Un périodique unique en langue française qui éclaire et accompagne des engagements toujours plus évangéliques dans toutes les formes de la vie consacrée.

Prier les psaumes

À l’école de saint Augustin

Jaime Garcia

N°1998-4 Juillet 1998

| P. 220 -229 |

La prière des psaumes est un des lieux privilégiés de la docilité au Saint Esprit où nous nous ouvrons et à la profondeur de Dieu et à celle de l’homme. On le sait, Augustin les a priés, commentés. Le P. Garcia, augustinien était bien indiqué pour nous mettre à cette double école de la prière : les psaumes et Augustin. Il restera toujours que seul l’Esprit du Christ nous conduira, à son rythme, à murmurer en vérité : “Père”.

Introduction

Les psaumes sont une prière et une école de prière. Celui qui les prie apprend à prier.

La prière n’est pas, tout d’abord, la parole que nous adressons ou que nous pouvons adresser à Dieu. Avant d’être l’expression de ce que nous portons sur le cœur, elle est réponse à un appel que Dieu nous fait. Dieu s’adresse à nous et nous lui répondons par notre prière. L’initiative de la prière n’est donc pas de nous, elle vient de Dieu. C’est Dieu qui nous invite et nous appelle à prier, et la qualité de notre prière est à la mesure de l’accueil que nous prêtons à cet appel de Dieu. Dans la prière, tout se passe comme dans l’amour : aime celui qui, tout d’abord, se sent aimé : “Nous aimons parce que Dieu lui-même nous a aimés le premier” (1 Jn 4, 19).

Qui a jamais fait appel à Dieu sans avoir d’abord été appelé par Lui ? (En. in ps. 1, 14, 5).

Le problème de la prière est donc de nous rendre sensibles à cet appel, à cette invitation que Dieu nous fait. Dieu s’adresse à nous sous des formes bien différentes. En réalité, tout est Parole de Dieu. La question est de savoir déchiffrer le sens divin de tous les événements de notre vie, redécouvrir en eux la volonté de Dieu. Et pour y arriver, nous devons savoir prendre un écart, un retrait face à tous ces événements. Sans le passage par le désert, par le silence, aucun événement ne nous livrera son sens sacré. Le passage de l’Écriture sur Moïse et le Buisson ardent nous éclaire bien à ce sujet.

Moïse est tout seul sur la montagne, occupé à sa tâche quotidienne : “Il faisait paître le petit bétail de son beau-père” (Ex 3, 1). Et voilà qu’un fait tout banal éveille son attention, un feu de broussaille. Et pourtant, à y regarder de près, ce feu n’est pas comme les autres. Moïse, à ce moment-là, ne se contente pas de voir de loin ; il veut regarder de près : “Allons voir...” Il s’ouvre à l’écoute, il se laisse prendre par ce fait. Il s’engage sur le chemin de l’admiration. Et voilà qu’il entend la voix de Dieu d’une façon claire : “Moïse, Moïse”. Dieu s’adresse à lui. Il entend sa voix. “Alors, Moïse se voila la face car il craignait de fixer son regard sur Dieu.” Quand les yeux se ferment, le cœur s’ouvre pour accueillir la parole. Et la prière jaillit du cœur de Moïse. “Que suis-je... ?” Il s’ouvre entièrement au Seigneur, et le dialogue s’engage : “Je suis avec toi.”

La préparation à la prière passe donc par quelques étapes : la découverte d’un fait qui nous frappe ; nous sentir attirer par ce fait ; nous reconnaître tels que nous sommes ; et, enfin, ressentir la présence de Dieu à côté de nous : “Je suis avec toi.”

La toute première condition pour entrer en prière est donc le silence. Mais un silence qui nous ouvre aux événements de la vie. Un silence d’écoute, d’attention à la parole de l’Autre. Savoir nous émerveiller devant la réalité qui se trouve devant nous. Et, pour y arriver, nous devons, comme Moïse, déchausser notre cœur de toute envie de possession. Dieu est là, devant nous. Chaque réalité est sa parole, son visage. Il nous faut donc fermer les yeux pour nous faire “écoute”, pour accueillir l’autre tel qu’il est : parole et messager de Dieu.

