Un périodique unique en langue française qui éclaire et accompagne des engagements toujours plus évangéliques dans toutes les formes de la vie consacrée.

Attentes des religieux et des religieuses à l’approche du synode sur la vie consacrée

Gilles Cusson, s.j.

N°1993-4 Juillet 1993

| P. 223-235 |

Dès l’annonce du thème du Synode de 1994, notre revue a invité à se préparer à la grâce de cet événement ecclésial en proposant une enquête. De même, un collaborateur de la revue avait eu, lui aussi, l’idée de recueillir les attentes de la vie religieuse canadienne vis-à-vis de ce Synode. Ce sont les résultats, modestes par la taille, de ces deux consultations que nous publions conjointement. Un petit air d’outre-Atlantique et quelques sondages belgo-français, une carte météorologique somme toute fort parlante. Ces deux enquêtes, différentes par la méthodologie, présentent en parallèle les sensibilités contrastées des deux approches. On regrettera, mais les situations locales sont souvent si dramatiques et douloureuses que leur silence est compréhensible, l’absence de réponses d’autres pays pourtant visités par notre revue. Il reste que ce que nous proposons ne manque pas d’intérêt et on sera attentif aux « conclusion » et « diagnostic » qui apprécient, avec un peu de recul, le matériau proposé par les réponses reçues et analysées. Les deux études ont été remises personnellement à tous ceux qu’elles pouvaient concerner, mais nous espérons surtout que leur lecture sera pour nous, religieuses, religieux, consacrés, l’occasion d’entrer avec espérance dans cet aujourd’hui de la « suite du Christ », dans ce temps de « krisis » auquel Dieu nous convoque et pour lequel il nous donne son Esprit.
Cette enquête, portant sur ce qu’il est permis d’attendre d’un synode sur la vie religieuse, a été réalisée auprès de religieux et de religieuses du Canada Français. Elle a été préparée pour la revue Vie Consacrée et présentée à la réunion annuelle du Conseil de rédaction de la revue, tenue à Paris les 11, 12, 13 septembre 1992.

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Le présent travail rapporte les résultats d’une enquête-sondage (ou enquête-maison) qui ne veut rien prouver scientifiquement. On y a simplement colligé les attentes de 203 religieux et religieuses qui se sont exprimés à l’occasion du prochain synode sur la vie religieuse. On trouvera ici une présentation matérielle des propos recueillis, regroupés sous neuf têtes de chapitres. Sans doute chacun saura-t-il en tirer les conclusions qui l’intéressent...

Le questionnaire

Le questionnaire utilisé a été réduit à sa plus simple expression. Nous le reproduisons ici tel qu’il a été envoyé le 2 mars 1992, accompagné d’une lettre fournissant un minimum d’explications :

Nos attentes d’un synode sur la vie religieuse

- Répondez-vous à titre personnel ?

ou au nom d’un groupe consulté ? Combien de personnes ?

- Qu’attendez-vous d’un synode sur la vie religieuse ?

Répondez selon vos « catégories » ; celles qui sont proposées ici le sont à titre de suggestions.

On avait jusqu’au 31 juillet 1992 pour faire parvenir ses réponses au Centre de Spiritualité Ignacienne de Québec.

-Organisation -Participation
-Problèmes traités -Perspectives d’avenir
-Langage -Autres aspects...

Statistiques

Des soixante-quatre questionnaires expédiés, quarante-quatre nous ont été retournés, dûment remplis, dont vingt-cinq à titre personnel et dix-neuf rapportant les réponses de groupes consultés. Une participation généreuse qui se situe à 68.7 %.

À cause de cette double façon de répondre - individuelle et collective - le nombre des répondants s’élève à 203 : une cueillette dépassant nos espérances. Les proportions, 166 femmes et 37 hommes, correspondent assez exactement à la proportion des religieuses et des religieux dans le monde.

La provenance des réponses est essentiellement canadienne française : 24 répondants viennent de l’extérieur du Québec (Ontario et Nouveau Brunswick) ; les 179 autres sont de l’intérieur du Québec.

Quant aux propositions, opinions et affirmations exprimées, elles s’élèvent à 354. Très peu de réponses (moins de 10) n’ont pas été intégrées dans la synthèse parce qu’elles s’éloignaient trop du sujet de l’enquête.

