Un périodique unique en langue française qui éclaire et accompagne des engagements toujours plus évangéliques dans toutes les formes de la vie consacrée.

Catéchismes d’Europe, que dites-vous de la vie consacrée

Anita Sanchez

N°1993-1 Janvier 1993

| P. 26-40 |

On l’a souvent remarqué, l’appel à la vie consacrée ne peut être entendu et accueilli que là où la foi de la communauté chrétienne, de la famille en particulier, est vive, prompte à le répercuter et diligente à en soutenir la réponse. Il importe donc grandement de se pencher sur ce qu’en dit la catéchèse. Cette étude analyse avec précision la perception - explicite ou implicite - qu’ont, de la vie consacrée, les enseignements de quelques Églises locales d’Europe. Elle en montre tout le positif et exprime quelques attentes.

De La Foi de l’Église, catéchisme pour adultes publié par la conférence épiscopale allemande en 1985 (Brepols-Cerf-Centurion), au Catéchisme pour adultes des évêques de France : L’Alliance de Dieu avec les hommes (Paris, 1991), en passant par le Livre de la Foi des évêques de Belgique (Desclée, 1987) que disent nos catéchismes du XXe siècle de la vie consacrée ?

Je partirai du plus récent (français), lequel n’est pas sans points communs avec le plus ancien (allemand), auquel je m’attarderai ensuite, avant de dire un mot des trois pages que le Livre de la Foi intitule, comme une invitation : “Se consacrer à Dieu dans le célibat” (139-141).

À chaque fois je me suis demandé à quels mots de l’index ou de la table des matières je pouvais trouver ce que je cherchais, et à quelle place dans l’ensemble se trouvait évoquée la vie consacrée, et en quels termes. Ce parcours voulait aller à l’essentiel sans prétendre constituer un inventaire exhaustif.

L’alliance de Dieu avec les hommes

Dans l’index analytique français, outre les mots “moine” et “monastère” (une fois), on trouvera le renvoi aux principaux paragraphes concernant la vie consacrée (314 et 599) aux dix expressions et mots suivants : “célibat / célibataire”, “célibat consacré des laïques”, “chasteté”, “communautés religieuses”, “conseils évangéliques”, “Institut (de vie consacrée)”, “obéissance (vœu)”, “vie consacrée / religieuse”, “vocation sacerdotale / religieuse”, “vœux religieux”.

En revanche, la table des matières “cache” la vie consacrée, à deux endroits différents : tout d’abord “dans” la sainteté de l’Église, au ch. 4, L’Église, peuple de la Nouvelle Alliance, (§3, “Église sainte”, 191 s.), et dans le développement sur les dix commandements, “Itinéraires pour vivre dans l’amour” (§4 du ch. 6 La loi de vie de la Nouvelle Alliance), paragraphe qui s’intitule : “Amour, mariage et sexualité” (340 s.).

“Vocation religieuse”

La place du § 314 intitulé “vocation religieuse” rappelle Lumen Gentium puisqu’il prend place après le § 312 sur “la vocation commune à la sainteté”, et le § 313 traitant de la “vocation des fidèles laïcs”.

Comme son titre l’indique, le paragraphe, très dense, traite de la vie religieuse. Celle-ci s’enracine dans le baptême. Elle est un choix de Dieu absolument libre. Elle est un appel. Qu’est-ce qui fait sa spécificité ? C’est, négativement tout d’abord, un appel “non pas à une sainteté plus grande que les autres”, mais, positivement, un appel “à choisir un état de vie qui est précisément, dans l’Église, signe de la sainteté à laquelle, sous des modalités diverses, tous les disciples du Christ sont appelés”. Ceci étant précisé, en référence explicite à LG 44, en quoi cet état de vie fait-il signe ? Ces hommes et ces femmes “décident de professer publiquement les conseils évangéliques proposés à tous”. Le texte explicite alors la spécificité de la vie religieuse (cette fois en référence à PC 12-15 et au CIC, c. 607) par ces deux éléments : d’une part, “ils s’engagent par vœux à pratiquer la chasteté, la pauvreté et l’obéissance”, “qu’ils vivent en communauté”, d’autre part.

