Un périodique unique en langue française qui éclaire et accompagne des engagements toujours plus évangéliques dans toutes les formes de la vie consacrée.

Le mythe fondateur et l’évolution des communautés

Jean Vanier

N°1995-2 Mars 1995

| P. 72-80 |

Note de la rédaction (mai 2021) : la publication de cet article est évidemment antérieure aux révélations concernant la personne de Jean Vanier communiquées par l’Arche en février 2020. La rédaction renvoie le lecteur au communiqué officiel publié sur le site de l’Arche en France à la même époque.

On le remarquera, ce n° de Vie Consacrée rassemble encore, sans évidemment vouloir être exhaustif, des textes qui touchent à la dimension communautaire de la vie consacrée, de la vie en Église. Celui-ci évoque la puissance du récit du moment fondateur (mythe en ce sens précis et qui n’implique aucune notion d’irréel, loin de là). Car de quelle “puissance” fondatrice s’agit-il ? Et comment les générations qui suivent peuvent-elles se l’approprier ? Qu’est-ce que l’histoire, finalement ? Voilà les questions que cette réflexion nous aide à mieux poser et qui ne sont pas sans lien avec la réflexion théologique à propos du “charisme propre” de chaque Institut : don qui actualise sa fécondité d’être toujours reçu à neuf du Donateur.
Cet article a été inspiré par un livre en anglais, Out of chaos, de Gerald Arbuckle, Londres, Éd. Chapman, 1988, qui parle du rôle du mythe dans la fondation des congrégations religieuses.

À l’origine de chaque communauté, il y a la prise de conscience d’un autre ordre du réel, une vision nouvelle du monde qui apparaît souvent comme une révélation. Cette nouvelle vision est assez prenante, forte et claire, pour pouvoir constituer, même pour d’autres que son initiateur, une raison suffisante pour changer tout son mode de vie, quitter les “voies du monde” et vivre les exigences parfois héroïques des premières années d’une communauté. On se sépare des autres, parce qu’on se sent appelé à quelque chose de tout nouveau, de beau, d’unique et de très important pour l’humanité ou l’Église. Cette nouvelle compréhension du monde éveille les cœurs, libère de nouvelles énergies, stimule ceux qui y adhérent et les pousse à se lancer dans des actions généreuses.

Cette nouvelle “façon de voir” qui mobilise l’être entier et l’incite à agir et à s’engager, s’exprime de façon privilégiée dans le mythe et c’est ce que j’appelle ici mythe fondateur. J’ai bien conscience qu’il s’agit là d’un mot difficile à comprendre et à utiliser. Il recouvre tant de notions différentes, et pour certaines contradictoires, qu’il est important de bien préciser dans quel sens on l’entend, mais cette diversité de sens montre aussi la richesse du mot et il me semble difficile de m’en passer ici.

"Mythe” vient du mot grec mûthos, qui veut dire parole, récit. Un mythe, c’est au sens premier le récit, l’histoire sacrée d’un peuple ou d’une communauté, qui en raconte les origines, le but, le développement. Ce n’est pas un discours intellectuel ou scientifique mais une histoire, discours “incarné” et réaliste qui ne s’adresse pas seulement à notre raison mais à tout notre être. Il est à l’origine de toutes les religions, mais aussi de toutes les communautés comme, de façon plus cachée, de tous les rassemblements politiques ou idéologiques. À la base de la religion juive ou chrétienne par exemple, il n’y a pas un traité théorique ni un discours théologique sur les relations de l’homme et de Dieu, mais un mythe au sens premier. La Bible est bien le récit de ces relations, incarnées dans l’histoire d’un peuple, d’hommes, de situations et de circonstances particulières, mais - et c’est en cela que la parole mythique est fondatrice - qui nous parlent pourtant de nous-mêmes et sont révélatrices d’une vérité pour nous.