Regroupement des propositions

Les répondants ont suivi d’assez près les « catégories » que nous avions suggérées ; mais l’ajout de nouvelles catégories, comme nous le souhaitions (« autres aspects »), nous a permis un regroupement de la matière autour des neuf titres suivants :

Des craintes
L’actualité : tenir compte de la situation et des besoins actuels
La préparation du synode
L’organisation du synode
La participation
Le langage
Les problèmes à traiter
Des perspectives d’avenir
Des souhaits

Comme on peut le voir à la lecture de cette compilation, ces cloisons ne sont pas étanches. Des « problèmes à traiter » (n°7) auraient aussi bien pris place au chapitre des « souhaits »et vice versa. Il en est de même pour d’autres points et à l’intérieur des chapitres qui comptent plusieurs subdivisions. Mais nous croyons que l’ensemble rend justice à toutes les opinions.

Portée globale des propositions

Dans la compilation des idées exprimées, nous avons respecté le plus possible le texte des répondants, nous permettant parfois de résumer des réponses trop longues pour le genre littéraire choisi (enquête-sondage). Cependant, nous avons essayé de rendre compte de toutes les opinions.

Aussi n’avons-nous pas supprimé les répétitions ou recoupements inévitables, significatifs à leur façon ; ni les contradictions trahissant des mentalités ou tendances différentes, ou exprimant simplement certains paradoxes rencontrés dans la vie religieuse. Il ne faudrait pas prendre prétexte de ces apparentes contradictions pour mésestimer le sérieux de personnes qui ont tenu à s’exprimer sur cet événement d’Église les concernant au premier chef. De même, si des affirmations font preuve d’une certaine ignorance ou naïveté concernant la réalité d’un « synode », les opinions exprimées ne traduisent pas moins des frustrations vécues et des attentes pleines d’espérance méritant l’attention de qui veut servir le renouveau de la vie religieuse.

Notre enquête-sondage parle moins de la vie religieuse idéale ou théorique que des problèmes d’un vécu difficile, celui de religieux et de religieuses d’ aujourd’hui.

Analyse des réponses reçues

Craintes

Onze répondants seulement sur 203 ont exprimé, à travers quatorze affirmations distinctes, leurs craintes face au prochain synode. Il faut dire que nous n’avions pas posé de questions sur ce point. Aussi peut-on croire que ces propos, formulés spontanément, auraient pu être partagés par un plus grand nombre si, dans le sondage, nous avions attiré l’attention sur cette possibilité.

Les craintes sont de trois ordres :

  • L’expérience des synodes antérieurs (i.e. des consultations laborieuses qu’ils ont suscitées et du maigre fruit qu’elles semblent avoir produit) a laissé un mauvais goût et inspire de la méfiance face à un nouveau synode. Bien qu’elles aient pris la peine de répondre (et quelques-unes ont fourni des réponses élaborées), ces personnes ont dit clairement leur manque de confiance en ce futur synode.
  • La trop grande dépendance du synode face aux visées du Pape, visées que l’on dit connaître et que l’on craint de voir tout simplement réaffirmées. Des personnes pensent donc que le synode ne peut que fournir une matière au Pape : v.g. des textes, que le Pape se garde le droit de modifier à sa guise.
  • Enfin lacrainte des « tendances romaines » en général : tendances à niveler, à ramener à un certain ordre commun, à tout ajuster « dans le sens du droit canon actuel », tel ou tel a peur qu’on cherche à mettre au pas « un des derniers bastions de liberté dans l’Église actuelle », qu’on « vise à restreindre le rôle prophétique de la vie religieuse dans l’Église et dans le monde » etc. (sept propositions sur quatorze concernent cette crainte des « tendances romaines »).

Tenir compte de la situation et des besoins actuels

Les douze propositions des vingt-huit répondants qui ont insisté sur ce point (non suggéré directement par le questionnaire), auraient pu prendre place au chapitre « des souhaits ». La perception qu’on y exprime, au sujet de la vie religieuse actuelle, et la préoccupation qu’on nourrit de traiter de la vie religieuse dans un contexte réaliste, nous invitent à considérer ces propositions à part, comme faisant un tout en elles-mêmes.