C’est certain que Dieu nous parle par tous les événements de notre vie, mais il nous parle surtout par l’Écriture. Par elle Dieu ne cesse de nous interpeller et de nous engager dans un dialogue intime et profond avec lui. Et saint Augustin ne finit pas de nous inviter à nous laisser interpeller par ce Dieu qui nous parle, plus encore par le Verbe de Dieu dont l’Écriture est justement sa Parole. L’écoute attentive de la Parole de Dieu est l’acte premier de la prière. Voilà pourquoi pour prier et bien prier il nous faut, tout d’abord, savoir nous mettre à l’écoute de l’Écriture.

Laissons Dieu nous parler par ses lectures, parlons-lui, nous, par nos prières. Si nous écoutons avec obéissance ses paroles, il habitera en nous, celui que nous implorons (Ser. : 219).

Et ce sont surtout les psaumes qui nous préparent à la prière. Ils nous font entendre la voix de Dieu qui s’adresse à nous et, à la fois, ils nous offrent les mots justes pour nous adresser à lui. Entrer dans les psaumes, c’est entrer vraiment dans la prière.

Saint Augustin et les psaumes

Saint Augustin a appris à prier dans les psaumes. Les psaumes ont été son école de prière. Les tous premiers contacts d’Augustin avec les psaumes remontent à Cassiciacum. Retiré à Cassiciacum pour se préparer au baptême, il les lit et les médite avec un tel enthousiasme que même quelques années plus tard, au moment d’écrire les Confessions, en se rappelant cette première rencontre avec les psaumes, il nous dira :

Quels cris, mon Dieu, j’ai poussés vers toi en lisant les psaumes de David, chants de foi, accents de piété où n’entre aucune enflure de l’esprit... Quels cris je poussais vers toi à leur contact ! Et je brûlais de les déclarer, si j’avais pu, à toute la terre, face à ces bouffées d’orgueil du genre humain. Et d’ailleurs, on les chante par toute la terre, et il n’est personne qui se soustrait à ta chaleur (Confess. IX, 4, 8).

Quand il revient à Milan pour sa préparation immédiate au baptême, il ressent la psalmodie qu’il entendait chanter dans l’église comme une vraie caresse de Dieu sur son âme et, à ce moment-là, tout son être se sent remué :

Que j’ai pleuré dans tes hymnes et tes cantiques, aux suaves accents des voix de ton Église qui me pénétraient de vives émotions ! Ces voix coulaient dans mes oreilles, et la vérité se distillait dans mon cœur, et de là sortaient en bouillonnant des sentiments de piété, et des larmes roulaient et cela me faisait du bien de pleurer ! (Confess. IX, 6, 14).

Et les psaumes resteront toujours pour lui “les divins cantiques qui font les délices de notre esprit, où même les pleurs ne sont pas sans joie” (En. in ps. 145, 1). Et ces mêmes dispositions nous les retrouvons entières quand il est évêque à Hippone. Les psaumes seront les plus cités dans ses œuvres. Plus encore : il leur consacre une de ses œuvres les plus importantes, les Enarrationes où il commente tous les psaumes. Elle est son œuvre la plus large, la plus volumineuse. Il commence ce commentaire des psaumes juste après son ordination sacerdotale, en 392, et il finira de les commenter en 418. La plupart d’entre eux, il les a prêchés à Hippone et à Carthage et toujours pour que ses fidèles “vivent dans leur cœur ce qu’ils chantent par leurs lèvres” d’après le précepte de sa Règle (2, 3). Voilà pourquoi le style littéraire de ces commentaires est très simple et, à l’occasion, il touche des thèmes différents coupés par bien de digressions. A première vue il semble que ces commentaires manquent de logique et pourtant quand on arrive à les lire doucement on y découvre toujours de vraies perles de spiritualité. Saint Augustin s’est tellement identifié avec les psaumes qu’il les assume et les personnalise. Ils deviendront la nappe souterraine qui ne cesse d’irriguer sa prière et sa pensée. À l’écart des psaumes cette pensée serait incompréhensible.