Le mythe en effet, dans le sens dans lequel j’emploie ce mot, n’est pas une fable ou un conte auquel il ne faut pas croire parce qu’il est irréel, mais une façon de dire la vérité. Loin de s’y opposer, il la révèle dans sa complexité. Il commence là où le discours de la rationalité s’arrête, à moins qu’il ne le précède, car il dit “plus” dans sa simplicité apparente que le système le plus sophistiqué. Il est inépuisable, car ce sens qu’il révèle reste pourtant toujours à approfondir. Le mythe en effet apparaît à la fois comme une parole simple - que tous peuvent comprendre - mais aussi comme une parole énigmatique qu’on n’a jamais fini d’interroger et que chacun à son tour doit éclairer, interpréter pourrait-on dire, pour lui-même et pour les autres.

Ces différentes caractéristiques peuvent constituer l’amorce d’une définition : j’appelle ici mythe fondateur une vérité (ou une affirmation qui se présente comme telle) transmise de façon symbolique, avec autorité et certitude et pourtant toujours à comprendre de nouveau, qui stimule les énergies les plus profondes du cœur humain, attire et rassemble autour d’une action et d’un espoir collectifs. C’est ainsi que, même si à proprement parler il n’y a pas de récits mythiques à l’origine de la révolution française, des différents mouvements de libération ou du communisme, on peut parler pourtant en ce sens de mythes révolutionnaires ou du mythe communiste. Je crois qu’on peut aussi associer à cette notion cette autre qui lui est voisine et qui fait partie de notre compréhension moderne du mythe : le mythe n’y est plus le récit sacré des origines ni l’expression symbolique d’une vérité mais l’ensemble flou des croyances cachées, des références implicites, d’une collectivité, qui conditionne beaucoup de ses comportements et de ses jugements. Ce sont par exemple les mythes du progrès indéfectible et continu, de la toute puissance de la science ou de la jeunesse et de la nouveauté comme valeurs absolues... qui ont constitué toutes ces dernières années le ressort plus ou moins caché de beaucoup de nos fonctionnements sociaux.

Parole qui éclaire, qui rassemble et mobilise, le mythe peut pousser à agir de façon diamétralement opposée. Il peut appeler à l’amour, au dépassement de soi, au sacrifice, mais il peut appeler aussi à la haine, à l’intolérance, au sectarisme : le mythe nazi de la race supérieure en est un exemple, hélas trop bien connu. Trop souvent aussi, même si le point de départ en tant que tel n’est pas un appel délibéré à la violence ou au meurtre, il peut être vite détourné de son sens et de son objectif. La joie d’avoir trouvé une vérité peut se transformer en la certitude d’avoir trouvé “la” vérité, et le souci de la faire connaître en désir de l’imposer par n’importe quels moyens. Que de crimes et d’atrocités ont ainsi été commis au nom d’un Dieu juste et bon ou d’un idéal de paix et de fraternité !

Les communautés chrétiennes ont leur mythe général : le récit de la vie et de la mort de Jésus. Ce texte qui nous a été transmis est, nous le savons, plus qu’un texte, une parole vivante. Nous n’aurons jamais fini de l’interroger, de la goûter, de l’éprouver, de l’expérimenter et de la comprendre au plus profond de notre être et de notre cœur. Par sa mort et sa résurrection, Jésus est venu nous transformer, sauver l’humanité et apporter la paix universelle en appelant les hommes à une transformation, une renaissance, une nouvelle vie d’amour en l’Esprit Saint où chacun meurt au monde et au péché. Ce mythe que raconte l’Évangile éclaire un autre mythe qui le préfigurait, celui du peuple juif sauvé par Moïse de l’esclavage et conduit à la Terre Promise, après une longue expérience du désert. Inscrites dans ce mythe général, les communautés chrétiennes répondant à un appel et une mission spécifiques, ont chacune une histoire propre en laquelle elles se reconnaissent, un mythe fondateur spécifique qui appelle des personnes à vivre ensemble un aspect de la vie et de la vision de Jésus.

