Un périodique unique en langue française qui éclaire et accompagne des engagements toujours plus évangéliques dans toutes les formes de la vie consacrée.

Chronique d’Écriture Sainte

Didier Luciani

N°1992-4 Juillet 1992

| P. 259-268 |

Jusqu’en 1985, la revue a offert à ses lecteurs une chronique annuelle d’Écriture Sainte tenue par des exégètes éminents (M. Gilbert, D. Dideberg, J.-L. Ska). Nous voudrions ici essayer de renouer avec cette tradition, convaincu qu’une telle chronique correspond à l’attente des abonnés et peut leur rendre service. Nous espérons que cette initiative encouragera les éditeurs à nous envoyer le meilleur de leur production dans ce domaine.

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De manière quelque peu arbitraire, nous regroupons sous trois rubriques les ouvrages ici recensés : les instruments de travail, les lectures méditées ou spirituelles de l’Écriture, les ouvrages plus proprement exégétiques étudiant un livre ou un thème de la Bible.

I

Nous avons la joie de commencer cette chronique en présentant un remarquable instrument de travail [1]. Il s’agit de la traduction française du fameux Macmillan Bible Atlas, œuvre des archéologues israéliens bien connus Y. Aharoni et M. Avi-Yonah. Cet atlas, paru précédemment en hébreu (2 vol., Éd. Carta, Jérusalem, 1966 et 1968) a ensuite été traduit en anglais, langue dans laquelle il a bénéficié de nombreuses réimpressions et de deux éditions successives. L’ouvrage que nous recensons ici est la traduction de cette seconde édition, sous les auspices du Centre « Informatique et Bible » de Maredsous. Elle tient compte des découvertes archéologiques récentes, surtout en ce qui concerne la topographie de Jérusalem.

Nous n’avons pas la compétence requise pour discuter les options prises dans le domaine de l’archéologie ou même de l’histoire. Les spécialistes en discuteront. Il faut aussi reconnaître que la traduction cartographique de certaines données risque de figer des interprétations insuffisamment fondées ou sujettes à discussion : la géographie n’est ni tout à fait une science exacte, ni tout à fait une science humaine. Il n’empêche que, composé comme il l’est, avec ses 264 cartes, ses nombreuses illustrations, ses tableaux chronologiques, ses textes, ses index bibliques et généraux, ce livre rendra un formidable service à tous les lecteurs de la Bible et leur fera percevoir que l’histoire sainte s’enracine aussi dans une « géographie sacrée ».

Le second ouvrage [2] est beaucoup moins imposant, mais, sous ses dehors modestes, il mérite pourtant notre attention. L’auteur, Mgr J. Perrier, évêque de Chartres, l’a conçu non pas comme un livre à lire, mais comme un outil à la disposition des catéchistes et des parents. Il s’agit tout simplement d’une anthologie de textes bibliques (traduction B.J.) ayant trait d’une manière ou d’une autre à l’acte de la transmission de la foi. Le propos peut paraître banal, mais ce qu’il implique l’est peut-être un peu moins. Il repose, en effet, me semble-t-il, sur trois convictions. Tout d’abord, l’Écriture ne contient pas seulement un dépôt à transmettre, mais renferme aussi, de quelque manière, les règles de sa propre transmission. En d’autres termes, il existe une pédagogie biblique et une pédagogie de Jésus à découvrir au sein même de l’Ancien et du Nouveau Testaments. Ensuite, cette pédagogie traverse la totalité du corpus scripturaire et peut s’inscrire dans la succession de ses grandes masses littéraires (Torah, Prophètes et Écrits pour l’Ancien Testament ; Évangiles, Épîtres et Apocalypse pour le Nouveau Testament). Enfin, cette pédagogie « divine » est, tout à la fois, expérience spirituelle et ecclésiale, ce qui suppose la foi dans la puissance de la Parole, le respect de son action et la nécessaire médiation de l’Église. Dans cet ouvrage, la médiation ecclésiale se marque en premier par le choix des textes et par l’utilisation d’une typographie différente quand il s’agit de les introduire ou d’en orienter l’interprétation (gras pour les titres, italiques pour les introductions). Un livre qui s’adresse donc à tous ceux qui se préoccupent de transmettre la foi. Un livre à lire, à utiliser, peut-être à reproduire, mais surtout à prolonger.