Les psaumes nous préparent à entrer en prière

Saint Augustin nous dira que la prière est “le cri du cœur à l’égard du Seigneur” (En. inps. 18, 21, 1). De même que le cœur est le centre, le moteur de notre vie corporelle, il appelle aussi “cœur”, le centre de l’âme. Le cœur est donc la racine la plus profonde de notre vie spirituelle. Voilà pourquoi il dira que c’est du cœur que monte la confession de la foi, que c’est le cœur aussi qui désire, qui aime. Et la vraie prière est justement celle qui jaillit du fond du cœur.

En face de cette prière du cœur, il y a la prière qui jaillit de nos lèvres. Cette prière est vraie quand elle est en harmonie parfaite avec celle du cœur. C’est le sens du précepte de la Règle : “Que vive dans votre cœur ce qui est formulé par vos lèvres” (Rg. 2, 3). Le problème de la prière pour saint Augustin, et particulièrement celle des psaumes, est de trouver cette harmonie entre ce qu’expriment les mots de nos prières et le désir de notre cœur. Il fera dans ces commentaires des psaumes et dans une lettre consacrée justement à la prière, la Lettre 130, une analyse très profonde sur le sens de la prière vocale. Les mots, dans la prière, ne sont pas nécessaires pour informer Dieu, mais ils nous aident à prendre conscience de ce que nous demandons. Ils doivent nous aider à discerner nos vrais désirs. Par ailleurs, si nous parlons à Dieu, c’est aussi pour élargir notre désir de Lui. Le but de nos paroles dans la prière est donc de nous aider à prendre conscience des désirs de notre cœur, c’est-à-dire de la prière de notre cœur et, ensuite, d’élargir et d’approfondir ces désirs. La prière des lèvres est une aide pour la prière du cœur.

Le désir est le fond du cœur ; nous recevrons, si nous étendons notre désir, autant que nous le pouvons. L’Écriture divine, les réunions du peuple, la célébration des sacrements, le saint baptême, les hymnes de louange que nous adressons à Dieu, cette explication même de l’Évangile, tout cela a pour but, non seulement de semer et de faire germer en nous ce désir, mais encore de l’augmenter et de lui donner une telle capacité qu’il soit capable d’accueillir “ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas monté jusqu’au cœur de l’homme (In Jn ev. 40, 10).

Si Dieu connaît tous nos besoins, inutile de les lui exprimer, même en peu de paroles. Pourquoi prier ? Il connaît notre indigence : à lui de nous venir en aide. S’il a voulu que tu demandes, c’est pour exciter ton désir de recevoir et relever à tes yeux le prix de ce qu’il donne (Ser : 56, 4).

Et c’est justement à partir de ce fait que nous devons saisir le sens de la prière des psaumes. Saint Augustin lui-même dira :

Il faut aussi prier Dieu verbalement à certaines heures, à certains temps pour que les paroles dites nous rappellent le but de nos prières et que nous voyions en nous-mêmes quels progrès nous avons faits dans ce qui doit être l’objet de nos désirs afin de les augmenter et de les rendre plus ardents encore (Ep. 130, 9, 18).

Les psaumes sont donc un moyen précieux pour nous aider à prier. Mais ils nous aideront vraiment si nous arrivons à nous identifier, à nous approprier les sentiments exprimés en eux. Il nous faut savoir entrer dans les psaumes, les personnaliser. En effet saint Augustin s’est tellement identifié aux psaumes qu’il les assume et les personnalise, il les transforme et les adapte aux circonstances concrètes de la vie. Il les fait vie de sa vie. Bien souvent dans ses écrits il ne transcrit pas le verset d’un psaume en entier, mais il en détache seulement quelques mots et il complète la phrase avec d’autres mots. Il fait des psaumes l’expression la plus profonde de ses sentiments, de ses idées et de ses désirs.