L’alinéa suivant fait allusion à la grande diversité des formes que revêt la vie religieuse, contemplative ou apostolique, et à sa riche histoire.

Enfin, le dernier alinéa affirme, dans une expression également dense, trois éléments essentiels. La vie religieuse est un don de Dieu, et un don de Dieu à l’Église. Son rapport au monde est ensuite ainsi évoqué : elle est à la fois “solidaire de la condition humaine” et “exposée aux défis du monde”. Revient alors le thème principal du paragraphe, - avec le même renvoi à LG 44 - : elle est, “pour tous les membres de l’Église un rappel de leur vocation à une sainteté toujours plus grande”. Voilà pour le témoignage de sainteté à l’intérieur de l’Église, comme un ressort du dynamisme, de la croissance de cette sainteté. Enfin, elle est également signe visible pour tout le monde, et tout homme : “elle témoigne aussi au milieu des hommes, par les choix et les ruptures qu’elle implique, d’une vie évangélique dans l’esprit des béatitudes”.

Ce développement est suivi, en plus petits caractères, d’un paragraphe rappelant, d’une part, que les instituts de vie religieuse, dont il vient d’être question, ont “chacun leur charisme particulier” et, d’autre part, qu’il existe, à côté d’eux, les instituts séculiers, qui “sont également des instituts de vie consacrée, mais qui s’en différencient du fait que leurs membres “gardent les conditions de vie communes à ceux qui les entourent”.

Il ne semble pas que le but de ce chapitre ait été de développer davantage l’exposé sur les formes et les modalités de la vie consacrée, mais d’en donner rapidement les grandes lignes. Cependant, on aurait attendu par exemple de voir mentionner son rôle de signe de l’union du Christ et de l’Église, ou sa dimension eschatologique, mais elle l’est dans l’autre texte du catéchisme sur le célibat consacré.

“Amour, mariage et virginité“

Tel est le titre des §§ 598-599. Nous sommes maintenant habitués à la concision de la rédaction. On notera l’importance du titre : un même amour est source du mariage et de la virginité consacrée - seule fois où l’expression apparaît. La première phrase semble programmatique des quatre alinéas : “L’Église porte un regard positif sur la sexualité humaine”. Et de replacer le mariage des baptisés dans la perspective de “l’Alliance de Dieu avec l’humanité scellée dans la chair du Christ”. Ainsi, “Parole et signe d’une réalité qui la dépasse, la sexualité n’est pas une affaire privée. Elle est aussi une réalité sociale.” D’où l’accueil par l’Église de l’engagement des époux chrétiens, qui se reçoivent l’un l’autre “des mains de Dieu”.

Pourtant, “la vie sexuelle est une réalité de ce monde qui passe”. Dieu Père, Fils et Saint-Esprit est la source de tout amour. En Lui, “au ciel.... les attaches humaines les plus légitimes sont à la fois accomplies et relativisées (Cf. Lc 20,35 : ’Ceux qui auront été dignes d’avoir part à ce monde-là et à la résurrection d’entre les morts ne prennent ni femme ni mari’ ”). Nous en arrivons ainsi à notre sujet : “pour le rappeler à tous, le Seigneur appelle certains à renoncer au mariage, au nom de cette rencontre avec Dieu aimé plus que tout dès cette terre”. Mémoire (“rappeler à tous”) et anticipation, annonce de la rencontre avec Dieu, du Royaume, du premier commandement auquel le second est semblable, “tel est le sens du célibat consacré des laïcs, des religieuses et religieux, que l’Église latine demande aussi aux prêtres”. Un second fondement scripturaire est invoqué : Mt 19,10-12. L’alinéa s’achève sur la mention de la difficulté du célibat “imposé par les circonstances”, mais que, par sa liberté, l’homme peut surdéterminer positivement en en déployant les capacités de service amical, familial, associatif, “dans la vie de la cité ou de l’Église”.