II

On doit toujours saluer la publication d’ouvrages qui mettent à la disposition d’un large public les richesses de la tradition patristique [3]. Celui que nous présentons ici est un homéliaire pour les dimanches des trois années (A, B, C) et pour les grandes fêtes. Il est principalement l’œuvre d’un bénédictin anglais de la congrégation de Solesmes, Dom Henry Ashworth (1914-1980), qui fut déjà l’un des principaux artisans du lectionnaire patristique de l’« Office romain des lectures » (publié en français dans la « Liturgie des Heures », soit dans un volume séparé intitulé « Livre des jours »). Les deux ensembles d’ailleurs se complètent puisque aucun des textes figurant dans le second n’appartient au premier. Soixante-sept auteurs figurent au répertoire, issus aussi bien de l’Orient que de l’Occident chrétiens, couvrant une période allant du IIe siècle (Origène) au XVIe siècle (saint François de Sales). Pour chacun d’eux est donnée une notice biographique. L’ouvrage, dont l’édition française a été préparée par un moine de Clairvaux, comporte en outre un index des auteurs cités et une table des passages évangéliques commentés. Le tout étant soigneusement relié, les conditions sont réunies pour que cet ouvrage devienne un livre de chevet pour les religieux, mais aussi pour tous les chrétiens désireux d’approfondir le sens de l’Écriture à l’école des Pères.

Le thème du livre suivant [4] est celui de la libre rencontre entre l’homme pécheur et Dieu transcendant. Le récit de Jacob, lu plus largement à la lumière du récit biblique intégral, illustre la libre méditation et les conséquences d’une telle rencontre. L’écriture élégante et sobrement travaillée contribue à révéler également les paradoxes et la part de mystère qui entourent cette expérience. Ce Jacob nous parle : il est tordu et volontaire. Tordu pour devancer Dieu dans ses desseins et l’accueillir au lieu de la rencontre ; volontaire pour s’abandonner à lui et appeler à l’aide celui qui le blesse là même où il le bénit. Ces deux traits de son caractère, loin d’être un obstacle, sont au contraire la garantie d’un face à face qui ne tourne pas au détriment de l’une des deux parties, même s’il doit y avoir combat. Un aspect au moins me semble ne pas avoir été assez souligné par M. Massenet. Le récit fait tout pour superposer l’expérience de la rencontre de Dieu et celle de la rencontre avec Ésaü. Ce n’est sans doute pas un hasard, Jacob lui-même le reconnaît en déclarant à son frère : « J’ai affronté ta présence comme on affronte celle de Dieu et tu m’as bien reçu » (Gn 33,10)". Le texte biblique manifeste toujours un surplus de sens apte à nous instruire. C’est pourquoi, après une telle lecture, aussi riche soit-elle, c’est encore vers lui qu’il faut revenir.

Après Jacob, voici une autre figure de l’Ancien Testament proposée à notre méditation [5]. Donnant les Exercices à des religieux du Tchad, en juillet 1988, le Cardinal Martini, archevêque de Milan et exégète de renom, avait en effet choisi David pour accompagner cette retraite ignacienne. Le présent volume, paru d’abord en italien, recueille les instructions et les homélies données par le Cardinal au cours de ces journées. Il ne s’agit pas ici, comme dans l’ouvrage précédent, d’une libre méditation sur une page biblique. La lecture est à la fois plus directement exégétique, théologique et spirituelle. Exégétique, parce que l’attention à la lettre (histoire de David) ne disparaît jamais sous les propos de l’auteur ; théologique, parce qu’en recherchant la figure de David, l’intention est de mieux connaître Jésus le Christ ; spirituelle enfin, car en contemplant l’histoire du Messie, de David à Jésus, il s’agit de nous unir à celui qui accomplit pleinement cette figure ou mieux, de nous laisser attirer par lui.