Pour les communautés de l’Arche, le mythe fondateur spécifique est une révélation de l’importance, pour le monde et l’Église, de la personne avec un handicap mental. Nous reconnaissons en elles cette pierre rejetée par les bâtisseurs et qui devient la pierre d’angle, ces pauvres à qui appartient le Royaume, ces fous au sens strict et ces faibles que Dieu a choisis pour confondre les forts et les sages. Et quand nous répondons à l’appel de Dieu qui nous invite à partager notre vie avec elles, nous nous efforçons ainsi de répondre à cette autre invitation : “quand tu donnes un banquet etc.” (Lc, 14). L’intuition fondatrice de l’Arche, qu’approfondit et éclaire chaque jour l’expérience, est que ces personnes faibles et rejetées, importantes aux yeux de Dieu, doivent l’être aussi aux nôtres. Elles nous appellent à l’unité et elles ont le pouvoir de guérir et de transformer ceux que l’on appelle les gens normaux.

Il y a toujours quelque chose de simpliste et d’idéaliste dans le mythe de chaque communauté chrétienne. Tout blanc / tout noir, (pas de zone grise), le vrai, le faux, donnent des notions et orientations claires, même si elles sont paradoxales. De cette façon, le mythe a tendance à renfermer les gens sur eux-mêmes. Ils ont raison. Ils sont les purs qui ont la vérité. Les autres sont clairement dans l’erreur ou le mal et ont été conduits à un compromis avec l’ennemi. Ceci conduit à l’intolérance et au refus d’écouter les autres, à les juger et à les condamner. L’immaturité intolérante d’une communauté adolescente peut doucement se transformer en orgueil et conduire naturellement à la mort de la communauté, si elle n’évolue pas vers une plus grande maturité.

L’intolérance et le refus d’apprécier et d’écouter les autres conduiront nécessairement à une crise. De sérieuses erreurs seront commises ; les responsables voudront exercer un contrôle absolu, refusant toutes formes d’évolution. Des besoins apparaîtront qui ne pourront pas être satisfaits. Le chaos et les divisions vont apparaître dans ce qui semblait être une communauté parfaitement saine. Beaucoup de communautés ont dû traverser des crises terribles à cause de leur manque d’ouverture. Elles étaient convaincues d’être celles qui sont “inspirées par Dieu”. Fort heureusement, ces crises purifient les communautés et les ramènent doucement (ou moins doucement) à la réalité et à la découverte qu’elles ne sont pas les seules à être “les bonnes” dans un domaine particulier de l’activité humaine ou d’Église. Elles sont une toute petite partie du grand plan de Dieu dans ce vaste et magnifique corps qui est l’Église. Elles découvrent l’humilité et la sagesse et sont obligées de s’ouvrir et de rechercher de l’aide à l’extérieur.

Dans la fondation d’une communauté, il y a toujours un point obscur, caché, un inconscient collectif, qui a plus ou moins son origine dans l’inconscient du fondateur et de son besoin humain de contrôler.

Ce point obscur, cette crainte, doivent être purifiés si la communauté est réellement appelée à grandir et à s’approfondir. La crise, c’est la purification de l’inconscient collectif. Une communauté doit passer du nécessaire idéalisme et de la certitude qu’elle est bonne et unique à une autre connaissance plus large et à l’acceptation du corps de l’Église et de l’humanité. Elle doit passer du mythe du fondateur “parfait” qui fait tout sous l’inspiration de Dieu, à une appropriation plus collective du mythe fondateur, purifié de ce qui n’est pas essentiel.

Les communautés peuvent éviter de sérieuses crises si lors de la fondation il n’y a pas seulement une personne inspirée mais deux ou trois personnes qui sont complémentaires, et qui travaillent bien ensemble avec la même vision, et également si le mythe est confronté à une réalité différente et plus large.

Chaque membre doit passer par cette purification. L’attraction qui représente le mythe d’une communauté est toujours un mélange d’ombre et de lumière. L’Esprit Saint utilise des éléments du psychisme humain pour attirer des gens dans une communauté. Tout ceci fait partie de notre développement humain. Les disciples ont été attirés vers Jésus certainement par l’Esprit Saint mais également pour d’autres motifs plus humains tels que leur désir d’un idéal humain, d’être considérés comme uniques et généreux et leur désir de lutter contre l’ennemi pour la libération d’Israël.