En bref

La vie consacrée est présentée ici comme se vivant au sein d’un institut de vie religieuse ou d’un institut séculier, et comme définie par la profession des trois conseils évangéliques de chasteté, pauvreté, obéissance par des vœux, ainsi que par la vie commune, ou bien dans une vie au cœur du monde. Elle est avant tout un signe de la sainteté à laquelle tous sont appelés, et, à côté du mariage ou d’autres formes de célibat, comme signe eschatologique du Royaume qui est là et qui vient, par l’amour de Dieu plus que tout. Elle est située dans l’Alliance, et dans les “itinéraires pour vivre dans l’amour”, à l’intérieur de la loi de vie de la Nouvelle Alliance.

La foi de l’Église

L’index du catéchisme allemand est plus réduit. Il propose les paragraphes sur la vie consacrée aux mots : “célibat”, “célibat volontaire”, “conseils évangéliques”, “état religieux”.

Ici également la table des matières “cache” la vie consacrée dans la sainteté de l’Église, et derrière les mentions des sacrements du baptême, de l’ordre et du mariage.

“La sainteté de l’Église” (275-277)

Le chapitre sur l’Église appartient à la troisième partie de l’ouvrage : “L’œuvre du Saint-Esprit”. Il s’intitule : “L’Église sacrement de l’Esprit”. La vie consacrée est ainsi plus spécifiquement rapportée à l’action de l’ Esprit Saint dans l’Église. Le chapitre est composé de huit alinéas.

Dans les quatre premiers, après avoir rappelé que “la sainteté de l’Église fait partie de sa nature plus intime”, les évêques allemands précisent : “Dans le langage de l’Écriture, la sainteté ne signifie pas d’abord la perfection morale, mais le fait d’être mis à part, retiré du domaine profane, et d’appartenir à Dieu. À cette sainteté “objective” doit correspondre une dimension éthique, la “sainteté subjective”. Celle-ci ne saurait être “le simple résultat d’un effort de l’homme, mais le fruit du Saint-Esprit et de ses dons”. Finalement, “bien que le but de la sainteté chrétienne soit le même pour tous les chrétiens, il y a cependant différentes voies” pour l’atteindre. Car “dans tous les états de vie, une seule chose importe : l’obéissance absolue au premier de tous les commandements : aimer Dieu par-dessus tout et le prochain comme soi-même”.

Les quatre autres alinéas, en petits caractères - signe que l’on donne ici des compléments, on a vu cela dans le catéchisme français - commence par l’évocation de “la vie selon les conseils évangéliques”. Il est ensuite question des saints, puis de la tension entre la sainteté de l’Église et le péché de ses membres. Voilà pour le contexte.

La vie selon les conseils évangéliques consiste dans “le célibat librement choisi”. Pour quelle raison ? “Pour l’amour du Royaume des cieux” -, dans la pauvreté et l’obéissance. Quel est son fondement ? “La parole et l’exemple de Jésus qui a vécu lui-même dans le célibat, la pauvreté et l’obéissance à son Père”. Est ensuite défini “l’état religieux”, consistant dans la vie en communauté, “généralement” selon les conseils évangéliques, “que l’on s’engage par des vœux à observer durablement”. Où est fondée cette “vie religieuse” à l’intérieur de l’Église ? Dans le baptême, un appel personnel, une grâce spéciale. L’effet de cette grâce : une disponibilité au service de Dieu et des hommes. C’est ainsi que les “instituts religieux” sont un “signe important, et même indispensable, de la sainteté de l’Église”, laquelle leur est redevable de “bien des impulsions spirituelles, des actions apostoliques et caritatives, ainsi que des contributions importantes dans les domaines culturels, scientifiques, etc.”. Face à l’activisme et au matérialisme, ils sont “signes de la liberté humaine et chrétienne”.

