Un périodique unique en langue française qui éclaire et accompagne des engagements toujours plus évangéliques dans toutes les formes de la vie consacrée.

Mémoire vive du « jeu pascal » (2)

Mystique et tâches de la vie religieuse aujourd’hui

Dolores Aleixandre

N°1999-2 Mars 1999

| P. 75 -93 |

Il faudra faire mémoire de la parabole présentée dans notre n° précédent pour nous engager maintenant dans le corps de la méditation proposée par Sœur Dolores. Les trois chemins proposés se découvriront en les parcourant. On reconnaîtra très vite que le désir dont il est question est celui-là même qu’éveille et fortifie en nous, puisqu’il en est la trace de sa présence pascale, l’Esprit Saint répandu en nos cœurs. De même, la métaphore du perdre/gagner se révèle sans ambiguïté comme figure du saut de la confiance totale offerte comme chemin de joie à qui entend l’appel « à être disciple ». Enfin, « engendrer un style alternatif de bonheur » ne se confondra pas longtemps avec je ne sais quelle imagination hédoniste où le « bonheur » ne serait pas encore reconnu comme signe surprenant et totalement gratuit de la fécondité de la Croix pascale. On peut en être sûr, la méditation de ce texte, personnellement et en partage communautaire, peut grandement fortifier ceux et celles qui font profession de se tenir à la suite de l’Agneau en choisissant comme forme de vie le « jeu » paradoxal, évangélique simplement, d’un « passage » au Père, entièrement dépouillé et confiant, sous la conduite de leur Esprit.

La parabole et l’introduction à sa lecture ont été publiées dans Vie consacrée, 1999/1, p. 7-15.

Encourager les désirs

« Si quelqu’un veut me suivre... » Chaque histoire de « suite » est l’histoire d’un désir provoqué par une séduction, par une attraction : « Nul ne peut venir à moi si le Père qui m’a envoyé ne l’attire », disait Jésus (Jn 6, 44) et à partir de cette attraction qui fait naître en nous le désir, bien des problèmes de la VR qui nous préoccupent (nous sommes médiocres..., nous avons perdu une force de signification..., il y a peu de vocations..., nous vieillissons...) et auxquels nous revenons de temps à autre avec un sentiment de culpabilité, peuvent être remis à leur place si nous donnons priorité, sur nos cogitations, à quelque chose de plus simple et de plus difficile en même temps : nous laisser attirer. Parce que là seulement nous entrons de nouveau en contact avec ce désir qui est à l’origine de notre décision de nous mettre « à la suite », désir qui passe par un nécessaire redressement et élargissement afin de pouvoir coïncider avec celui de Jésus. L’Évangile lui-même nous offre quelques « indicateurs » :

  • le désir est garantie d’ouverture à Dieu : pour cela le « manque » apparaît toujours comme une situation de privilège et ce sont ceux qui sont dynamisés par le désir qui le rejoignent et s’assoient à son banquet (Lc., 21 ; Mt 22), tandis que les satisfaits et les riches, qui ont confondu désir avec satisfaction de besoins, sont renvoyés les mains vides (Lc1,53).
  • apprendre à prier équivaut à apprendre à désirer : le Notre Père qui résume les enseignements de Jésus sur la prière est une pédagogie des désirs (Mt6, 9-13 ; Lc11,1-4) ; il enseigne au disciple à sortir de l’étroitesse des siens et à pénétrer dans la passion éprouvée par Jésus pour le nom, le règne et la volonté de son Père.
  • centrer le désir signifie se libérer de l’envie et de l’anxiété : compter sur l’attention de Quelqu’un de plus grand libère celui qui suit Jésus de l’inquiétude, de la préoccupation de remplir le trou toujours béant de ses petites ou grandes nécessités (Lc12, 22).
  • il nous faut confronter le désir du Règne avec la manière dont nous désirons l’argent, la nourriture ou l’amour humain. Pour cela l’évangile parle de « amasser des trésors dans le ciel... » (Mt6, 19), d’être invités à un banquet de noces (Mt22, 4), d’attendre avec une extrême vigilance l’arrivée de l’époux (Mt25, 6). Et, à travers ces trois symboles essentiels dans lesquels se concentre le plus profond du désir humain, le disciple est invité à comprendre jusqu’à quel point le Royaume comble toutes ses attentes.
  • il faut apprendre du Maître à perdre son propre désir dans celui du Père, il disait lui-même : « j’ai une autre nourriture qui est d’accomplir la volonté de mon Père » (Jn4, 32), « je ne suis pas venu pour faire ma volonté... » (Jn6, 38), « Abba..., non pas ce que je veux, mais ce que tu veux » (Mc14, 36).