L’intériorisation des psaumes

Aujourd’hui, bien souvent, nous regardons le chant des psaumes comme une prière de louange. Dans l’antiquité chrétienne la psalmodie apparaissait plutôt comme une préparation à la prière. La prière s’accomplissait surtout dans le temps de silence qui suivait. Psalmodier était plus une préparation à entrer en prière qu’une vraie prière. Le prière est comme un échange, un entretien intime, familier avec Dieu. Et chanter ou réciter les psaumes nous aide à faire cette rencontre.

Pour prier avec les psaumes, il nous faut les laisser entrer dans notre cœur : que leurs paroles nous touchent, qu’elles nous possèdent. Les psaumes sont des prières jaillies de l’émotion d’un cœur croyant qui porte devant Dieu tout ce qui lui arrive dans la vie. Plus encore, ils sont tout d’abord la Parole de Dieu. C’est Dieu lui-même qui parle en mettant dans la bouche de quelqu’un, touché par les événements de la vie, des mots de prière. Ils ne sont pas le produit ou la création de l’expérience d’un homme, d’un poète. Celui qui parle ou qui chante dans les psaumes est un homme touché par Dieu à l’occasion d’un événement joyeux ou malheureux de la vie.

La bonne façon d’entrer dans les psaumes, ce n’est pas seulement de les lire, de les étudier ou de les examiner, mais surtout de nous laisser emporter par leur mouvement intérieur vers Dieu ; passer de la tête au cœur. Et, pour y arriver il faut nous laisser posséder par l’Esprit Saint, par l’Esprit de Jésus. Et c’est le silence, l’attitude, le rythme du chant qui nous aident à faire une place à l’Esprit dans notre cœur.

C’est la voix de l’Esprit de Dieu puisque ces paroles-là, si ce n’était pas lui qui les inspirait, nous ne les dirions pas. Pourtant ce n’est pas sa voix, car il ne connaît, lui, ni misère, ni effort douloureux : or ces paroles sont des cris de miséreux et de besogneux. En fin de compte elles sont nôtres parce qu’elles expriment notre misère, et, en même temps elles ne le sont pas, puisqu’elles sont un don de l’Esprit de Dieu (En. in ps. 26, 11, 1).

Les psaumes sont faits pour nous, l’Esprit Saint nous les destine. Ils doivent être notre vraie prière. Mais pour y arriver il nous faut faire tout un apprentissage. Chaque psaume doit nous devenir familier, nous devons le reconnaître comme on “reconnaît” un ami. Il doit répondre à notre appel à un moment donné. Qu’il devienne vraiment nôtre. Voilà pourquoi nous devons nous les assimiler, les personnaliser. Mais pour nous approprier un psaume il nous faut, tout d’abord, bien saisir les mots et les images qui rejoignent ce que nous vivons : couler notre vie dans celle du psaume. S’approprier un psaume exige d’approfondir sa dimension poétique. Le langage des psaumes n’est pas un langage courant. Son langage est un langage poétique, vivant, tout frais, tout spontané. En eux, c’est le cœur qui parle, non la raison. Quand nous les prions, nous devons savoir nous mettre dans l’état d’esprit propre au psaume. Nous ne devons pas les lire en lecteur curieux. Il faut savoir nous dépayser, nous abandonner à son courant. Nous laisser emporter par leur mouvement vers Dieu.