Nous avons distingué, dans la compilation, deux groupes d’affirmations : cinq d’entre elles concernent la vie religieuse qui ne fait plus signe par elle-même ; et sept autres portent sur la crise de la société actuelle qui questionne douloureusement la réalité de la vie religieuse. Toutes ces propositions décrivent avec lucidité les conditions difficiles du monde actuel dont il faudrait tenir compte si l’on veut dépasser le discours théorique et parler de la vie religieuse avec pertinence et crédibilité. Sinon, le synode risque d’être une voix non audible, ou une lettre morte.

La préparation du synode

Le problème de la préparation du synode n’avait pas été suggéré, non plus, par le questionnaire. Pourtant quarante-neuf répondants y ont porté attention et ont formulé dix-neuf propositions. Les plus nombreuses (douze sur dix-neuf concernent des consultations préalables. Bien que quelques-uns aient exprimé qu’ils n’y croyaient plus tellement (expérience décevante des synodes antérieurs), il reste qu’un bon nombre de religieux et de religieuses, à cause du sujet qui les concerne directement, désirent des consultations à divers paliers, et organisées d’une telle façon qu’on en vient à souhaiter le report du synode afin d’assurer cette consultation pré-synodale significative, susceptible d’orienter le synode vers les vrais problèmes de la vie religieuse d’aujourd’hui. L’échantillonnage des propositions est assez vaste ; il s’enrichit de suggestions qui joignent la prière et la célébration à la simple consultation. Désir de donner de la consistance communautaire à cette préparation faite en Église.

Un deuxième sous-titre au chapitre de la préparation du synode : trois propositions au sujet des informations à partager avec la base afin de mieux l’intéresser, la sensibiliser, l’impliquer dans l’événement.

Enfin, l’on suggère que les futurs participants au synode prennent le temps de s’informer (quatre propositions) au sujet des nombreuses recherches compétentes, réalisées sur la vie religieuse depuis Vatican II : on donne quelques exemples et l’on espère que l’on saura tenir compte de ce qui a été publié depuis.

L’organisation du synode

Le questionnaire y faisant allusion, quarante répondants ont formulé vingt-deux propositions au sujet de l’organisation du synode. On a parlé de « la consultation durant le synode » (sept propositions), du « travail même du synode » (onze propositions) et de la « communication, tant interne qu’externe », durant le synode (quatre propositions).

Ainsi l’on souhaite que, durant la session synodale, toutes les principales instances concernant la vie religieuse soient constamment consultées sur les questions traitées : de différentes provenances, à travers le monde, et de différentes tendances - pour correspondre mieux à la réalité concrète de la vie religieuse.

Quant au fonctionnement du synode, on fait diverses propositions, assez classiques, sur le travail en équipe. On insiste aussi sur le droit de parole à donner aux participants et aux participantes non-évêques. Enfin, on rappelle l’existence des mass-média et des conférences de presse pour tenir au courant le monde qui s’intéresse à l’événement.

La participation

L’item « participation au synode » a retenu l’attention de cent neuf répondants et suscité quarante propositions diverses. C’est un sujet qui touche la sensibilité des religieux et religieuses, ils craignent qu’un synode sur la vie religieuse ne leur donne pas la parole. On trouve ici une certaine méfiance : quelle est la portée d’un discours d’évêques qui ignorent la pratique de la vie religieuse ?

Les quarante propositions ont été regroupées en trois blocs portant sur des points complémentaires. Les vingt premières propositions s’expriment sur la représentativité au synode, et fournissent des principes ainsi que des suggestions.

On souhaite une participation qui tienne compte de la réalité concernée : évêques, religieux, religieuses, d’une part ; vie monastique et vie apostolique, d’autre part.

On s’interroge sur la présence des Instituts séculiers, dont le nombre augmente, et sur celle des nouvelles formes de vie consacrée.

On souhaite également la présence de jeunes religieux et religieuses, porteurs privilégiés de l’avenir de la vie religieuse.

On voudrait aussi des observateurs laïques intéressés à cet état de vie. Enfin on insiste pour que, parmi les évêques participants, on accorde une place prépondérante aux religieux évêques.

Puis, on développe beaucoup plus longuement le thème de la participation directe des religieux et des religieuses au synode même, consacrant pas moins de quinze propositions à ce sujet.

On souhaite aussi que cette participation soit adéquate aux données statistiques de la vie religieuse. Ainsi, on note qu’il y a, dans le monde, environ 1.200.000 religieux et religieuses, dont près d’un million de sœurs, pour 300.000 pères et frères - dont 117.000 prêtres religieux. La forte dominante féminine de la vie religieuse (75 %) sera-t-elle mésestimée ? Beaucoup souhaitent donc une « répartition proportionnelle ».