Interrogations à nos désirs

À la lumière de tout ce qui précède nous pouvons nous demander si, à la racine de nos problèmes de VR, il n’y a pas une perte de contact avec la source de notre désir ou son affaiblissement par invasion de « désirs parasites » : une attention centrifuge vers des aspects périphériques de la vie ; un retournement exagéré sur des « intérêts propres » (le « propre » travail, la « propre » santé, la « propre » autoréalisation...) ou une préoccupation excessive de notre survie comme Congrégation. Peut-être que derrière tout cela se cache une fuite de cette « condition désireuse » qui exige trop ; pour cette raison saint Jean de la Croix parle des « détails qui divisent notre volonté » [1], du « fil ténu qui retient l’oiseau attaché » [2], du Dieu qui « ne veut pas autre chose que demeurer en nous, avec nous » [3]. Nous aurons toujours besoin d’une grande dose de sincérité et de l’aide de sœurs et frères dans la foi pour mettre un nom sur les mille préoccupations et urgences qui nous distraient, les acquisitions cachées qui nous satisfont, les petites sécurités qui nous tranquillisent et anesthésient notre désir.

Nous pouvons nous demander si nos structures et nos ressources (pour la formation, les communautés, le travail apostolique...) tendent à rendre possible le contact de chaque personne avec ce désir, à le protéger, à le stimuler, à favoriser la consolidation d’un contexte interne permet tant de vivre de manière cohérente avec la foi et de trouver une « conjoncture conversationnelle » capable de renforcer des options et des critères toujours menacés d’affaiblissement. Car le sens ultime de tout le système de traditions, normes et canevas de coutumes dans la VR, est celui d’aider chacun de ses membres à vivre le paradoxe d’être dans le monde sans lui appartenir et sans perdre son climat essentiel de référence qui est l’Évangile. Mais il peut nous arriver la même chose que ce que raconte Kierkegaard : un homme, durant un voyage en Orient, tomba follement amoureux d’une femme chinoise dont il ne connaissait pas la langue et avec laquelle il ne pouvait entrer en communication que par des signes et des démonstrations d’affection. En revenant dans son pays, ne pouvant pas comprendre les lettres qu’elle lui adressait, il se mit à apprendre le chinois pour pouvoir maintenir sa relation avec elle. Durant des années il se plongea dans l’étude de la langue, fit un doctorat et se convertit en un éminent sinologue voyageant de par le monde, donnant des conférences sur la culture et la langue chinoises. Mais, ses études, ses voyages, sa réputation l’ont tellement absorbé qu’il en arriva à oublier la femme de laquelle il avait été amoureux durant un temps et seulement de temps à autre il se rappelait avec nostalgie cet amour à cause duquel tout avait commencé.

La VR n’est pas à l’abri du péril de courir le même sort que le sinologue et c’est justement pour cela que nous devons réviser fréquemment les interférences, les distances ou les distractions, tant au plan personnel que collectif, qui estompent en nous ce « premier amour » par lequel tout a commencé pour chacune, et qui fait naître la capacité de se passionner pour le monde de Dieu. Une scène du film « Peine de mort » m’a fait comprendre, mieux que bien des explications, la dimension communautaire de notre vie : la religieuse qui a accompagné le condamné à mort jusqu’à la chaise électrique, alors qu’elle est déjà de l’autre côté de la vitre et que le jeune est sur le point d’être exécuté, lève son bras pour lui dire, en silence, qu’elle continue à être avec lui, l’appuyant et le soutenant jusqu’à la fin. Ce geste m’a rappelé un passage du livre de l’Exode (17, 8-13) dans lequel Aaron et Hour soutiennent les bras levés de Moïse qui, sur la montagne, intercède en faveur de son peuple en train de lutter dans la plaine. Ce geste m’a également fait comprendre que, au fond, c’est ce que nous faisons les unes pour les autres quand nous nous réunissons en communauté : nous donner force et courage les unes aux autres dans le désir de vivre en soutenant les autres, faisant en sorte que chacune maintienne son bras étendu, pour porter et accompagner d’autres frères et sœurs.

Mais, comme nous pouvons vivre cela avec une certaine attitude du type de celle de Prométhée, attitude qui a marqué nos efforts au cours des derniers temps, nous pouvons nous demander quelle importance nous donnons au conseil des Proverbes 4, 23 : « Garde ton cœur en toute vigilance car en lui est la source de la vie. » Peut-être que ce dont nous avons besoin actuellement c’est de retrouver les chemins qui conduisent à la source de laquelle tout est né : la rencontre priante avec Celui qui a dit : « Je suis venu apporter le feu sur la terre et comme je voudrais qu’il soit allumé » (Lc 12,49) ; celui qui, à la veille de sa passion, communiquait à ses disciples le désir qui l’habitait : « J’ai désiré, d’un grand désir, manger cette Pâque avec vous... » (Lc 22, 15). [4] Cela ne signifie en aucune façon revenir à un intimisme spiritualiste, mais accepter que ce n’est que lorsque nous donnons la priorité à la Parole que nous arrivons à être capables de « désirer en conformité avec Dieu » et que nous parvenons à découvrir comment répondre aux nécessités de notre monde, ce lieu par lequel passent tous les chemins qui aboutissent à Lui. Nous pouvons nous demander si nous avons renoncé au désir d’aller toujours de l’avant, désir qui a caractérisé la VR dès son origine et l’a rendue itinérante « déplaceuse de frontières ». Il peut nous arriver de penser que l’effort que nous avons fait pour changer, après le Concile Vatican II, nous dispense de continuer à chercher et à nous affronter avec un futur dans lequel le nouveau n’est pas encore né et nous appelle à avancer en le créant. Il appartient à la dynamique du désir de contempler le présent, non comme la seule chose existante, mais aussi comme « plein » de possibilités qui, peut-être, ne vont pas coïncider avec nos attentes, mais qui seront celles que l’Esprit est disposé à créer si nous ne lui mettons pas trop d’obstacles.