Petit à petit, leur attirance vers le mythe a dû être purifiée. Au pied de la croix et au moment de la résurrection, lorsque l’Esprit Saint est descendu sur eux, ils ont découvert ce que voulait vraiment dire suivre Jésus, doux et humble, et ce que signifiait créer une communauté chrétienne.

C’est la même chose pour ceux qui entrent dans une communauté : découvrir un sens à sa vie en se lançant dans une activité “héroïque”, être considéré comme héroïque, être en sécurité sous la direction d’une figure fondatrice forte, découvrir de nouvelles et solides amitiés, constituent des facteurs motivants dans le choix d’une communauté. Le point obscur et caché dans chaque personne, ses motivations secrètes pas toujours visibles, doivent être identifiées, acceptées et purifiées si l’on veut découvrir la communauté comme le lieu où nous sommes appelés à être unis à Jésus dans le “maintenant” de la vie quotidienne, et où nous sommes appelés à grandir vers plus d’unité et de maturité d’amour et de compassion, au travers de toutes les joies et les peurs de la vie.

Cette purification la plupart du temps se situe à des moments de crise, de doute et d’insécurité. Elle a lieu si nous acceptons humblement de l’aide, alors que nous touchons nos blessures, nos zones d’ombre et alors que nous découvrons que nous n’avons pas à cacher nos faiblesses ou à prouver que nous avons raison, mais en acceptant que Dieu manifeste sa force dans notre faiblesse.

Ainsi le mythe, cette vision de soi et de notre communauté comme la meilleure, celle qui peut renouveler l’humanité est transformée en une plus grande réalité de foi. Nous ne sommes pas les meilleurs, nous ne sommes pas les seuls à être appelés à renouveler l’Église et le monde. Nous appartenons à un corps plus grand. Nous avons besoin de la sagesse, des dons et de l’amour des autres pour nourrir notre vocation.

L’Esprit Saint agit, inspire, appelle d’autres que nous, partout dans le monde, leur confiant des missions et des dons que nous n’avons pas. Nous pouvons nous réjouir de ne pas être les seuls à renouveler l’Église et la société, mais nous pouvons aussi nous réjouir car nous avons notre place bien particulière et notre vocation qui doit être approfondie. Ce n’est plus un appel à l’héroïsme mais à prendre humblement notre place dans l’humanité et dans l’Église. C’est un appel à être fidèle dans la vie quotidienne. C’est un appel à la sagesse et au discernement, afin d’éviter de s’accrocher aux aspects non essentiels présents lors de la fondation et qui doivent évoluer afin que la communauté grandisse en liberté.

L’Arche, parmi d’autres, a été pionnier dans le service auprès des personnes avec un handicap mental, dans les années soixante et soixante-dix, en créant des foyers bien intégrés dans des villages et des villes. On considérait ces foyers comme faisant un excellent travail. Aujourd’hui l’Arche n’est pas seule dans ce domaine, il existe de nombreuses formes de résidences ou de foyers pour des personnes avec un handicap. Notre vision de la communauté doit être clarifiée et purifiée pour voir ce que nous pouvons apporter qui est spécifique à l’Arche et à notre vision : c’est-à-dire le caractère sacré de chaque personne humaine, spécialement les plus faibles, leur ouverture à Dieu et leur besoin de relations fidèles et profondes dans la communauté. Aujourd’hui, il s’agit d’être fidèle à la vie partagée avec quelques-uns de nos amis, humblement, pauvrement, en grandissant non pas en héroïsme mais en compétence, en compassion et en accueil de leurs dons et de leur amour. Il s’agit de créer pour tous les membres de la communauté une vie qui soit source de croissance humaine et spirituelle pour chacun.

Pendant cette deuxième étape, le danger, c’est que le mythe disparaisse complètement. Le vrai sens d’une communauté, sa raison d’être dans l’Église et dans le monde, peut se perdre. L’héroïsme n’est plus transformé en foi plus profonde, en prière, en sagesse, en patience, en unité, soutenues par le mythe, mais plutôt en une recherche de la reconnaissance de la part des services humains, influencée par leur façon d’agir et par le souci que le monde attache au confort et à la sécurité. Cela ne veut pas dire que ces services soient mauvais, loin de là. Ils portent en eux de très réelles valeurs humaines.

