Un périodique unique en langue française qui éclaire et accompagne des engagements toujours plus évangéliques dans toutes les formes de la vie consacrée.

Réflexions sur l’état religieux

Léo Moulin

N°1992-3 Mai 1992

| P. 140-148 |

C’est une grande joie pour nous de publier les pages que le célèbre sociologue et humaniste belge a voulu dédier au récent livre d’un des auteurs de notre nouvelle collection. Avec l’humour exquis qu’on lui connaît - ne dit-il pas s’être « un instant penché » sur le monde vivant des religieux ? - l’historien met ici en évidence, saint Benoît aidant, la valeur anthropologique de la vie religieuse, si méconnue des chrétiens eux-mêmes. Ce que saint Ignace de Loyola aurait peut-être nommé le sens de l’honneur se trouve, dans cette « sociologie compréhensive », réhabilité de manière étonnante, tandis que demeure le mystère de la croix.

Qu’un théologien comme le Père Lebeau doive consacrer près de deux cents pages à démontrer à des croyants le bienfondé de la vie religieuse [1], étonne quelque peu le sociologue qui, tout non croyant qu’il soit, et pénétré d’un humanisme non religieux, purement laïque (dont il n’ignore, au demeurant, ni l’absence de fondements philosophiques, ni les limites, ni les dangers) ou, peut-être, parce que non croyant, voit de prime abord les raisons - mieux : l’intime nécessité - de la vie religieuse.

Parce que son enfance n’a eu aucun contact avec le monde étrange et fascinant des religieux, qu’elle l’a ignoré, ou même combattu aveuglément, en tout cas sans savoir quelle en était la nature vraie, et sa raison d’être. Faudrait-il aller jusqu’à dire : parce qu’elle était non chrétienne ? Car les critiques de la vie religieuse s’élèvent le plus souvent du chœur des croyants, éternelles Marthe s’en prenant, depuis toujours, aux éternelles Marie. Et il serait bon, sans doute, d’analyser un jour les raisons de cette méconnaissance si fréquente chez les chrétiens, et parfois parmi les plus authentiques.

Car c’est un fait : la critique de la vie religieuse, de la vie monastique, en particulier, a toujours été vive, et jusque durant les grands siècles lumineux du Moyen Âge, époque (en principe) d’intense chrétienté. Les attaques furibondes de Luther ne font que puiser dans le riche vivier médiéval. Le siècle des Lumières prendra le relais, les jésuites étant la cible préférée des « philosophes », mais aussi de bon nombre de croyants, parmi les plus fidèles. Rome elle-même...

Personnellement, en tant qu’historien et sociologue qui s’est un instant penché sur « le monde vivant des religieux », et qui en connaît par conséquent les crises, les faiblesses et les capitulations, je ne comprends néanmoins pas, je le répète, que le principe, le bien-fondé de la vie religieuse, son projet, son utopie réalisée (et ratée si l’on se réfère au projet primitif) ne soient pas à tous évidents.

Je sais ne pas comprendre ce qu’est la foi, don de Dieu, pas plus d’ailleurs que le génie, ou les processus de la création artistique, ou l’infinie tendresse de saint François. Mais la vie religieuse, comment ne pas en saisir la raison d’être et, par conséquent, la haute signification ?

Qui aime ne cesse de penser à l’être aimé, nuit et jour, et tout le temps, et pas seulement à certaines heures, et pas seulement le dimanche. L’amour de Dieu serait-il moins exigeant, ou se contenterait-il de quelque douce pensée dominicale ? Dès lors, que des hommes et des femmes pensent à mettre, une vie durant, leur foi au service du Christ, est-ce tellement incompréhensible ?

Être chrétien à part entière, comme Soutine, Gauguin ou Van Gogh ont été, jusqu’au bout de leur calvaire, des peintres à part entière (et pas seulement un jour par semaine), n’a rien d’étonnant, me semble-t-il. C’est dans la logique même des choses, des exigences inhumaines de la création artistique.