On revient également sur la participation de la jeune génération des religieux et des religieuses afin d’ouvrir le synode sur l’avenir de la vie religieuse avec plus de réalisme - l’avenir ne tenant pas seulement aux belles idées que l’on se fait sur cette réalité.

Enfin, on souhaite que cette participation des religieux et des religieuses soit active ; on note une certaine méfiance sur les rôles de simples observateurs qui ouvrent la porte mais ferment la bouche... Il est clair qu’on désire un synode où la participation soit réelle et non fictive.

Un dernier bloc de cinq propositions milite directement pour la place de la femme au sein de ce synode, qui risque d’être trop exclusivement masculin. Si tel était le cas, on est convaincu que l’on ne tiendra pas compte de la façon de vivre la consécration religieuse qui est propre à la femme - ce qui renvoie à un monde bien différent de celui des hommes, évêques et religieux. On note aussi qu’il y a là une question de justice, vu la très large proportion de femmes religieuses dans le monde.

Le langage

Les seize propositions de cinquante répondants insistent majoritairement sur l’usage d’un langage renouvelé aux assises du synode.

On redoute le langage usé, qui répète les traditionnelles affirmations sur la vie religieuse. Il est assez clair qu’on attend tout autre chose du synode. On voudrait un langage qui parle au monde actuel, qui révèle le sens de la vie religieuse avec des mots signifiants. Un langage proche de l’expérience, en harmonie avec les mass-média qui nous contactent, respectant la valeur des mots et des réalités. Si des textes devaient sortir de ces assises, que l’on évite les longs traités abstraits, purement exhortatifs, ou les messages sans contenu neuf !

Les problèmes à traiter

Voici le « supermarché » de notre collecte de propositions. Si l’on s’en tenait aux listes établies, il faudrait plusieurs synodes, sinon un concile pour venir à bout des attentes exprimées : 178 répondants ont fourni 184 propositions de sujets à traiter. Nous les avons regroupées sous plusieurs titres :

  • 67 propositions desujets variés et généraux (pratiquement hors catégories) ;
  • 22 propositions visent l’adaptation de la vie religieuse ;
  • 15 propositions concernent legouvernement dans la vie religieuse ;
  • 16 propositions ont pour thème lavie spirituelle des religieux et des religieuses ;
  • 11 propositions sont en rapport avec lavie communautaire ;
  • 22 propositions s’intéressent à lavie apostolique et à lamission ;
  • 17 propositions portent sur laformation, initiale et permanente ;
  • et 14 propositions se préoccupent de l’avenir en relation avec le problème desvocations à la vie religieuse.

Jetons d’abord un coup d’œil sur les soixante-sept propositions considérées - à tort ou à raison - comme « hors catégories » (soit dit en rapport avec les six autres groupes). De fait, il y a des sous-groupes flous que j’indique comme suit, dans cette large section, pour exprimer ce que contiennent ces nombreuses propositions.

On y traite d’abord de questions générales concernant la situation de la vie religieuse dans le monde actuel et son besoin d’un second souffle - second souffle que plusieurs attendent de l’événement synodal.

Dans le sillage de cette attente, on sollicite des clarifications sur de nombreux points concernant la vie religieuse, en général, surtout la vie religieuse apostolique et sa relation à l’Église, etc.

On insiste sur une meilleure mise en situation de la vie religieuse dans son rapport avec le monde : pour apprendre à y plonger et non à s’en retirer !

On aspire à une meilleure définition du rôle prophétique de la vie religieuse dans ce temps qui est le nôtre.

On parle beaucoup de charisme à redécouvrir, à respecter, à libérer.

On revient sur la place de la femme dans l’Église, cette fois.

On parle d’équilibre entre vie de prière, vie fraternelle et vie apostolique.

Puis on aborde l’épineux problème des rapports avec le Vatican et ses Dicastères : les longues et difficiles tractations qui étouffent la créativité plus qu’elles ne la suscitent.

Sur tous ces sujets, les propositions sont nombreuses, parfois plus nouvelles, nuancées, parfois répétitives. Mais toutes, elles portent une charge d’attentes, de griefs, de désirs profonds de renouveau. L’expression en est le plus souvent très concrète.