Que reste-t-il d’une telle lecture savoureuse, profonde et simple, faite à la lumière des Exercices ? Dieu aime David (principe et fondement : chap. I). David, homme faible et pécheur (Première semaine : chap. III à V), vindicatif et cruel, aimant les femmes et les guerres mais loyal et fidèle en amitié (chap. VIII), courageux (chap. VII), humble et libre devant les hommes (chap. IX et X), aime Dieu. Il aspire ardemment à le rencontrer et à le servir (deuxième semaine). Au travers des méandres de sa personnalité et des épreuves de sa vie (chap. XI : troisième semaine), avec sa foi et son idéal (chap. XIII : quatrième semaine), David veut Dieu plus que tout. Au terme de ce parcours, David nous apparaîtra comme un grand « maître en spiritualité » qui cherche Dieu et sa volonté en toutes les circonstances de la vie et qui, parce que nous sommes bien plus souvent contemporains de l’Ancien Testament que du Nouveau, peut nous servir de guide vers la connaissance plénière du Christ.

Le livre posthume de M.-J. Le Guillou [6] témoigne, à sa manière, d’une vie marquée par les béatitudes. Il contient, en effet, deux textes distants de trente-cinq ans. L’un, repris de l’ Initiation théologique, parue au Cerf en 1935, présente la théologie et la réalisation de la béatitude dans la perspective thomiste. L’autre, inédit, est une série de conférences sur les béatitudes de saint Matthieu, données à des laïcs à la fin de sa vie, alors que la maladie faisait déjà son œuvre. Il prolonge ainsi, en quelque sorte, son ouvrage précédent, qui traitait du « scandale du mal » (Éd. Saint Paul, 1991) puisque, face à cette énigme, il pose la question du bonheur. Chaque béatitude est ici relue à la lumière du Christ et du Royaume qu’il vient inaugurer. Comment nous situerons-nous, demande l’auteur, face à cette vérité des béatitudes qui est aussi la vérité de l’homme ?

L’ouvrage du Père P.-M. Févotte [7], membre de la fraternité Sitio du diocèce de Dijon (ville où vécut Élisabeth de la Trinité) est la reprise d’un mémoire de théologie présenté à la Faculté de Strasbourg. Il nous introduit à une lecture de la Sainte, elle-même « lectrice de la Bible ». Et en cela il nous fournit, malgré les possibilités infiniment plus réduites d’Élisabeth, d’approcher le texte sacré, les clefs de toute lecture chrétienne. La Bible de la carmélite de Dijon se réduit au Nouveau Testament et aux Psaumes. Elle ne possède pas les instruments de travail dont nous disposons aujourd’hui, ni ne peut se vanter d’une solide culture théologique. Mais elle a compris que la Parole de Dieu requérait de sa part une écoute attentive, un silence intérieur et une réponse entière. Au travers surtout de saint Jean et de saint Paul, elle saisit l’essentiel : l’amour incroyable de Dieu qui se manifeste dans la kénose du Christ. Son itinéraire spirituel, tel qu’il nous est accessible par le biais de ses écrits, manifeste comment Élisabeth ne se contente pas de lire l’Écriture, ni même de la méditer, mais qu’elle en vient à la « parler » parce qu’elle s’en nourrit et en vit. C’est parce qu’elle habite tellement cette Parole ou mieux parce que cette Parole a fait sa demeure en elle qu’Élisabeth continue, aujourd’hui encore, à nous parler de Dieu.

III

Nous abordons maintenant la troisième partie de cette chronique avec des ouvrages exégétiques consacrés à un livre ou à un thème particulier de la Bible.

Les deux premiers livres présentés concernent le Psautier et font bien la transition avec les ouvrages précédents puisque, tout en s’appuyant sur des recherches exégétiques approfondies, ils proposent néanmoins une lecture pastorale et spirituelle de l’Écriture.

Le premier est le livre du Père É. Beaucamp [8], franciscain, qui a déjà beaucoup publié sur les Psaumes. Il nous propose ici un guide de lecture pour nourrir la piété des fidèles. Celui-ci ne rajoutera pas grand chose à sa bibliographie déjà abondante (indiquée en fin de volume). La traduction est soi-disant nouvelle. Elle reprend en fait substantiellement celle proposée par le même exégète dans les deux volumes des Sources bibliques (Gabalda, Paris, 1976 et 1979) et auxquels d’ailleurs il renvoie pour justifier ses options. Même sans recourir à ces deux ouvrages antérieurs, l’avant-propos laisse percevoir l’un des présupposés discutables de notre auteur : l’original hébreu à traduire a subi les ravages du temps et doit, pour cette raison, être soumis à un sévère nettoyage. Sachant cela, on ne s’étonne pas de trouver le texte truffé de points de suspension, de passages en petits caractères et de parenthèses qui signalent l’énorme travail de « restauration » de l’auteur. Une petite vingtaine de psaumes seulement échappe à ce funeste décapage. Pourquoi ? En quoi une telle approche, hautement conjecturale et problématique, favorise-telle la méditation ? Est-il si sûr, comme l’affirme l’auteur, que le jeu de la mémoire nuit « à toute possibilité de réflexion, quelque peu neuve et profonde » (6) ? Enfin, quels sont les critères pour décider, surtout en poésie, ce qui a un sens et ce qui n’en a pas ? Le commentaire qui accompagne chaque psaume, quelle que soit sa valeur, n’avait pas besoin d’une telle « originalité » dans la traduction.