De même, accepter le sacrifice de sa vie pour défendre sa patrie (pensons à Péguy), ses libertés, un idéal politique (Proudhon) ou même quelque idéologie meurtrière (pensons au nazisme), semble logique. On peut le comprendre, sans devoir partager les sentiments qui ont animé ces hommes. Mais cette considération simplement anthropologique qui me permet, je crois, d’appréhender l’homme dans ce qu’il a de plus noble, pourquoi ne pourrait-elle pas entrer en ligne de compte pour expliquer le sacrifice des martyrs et de tous ceux qui sont morts pour mieux vivre leur foi : Maximilien Kolbe, par exemple, pour ne citer que lui ?

Le navigateur qui, pendant quelques semaines, entreprend le tour du monde en solitaire et accepte de souffrir mille maux, et même de risquer sa vie pour se prouver à soi-même ce dont il est capable... comme je le comprends ! Mais pourquoi, dès lors, refuser au chartreux le droit de poursuivre, une vie durant, une existence de silence et de solitude ? La fidélité à ses promesses, à ses vœux, à sa foi, qu’a-t-elle d’extraordinaire ? Tous les jours, la nécrologie annonce la mort d’un être « resté fidèle à ses convictions philosophiques ». Bon nombre de citoyens votent régulièrement « comme leur père » (quand ce n’est pas leur grand-père) a toujours voté. La fidélité inconditionnelle à une idéologie ou, plus exactement, à des fragments d’idéologie plus ou moins agencés pour en faire un tout acceptable, l’emporte sur le fait observable des innombrables mutations et crises subies par les partis politiques et par la société elle-même, et par la totale révolution qu’elles impliquent. La fidélité l’emporte (et, d’une certaine façon, c’est bien, c’est touchant, même si, sur le plan intellectuel et scientifique, et même sur le seul plan politique, il y aurait beaucoup à redire). Mais avoir gardé la foi de son enfance et, qui sait, avoir poussé les exigences d’une vie spirituelle qui a quand même d’autres fondements et d’autres fins qu’une idéologie politique, si humaine et si généreuse soit-elle, jusqu’aux limites des forces humaines, est-ce incompréhensible ?

Je pense à Littré travaillant vingt heures par jour, pendant des décennies, pour mener à bien son dictionnaire ; ou, plus près de nous, aux athlètes qui s’imposent « une ascèse rigoureuse », pour obtenir une « couronne périssable » (1 Co 9,25), être le champion (et il n’y a jamais qu’un champion !) voulu de tous, acclamé de tous, et tout aussitôt oublié. J’observe des êtres qui s’imposent mille privations et se refusent mille gâteries, et souffrent (car, pour eux, la « vraie vie » serait de boire et de manger sans devoir se surveiller), et tout cela pour avoir la ligne à la mode cette année.

Alors que, comprenant et, bien souvent, admirant cette façon de vivre, tant de sacrifices consentis à l’art ou à la science, au sport, sinon à la vanité, certains chrétiens ne comprennent pas que, par amour du Christ, on accepte volontairement, librement, de mener à 100 % une vie conforme aux enseignements de l’Évangile, de « militer sous la Règle et l’Abbé », comme dit saint Benoît (I, 4), cela surprend le sociologue. D’autant plus qu’il observe que pareil élan, pareilles observances se retrouvent dans toutes les sociétés et dans toutes les grandes religions, et tout au long des siècles, ainsi que le Père Lebeau le rappelle dans son livre de façon convaincante.

Un idéal de perfection (« Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait »), comme on aime se sentir en forme, ou heureux de vivre, est-ce vraiment aberrant ? Et même un idéal de sainteté ? Surtout si l’on tient présente à l’esprit la parole de saint Benoît (IV, 76) : Non velle dici sanctus, et son observation, à propos du carême, qui devrait être observé « en tout temps » (XLIX, 1-3) : « mais il en est peu qui possèdent cette vertu ». Ce carême, vécu « en toute pureté », devra servir à « dissoudre (diluere) toutes les négligences de l’année » et à « préserver de tous les dérèglements » (le Père Schmitz traduit ainsi, pudiquement, le mot vitiis que le Père A. de Vogüé traduit, comme il se doit, par « vices »). Il n’est pas facile de devenir un saint. Mais est-il absurde d’en prendre un pour modèle (d’autres prennent bien tel ou tel gardien de but pour modèle, sinon Madona), en ayant toujours conscience de ses propres limites et des faiblesses radicales de l’homme ? Et propter diversorum infirmitates, dit encore saint Benoît (XXXIX, 5).

