la jeunesse aux dévotions de l’Église universelle. C’est le cas pour la pratique de l’adoration introduite récemment dans plusieurs paroisses. L’adoration se fait devant le Saint Sacrement exposé, une fois par semaine. Il arrive que des laïcs s’interrogent sur la manière de prier à l’adoration. Faut-il passer son temps à réciter le chapelet ? Faut-il adorer - l’expression est maladroite - « la matérialité du pain consacré » ? Certains demandent d’être instruits sur cette forme de prière ecclésiale. D’autres sollicitent de venir partager l’heure d’adoration de la communauté des sœurs. Ainsi aidés par la parole et l’exemple, des chrétiens en arrivent à « goûter » Dieu d’une manière nouvelle. Le temps consacré à l’adoration ne semble plus être un temps creux, mais une source de vie et de vitalité chrétienne. Hommes et femmes, jeunes et adultes, chacun détermine librement le temps qu’il désire y consacrer. Il le subdivise en parts égales pour contempler le Jésus de l’évangile, lui demander pardon, s’offrir afin d’accomplir la volonté du Père, le remercier des bienfaits reçus, écouter ce qu’il a à nous dire et terminer par l’action de grâce, la louange. L’adoration, prière ouverte sur les autres et sur le monde, ouvre les communautés chrétiennes à la prière gratuite, à la prière de simple présence. Oui, être là simplement et par amitié.

Des services strictement sacrés qui jadis étaient l’apanage des religieuses sont aujourd’hui pris en charge par des mamans catholiques. Ce sont elles qui veillent sur les vases sacrés, rangent les ornements liturgiques, les nettoient, les réparent et, si besoin est, renouvellent les linges usés grâce à la cotisation des paroissiens.

Les communautés chrétiennes sont attentives à l’éveil des vocations à la vie consacrée et accompagnent la vocation missionnaire dans leur paroisse. C’est maintenant une coutume dans notre Église locale de rassembler les futurs missionnaires congolais pour une messe d’envoi en mission. Les parents prennent une part active à cette liturgie ecclésiale.

Être avec les gens partout où ils sont, en ville comme au village, est une exigence prioritaire au regard des missionnaires congolais.

En République Centrafricaine par exemple, la population chrétienne, musulmane et animiste est très contente de « voir » une consacrée dans des places mortuaires, dans leur foyer, dans leur harem. On apprécie lorsqu’elle se présente, comme maman africaine simple, cordiale et dépouillée de ses atouts professionnels. Une femme qui porte une seule richesse : sa croyance en Dieu. En allant ainsi vers les gens, ceux-ci abandonnent leur peur et se laissent apprivoiser. C’est le moment où ils abordent leurs vrais problèmes, où conseils et encouragement sont bienvenus. Un autre idéal pour nos missionnaires en République Centrafricaine, c’est de faire famille avec les chrétiens du lieu. Ils leur disent : « Nous avons quitté nos familles humaines. À présent, notre famille c’est vous, Église d’accueil. » Et les chrétiens comprennent très bien cette adoption dans la foi. Au Congo, une congrégation religieuse applique le système du parrainage. Elle demande aux familles chrétiennes africaines qui le voudraient d’adopter une sœur dans le but de la soutenir par la prière et les conseils et l’accompagner dans la maturation de sa vocation.

Les communautés chrétiennes vivantes accueillent la vie consacrée et aspirent à ce que les consacrés s’intégrent de plus en plus à la vie de l’Église locale. Les exemples d’intégration cités ci-dessus, même s’ils ne sont pas exhaustifs, ont le mérite de suggérer quelle direction l’Église locale est en train de prendre, chez nous. La piste est fiable parce qu’évangélique. En effet, les laïcs et les personnes consacrées dans la vie religieuse se découvrent membres du peuple de Dieu à part égale, mais avec une mission propre et complémentaire.

L’ouverture aussi des personnes consacrées sur la vie du peuple et sur l’Église locale est à considérer comme une source de fécondité religieuse pour une Afrique assoiffée des relations humaines. Le contact de personne à personne, n’est-ce pas un milieu privilégié d’évangélisation directe, tout comme il est un élément d’équilibre humain ? Si des relations sociales gratuites manquent totalement dans la vie d’une consacrée africaine, la personne éprouvera une insatisfaction, un dessèchement du cœur. Dès lors, la vie et la discipline religieuse deviennent « compliquées » à ses yeux.

Le témoignage de la vie consacrée

Pour beaucoup je tenais du prodige,
car ton choix à fait de moi une question.
Oui, ton choix a fait de moi une question
pour les gens de ma maison.
Ton choix a fait de moi une question pour mes proches,
mes amis et pour tous ceux qui m’ont connu.
Mon Dieu sois mon garant,
Mon Dieu sois le soutien de ma vie.