Tout autre, et beaucoup plus respectueuse du texte, est la démarche suivie par M. Gilbert [9], lui aussi exégète bien connu, ancien recteur du « Biblique » de Rome et spécialiste de la littérature sapientielle. Dans son ouvrage Les louanges du Seigneur, il se propose de commenter les quatre-vingt-dix psaumes responsoriaux utilisés aux messes du dimanche et des grandes fêtes. Le livre se divise en deux. Sur la page de droite se trouve le psaume, le plus souvent en entier, selon la version liturgique et précédé d’une introduction qui en dévoile le sens chrétien. Sur la page de gauche, un petit commentaire situe chaque psaume dans son cadre historique et littéraire puis explique les mots importants ou difficiles. Une introduction générale, d’une quinzaine de pages, fournit assez d’éléments sur l’histoire du Psautier et de sa pratique pour qu’on se lance avec fruit dans sa lecture. Deux tables complètent l’ouvrage et en facilitent le maniement. Le commentaire, tout imprégné de sève biblique, cache une grande érudition sous sa simplicité d’expression. Il va droit à l’essentiel, réussissant à transmettre à un public non averti les fruits les meilleurs de la recherche exégétique. Il n’oblitère ni les aspérités du texte hébreu, ni les hésitations de l’interprétation, mais ces difficultés sont situées à leur place au lieu d’être gommées par une traduction arbitraire. Il n’est donc pas vain de dire, avec le préfacier, que le guide mérite confiance. Un seul point nous paraît améliorable : la mise en page, avec cette alternance droite/gauche et les débordements qui en résultent, désoriente parfois le lecteur. Une prochaine édition pourrait remédier à ce défaut.

Toujours en Ancien Testament, le Père E. Beaucamp nous gratifie d’un second ouvrage [10]. Le Livre de la consolation (Is 40-55), que l’on attribue depuis la fin du XVIIIe siècle au Deutéro-Isaïe, n’est pas un ouvrage facile. Il apparaît aujourd’hui à la plupart des exégètes comme un ensemble composé de petites unités d’abord indépendantes, puis ordonnées, au fil des relectures successives, selon un processus difficile à reconstituer. Le mérite du P. Beaucamp est de nous présenter ici une approche dont le point de départ est diamétralement opposé. Ces quinze chapitres, selon notre auteur, formeraient un tout rigoureusement structuré qui se décomposerait en deux parues. Un premier discours de YHWH (40,11 - 49,13) saisirait l’« événement Cyrus » comme motif pour ranimer l’espérance de Jacob-Israël et pour annoncer l’établissement prochain du règne du Seigneur. Un second discours, (49,14 - 52,12) adressé à Jérusalem, ferait miroiter les perspectives d’une glorieuse restauration. Une telle thèse, même si elle est loin de faire actuellement l’unanimité, n’est pas si révolutionnaire que l’auteur veut bien le prétendre (cf. déjà F. Feldman, K. Budde, etc.). Elle lui permet en tout cas de nous offrir un commentaire simple et cohérent et ce n’est pas là le moindre de ses avantages.