Il nous faut reconnaître que pour tout cela « les discours ne nous manquent pas » et, précisément pour cela, nous courons le risque de confondre nos désirs avec leurs réalisations, et la proclamation de nos options avec leur accomplissement. À force de réunions, de Chapitres, de documents et de déclarations nous pouvons croire que, parce que nous manions déjà quelques concepts sur lesquels nous sommes parvenus à un consensus (inculturation, option pour les pauvres, insertion...), nous les vivons ; nous perdons alors la sensibilité face à la distance qui sépare notre langage de la réalité que nous vivons. Pour cela, et pour échapper au danger de la schizophrénie, nous passons notre vie à faire de petits pas dans la direction des désirs que nous exprimons et à essayer de les structurer dans des temps et des espaces concrets, aussi modestes qu’ils soient. Il nous faut être disposées à compter sur les « alliés du dehors » (les gens simples, les laïcs avec lesquels nous collaborons), à les écouter sans défense, afin qu’ils nous aident à vérifier la cohérence de nos désirs.

Cinq « icônes de désir »

Nous allons, maintenant, nous rapprocher de quelques femmes de l’évangile auxquelles nous avons fait référence plus haut afin de dialoguer avec elles au sujet du monde de leurs désirs :

La Samaritaine nous parlera probablement du temps où elle vivait encore en dépendance de l’eau de sa cruche et du tissu des petites nécessités qui l’enveloppaient ; elle nous dira comment la rencontre avec Jésus a fait surgir en elle une source d’eau vive et orienté tout son désir vers la volonté d’en attirer d’autres à la source à laquelle elle-même avait bu. Ses paroles peuvent nous encourager à ne pas laisser pousser l’herbe sur le chemin qui nous conduit à notre propre puits.

La jeune fille qui attendait l’arrivée de l’époux, avec ses autres compagnes, nous dira comment l’intensité de son désir l’a maintenue éveillée, avec la lampe allumée, même dans une nuit qui se prolongeait. Nous pouvons confesser nos fatigues, nos difficultés pour supporter la présence absente du Seigneur, nos tentations de nous endormir, ou de nous distraire, ou de nous décourager devant cette longue attente. Lui demander qu’elle nous enseigne le secret de sa permanence au sein de la nuit.

La veuve pauvre, qui jeta les deux uniques petites pièces de monnaie qu’elle possédait dans le trésor du temple, pourra nous raconter comment son désir de maintenir le culte allait dans une direction apparemment contraire à celle de Jésus, si critique pour tout ce qui se référait au temple et au maniement d’argent qu’il entraînait. Mais tous deux se sont trouvés unis par une même prétention de totalité, par un désir radical de ne rien se réserver et de tout donner. Et cela a engendré entre les deux une affinité qui les fait reconnaître comme appartenant à la même famille.

La femme qui enfouit le levain dans la pâte nous communiquera sa capacité de se soumettre à des processus de longue durée et à cultiver l’art de mettre la totalité du désir dans le petit et le quotidien. Elle nous conseillera de vaincre la tentation de nous réserver pour des occasions qui nous paraissent de plus grande importance et dans lesquelles, lorsqu’elles arriveront (du moins nous le pensons ainsi) nous mettrons en jeu tout le potentiel de nos désirs. La meilleure manière de préparer le futur, ce pain partagé dont nous rêvons, c’est d’enfouir dans le présent la petite quantité de levain dont nous disposons aujourd’hui.

Et, en accompagnant la femme qui portait un flacon de parfum sur le chemin qui conduisait à la maison du pharisien, nous percevrons quelque chose de son désir de répondre, avec gratuité et rupture de frontières, à Celui qui était sur le point d’aller jusqu’au bout, dans l’amour.

