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Situation de la vie religieuse féminine dans la diaspora des pays nordiques

Else-Britt Nilsen, o.p.

N°1996-6 Novembre 1996

| P. 389-392 |

Quelques brèves informations concernant la vie religieuse dans les pays nordiques pendant ces dix dernières années montrent bien les défis qui sont à relever. Ils portent tous, de manière très singulière, un même nom : inculturation.

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Les cinq pays nordiques ont beaucoup de traits communs, mais ils ont aussi des différences de langue, de situation géographique, de vie sociale et économique. Le refus de la Norvège d’entrer dans l’Union Européenne montre bien qu’on ne peut sans cesse faire abstraction des particularités de chaque pays ; pourtant la diversité de la coopération, tant interne qu’externe, est très vaste. Cela concerne aussi les Églises catholiques de cette région avec la Conférence épiscopale nordique et le travail commun réalisé ensemble. En ce qui concerne prêtres et religieuses, la tendance de l’évolution entre 1975 et 1995 paraît assez stable pour les vocations sacerdotales, alors qu’elle est en régression pour celles des sœurs. Les catholiques se répartissent ainsi : 67 % d’entre eux sont en Suède, 16 % en Norvège, 13 % au Danemark, 3 % en Finlande et 1 % en Islande. On compte un peu moins de 250.000 catholiques pour une population totale de 24 millions d’habitants.

La Suède se distingue des autres pays entre 1975 et 1995

Le tableau ci-dessous montre le nombre à peu près exact de Sœurs et d’instituts dans les pays nordiques pendant ce temps. [1]

Au cours des vingt dernières années, le nombre total des sœurs a diminué de près de 40 %. Ce phénomène a surtout frappé les instituts qui géraient de grandes et donc lourdes institutions (hôpitaux) en Norvège, Danemark et Islande. Si on considère chaque pays, on s’aperçoit que la Suède se distingue nettement du Danemark et de la Norvège ; alors que le nombre de sœurs a fortement diminué au Danemark et en Norvège, les effectifs sont demeurés à peu près constants en Suède. On peut l’expliquer parce que la vie religieuse n’y a jamais connu cette explosion des débuts, comme dans les deux autres pays, au cours des XIXe et XXsiècles et les institutions n’y ont jamais été aussi importantes. La Suède a connu un développement régulier du nombre des religieuses, même durant les années critiques de l’après-guerre. La majorité des catholiques étant en Suède, cela a peut-être permis de donner plusieurs vocations à l’Église locale ; en 1995, la Suède comptait 55 sœurs autochtones alors que le nombre n’était que de 26 en Norvège. Il faudra nuancer cette affirmation, comme nous le ferons dans le prochain paragraphe.

Puisque nous nous sommes limités aux vingt dernières années, il faut enregistrer le développement visible du nombre d’instituts en Suède. Cette expansion est due à l’arrivée de nouveaux Instituts dans le pays. Il faut compter aussi deux communautés suédoises qui se sont converties et comprennent une trentaine de personnes. Ce dernier événement n’a pas seulement permis une progression importante des effectifs, il a surtout augmenté le nombre des religieuses autochtones.

Un renforcement de la vie monastique ?

Le nombre peu élevé de sœurs n’implique pas forcément un nombre peu élevé d’instituts ; en Norvège, par exemple, on n’a jamais compté autant d’instituts différents. Au début de 1995, on compte 37 Instituts implantés dans les pays nordiques [2] avec de grandes différences d’effectifs. Les sœurs de Saint Joseph sont encore les plus nombreuses (23 % du total des sœurs). Les sœurs de Sainte Élisabeth suivent loin derrière (10 %) puis viennent les carmélites (7 %). Les sœurs de Saint François Xavier, les brigittines (de Rome), les bénédictines comptent chacune 5 % du nombre total des sœurs.

Parmi les Instituts qui se sont installés dans les pays nordiques au cours des vingt dernières années, deux Instituts viennent d’Asie : les Missionnaires de la Charité, d’Inde, et les Amantes de la Croix, du Vietnam. Si l’on regarde-chacun des cinq pays nordiques, on constate une répartition de certains Instituts déjà établis dans ces pays, par exemple les carmélites installées dans quatre pays, mais pas au Danemark, et les sœurs de Sainte Brigitte, implantées en Suède, Finlande et au Danemark en 1995. La conversion des deux communautés suédoises assure une présence bénédictine supplémentaire dans un pays nordique. Les Ordres anciens se maintiennent (dominicaines) et certains ont connu un essor durant cette période (carmélites, bénédictines, brigittines).