Les instituts de vie religieuse sont divers : vocation, histoire, caractère propre, -contemplatifs ou apostoliques et caritatifs. On note également la venue des instituts séculiers dont la vocation, comportant la vie selon les conseils évangéliques, est d’être “un levain dans la pâte” (cf. PC 11). On retrouve la structure sous-jacente au Catéchisme français. Les effets sociaux de la vie consacrée sont davantage mis en valeur.

“Le baptême, sacrement de la vie nouvelle” (321-324)

"Le pardon des péchés et la vie nouvelle nous ont été offerts par Jésus Christ. C’est pourquoi le baptême nous donne de participer à la mission et à la nouvelle vie de Jésus Christ”. Comme le dit saint Paul, le Christ nous donne d’être “insérés dans la mort et la résurrection de Jésus Christ”, qui est “le fondement de toute la vie chrétienne ainsi que de la mort chrétienne”. La vie chrétienne est ainsi conversion, lutte contre le mal, croissance dans la vie des vertus théologales ; elle implique une ascèse, “un effort pour se conformer à Jésus Christ et être affermi dans sa grâce”. Le baptisé a part dès maintenant à la vie glorieuse du Ressuscité.

La vie selon les conseils évangéliques est une “forme particulière de la vie nouvelle donnée dans le baptême”, “dans la pauvreté et le célibat librement choisis”. On retrouve cette insistance sur la liberté de l’homme et le choix. Le texte ajoute : “ainsi que dans l’obéissance à la règle d’une communauté religieuse”, ce qui semble réducteur par rapport à l’interprétation christologique et trinitaire donnée dans l’autre paragraphe. Mais il est vrai qu’il ne saurait s’agir d’une obéissance désincarnée. Ces quelques phrases sont couronnées par l’évocation du martyre comme “achèvement suprême du baptême”. Faut-il voir dans cet enchaînement une intention de mettre en rapport le martyre et la vie consacrée ? Rien ne permet de l’affirmer.

"Le sacrement de l’ordre” (368-373)

Bien que ne traitant pas directement de la vie consacrée, ces paragraphes comportent des indications intéressantes. L’exposé sur le sacrement de l’ordre s’achève (372-373) par un développement - en plus petits caractères - sur “l’obligation du célibat”, dans l’Église latine, pour l’ordination épiscopale et presbytérale. En en retraçant brièvement l’histoire, le texte en montre le but : “le bien des âmes”, et la convenance qui lie le sacerdoce à cette obligation : “le célibat librement choisi pour l’amour du Royaume des cieux (Mt 11,12) signifie - et c’est cela qui nous intéresse ici -, tout d’abord la volonté de suivre Jésus, qui a vécu lui-même dans le célibat, puis celle de se consacrer sans partage à Jésus Christ et à “ses affaires” (cf. 1 Co 7,32), enfin la volonté de se donner tout entier à Dieu et aux hommes et d’annoncer la vie nouvelle du monde à venir, ce qui est plus particulièrement la mission du prêtre”.

On retrouve les notions de suite du Christ, mais avec l’insistance sur l’évangélisation, y compris dans sa dimension eschatologique. Y a-t-il ici quelque chose de spécifique au prêtre, mis à part le choix libre de ce qui fait l’objet d’une obligation ? L’expression “annonce de la vie nouvelle” peut signifier à la fois la prédication et le don de la vie divine communiquée par les sacrements.

“Le mariage, sacrement de la Nouvelle Alliance” (373-379)

Ici également, le développement sur la vie consacrée est proposé comme un approfondissement de ce qui vient d’être dit et le texte est imprimé en caractères plus petits.