Les psaumes, prières révélées par Dieu, nous apprennent à prier. Ils sont une vraie école de prière. Dans les psaumes, c’est Dieu lui-même qui, avec nos lèvres, répond à Dieu. Ils sont la réponse inspirée à la parole que Dieu nous adresse. Dieu s’adresse à nous, il nous adresse sa Parole. Mais si Dieu nous parle par les psaumes, c’est pour provoquer notre réponse, notre prière. Mais notre réponse à cet appel de Dieu ne peut être formée et formulée en nous que par Dieu lui-même. La parole des psaumes est une parole vivante et efficace. Elle crée et recrée la parole de celui qui l’accueille. Et le psaume est justement la parole d’un homme transformé ou renouvelé par la Parole de Dieu. Il n’est pas l’effet de notre seule expérience, il jaillit d’un cœur nouveau recréé par l’Esprit de Dieu. En effet, une prière est vraie quand elle est inspirée par Dieu lui-même, quand c’est Dieu lui-même qui prie en nous. En effet ce n’est pas nous qui prions, c’est le Christ lui-même qui prie en nous. Le secret de la vraie prière c’est qu’elle est partout et toujours la prière du Christ. Saint Augustin dira :

La prière qui ne passe pas par le Christ non seulement ne peut effacer le péché, mais elle devient elle-même péché (En. in ps. 108, 9).

Que personne donc, en entendant ces paroles, ne dise ; ce n’est pas le Christ qui les prononce. Qu’il ne dise non plus ; ce n’est pas moi. S’il se sait appartenir au Corps du Christ, il doit dire à la fois : c’est le Christ qui parle, et c’est moi qui parle. Tâche donc de ne rien dire sans lui, et lui ne dira rien sans toi (En. in ps. 85, 1).

Le problème de notre prière est donc celui de savoir nous identifier au Christ. Or, le Christ n’est pas aujourd’hui loin de nous ; il est présent dans toute l’Église, dans la Communauté ecclésiale. Et les psaumes nous font rentrer dans la vie la plus intime du Christ total, de la Communauté de Jésus.

Dieu ne pouvait faire aux hommes un don plus magnifique que de leur accorder pour Tête son propre Verbe par lequel il a créé toutes choses et de les associer à cette Tête comme ses membres, afin qu’il soit tout à la fois Fils de Dieu et fils de l’homme, un seul Dieu avec le Père, un seul homme avec les hommes ; afin qu’en adressant à Dieu nos prières nous n’en séparions pas le Christ et que le Corps du Christ offrant ses prières ne soit point séparé de sa Tête ; afin que notre Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu, unique Sauveur, prie pour nous, prie en nous et reçoive nos prières. Il prie pour nous comme notre prêtre ; il prie en nous comme notre Tête ; il reçoit nos prières comme notre Dieu. Réalisons donc qu’en lui, c’est nous qui parlons, et qu’en nous, c’est lui qui parle (En. in ps. 85, 1).

Or, le Christ est l’Église, il est la Communauté et, de même, les psaumes sont, doivent être la prière de la Communauté. En réalité saint Augustin, dans ses commentaires aux psaumes, ne s’adresse pas à des personnes isolées, individuelles, mais à des personnes qui appartiennent à l’Église, membres d’une communauté ecclésiale, et il voudrait que chaque chrétien au moment de chanter les psaumes arrive à vivre en profondeur cette unité avec le Christ, qu’il devienne vraiment membre du Corps du Christ, du Christ total.

Or, l’Église a faim, le Corps du Christ a faim, cet homme total partout répandu dont la tête est en haut et les membres ici-bas ; sa voix qui retentit dans tous les psaumes, allègre ou gémissante, exaltée par ses espoirs, soupirant de sa condition présente, nous devons depuis longtemps savoir la reconnaître, elle doit nous être familière : au vrai, c’est la nôtre. Je n’ai donc pas besoin de vous expliquer longuement quel est celui qui parle ici. Soyons dans le Corps du Christ et ses paroles seront nos propres paroles (En. in ps. 42, 1).

La prière des psaumes est pour saint Augustin, en tout premier lieu, une prière communautaire.