Maintenir vivante la mémoire pascale du perdre/gagner

Autour des verbe « perdre/gagner » ou des substantifs « perte/gain » tourne la plus grande partie des préoccupations humaines. Cela explique que la parabole du trésor exerce toujours une espèce de fascination sur les lecteurs : le trésor symbolise tout ce qui, dans la vie, est précieux et désirable, ces biens qui promettent bien-être et sécurité et qui ont le pouvoir d’attirer et d’offrir le bonheur en échange de leur possession. La culture dominante nous propose son interprétation sur la signification de ce trésor et nous l’offre codifié comme gain, richesse, triomphe, avantages économiques, prestige, satisfaction immédiate et individuelle. En contraste avec tout cela, les paroles de Jésus, au sujet de ce qui est perte ou gain, ou le donné de la parabole sur le « vendre tout », sèment un ferment d’inquiétude chez celui qui désire le suivre : sa proposition alternative est qu’il ose rompre avec la recherche envieuse et obstinée de gagner, de posséder, de conserver et, en contrepartie, s’aventure sur un chemin inverse de perte, gaspillage et don, sans autre garantie que la parole de Jésus... Et tout cela, l’évangile l’affirme sans crainte, suppose une négation du propre moi, de ce moi qui court toujours le risque de se laisser modeler davantage par ce que Jean appelle « monde » que par l’Évangile lui-même.

Autorisons l’expression « se renier soi-même », avec toute sa charge de provocation, à se « promener » à l’intérieur de tout notre être, soulevant des vagues de résistance, buttant contre des murs de défense et mettant en mouvement tout un torrent de protestations : « Me renier moi-même ? Nous revenons de nouveau aux principes qui ont détruit en moi l’estime personnelle, qui m’ont convaincue de l’importance de mortifications absurdes, ont annulé ma personnalité et, ce qui est pire, m’ont trompée en me faisant croire que c’étaient mes mérites et mes sacrifices qui me rendaient digne de l’amour de Dieu ? Je ne dis pas que cette phrase n’est pas dans l’Évangile, mais elle y est comme cette autre dans laquelle Jésus dit : « Celui qui ne hait pas son père et sa mère ne peut être mon disciple » et aujourd’hui, personne ne va penser qu’il faut haïr ses parents...

Il est bon de prendre conscience de ces résistances parce que ce n’est qu’en touchant l’authenticité de nos difficultés pour « penser et sentir comme Dieu » que nous nous mettons en condition de comprendre le retournement radical qu’exige cette voloté de conformer l’idée que nous avons de ce qu’est sauver la vie ou la perdre, avec les critères de l’Évangile. « Se faire disciple » suppose être disposé à rompre avec ses propres schémas mentaux, à changer de langage et de sentiment, à remettre en question sa propre logique, les idées apprises et les expériences préalables. Qui se laisse attirer dans cet étrange chemin et y pénètre, prend immédiatement contact avec le désir le plus péremptoire qui se cache dans le secret de son cœur : celui de vivre, de garder et de mettre à l’abri le trésor de sa propre vie. Il devient également conscient de ses propres convictions et projets sur la manière de gérer cette possibilité de « vie sauvée » des pièges et des embûches dans lesquels débouche habituellement le désir de la conserver. Mais il écoute aussi un autre appel, celui de Jésus lui-même lui disant : « Celui qui vient avec moi, je vais le conduire au gain par l’étrange chemin de la perte : c’est celui-là mon chemin, et je n’en connais pas d’autre. L’unique condition que je mets à celui qui veut me suivre c’est qu’il soit disposé à avoir confiance en moi et à ma manière propre de sauver sa vie, qu’il soit capable de me la confier, comme moi je confie la mienne à Celui de qui je la reçois. Sa vie sera toujours une vie sans garantie et sans preuves, dans l’étonnement toujours renouvelé de la confiance : pour cela je ne peux pas donner d’autres motifs que celui-ci : « à cause de moi ».

Si nous nous décidons, l’Évangile peut captiver notre cœur, transformer notre mentalité, l’absorbant dans celle de Jésus et nous baptisant dans un univers de nouvelles significations. À partir de ce moment, la vie entière se convertit, à partir de la foi, en un enjeu risqué dans lequel il n’y a pas de certitudes définitives. Cela nous fait prendre conscience que nous ne pouvons pas « nous déconnecter de cette fréquence » ni sortir de cette ambiance parce que, hors d’elle, rien n’a plus de sens pour nous.

Il faudra demeurer là, comme l’abbesse sur le lieu de son rêve, « fermes comme si nous voyions l’invisible » (He 11, 27), jusqu’à ce que la priorité du Seigneur et de son Royaume polarise et relativise tout le reste, jusqu’à ce que les préoccupations, les biens, les autoréalisations ou le futur, passent au second plan et que la logique de l’évidence reste en arrière. Ainsi l’on s’ouvrira à une manière de croire où la foi n’est pas une manière de savoir ou de comprendre. Elle est décision de faire confiance à un Autre. Elle veut courir le risque d’exposer sa vie entière à une Parole craquant les limites des vieilles habitudes et appréciations.