Les Instituts récents, surtout ceux qui, dans le passé, ont maintenu de grandes institutions connaissent un déclin en ce qui concerne le nombre de leurs membres. La fermeture des Institutions et le manque de recrutement ont entraîné une profonde réadaptation pour les plus importants Instituts au cours des années 1960-70. En cherchant le charisme de leur Institut et en permettant d’augmenter les compétences des jeunes sœurs, plusieurs ont eu de nouvelles et importantes responsabilités à assumer dans l’Église et la société.

Dans certains cas, les sœurs ont gardé leur profession et l’exercent dans des institutions publiques ; ou elles ont reçu une formation adéquate pour le travail en paroisse, l’accompagnement spirituel. Un travail important a été fait pour assurer aux sœurs âgées une vieillesse digne et agréable. Ces Instituts ont régressé sensiblement en ce qui concerne les effectifs, certains perdurent mais ce ne sera pas le cas pour tous. Un membre âgé d’un Institut disait :

L’avenir pour moi, c’est simplement d’attendre que Dieu me dise :”Viens”. Mais l’avenir pour l’Institut est différent. Je pense que quand mon Institut est venu travailler ici, le pays avait besoin de sœurs. Maintenant l’Institut a réalisé sa mission, la nécessité n’est plus la même et il est évident qu’il est appelé à disparaître d’ici quelques années.

Les Instituts qui n’étaient représentés que par de petits groupes connaissent, pour la plupart, une adaptation plus facile dans cette nouvelle ligne. L’avenir des religieuses apostoliques va dans le sens d’une diminution de leur nombre de communautés à effectif restreint, à l’exception des institutions pour les sœurs âgées.

Durant cette période de 1975 à 1995, la vie contemplative s’est renforcée en Norvège, Suède, Finlande et Islande. Ce qui n’est pas signalé ici, mais souligne cette tendance, c’est l’installation de quatre clarisses en Norvège en 1995.

Perspectives d’avenir et d’inculturation

La vie religieuse a certainement un avenir dans les pays nordiques, mais à condition d’être suffisamment souple et de savoir être attentif... Auparavant, la vie religieuse offrait de nombreuses possibilités pour une femme compétente ; aujourd’hui, la situation de la femme dans la société est devenue tout autre, c’est pourquoi il y a une recherche moins grande de la vie religieuse. Je crois que les moniales auront plus facilement des vocations dans l’avenir.

Ainsi s’exprimait sœur Mary-Réginald, une des premières dominicaines norvégiennes autochtones. L’apport des non-scandinaves est encore important et certains Instituts ont peu ou pas de sœurs autochtones. La Supérieure des Petites Sœurs de Jésus dans le Nord, sœur Agnès-Jeanne soupire en disant : “Cela a été spécial pour moi, toutes ces années en Scandinavie, du fait que j’ai vécu le plus souvent avec des sœurs françaises. Cela a été une aide et un regret ; j’ai regretté de ne pas avoir l’apport d’autres cultures, principalement celles de la Scandinavie”.

Nous voici dans la perspective de l’inculturation. L’Église catholique en Scandinavie est surtout une Église de l’immigration. Nos communautés doivent être un modèle pour l’Église et la société et montrer qu’il est possible de vivre en une communauté rassemblant plusieurs cultures ; mais nous ne sommes pas encore arrivées si loin. Nos communautés sont relativement homogènes en ce qui concerne les nationalités. Le nombre total des sœurs va continuer à diminuer mais probablement pas au détriment de la qualité et de la diversité.

Que se passerait-il si les immigrées disparaissaient ou cherchaient à fonder leurs propres Instituts, ou alors, si les Scandinaves préféraient s’installer dans la vie religieuse sous d’autres cieux ? Cela demeure un important défi.

Katarinahjemmet, Maiorstuvn, 21B
N-0367 OSLO, Norvège

[1Y compris le Groenland et les îles Féroé.

[2Sont récemment arrivées les Passionnistes (1975), les sœurs de Marie Réparatrice (1988), les Missionnaires de la Charité et les Amantes de la Croix en 1991.

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