Il y a sans doute deux manières de travailler dans le champ biblique : au bulldozer ou à la houe. J’imagine qu’A. Maillot est plus à l’aise avec la première méthode [11]. Son étude sur la femme dans l’Ancien Testament est en effet menée rondement et ne s’encombre pas de beaucoup de précautions. Hormis les trois premiers chapitres de la Genèse, qui sont légitimement considérés comme axiomatiques et qui, à ce titre, sont étudiés un peu plus largement (33-86), les autres textes sont à peine survolés, permettant seulement de dresser une galerie de portraits de femmes dans l’Ancien Testament (87-116 : les matriarches, les femmes étrangères, les mères, les épouses, la « femme d’élite » de Pr 31, la fiancée du Cantique, Esther et toutes les autres...). Quelques chapitres sur le statut de la femme en Égypte, en Mésopotamie, à Athènes, à Rome et dans les écrits ’’intertestamentaires« complètent ce vaste panorama. Les conclusions de l’auteur sont tributaires de l’étendue du corpus étudié et de l’outil utilisé : l’Ancien Testament ne permet ni de conclure à une quelconque supériorité de l’homme sur la femme, ni d’élaborer une théologie de la féminité, ni de penser l’homme et la femme indépendamment l’un de l’autre. C’est à la fois beaucoup et peu. Ces évidences, certes utiles à rappeler, s’enracinent finalement dans les seules affirmations des textes fondateurs (Gn 1-2). Une étude plus approfondie réduirait certainement l’écart que l’auteur semble percevoir entre ces textes »exemplaires« et le reste de l’Ancien Testament qui, à son avis, au fur et à mesure de son élaboration, devient de plus en plus misogyne. D’un simple point de vue historique (cf. la »nouvelle critique" du Pentateuque) ou philosophique (le temps comme facteur de dégradation), une telle vision est-elle encore tenable ?

Le second volume du Pasteur Maillot [12], Marie, ma sœur, prolonge l’enquête exégétique menée dans l’ouvrage précédent. L’auteur passe ici en revue environ quatre-vingts textes néotestamentaires qui nous parlent de femmes. Cette traversée des évangiles (17-107), des lettres de Paul (109-146) et des autres écrits du Nouveau Testament (147-163) nous permet de découvrir ou de faire plus ample connaissance avec une quarantaine de femmes ayant d’une manière ou d’une autre, au cours de leur existence, rencontré le Christ. Les conclusions d’une telle étude, si elles ne sont pas tout à fait nouvelles, n’en sont pas pour autant négligeables. Compte tenu du statut des femmes de son époque, Jésus a marqué à leur égard une remarquable bienveillance qui n’a d’ailleurs pas manqué de surprendre ses contemporains. Face au Christ, ces femmes retrouvent leur dignité, leur liberté et manifestent même souvent une foi et une fidélité plus vives que les hommes, jouant ainsi un rôle déterminant dans son ministère et sa prédication. Le deuxième intérêt d’un tel parcours est de rassembler les pièces scripturaires d’un certain nombre de dossiers conflictuels dans le dialogue œcuménique, à savoir, principalement, la place et le rôle de Marie en théologie et la question des ministères féminins dans l’Église. C’est sur ces points, on s’en doute, que l’appartenance ecclésiale de l’auteur apparaît le plus clairement. Cela n’en rend pas moins intéressants, bien au contraire, les propos d’A. Maillot, d’autant plus qu’il sait les exposer avec beaucoup de clarté, de bon sens et non sans une pointe d’humour. Comme pour le premier ouvrage (La femme dans l’Ancien Testament), on se demande cependant si cet excès de clarté et d’évidence ne cache pas parfois quelque injustice vis-à-vis des auteurs, des positions et des problématiques qu’il conteste.

Il ne faut pas s’attendre à trouver dans les quelques pages signées Ch. Reynier, une étude exhaustive de l’évangile de saint Jean [13]. Ce sont plutôt des notes de cours destinées à faciliter une première approche de l’univers johannique. La première partie est consacrée à une présentation de l’évangile et des principales questions relatives à sa composition (auteur, date, lieu, structure, style, destinataires et finalité de l’écrit). La deuxième partie comprend des indications méthodologiques et des fiches de lecture, sortes de feuilles de route pour parcourir quelques textes particulièrement importants. La troisième enfin fournit une bibliographie (qui n’est ni descriptive ni critique) des principaux instruments de travail pour l’étude du Nouveau Testament en général et celle de Jean en particulier. Un tel cahier peut faciliter l’entrée dans l’« évangile spirituel ».