Les 22 propositions concernant des adaptations à apporter à la vie religieuse sont plus unifiées. Elles portent d’abord sur un aspect plus intérieur, et réclament un appel à la conversion pour favoriser le renouveau désiré. Puis on parle d’inculturation et d’ouverture à la mentalité des jeunes de l’an 2000. On demande ensuite des modèles communautaires pour le monde de demain. En ce sens, on espère beaucoup des nouvelles formes de vie consacrée. Enfin, on se questionne sérieusement sur la pertinence des vœux tels que présentés au monde d’aujourd’hui, et l’on propose des formulations nouvelles pour donner plus de sens à leur réalité.

Dans cette reformulation pour aujourd’hui, la dimension communautaire occupe une place importante, et la vie religieuse se présenterait comme une « forme possible de vie communautaire appelée par l’Évangile ». Alors on pourrait parler différemment des vœux, présentant la vie religieuse comme une « consécration à Dieu par le célibat et la vie communautaire - cette dernière comportant une mise en commun des biens par le partage (pauvreté), et la recherche en commun de la volonté de Dieu pour une mission d’évangélisation (obéissance, discernement et mission) ».

Une quinzaine de propositions traitent, ensuite, du gouvernement dans la vie religieuse. On y souhaite des mécanismes interpersonnels qui humanisent les hiérarchies. On désire des animateurs spirituels qui, sans rien enlever aux organisateurs et administrateurs nécessaires, sachent exercer « les ministères de la consolation, de la miséricorde, de l’éveil des fidélités à la richesse des talents reçus comme grâce ». Appel à renouveler les formes de gouvernement ; ainsi part-on à la recherche d’un « modèle féminin d’autorité » qui colle davantage à la réalité de la vie religieuse féminine.

Dans ce contexte, on aborde aussi le problème de l’obéissance responsable. Enfin, l’on voudrait situer mieux, de façon plus souple et fonctionnelle, l’apport des textes de lois : Droit canon, Constitutions, Règles...

Notre chapitre des problèmes à traiter aborde ensuite le thème de la vie spirituelle : seize propositions qui touchent à la plupart des aspects importants de cette réalité. Presque toutes les remarques tournent autour de thèmes comme la conversion, le renouveau, l’intériorisation... rien de tellement neuf ! Quelques bonnes affirmations sur la priorité de la vie contemplative et sur l’expérience de Dieu à favoriser. Enfin, on revient aux vœux et sollicite une théologie renouvelée pour une pratique plus actualisée.

Thème suivant : la vie communautaire, avec onze propositions. On insiste beaucoup sur la communion fraternelle, sur le sens de l’accueil et de la participation. Quelques poussées vers la recherche de nouveaux types de vie communautaire plus ouverte, moins structurée, plus adaptée aux besoins de la mission. Par exemple : « repenser la vie communautaire en fonction de la mission. Trop de structures communautaires nuisent à la vie apostolique. Passer de la vie de style monastique à un style de vie religieuse dans la rue, sans perdre pour autant le sens de son identité ».

La vie apostolique elle-même, ou la mission, a retenu davantage l’attention avec vingt-deux propositions : esprit prophétique, nouveaux ministères, nouvelle évangélisation, nécessité du témoignage, justice sociale, voilà des thèmes fréquents, où s’exprime le souhait d’aider la vie religieuse à « prendre le tournant ». Parlant de ministères, on s’étend longuement sur la participation à la mission de l’Église, mais en vérifiant bien le sens des nouvelles collaborations entre religieux-religieuses et prêtres engagés dans la pastorale. D’excellentes remarques ont été exprimées sur la nouvelle relation à la présence plus engagée des laïques dans l’Église ; on y voit le lieu d’expression d’un certain prophétisme de la vie religieuse apostolique.

La formation, initiale et permanente : dix-sept propositions. Il est clair que l’on attache beaucoup d’importance à la formation pour assurer la qualité humaine et spirituelle de la vie religieuse à venir. Une bonne échelle de valeurs y semble respectée, qui va de l’intériorité de la relation au Christ jusqu’à la formation pastorale supervisée par des maîtres compétents.

On perçoit également un souci de sain réalisme dans l’invitation à tenir compte, avec miséricorde, du point de départ des commençants, chez qui l’on rencontrera de plus en plus d’expériences douloureuses qui auront marqué leur jeunesse : relations sexuelles, homosexualité, blessures psychologiques, etc. Invitation donc à tenir compte de la réalité des jeunes d’aujourd’hui que nous voulons introduire aux voies spirituelles de la consécration religieuse.