Ces paroles interpellantes sont une composition du Père Tsasa, religieux et missionnaire congolais. On peut s’approprier le défi :

  • Suis-je devenu une question pour les miens ?
  • Sommes-nous une question au sein de notre Église locale ? de notre société ?

En général, notre peuple se réfère spontanément à Dieu. Aussi lorsque des gens se trouvent en compagnie des personnes consacrées, ils ne tardent pas à aborder des sujets religieux. Ils nous posent des questions en rapport avec la foi, l’Église, la vie consacrée :

  • En qui croyez-vous ? Comment priez-vous ? Comment vos journées sont-elles organisées ?
  • Comment l’Église catholique a-t-elle commencé ? D’où viennent les divisions dans et entre les Églises ?
  • Êtes-vous épanouis, contents de vivre votre vie religieuse aujourd’hui ? Êtes-vous certains de continuer à y trouver votre bonheur à l’avenir ?

Notre présence peut provoquer une confidence. Un jour devant le barrage militaire pour la fouille, un homme dans la file aperçoit une religieuse de ses connaissances. Il lui crie tout joyeux : « Ma sœur, je me suis converti ; j’ai retrouvé ma foi chez les Pentecôtistes ! » Cet homme, directeur d’une société de la place, avait demandé d’être rebaptisé d’un baptême d’adulte, par immersion. Par là, il voulait signifier son choix réfléchi, libre et personnel. Que de fois n’apprenons-nous pas un virement semblable ?

Un tel ou une telle parmi nos parents, amis ou connaissances a renié sa foi catholique pour entrer dans une secte ou bien rejoindre une Église « nouvelle ». Vers la cinquantaine, un homme cherche à mettre de l’ordre dans son existence, à donner un sens à sa vie. Ces hommes et ces femmes ont soif de la vraie vie, de connaître la vérité sur leur foi, d’acquérir une sagesse spirituelle. Ils disent qu’ils cherchent à adorer Dieu « en esprit et en vérité ».

Devant ce défi, sommes-nous équipés et prêts à offrir à nos condisciples, collègues ou parents une nourriture solide, une doctrine repensée et enrichie, capable de soutenir leur quête de Dieu ?

Par les médias, le monde entre dans nos couvents. Les consacrés ne vivent plus en ghetto, mais ils ouvrent les yeux et le cœur sur la vie des peuples et du monde. Cela se ressent dans leurs intentions de prière et dans leurs initiatives apostoliques. C’est une bonne chose.

Mais il y a aussi un revers à la médaille. On est parfois emporté par le courant vers une vie facile, égoïste ou frivole. Le matérialisme et l’esprit de consommation dans le paraître détournent le cœur de l’essentiel. C’est à ce moment que notre peuple s’interroge sur le pourquoi de telle attitude ou de tel comportement de la part des personnes consacrées. Il voudrait trouver dans notre témoignage de vie d’autres aspirations, d’autres centres d’intérêt que les siens.

Si nous sommes, nous-mêmes, choqués par notre inconséquence, notre indécision, que dire dès lors de la réaction des laïcs ? La foi des fidèles trébuche lorsqu’ils constatent une incohérence entre nos paroles et notre vie.

Les gens comparent facilement la qualité d’engagement des laïcs avec celle des personnes consacrées. Ils se montrent exigeants envers nous. Il arrive qu’on fasse circuler un écrit ou un communiqué à la radio pour nous interpeller. Le public attend une parole crédible. Ce qui suppose une formation beaucoup plus solide que celle reçue au noviciat et exige d’acquérir des compétences aussi dans d’autres disciplines que la théologie et la philosophie. Les études de médecine, de droit, d’économie, de gestion, peuvent être des outils nécessaires à la vie consacrée dans l’accomplissement de la mission d’évangélisation pour ce temps.

Il est évident que notre société congolaise attend des consacrés qu’ils lui donnent des « signaux » fiables face au mensonge et à l’hypocrisie, à la montée de la haine et de la violence, au désir de domination de l’autre et à l’égoïsme.

Le témoignage de fidélité à la vie de consécration à Dieu pendant soixante, cinquante et vingt-cinq années stimule tous les membres de l’Église locale dans leur propre fidélité à leurs engagements chrétiens et à leur mission dans le monde.