Puisque nous sommes membres du Christ et établis dans son Corps, comme il nous a lui-même demandé de le croire, c’est notre propre voix, non une voix étrangère, que nous devons entendre dans les psaumes. Non pas la nôtre comme de ceux seulement qui sont ici présents de corps, mais nôtre en comprenant par là nous tous qui sommes sur la terre, du levant au couchant. Et pour que vous voyiez bien que c’est ici notre voix, le psalmiste ici parle comme à titre individuel. Assurément, ce n’est pas le cas, mais c’est l’unité de l’Église qui parle comme par la bouche d’un individu. Dans le Christ, nous sommes tous un seul homme dont la tête est dans le ciel, dont les membres peinent encore sur la terre (En. inps. 60, 1).

C’est donc le Christ, l’Église, notre communauté ecclésiale qui doivent vivre dans notre cœur lorsque nous prions Dieu par les psaumes. Pour les prier et bien les prier nous devons donc appartenir, plus encore, nous identifier à notre communauté car notre prière sera vraiment prière dans la mesure même où elle sera communautaire. Même cette union d’âme et de cœur avec la communauté est déjà, par elle-même, prière. En accordant nos voix, nos gestes, nos comportements, notre âme trouve une aide précieuse pour entrer en communion avec le Seigneur. Les psaumes, bien chantés par leur mélodie répétitive et bien soignée font que notre esprit s’accorde à notre voix et que leurs paroles nous façonnent. Le chant des psaumes devient donc école de vie communautaire. Saint Augustin en est bien conscient et, en effet, il voit la vie communautaire comme un chœur qui chante bien accordé.

Qu’il monte donc, celui qui chante ; qu’il chante dans tous vos cœurs, et sachons tous nous identifier à lui. Nous nous réunissons pour chanter ce psaume, mais en vérité, nous ne faisons qu’un dans le Christ, il n’y a donc qu’un seul chanteur (En. in ps. 122, 2).

Quel est le sens du mot chœur ? Beaucoup savent ce que c’est qu’un chœur ; et, parce que nous parlons dans une ville, presque tous le savent. Un chœur est une réunion d’hommes qui s’accordent pour chanter. Si nous chantons en chœur, accordons nos voix pour chanter. Dans un chœur d’hommes qui chantent, si un seul détonne, il blesse les oreilles des auditeurs et apporte le trouble dans le chœur. Si la voix discordante d’un chanteur trouble l’ensemble du chœur, comment une hérésie discordante ne troublerait-elle pas l’accord de ceux qui louent le Seigneur ? Le chœur du Christ s’étend aujourd’hui au monde tout entier. Le chœur du Christ chante aujourd’hui de l’Orient jusqu’à l’Occident. Veillons à ce que le chœur du Christ occupe toute cette étendue (En in ps. 149, 7).

Conclusion

Il est certain que des personnes trouvent bien des difficultés à prier les psaumes. Et pourtant, les redécouvrir est un bienfait inouï pour notre vie, car il nous font ressentir, plus encore, toucher Dieu. Les valeurs spirituelles les plus profondes et les plus délicates s’y trouvent présentes. Voilà pourquoi les psaumes nous apprennent à devenir sensibles à l’action de Dieu sur nous. Mais pour entrer dans les psaumes, d’après saint Augustin, il nous faut bien les apprivoiser, car ils ne se donnent qu’à ceux qui les travaillent et les méditent. Il faut nous placer, tout d’abord, dans l’action de Dieu sur nous et, ensuite, dans l’attitude de celui qui ressent cette action de Dieu et s’adresse à Lui de tout son cœur pour le louer, pour l’invoquer, pour le confesser. Les psaumes, il faut les lire comme un dialogue entre Dieu et nous. Les prier, c’est entrer dans ce dialogue. Et pour bien les prier l’aide de saint Augustin nous est précieuse. Il ne cesse de nous dire :

Avec moi, louez Dieu. Et si le psaume est prière, priez, s’il gémit, gémissez, s’il célèbre, soyez dans la joie, et dans l’espérance s’il espère, ressentez la crainte s’il exprime la crainte. Car toutes ces choses qui sont ici écrites, c’est le miroir de nous-mêmes (En. in ps. 30, 11, 1).

Facultad de Teología

E-09003 BURGOS, Espagne

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