Nous sommes, comme dans le catéchisme français, en contexte d’Alliance Nouvelle. Cette Alliance, dans le mariage chrétien, est anticipation symbolique, espérance des “noces eschatologiques, de la joie qui les accompagne, et de l’accomplissement de cette réalité dans l’amour de Dieu”. “Le célibat librement choisi pour l’amour du Royaume des deux (même citation de Mt 19,12) est un autre signe de cet accomplissement à venir”. Immédiatement on ajoute, pour éviter toute dépréciation du mariage, ou tout malentendu à ce sujet, (cf. ci-dessus, la précision du catéchisme français) : “L’homme ou la femme qui font ce choix de vie ne sont pas pour autant meilleurs chrétiens que ceux qui sont mariés”. On reverra plus loin le rapport entre les deux états de vie. “Ils veulent plutôt, poursuit le texte, exprimer symboliquement une dimension essentielle de l’existence commune de tous les baptisés : le caractère provisoire de toute les institutions terrestres, dont la finalité réside dans l’unique nécessaire, le Royaume de Dieu”. Il faudrait donner au mot “symboliquement” son sens le plus fort, christologique, comme l’indique la suite : cet engagement rend “dès maintenant tout à fait libre pour se consacrer sans partage au Seigneur et aux affaires du Seigneur” (1 Co 7,32, déjà invoqué plus haut).

La seconde partie du paragraphe s’attarde au rapport entre le mariage et la vie consacrée. L’Église “ne rabaisse en rien la dignité du mariage”. C’est parce que “la sexualité humaine est un don précieux du Créateur”, que renoncer au mariage a un sens. Inversement, le célibat consacré publiquement reconnu donne son sens au choix du mariage. “Le mariage et le célibat consacré sont donc deux manières différentes de représenter et de vivre un même mystère d’ Alliance entre Dieu et les hommes”. La crise du mariage chrétien et celle du célibat consacré sont liées (cf. Familiaris Consortio 16) et demandent l’une et l’autre un effort pastoral. La force de ce passage réside dans cette perspective d’Alliance où tout est resitué dans cette promotion réciproque si fortement soulignée entre les deux états de vie.

Enfin, l’expression “noces eschatologiques” semble signifier l’union du Christ et de l’Église. Comment alors, chacun à leur manière, le mariage et la vie consacrée en sont-ils le signe ?

En bref

Bien qu’il accorde à la vie consacrée une place plus grande que ne le fait son frère cadet, le catéchisme allemand a également choisi d’aller à l’essentiel, sans chercher à développer ou à être complet. On peut aussi déceler, avec en particulier le souci de ne pas “déprécier” le mariage, le reflet de la façon dont la société à laquelle les évêques s’adressent perçoit la vie consacrée : il semble difficile de parler de la vie consacrée “pour elle-même”, ou d’aller plus loin dans l’invitation à s’ouvrir à cette vocation, à cet appel que le Père adresse aujourd’hui à la générosité chrétienne, par son Fils, dans l’Esprit. Mais c’est justement cette préoccupation pastorale qui semble avoir dicté la perspective adoptée par les évêques de Belgique.

Le livre de la foi

Qui ouvre le Livre de la Foi trouve explicitement à la table des matières, dans la deuxième partie “Célébrer le Seigneur”, entre “Quand les baptisés se marient” et “Recevoir le sacrement de l’ordre”, le chapitre “Se consacrer à Dieu dans le célibat”. On a donc donné trois pages, à part entière, au célibat consacré. Le titre signifie bien l’engagement de la liberté humaine et le don “à Dieu”. On le propose en même temps qu’on le définit.

L’hebdomadaire Dimanche donne un index du Livre de la Foi. On y trouve des références aux textes et aux illustrations. Quatre mots renvoient aux pages qui nous intéressent : “célibat consacré”, “conseils évangéliques”, “vie religieuse”, “vocation - célibat consacré”.