C’est à cause de ce danger que le mythe spécifique d’une communauté doit être annoncé et ré-annoncé. Sans cela on peut doucement glisser vers la primauté du besoin de sécurité, du confort, du besoin de reconnaissance. Sans le mythe qui éveille et stimule les cœurs, galvanise les énergies, on peut rapidement découvrir que les exigences de la vie communautaire sont intolérables. Ce n’est jamais facile d’aimer des personnes qui sont différentes, d’aimer ses ennemis, d’accepter les gens comme ils sont, de vivre quotidiennement avec les “pauvres” et les “blessés” de notre monde. Ce n’est jamais facile de renoncer à une certaine intimité et indépendance et d’être constamment appelé par de nouveaux besoins. Oui, le mythe doit être annoncé sans cesse dans une communauté afin de stimuler la générosité et les motivations profondes et spirituelles. Il faut trouver de nouvelles façons de vivre le mythe et de répondre au cri du pauvre.

Les membres à long terme de la communauté doivent se laisser conduire vers une union plus profonde avec Jésus, dans une spiritualité de confiance et d’abandon, où bien des facteurs humains nécessaires les premières années (besoin de reconnaissance, de succès) auront disparu. Nous sommes maintenant dans le long terme. Il ne s’agit plus d’être le meilleur et de le prouver mais plutôt d’accueillir Jésus dans une vie de fidélité et de pauvreté. Il s’agit de se dépouiller de la gloire et de s’identifier à Jésus, d’être avec le pauvre et le faible du monde et de faire confiance que l’Esprit Saint continue à conduire la communauté, même si elle traverse une expérience de désert. La communauté doit alors se rappeler que Dieu n’était pas seulement présent dans l’histoire du peuple juif au moment de la traversée de la Mer Rouge, mais aussi lors de la longue marche dans le désert.

Dans cette troisième étape de la vie communautaire, l’amitié et l’amour qui unissent les membres à long terme sont vitales. Leur union et leur communion apportent force, réconfort et encouragement qui permettent de vivre le long terme dans la foi.

Pour beaucoup dans l’Arche aujourd’hui la période d’excitation pendant laquelle on retirait les personnes des grandes institutions et on les accueillait dans de petites maisons ou appartements est révolue. Maintenant, nous sommes appelés à accompagner beaucoup d’entre elles dans les dernières étapes de leur vie, la vieillesse et la mort. C’est une période d’humilité et de très grand réalisme. N’est-ce pas là une vérité fondamentale de toute vie chrétienne ? La vie cachée de Jésus à Nazareth est non seulement un début pour une communauté mais aussi une fin. Ne pas être héroïque mais devenir doux, plein de compassion, des personnes compétentes, sages et aimantes qui construisent la communauté.

Une communauté n’est jamais fondée une fois pour toutes. Le fondateur de départ ne peut pas être la seule et unique référence. Les communautés ne sont jamais sur des rails clairs et définitifs. Les besoins de la société changent ; les communautés évoluent ; leurs membres grandissent. Les communautés doivent continuellement être à l’écoute de l’Esprit Saint et accueillir de nouveaux défis. Elles ont besoin d’être continuellement “re-fondées”. Le mythe fondateur demeure mais la façon dont il s’incarne est appelée à changer. C’est là que la présence de sages “re-fondateurs” est nécessaire. Ils sont capables d’avancer, en maintenant et approfondissant le mythe fondateur, tout en élaguant et taillant ce qui paraissait essentiel les premières années mais qui en réalité ne l’était pas.

Le fondateur doit savoir quand se retirer, et quand lâcher les rênes pour ne pas empêcher les “refondateurs” d’accomplir leur mission. En même temps le fondateur de départ doit avoir la sagesse de transmettre clairement les fondements du mythe fondateur (et non ses aspects secondaires) à tous les membres, afin que ce soit ce mythe qui continue à inspirer l’évolution de la communauté au cours des années.

L’Arche
F-60350 TROSLY-BREUIL, France

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