La vie des conseils évangéliques est le meilleur des témoignages. Ils interviennent justement au cœur de nos relations sociales auprès des jeunes, des familles, des marginaux et des membres des sectes qui nous côtoient. C’est dans ces milieux qu’on touche du doigt, oui ou non, notre choix préférentiel pour Dieu comme notre unique choix de vie, notre unique richesse, notre unique préoccupation. La liturgie de la profession religieuse et du jubilé se célèbre au milieu de la communauté chrétienne. L’idéal des religieux pour une vie pauvre, chaste et obéissante à cause du Royaume des cieux est présenté comme un choix radical. Et c’est exact. L’expression de certaines valeurs évangéliques passe et est bien comprise par notre peuple. On peut relever la mise en commun des salaires, la joie dans la communauté, une certaine amitié entre familles religieuses, l’amour fraternel et l’entraide entre les membres, la simplicité, un certain style de vie proche des gens.

Toutefois, l’Église locale et universelle demandent à tous les consacrés de faire davantage afin de reproduire avec plus d’éclat la forme de vie et les attitudes qui ont caractérisé la vie de Jésus Christ, sur la terre. Intensifier l’habitude de contempler sa vie pour approfondir la connaissance de notre propre vocation religieuse, affiner notre vision et mieux comprendre sa signification pour aujourd’hui. Le charisme des fondateurs, la spiritualité de la congrégation et une attention pleine de discernement au « vivre avec », à la solidarité et autres valeurs chères à l’Afrique ancienne et moderne nous ouvrent des trésors !

C’est à ce niveau de « l’être religieux » que l’Église et la société donnent un rendez-vous à la vie consacrée au seuil du troisième millénaire, en Afrique.

Aux aînées et surtout aux jeunes religieuses, nous disons : « La balle est dans notre camp. »

Dès suggestions et propositions ne nous viendront pas d’ailleurs car les germes de vie sont là présents en nous et dans l’aujourd’hui. Un style de vie consacrée inculturée sortira du sein des Africains et des Africaines : « Comment cela sera-t-il possible ? - Ne crains pas. L’Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Dieu Très-Haut te couvrira comme d’une ombre. C’est pourquoi on appellera Saint et Fils de Dieu l’enfant qui doit naître. Car rien n’est impossible à Dieu » (Lc 1, 34-35.37).

Des signes avant-coureurs de la nouveauté sont déjà là. Ici et là, des communautés chrétiennes de quartiers découvrent, émerveillées, les valeurs essentielles pour une communauté de foi : le feu intérieur, un feu sacré qui crépite au cœur de la communauté et ne laisse pas ses membres au repos ; un goût pour la prière et l’appétit pour les réalités d’en haut ; la spontanéité et la gratuité dans le don de soi à Dieu et au prochain ; la joie d’une vie fraternelle chaleureuse où se concrétisent la solidarité et le pardon, la sobriété de vie et des moyens d’apostolat.

Plaise à Dieu que des communautés chrétiennes de laïcs puissent en dire autant du dynamisme des communautés religieuses de leur voisinage ! C’est à espérer. Nous serons dès lors, pour et dans l’Église locale, un stimulant les uns pour les autres.

Tous ensemble solidaires

La vie consacrée est indissociable de l’Église. Entre les deux il y a un lien organique. Laïcs et consacrés sont appelés à croître ensemble au sein d’une même communauté de foi. La longue crise qui a et continue à martyriser le peuple congolais n’a épargné personne. Les uns et les autres, les nationaux et les étrangers, tous ont expérimenté à des degrés différents l’âpreté du combat spirituel :

Qui nous séparera de l’Amour du Christ ?
La souffrance, ou bien l’angoisse,
ou encore la persécution, la faim,
la pauvreté, le danger, la mort ? (Rm 8, 35)

Ceux qui ont surmonté l’épreuve sont devenus des témoins de l’Amour fou de Dieu pour son peuple qui est en République démocratique du Congo ; témoins aussi de la foi de ce dernier en la providence paternelle du Tout Puissant. Et chacun continue à marcher humblement avec son Dieu puisant la confiance pour demain dans l’expérience d’hier.

Voilà pourquoi il est permis d’affirmer que la vie religieuse, ici chez nous, ne pourra s’épanouir que dans la mesure où elle est vécue en dialogue constant avec la réalité totale de l’Église locale. Durant ce temps d’exode, les joies et les espoirs tout comme les souffrances et les défaillances sont à accueillir comme une grâce de croissance et de purification. Nous le croyons :

Rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu
manifesté en Jésus Christ, notre Seigneur (Rm 8, 36).

Sœur Angèle Mutonkole termine son deuxième mandat au sein du gouvernement général de la congrégation des Sœurs de la Charité de Jésus Marie où, depuis 1993, elle a été première assistante générale. Elle nous dit : « (...) Je continue à croire que la vie consacrée à un sens et une mission dans nos pays crucifiés. C’est pourquoi il faut donner une formation initiale sérieuse. (...) Le vent nous est contraire, mais Jésus est avec nous dans la barque. » Sœur Angèle à publié Chrétiens africains appelés à la plénitude de la vie, Éditions Filles de Saint Paul, Zaïre.

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