Interrogations à nos pertes et à nos gains

Nous pouvons nous demander quelle devrait être notre manière de vivre ce jeu perte/gain dans un monde régi par l’individualisme et les lois du marché, monde dans lequel la logique du « chacun-pour-soi » paraît être l’unique proposition idéologique et culturelle. Il nous faudrait être conscientes que, facilement, ces critères et ces manières de réagir peuvent peu à peu s’inoculer en nous et se manifester dans une appréciation exagérée de l’indépendance, du progrès propre ou du dépassement professionnel, dans la résistance à permettre que d’autres interviennent dans notre vie, dans l’exigence d’une totale autonomie sans le contrepoids de la confrontation.

Cela suppose une disposition à réviser également les « acquisitions et conquêtes » que nous avons faites dans la période post-conciliaire et auxquelles, peut-être, nous tenons fermement sans les soumettre à un discernement, sous le prétexte que n’importe quel changement dans ce sens pourrait constituer « un pas en arrière » dans la rénovation.

Comme critère de discernement nous pourrions employer la réponse de l’Abbé Pierre à une question de la TV française : « Quel est le plus important dans votre vie ? » Sa réponse immédiate a été : « Les autres ». Ces deux mots, d’une simplicité apparente, contiennent, cependant, une charge explosive « contre-culturelle » et remettent en question, à sa base même, le discours néo-libéral de l’exaltation de l’individu, de ses libertés et de la qualité de sa vie. Au milieu de multiples tentatives de définir théologiquement la VR, nous pouvons nous demander ce qui arriverait si nous nous considérions nous-mêmes comme des femmes pour qui le plus important ce sont les autres et que pour sauver ou perdre des coutumes, des habitudes et des styles nous prenions, comme critère prioritaire, non pas nous-mêmes, mais les gens et leur sensibilité. De plus en plus, l’intelligence des vœux devra émigrer du secteur des obligations acceptées comme conditions traditionnelles de la VR, vers celui des exigences d’un amour guidé par l’unique désir de répondre aux nécessités et aux attentes de ceux que nous aimons.

Notre réponse, sous forme de symboles, de métaphores, de langage, de lieux de présence, de tâches..., ne peut tourner le dos au monde, mais doit se manifester dans un registre ayant quelque chose à voir avec ses préoccupations et ses recherches. Ce dont le monde semble avoir besoin aujourd’hui, ce n’est pas tellement que les religieuses soient une force de travail, une espèce de multinationale de services gratuits, mais qu’elles soient une voix de l’Esprit, un signe qui « conteste », interroge et relativise les valeurs régies par le gain, qu’elles soient témoins qui communiquent quelque chose de l’énergie et de la sagesse de l’Évangile, rappel permanent de ce rêve de Dieu que nous ayons la vie en abondance. Peut-être est-il plus facile pour nous d’offrir aux autres des « édifices » plutôt que des espaces de cordialité et d’écoute ; davantage « d’organismes » que d’occasions de rencontre et de réciprocité, de « conspiration évangélique » et de prière partagée.

Nous pouvons nous demander si notre crainte de perdre certaines institutions qui nous donnent sécurité et influence, notre préoccupation pour le maintien de certaines œuvres à n’importe quel prix, naissent du désir de rendre visibles les valeurs du Royaume ou de l’inertie de nos coutumes, ou encore d’une tentation de commodité, lesquels peuvent nous conduire à préférer maintenir d’anciens modèles au lieu d’en construire de nouveaux ; ou encore de l’erreur subtile qui nous convainc que nous devons préserver à tout prix d’abondantes ressources pour être plus efficientes et du prestige pour trouver des portes ouvertes.

Les tentations messianiques de résoudre en « clé d’efficacité » les problèmes qui nous entourent rôdent sans cesse autour de nous et nous avons besoin de nous rappeler comment Jésus les a affrontées : les tentations au désert nous font voir clairement son refus d’employer certains moyens pour instaurer le Royaume ; et sa manière de faire quand il entre en contact avec la douleur et la pauvreté n’a pas été de les supprimer à coups de toute puissance, mais celle de manifester « des flashes de bien-être au milieu d’un horizon dominé par le mal-être ». Il n’a pas organisé un programme messianique, mais il a « agi par indices », laissant la force de sa faiblesse comme une semence perdue dans la terre » [5].