“Quand les baptisés se marient”

Le chapitre “Quand les baptisés se marient” comporte également (136) un développement sur le célibat. “Ni le célibat chrétien, ni le mariage chrétien ne se comprennent pleinement en dehors de la foi. La virginité chrétienne est pour le Royaume, elle est un amour authentique du Christ ; le mariage chrétien puise sa force et son idéal dans l’amour du Christ pour son Église. Un mariage sans amour est un enfer, une virginité sans amour est un désert. Ni l’un ni l’autre n’est chrétien”. Nulle part l’amour du Christ n’est affirmé aussi nettement, nulle part une telle place n’est explicitement accordée à la virginité. Mais la différence la plus notable avec les deux autres catéchismes est certainement celle du ton : une certaine audace, qui ne se donne pas pour seul but d’exposer, mais explique pour mettre en route. L’exposé est franchement pastoral.

“Tu ne commettras pas d’adultère : tu aimeras fidèlement”

On trouvera un développement sur le célibat - “consacré” ou non, ce n’est pas précisé, les deux sont envisagés - dans le commentaire du chapitre : “Tu ne commettras pas d’adultère : tu aimeras fidèlement”. On lit, en marge : “Vivre la chasteté dans le célibat” (195). Le paragraphe explique : “Pour tout homme célibataire la chasteté chrétienne consiste à vivre sainement sa sexualité par la continence, en vue de l’accomplissement des noces définitives du Christ et de l’Église”. Ce fondement posé, les deux remarques suivantes qui en découlent rappellent celles des évêques allemands : sur l’attente eschatologique d’abord - “La fidélité des époux trouve un appui dans la fidélité des célibataires, dans l’attente du monde nouveau, celui de la résurrection où l’on ne se marie plus” - ; puis la promotion mutuelle des deux états de vie - “Là où il y a de l’estime pour le mariage, il y en a aussi pour le célibat et pour la virginité consacrée. Là où l’on considère la sexualité humaine comme un grand don du Créateur, le fait d’y renoncer pour le Royaume a tout son sens”.

Les illustrations

Deux illustrations soulignent le texte de notre chapitre. Sur la première des trois pages, la photo présente une communauté de moines - nombreux - célébrant l’office : séparation du monde, vie fraternelle, prière de louange de Dieu, dans une chapelle à l’esthétique dépouillée, moderne, lumineuse que beaucoup reconnaîtront.

La photo sur laquelle s’achève le texte l’illustre avec précision et le déploie. Un enfant, le visage tourné vers la profondeur et l’immensité du paysage - des cimes montagneuses à perte de vue-, comme tourné vers son avenir, dans l’immensité du dessein d’amour de Dieu qui a tout créé, pour lui. Qui l’aidera à chercher et à trouver la volonté de Dieu ?

Le livre présente une troisième photo suggérant la vie consacrée, pour illustrer le dixième commandement (211-213) : “Regarde ton prochain sans convoiter ses biens ; vois ce que tu peux partager avec lui”, et à la suite du texte de Paul : “Qui sème chichement moissonnera chichement” (2 Co 9,6-11). C’est une photo de Mère Térésa de Calcutta, un enfant dans les bras, et parlant à l’une de ses sœurs. Au premier plan, un autre enfant. Signes dans l’Église et pour le monde de la charité, de la générosité et de la compassion de Dieu lui-même.

Ainsi, la vie religieuse, contemplative (masculine, ici), et missionnaire (féminine) sont représentées sans “timidité”. Cette orientation, résolument pastorale, est en fait celle de tout le livre.

“Se consacrer à Dieu dans le célibat”

Que dit le texte, et d’abord les sept “hors-texte”, en italiques et en marge, comme des titres ou des résumés frappants ?

Le premier lie la virginité, comme choix volontaire, le Royaume et les origines de l’Église. Le second propose l’exemple apostolique de saint Paul. Le troisième, sous le signe de l’appel, souligne “multiplicité” et “diversité”. Le quatrième est l’invitation de Mt 19, 21 : « Si tu veux..., viens, suis-moi » ! Dans cet alinéa, on traite des conseils évangéliques. L’alinéa suivant qui présente les vœux est introduit par : “Être ’signe du Christ qui appelle’...” On parle ensuite de deux formes de vie consacrée : “Profession religieuse et consécration des vierges”. Le dernier texte porte, en marge, la question : “Comment aider les jeunes à trouver leur vocation ?”