Nous terminons cette chronique par un autre ouvrage du Centre Sèvres (Faculté de la Compagnie de Jésus à Paris), ouvrage qui se situe à la croisée de plusieurs disciplines. Chaque année a lieu en septembre, dans cette faculté, une session de rentrée pour les étudiants du premier cycle de théologie. En 1990, le thème était l’Apocalyptique [14]. Nous retrouvons dans ce volume l’essentiel des interventions de cette session.

Le principe d’une telle session étant la pluridisciplinarité, il est difficile d’en résumer le contenu. Disons, grosso modo, que les contributions couvrent trois champs de recherche : le champ théologique (Ch. Théobald : L’Apocalyptique dans la théologie contemporaine ; P. Gisel : La fin de l’histoire vue au travers de la matrice apocalyptique ; répercussions théologiques en christologie, en pneumatologie et en anthropologie), le champ exégétique (P. Beauchamp : Le genre littéraire apocalyptique ; J.-M. Carrière : Contexte et enjeux du livre de Daniel ; M.-T. Aunis : La christologie de l’Apocalypse de Jean ; E. Cothenet : La perspective de la chute du Temple dans le discours apocalyptique synoptique ; A. Paul : Jusqu’à quel point et comment l’apocalyptique a fait la différence fondatrice entre judaïsme et christianisme ?), le champ sociohistorique enfin, (M. Fédou : L’Apocalypse de Jean chez les Pères des premiers siècles ; J. Séguy : L’apocalyptique dans les fondations religieuses). Une « Conclusion-ouverture » à trois voix est proposée par H. Madelin, R. Girardet et J.-L. Schlegel sur « La fonction socio-politique de l’imaginaire apocalyptique ». Gageons qu’une telle richesse de contenu ait mis en appétit les jeunes « apprentis » théologiens et soit en mesure de nourrir leur réflexion, autant que la nôtre, pendant longtemps.

Rue Bruylants, 14
B-1040 BRUXELLES, Belgique

[1Aharoni, Y. ; Avi-Yonah, M. La Bible par les cartes. Turnhout, Brepols, 1991, 30 x 23, 185 p., 1850 BEF.

[2Perrier, Mgr J. La catéchèse à l’école de la Bible. Paris Marne, 1991, 24 x 16, 94 p.

[3Les Pères de l’Église commentent l’Évangile. Homéliaire pour les dimanches A, B, C et les grandes fêtes. Turnhout, Brepols, 1991, 18 x 12, 569 p., 1127 BEF.

[4Massenet, M. Jacob ou la fraude. Paris, Cerf, 1991, 19 x 13, 143 p., 73 FRF.

[5Martini, C.M. Card. David et le Christ. Retraite ignacienne. Namur, Culture et Vérité, 1991, 22 x 14, 187 p., 880 BEF.

[6Le Guillou, M.-J. Qui ose encore parler du bonheur ? Paris, Marne, 1991, 21 x 14, 122 p, 69 FRF.

[7Févotte, P.-M. Aimer la Bible avec Élisabeth de la Trinité. Paris, Cerf, 1991, 19 x 13,142 p, 69 FRF.

[8Beaucamp, É. Guide de lecture du Psautier. Voreppe, Monastère des Clarisses, 1991, 21 x 15,448 p., 140 FRF.

[9Gilbert, M. Les louanges du Seigneur. Commentaire pastoral et spirituel des psaumes du dimanche et des fêtes. Louvain-la-Neuve, Éd. du Moustier/Desclée, 1991, 22 x 15, 544 p., 199 FRF.

[10Beaucamp, É. Le Livre de la consolation d’Israël (Isaïe XL-LV). Coll. Lire la Bible, 93, Paris, Cerf, 1991, 18 x 11, 255 p, 95 FRF.

[11Maillot, A. Ève, ma mère. Étude sur la femme dans l’Ancien Testament. Paris, Letouzey et Ané, 1991, 23 x 15,175 p., 120 FRF.

[12Maillot, A. Marie, ma sœur. Étude sur la femme dans le Nouveau Testament. Paris, Letouzey et Ané, 1991, 23 x 15, 175 p., 120 FRF.

[13Reynier, Ch. L’évangile selon saint Jean. Paris, Médiasèvres, 1991, 29 x 21, 43 p.

[14L’Apocalyptique. Paris, Médiasèvres, 1991, 29 x 21, 217 p.

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