Il nous faut mettre en dialogue l’efficacité historique avec « la gratuité historique de l’amour » parce que ce dernier ne sera évangéliquement efficace que s’il est gratuit. Il nous faudra apprendre de Jésus cette manière d’aimer, et de servir qui montre toute sa force quand, au-delà de toute évidence, de toute constatation de succès historique, elle continue à donner témoignage de l’amour inconditionnel de Dieu. Dans les décades antérieures nous avons réellement marché en direction du monde des pauvres et nous nous sommes efforcées, généreusement, d’orienter nos ressources personnelles et institutionnelles à leur service. C’est que, si la VR reste définie par Ce jeu de perte et gain, sa place ne peut être que du côté des perdants et « en leur faveur », quel que soit le lieu où nous les trouvions. Mais, au-delà de notre bonne volonté, nous sommes maintenant conduites nous-mêmes à des situations d’appauvrissement (en nombre, en prestige, en influence...) et cela provoque douleur et désorientation. Nous avons besoin de lire ces nouvelles situations non dans un registre « d’inconvénients », mais « d’opportunités », et de nous accompagner les unes les autres sur ce chemin de pertes, non pour nous renforcer dans l’amertume, les lamentations ou la culpabilité, mais pour nous aider à découvrir le gain évangélique qui se cache derrière ces chemins d’élagage et de diminution.

Tout cela sera possible si, dans la sincérité ultime de notre cœur, nous sommes disposées à abandonner notre propre vie dans les mains d’un Autre afin de la gagner. Ce n’est qu’à ce moment là que se découvrira à nos yeux la « grâce » de ce jeu dans lequel le gain n’est pas le résultat de notre effort ni de notre générosité, mais qu’il est absolument gratuit.

Nous découvrirons également que la « volonté de perte » n’a pas son origine dans d’obscures intentions sacrificielles ou de victimes mais, comme pour le personnage de la parabole, dans la joie d’avoir trouvé le trésor de Jésus et son Évangile [6].

Cinq femmes qui ont perdu et qui ont trouvé

Que peuvent nous dire, au sujet de ce jeu de perte/gain, les femmes de l’Évangile qui nous accompagnent ? Nous trouvons chez elles des attitudes que nous pourrions qualifier de « codification alternative » à la « mondaine » qui consiste à gaspiller, perdre et risquer.

La Samaritaine laisse la cruche, qui représentait sa petite soif, pour entreprendre, les mains vides, un chemin de gain apostolique. Nous pourrions dialoguer avec elle sur la liberté apportée à sa vie par cette cruche abandonnée, comment elle est entrée dans une mission qui a pris possession de toute sa vie et lui a fait oublier qu’elle laissait derrière elle tout ce qui la maintenait dépendante d’une eau qui ne comblait pas sa soif. La veuve pauvre, en donnant cette « deuxième petite pièce » qui était tout ce qu’elle avait pour vivre, a perdu toutes ses sécurités et a osé ne pas se préoccuper de sa survie, mais en échange elle a gagné l’admiration et l’approbation de Jésus. Elle entre dans la scène comme une veuve indigente et en sort convertie en maîtresse des disciples.

Nous pouvons aussi parler avec la femme de la parabole du levain et lui raconter nos résistances à accepter la médiocrité de nos possibilités, notre crainte de nous perdre et de disparaître. Peut-être nous rappellera-t-elle que si ce n’est que de la farine que l’on enfouit dans la masse, celle-ci ne lèvera pas ; mais si ce qu’on y mêle est du vrai levain, son pouvoir secret de fermentation transformera cette masse dans laquelle il se perd.

Nous pouvons demander également à la jeune fille qui attendait l’époux si, lorsqu’elle est entrée dans la salle des noces, elle s’est souvenue de l’huile qu’elle avait dépensée durant l’attente ; et à la femme qui a répandu le parfum sur Jésus à Béthanie, si elle s’était repentie d’avoir brisé son vase d’arôme et de l’avoir versé sur la tête de Celui qui, bientôt, allait livrer sa vie. Et si nous hésitons encore à gaspiller la nôtre et préférons l’administrer, la contrôler ou la garder, Jésus lui-même nous rappelle que l’annonce de son Évangile est déjà associé pour toujours au geste inouï de perte de cette femme.

Engendrer un signe alternatif de bonheur

La parabole du trésor gravite autour d’un point central qui est la joie. Si l’homme a pris la décision de vendre tout ce qu’il avait « en raison de la joie » et en réponse à la sentence de Jésus « se renier soi-même », ce qui est atteint, c’est un gain, même si c’est par un étrange détour.

Dans la VR le chemin des vœux débouche toujours sur une liberté qui amplifie les possibilités du cœur, mais nous courons aussi le risque de rester sur l’aspect de renoncement et de regarder le vendre, laisser ou perdre uniquement sous l’angle de la privation et de l’appauvrissement. Pour cela nous demeurons si souvent indécises sur le seuil de la porte étroite, sans oser le franchir, alors que ce n’est que la fin du processus pascal qui fait entrer dans le champ ouvert d’une joie que personne ne peut nous ravir.

Trop d’aspects de la VR ont été marqués par le volontarisme, ou par des conduites de modération, contrôle et équilibre, et l’image que nous donnons fréquemment est davantage celle de bonnes travailleuses sociales, de personnes à la vie organisée et austère, assujetties à des horaires, règles et prescriptions, que celle de femmes heureuses, de grande humanité, aux attitudes dilatées et libératrices. Pour cette raison, à l’heure d’évaluer la qualité et la cohérence de notre vie, nous pourrions commencer par nous demander où nous en sommes de notre joie ou, ce qui revient au même, où est, pour nous, la source du bonheur.