Le chapitre s’ouvre sur la citation de LG 42 : “Parmi les conseils évangéliques [1] il y a en première place ce don précieux de grâce fait par le Père à certains de se consacrer plus facilement et sans partage du cœur à Dieu seul dans la virginité ou le célibat”, La vie consacrée est donc considérée dans son rapport aux personnes de la Sainte Trinité, et d’emblée rapportée à la paternité de Dieu.

“Dans la virginité ou le célibat” est ensuite explicité par l’histoire des origines de l’Église, marquées par le choix si nouveau des vierges chrétiennes. Certaines ont témoigné jusqu’au martyre, “par leur mort, de leur attachement à l’Époux”. Le célibat masculin trouve son modèle en Paul. C’est ainsi que, “n’ayant pas le soutien d’un mari ou d’une femme, ceux qui ont choisi le célibat, expriment leur espérance dans le Seigneur mort et ressuscité.” Voilà le rapport au Christ deux fois établi : comme amour, foi et espérance.

L ’Esprit est dit inspirer les contemplatifs qui, comme la Vierge Marie, “gardent la Parole en leur cœur”. Ils font comme un lien entre Dieu, dont ils “chantent les louanges” et “la complainte des hommes”. Leur témoignage peut être de communauté, de solitude ou au cœur du monde.

C’est encore l’Esprit qui suscite la vie apostolique. La belle expression : “Ils se soucient du Corps du Christ” manifeste la dimension christologique, eucharistique et ecclésiale de leur service, en particulier celui du pauvre. Leur activité est en effet précisée par : “en se consacrant – je souligne - totalement à leurs frères, et spécialement aux plus démunis”.

Mais le texte se refuse à opposer les deux “pôles” de la vie consacrée, celui de Marie et celui de Marthe, en affirmant finalement l’unité des deux commandements : “La contemplation du Seigneur et l’amour des frères sont au cœur de toute vie consacrée”. Cette unité est don de l’Esprit.

Après la forme en général, voici la modalité : vœu privé ou public. On suggère, dans le discernement de l’appel, l’aide d’un conseiller spirituel.

Les conseils évangéliques de chasteté, pauvreté, obéissance sont définis dans leur dimension eschatologique : “Trois signes d’attente du Royaume”. La pauvreté a pour modèle l’Église des Apôtres qui l’a apprise du Christ. C’est la pauvreté du partage (Ac 2,44) et, radicalement, celle de la croix dans la foi en la résurrection. Tel est encore son sens aujourd’hui : “Si la virginité est un signe de l’amour de l’Église pour son Époux, la pauvreté est le signe de l’adhésion inconditionnelle à son Rédempteur”. N’est-ce pas dire en même temps sa dimension rédemptrice ? Quant à l’obéissance “à l’Église” - plus largement que dans le catéchisme allemand, le paragraphe suivant l’explique-, vouée dans l’Église, elle est signe de celle du Christ au Père. Il est ainsi manifesté que “l’Église est un don du Père” et “combien la volonté de Dieu est désirable”. La prière du Notre Père l’exprime assez.

Ces trois conseils s’adressent à tous. Les vivre radicalement est un don de Dieu, une réponse à son appel, qui exprime le désir de toute l’Église : “Viens, Seigneur Jésus !”