Dernier item considéré au chapitre des problèmes à traiter, celui de la « relève », i.e. les vocations et l’avenir de la vie religieuse (quatorze propositions). Ici, l’on sent plus d’inquiétude, de recherche. On sollicite directement de l’aide. On suggère d’apprendre à parler de la vocation à la vie religieuse en fonction du Christ qui se fait attirant en appelant à sa suite. On suggère aussi d’en parler à travers un vécu transparent, personnel et communautaire, qui sache interroger.

Certaines propositions se risquent à suggérer des moyens, qui semblent plutôt des substituts, pour assurer un avenir à la vie religieuse : comme les associations de laïques (les « associés ») vivant du charisme des communautés religieuses, la restauration du diaconat féminin, la promotion de la « consécration des vierges comme au début de l’Église ».

Perspectives d’avenir et souhaits

Le sujet a déjà été abordé à plusieurs reprises. Cependant disons que vingt-quatre propositions de trente-deux répondants parlent plus directement de ce sujet. Les difficultés à envisager aujourd’hui attirent certes l’attention. Mais on fait appel à l’audace et à la créativité que doit inspirer notre foi en l’Évangile. On se tourne résolument, dans ces propositions, vers l’an 2000 où l’on veut apprendre à se bien situer dans ce qu’on appelle une « Église du laïcat ». Certaines propositions proclament une sorte de mission nouvelle de la vie religieuse, en relation avec l’ expérience de Dieu. On se demande si, en s’engageant pleinement dans « l’aventure spirituelle de l’an 2000 », la vie religieuse, non seulement jouerait un rôle de pionnier ou d’explorateur, mais y trouverait peut-être sa nouvelle identité. Des suggestions plus practico-pratiques accompagnent ces vues exploratoires : la fusion de communautés (dans des conditions qui respectent les charismes), la mixité des communautés, etc.

Des souhaits

Dernier chapitre de notre compilation : une quinzaine de souhaits explicites, formulés par quarante et un répondants. Ce qu’on attend du synode, comme lieu de dialogue et de renouveau ; ce qu’on attend de l’Église pour les religieux et les religieuses qui ont besoin de soutien dans le difficile renouveau exigé par les contextes culturels de l’an 2000. Souhaits, enfin, concernant la vie religieuse elle-même dans son pressant besoin d’adaptation. Comme quelques-uns l’ont dit : « nous souhaitons que ce synode soit le deuxième aggiornamento de notre siècle : qu’il soit souffle de vie ! »

Voilà, résumé en quelques pages, le contenu assez dense de vingt-cinq pages de propositions : exactement 354 provenant des 203 personnes qui ont répondu à notre enquête-sondage sur leurs attentes à l’approche du synode sur la vie religieuse.

Conclusions

Quelles conclusions tirer de cette recherche qui a impliqué divers types de participations : plus ou moins classiques, plus ou moins radicales, plus ou moins pratiques, plus ou moins positives, etc. ? Comme il a été dit au début de la présentation : « Chacun sans doute en tirera les conclusions qui l’intéressent. » Comme réalisateur de cette enquête, je n’échappe pas à ce risque de l’interprétation. Je propose une brève "réflexion de conclusion”, située à un point de vue assez partiel.

Notre enquête portait sur les attentes des religieux et des religieuses face au prochain synode. Que révèlent de plus significatif ces « attentes » qui ont pris toutes sortes de formes, surtout celles de propositions et de souhaits ?

J’ai été frappé, en relisant ce large matériel, par le monde de craintes(des craintes) qui habite le cœur de nos répondants. Je sais que je pourrais dire tout autant : monde d’espérances (des espérances). Mais je crains que les innombrables souhaits exprimés, s’ils sont jugés trop objectivement, disparaissent vite au royaume des bonnes intentions, si l’on ne saisit pas les craintes viscérales qu’ils recèlent et qui en urgent l’expression. Par exemple, quand on insiste pour que la vie religieuse, à l’approche de l’an 2000, « prenne le tournant », on sent la peur que, non seulement, le tournant ne soit pas vraiment pris... mais que même le synode en freine l’élan. Alors, on fait des souhaits... mais verra-t-on la charge de vie, presque angoissée, que porte leur formulation ? C’est pourquoi je voudrais dégager de cet ensemble de propos, l’inquiétude de fond qui les sous-tend et qui devrait empêcher de renvoyer aux oubliettes, trop facilement, tant d’ attentes confessées en guise de réponse à notre invitation.