Si, dans les textes de Matthieu que nous sommes en train de lire, nous nous arrêtons sur la joie ou sur le gain obtenus, nous remarquerons que ces deux attitudes ne sont pas recherchées directement, mais bien plutôt rencontrées comme par surprise : le trésor qui remplit de joie le protagoniste de la parabole n’a pas fait l’objet d’une recherche, et l’allégresse de la trouvaille n’a pas épargné le fait, pour lui, de devoir se dépouiller coûteusement, de vendre tout ce qu’il avait et de faire face au temps qui s’est écoulé entre la dépossession de ses biens et l’achat du champ. Mais dans toutes ses allées et venues, rapides et décidées, la joie a été l’élément mobilisateur qui a transformé cette situation vitale.

Quand vient le moment de se mettre « à la suite », ce n’est pas non plus la préoccupation pour le gain qui apparaît au premier plan, mais bien la personne de Celui que l’on suit par séduction et appel. Entrer avec cette clé c’est accepter un mode de vie dans lequel disparaît l’inquiétude pour la survie personnelle, parce que l’attention et l’intérêt pour ce qui est propre (pour « sauver la vie ») sont maintenant libérés pour s’occuper de la vie d’autres et participer ainsi à la mission de Jésus de retrouver ceux qui étaient perdus. Cela devient le meilleur des gains.

Interrogations à notre joie

Nous pouvons nous demander si les sources qui alimentent nos joies coïncident avec celles de l’Évangile : dans ce dernier, la félicité, le bonheur, apparaissent toujours dans les relations et ses images les meilleures parlent de rencontres personnelles, de table partagée, d’invitation à un banquet de noces. Et, au contraire de ceux qui veulent nous convaincre du dehors, ce sont les personnes et non les choses qui représentent la source principale du bonheur. Pour cela, ceux qui abandonnent leurs biens ont besoin de le célébrer de manière festive avec Jésus, tandis que l’unique qui n’a pas voulu les abandonner, ce jeune qui avait beaucoup de richesses, s’est retiré envahi par la tristesse (Mc 10,22).

Nos communautés devraient être génératrices d’une joie en contraste avec les modes dominants de félicité de notre entourage : celle qui naît de la cordialité et de la capacité de donner et recevoir de l’affection ; de la « permission » que nous nous donnons les unes aux autres d’être comme nous sommes et non « comme nous devrions être » ; de continuer à nous êtres fidèles dans les moments difficiles ; de vivre les vœux non comme un effort ascétique et méritoire, mais comme une forme de gaspillage, une occasion pleine de joie d’abandonner, de livrer tout ce que nous sommes et tout ce que nous avons.

Nous pourrions nous interroger sur les succédanés de joie avec lesquels nous confondons parfois celle que l’Évangile nous promet, et faire, jour après jour, l’expérience (« expertus potest credere », chantons-nous dans l’hymne « Jesu dulcis memoria ») de ce que ni la contemplation narcissique, ni le succès dans les tâches que nous entreprenons, ni la sécurité, ni le confort, ni même la fameuse estime de soi ou le fait d’atteindre les buts que nous nous sommes fixés, peuvent être comparés avec cette autre joie qui naît du donner plus que du recevoir (He 20, 35), d’avoir besoin de peu, d’être accueillis par ceux qui manquent de tout. Et tout cela parce que, de même que « personne ne peut ajouter une coudée à sa taille » (Lc 12, 25), personne ne peut non plus ajouter un centimètre à son bonheur et ce n’est pas en le cherchant directement que nous le trouverons mais en nous dé-centrant et en ne nous préoccupant pas de lui.

Nous pouvons nous demander aussi à quoi nous donnons le pouvoir de nous enlever notre joie : aux difficultés de la vie en commun, aux petits échecs, aux diminutions que nous apportent l’âge, aux limites imposées par notre santé, aux pertes d’initiative ou de reconnaissance. Nous pourrions relire nos réactions face à tout cela à la lumière de l’étrange promesse de Jésus : « La joie que je vous donne, nul ne peut vous la ravir » (Jn 16, 22). Parce que, dans son affirmation, il y a tout à la fois un réalisme conscient que la joie « a des ennemis » ; et l’affirmation insolite que si quelqu’un accueille celle qu’il offre, nul ne pourra la lui ravir.