Qu’en est-il du rapport de cet état de vie au mariage ? Ni la virginité, ni la pauvreté, ni l’obéissance ne diminuent “en rien la dignité du mariage”. Mais le texte n’en reste pas là, il faut préciser pour ne pas diminuer non plus la dignité ou la spécificité de la vie consacrée. D’une part, “les religieux ne méprisent pas ceux qui ont des biens et qui assument des responsabilités selon la volonté du Seigneur”. C’est la volonté du Seigneur qui est la norme. Cependant, les vœux de pauvreté et d’obéissance viennent de ce que “sachant que tous doivent vivre comme s’ils ne possédaient pas’ (1 Co 7, 30), les religieux entendent cette parole du Seigneur dans un sens absolu”. Quel est cet absolu ? “Ils renoncent à leurs biens et à leur volonté propre”. Le lien entre les trois vœux est fortement marqué par cette coordination constante. Un tel renoncement est positif : “Ils ne les méprisent pas”. Ce n’est pas non plus du volontarisme : “Ils reçoivent la grâce d’y renoncer”. À quelle fin ? “Pour aimer le Seigneur avec un cœur totalement libre”.

Où et comment s’engager ainsi ? “Les conseils évangéliques prennent une forme plus stable dans la vie religieuse”. Ceci suggère donc d’autres formes de vie consacrée. Qui peut prendre l’engagement de pratiquer ainsi les conseils évangéliques ? “Les fidèles, laïcs ou prêtres”. Pas n’importe où : “dans le cadre d’une congrégation”. Ni n’importe comment : “par des vœux” ou d’autres liens et “d’après une spiritualité déterminée”.

L’aspect sacramentel n’est pas oublié. Si “les rites de la profession religieuse et de la rénovation des vœux ne sont pas des sacrements”, ils sont liés aux sacrements de l’initiation chrétienne : “ils s’enracinent dans la consécration baptismale et associent toute la personne au sacrifice eucharistique”.

Avant de conclure, et comme en faisant inclusion avec le début du chapitre, on se réfère à Vatican II, et à la virginité consacrée dans la primitive Église, avec l’évocation de la “remise en honneur” de la traditionnelle consécration des vierges. Elle est présentée comme un “rite solennel” comportant “la prière consécratoire et l’imposition des mains”. Le ministre en est l’évêque. Son effet ? Celle qui “a choisi de vivre dans la virginité” est constituée “comme une personne consacrée”. Quel en est le sens ? “La vierge est signe de l’amour de l’Église pour le Christ son Époux” et “signe de l’espérance du peuple de Dieu qui attend le retour du Seigneur”.

Le chapitre s’achève par l’affirmation de la responsabilité - et donc, de la nécessité d’éveiller celle-ci - de “toute la communauté chrétienne, qui par son témoignage et sa vitalité doit aider les jeunes à entendre l’appel du Seigneur et à y répondre”. La citation finale le dit de façon très aiguë : “Parmi tant de jeunes qui grandissent, beaucoup se trompent de voie, parce que personne ne les guide”.

Un mot pour conclure

Telle est la perspective et la préoccupation de ce développement dans le Livre de la Foi. C’est là-dessus que je voudrais conclure. Si aucun catéchisme ne mentionne la forme érémitique de la vie consacrée (sauf peut-être l’allusion à la solitude dans le livre belge), les catéchismes allemand et français ne mentionnent pas non plus la consécration des vierges, et, comme forme d’engagement dans la vie consacrée, ne signalent que les vœux, sans parler des autres “liens sacrés”. Tout en ne retenant que les instituts de vie religieuse et la consécration des vierges, le Livre de la Foi a cependant brossé le tableau le plus complet et le plus nuancé de la vie consacrée, appel toujours actuel de l’amour du Seigneur à son Église, à la jeunesse d’aujourd’hui. Puissions-nous, compte tenu de la promotion réciproque du mariage chrétien et de la vie consacrée, mettre en œuvre cette exigence pastorale et nous dévouer à cette tâche d’aider les jeunes à répondre à l’appel qu’il ne cesse de faire entendre dans les cœurs, pour redire avec le psalmiste : “Me voici, Seigneur, pour faire ta volonté” (He 10, 7).

Rue Champ du Roi, 50
B-1040 BRUXELLES, Belgique

[1Au sens large, ici.

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