Je ne m’attarde pas au premier bloc de propositions portant explicitement sur les craintes exprimées face au synode - sujet qui n’avait pas été suggéré par le questionnaire. À ce chapitre, les expressions sont claires : il s’agit de craintes, de méfiances dues aux expériences synodales antérieures, à la prépondérance des visées du Pape sur la pensée du synode, et aux tendances romaines en général. Ces craintes explicites me paraissent moins profondes et significatives que les implicites - qu’il est bon d’identifier pour les mieux respecter.

Ainsi, en parlant de consultation et de participation par-delà toutes les suggestions faites, une chose apparaît clairement : on craint beaucoup que les religieux et, surtout, les religieuses ne soient pas entendus, et que l’on fasse un synode sur eux et sur elles, sans leur donner suffisamment voix au chapitre. On redoute, alors, que des visées soient proposées par le synode qui ne rejoignent pas les religieux et religieuses au cœur du combat livré pour la qualité de leur vie et de leur engagement en ce temps difficile de leur histoire.

De même, l’insistance pour que l’on tienne compte de l’ apport des jeunes qui formeront la génération de l’an 2000 : parlera-t-on un langage qui les rejoigne, ou un langage pour initiés, qui les tiendra à l’écart ? Cela inquiète un bon nombre et à bon droit. Quelque chose de vital, encore une fois, se joue là.

Par-delà les vœux concernant le langage utilisé au Synode et dans les textes produits, tant les désirs que les craintes s’expriment ouvertement. Se contentera-t-on de développer de belles théories, édifiantes et idéalistes, sur la vie religieuse, ou saura-t-on en parler de façon signifiante pour le monde d’aujourd’hui ? Est-ce que seules les personnes « gagnées d’avance » auront accès au sens de cette réalité, ou sera-t-elle rendue accessible au peuple chrétien pour lui en donner le goût et l’intelligence ?

Au chapitre des « problèmes à traiter », une même préoccupation se lit derrière la plupart des affirmations : maintiendra-t-on la vie religieuse en marge du monde, sous prétexte de la protéger, de la ramener à sa « pureté » originelle, ou sera-t-elle invitée à relever le défi d’un contact fécond avec le monde pour y devenir un ferment de vie ? Aura-t-on le courage de chercher des formes de gouvernement renouvelées : des modèles féminins d’autorité, par exemple, qui permettraient aux femmes consacrées - 75 % de la population globale de la vie religieuse - de trouver des formes de vie que ne dominent pas les modèles masculins ?

Acceptera-t-on de mettre la communion fraternelle au service de la mission évangélique, et de réviser les structures communautaires de la vie apostolique en fonction de cette mission ?

Toutes ces préoccupations, et bien d’autres que je ne reprends pas ici, expriment une inquiétude de fond qui peut se traduire en langage d’espérance, mais à une condition : que l’interlocuteur à qui elles sont adressées les accueille avec respect et les prenne au sérieux, ne les réduisant pas à de simples formulations d’idées. Si tel était le cas, ce qui se vit présentement, aux confins de la crainte et de l’espoir, basculerait vite dans le monde de la désillusion. Or c’est là un luxe que l’Église ne peut se payer face aux effectifs importants des religieux et des religieuses dans son sein.

Souhaitons, par ailleurs, que ce qui a été exprimé sous le mode explicite de l’espérance l’emporte joyeusement sur les craintes de fond. Il subsiste tout de même une foi très grande en l’Évangile et en sa force de renouveau pour l’Église et pour la vie religieuse. En témoignent les nombreux souhaits qui ferment la série des propositions, exprimant de belles espérances sur lesquelles nous voulons clore ce travail :

On aimerait que l’on écoute la vie en devenir dans le contexte culturel des continents vers l’an 2000.

Est-il permis de rêver d’une proposition moderne de la vie religieuse pour demain, d’un langage renouvelé qui atteigne les jeunes d’aujourd’hui, d’une vision prophétique et accueillante face aux nouvelles formes de vie religieuse ?

Villa Manrèse
2370 rue Nicolas-Pinel
SAINTE-FOY, Québec, GIV4L 6 Canada

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