Nous pouvons nous interroger sur notre perception de la réalité du monde et si c’est uniquement le tumulte de ses actes de violence, de destruction, de haine que nous retenons ou si, peu à peu, nous apprenons à écouter, grâce à ces maîtres que sont les simples et les petits, le murmure d’innombrables gestes d’amour, de réciprocité, de fête partagée, de résistance silencieuse qui surgit si souvent des lieux les plus humbles, du monde des exclus, de là où il nous semble qu’il ne pourrait rien surgir d’autre que de l’amertume et de la tristesse [7]. C’est pour cela que, parmi nous, ce sont toujours celles qui vivent le plus près des pauvres qui sont le plus exposées à la « contagion des béatitudes ».

Femmes baignant dans la joie

Les femmes aux mains vides peuvent nous l’exprimer bien mieux que n’importe quelle explication : leur attitude lorsqu’elles demeurent sans la cruche, sans le levain, les monnaies, l’huile ou le parfum a son origine dans une manière distincte de trouver un bonheur alternatif à la possession : c’est la joie d’une vie qui devient annonce, d’un pain auquel tous peuvent manger, d’une existence libérée de la préoccupation de sa propre subsistance, d’une rencontre qui dépasse toute autre joie, d’un amour manifesté jusqu’à l’extrême. Un bonheur déjà pressenti, bien que pas encore pleinement atteint, a été l’élément dynamisant de leurs gestes d’abandon, ce qui a élargi leurs perspectives et a été pour elles la promesse anticipée d’une valeur définitive, de quelque chose de différent des petites joies immédiates qui se dissipent rapidement, mais bien plutôt les arrhes et prémices d’une joie irréversible.

Comme une femme qui cherche

Jusque là, les cinq femmes, qui se sont faites nos maîtres, nous ont accompagnées pour nous aider à comprendre quelques-unes des paroles de l’Évangile qui sont, comme dans le conte, le trésor dont nous continuons à rêver, et qui nous attendent cachées au centre même de la vie que nous avons choisie. Mais, avant de terminer, nous allons évoquer une sixième femme, également en attitude de perte et avec les mains vides : c’est celle qui avait perdu une drachme (Lc 15, 8-10). L’issue de son histoire est différente de celle des autres : cette femme ne se résigne pas à la perte qu’elle a faite et toute sa préoccupation, sa soif, son activité se tournent vers cette monnaie qu’elle a perdue et qu’elle veut retrouver. Et nous assistons à sa joie débordante quand elle la trouve ; elle convoque amies et voisines pour célébrer cet événement. La grande différence entre cette femme et les autres c’est que celle-ci est l’image de Dieu même et Jésus se sert d’elle pour nous dire : « C’est ainsi qu’est votre Père : il abandonne sa tranquillité, sa paix, sa prétendue immutabilité, et il entreprend une recherche inquiète jusqu’à ce qu’il vous trouve ».

Sentons notre VR un peu comme cette monnaie qui, peut-être en ce moment, semble un peu perdue. Accueillons avec joie la nouvelle que Quelqu’un nous cherche et que, s’il y a du désordre dans notre maison, c’est peut-être parce qu’il est décidé à tout déranger et à tout changer de place jusqu’à ce que ce que nous nous trouvions face à face avec lui.

Et nous recevrons, avec un étonnement reconnaissant, la Bonne Nouvelle qu’il continue à vouloir nous tenir au creux de sa main, comme on tient un trésor.

Bibliographie

J.A. Garcia, En el mundo desde Dios. Vida Religiosa y resistencia cultural, Santander, 1989.

Christiane Hourticq, Las Religiosas, Madrid, 1996.

Joan Chittister, The fire in these ashes. A Spirituality of contemporary Religious Life, Kansas City, 1996.

Patricia Wittberg, S.C., Pathways to re-creating Religious Communities, Mahwah. N.Y., 1966.

Id., The Rise and Faith of Catholic Religious Orders. A Social Movement Perspective, New York, 1994.

[1Subida. Livre I, 10, 1.

[2Subida. Livre I, 11, 4.

[3Subida. Livre I, 5, 8.

[4Relire les prières ou « actes d’offrande » d’Élisabeth de la Trinité, Thérèse de Lisieux, Madeleine Sophie Barrat ou Sœur Magdalena de Jésus, nous met en contact avec les désirs de femmes dévorées par celui de Jésus et qui peuvent être pour nous des mystagogues dans la tâche d’incendier les nôtres.

[5C. Duquoc, « Le mal, énigme du bien » : Le Supplément 172. Mars 1990, p. 73.

[6Dans la parabole du trésor de Mt 13, 4, le jeu de perdre/gagner apparaît aussi : l’homme qui trouve le trésor dans le champ (ce serait le parallèle de l’appel à suivre de Mt 16, 24), n’en prend pas possession immédiatement, mais il va, vend tout ce qu’il a pour l’acheter (et son action de vendre serait l’équivalent de celle de « perdre » de Mt 16, 25). Mais de même que ce « perdre » n’est possible que « à cause » de Jésus, l’homme de la parabole vend tout ce qu’il a « dans la joie ».

[7Vœux de Noël des Petites Sœurs de Jésus, Tre Fontane 1996.

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