« Vendu comme esclave au péché », crie saint Paul (Rm 7,14). Et d’ajouter : « Effectivement, je ne comprends rien à ce que je fais : ce que je veux, je ne le fais pas, mais ce que je hais, je le fais ». Est-il plus forte démonstration de la précarité intime et des contradictions de l’homme ? Le religieux en a conscience, plus peut-être encore que le croyant non engagé. Est-ce une erreur de jugement ? Une mutilation de la personne humaine ? Vaut-il mieux croire à l’homme en état d’impeccantia de Pélage, au bon sauvage naturellement bon et naturellement raisonnable des « Lumières », sur lequel s’était édifié l’empire soviétique ?

La vie religieuse est-elle un mode de vie inhumain, ou pis encore : déshumanisant ? Il faut avoir un sens bien pauvre de la nature humaine pour le croire. Ou vouloir réduire la théologie aux dimensions d’une anthropologie, « l’homme mesure de toutes choses », à la façon de Feuerbach et de Karl Marx. Pour moi, la spécificité de la vie monastique et religieuse ne se situe pas en dehors de l’humanité des hommes (et des femmes) ; encore moins à contre-courant de cette humanité ; mais dans un accomplissement plus total, poussé aux limites de l’humain, et peut-être, dans le cas des mystiques, au-delà.

Quand bien même l’humanisme abstrait du siècle dernier n’eût pas mené aux gouffres dans lesquels s’est englouti le régime communiste, lequel s’en réclamait hautement ; quand bien même il exigerait le droit (légitime) à être encore ce qu’il est et veut être, on ne voit pas en quoi pareille attitude devrait l’empêcher de reconnaître le droit pour l’humanisme chrétien (dont, au demeurant, il est issu) de s’accomplir, de s’incarner, par exemple, dans les divers modes de vie religieuse, ou, tout simplement, dans la vie de tous les jours de tant de mes amis qui prennent au sérieux les préceptes de leur croyance, y compris celui de l’humour, forme exquise de la relativisation de soi.

« Je suis homme, et rien de qui est humain ne m’est étranger », fait dire Térence à l’esclave, dans Le bourreau de soi-même. Et l’on sait que le public romain qui, pourtant, était difficile à s’émouvoir, a applaudi. Dans un beau livre, intitulé Le droit d’être homme, la philosophe genevoise Jeanne Hersch a accumulé tous les textes, en provenance des sociétés et des siècles les plus divers, qui attestent le mouvement spontané de l’humanité vers la reconnaissance et l’affirmation des droits de l’homme, et ce. bien avant 1789.

L’humanisme chrétien est un de ces moments de l’histoire. La foi en l’incarnation de Dieu le met à l’abri des déviations de l’angélisme aussi bien que du « culte bestial de la nature » (K. Marx, 1848) si répandu de nos jours.

Qu’y a-t-il d’étonnant que sur cette lancée prodigieuse - un Dieu qui se fait homme, pour vivre, souffrir et mourir, comme tous les hommes, afin que ces hommes soient sauvés -, certains aient voulu vivre le plus intensément possible ce message ?

Le chartreux dom Nicolas Molin (1630) a écrit : Per Silentium, Solitudinem, Capitulum Generale, Visitationes, Cartusia permanet in vigore.

Le silence, la solitude ? Mais, à sa façon, ce que l’homme rêve de vivre est-il si éloigné de l’idéal cartusien ? Sa résidence secondaire, la sacro-sainte paix du dimanche, le jardinage, les mets frugaux, l’une ou l’autre visite d’un ami cher, un lambeau de musique et la lecture d’un beau livre, et, qui sait ? quelque prière fugitive. Qu’est-ce sinon, très pauvrement réalisé pour quelques heures, l’idéal vécu chaque jour par des milliers de religieux depuis des siècles ?

Et comme il est beau que Molin ait souligné que, même pour les solitaires de la Chartreuse, les institutions - le Chapitre Général, les visites des mandataires de l’Ordre - étaient nécessaires pour pallier les effets de la finitude humaine !

Un certain style de vie, mais qui ne s’acquiert pas facilement, ni ne s’improvise. D’où la nécessité d’une organisation, d’un Ordre. Saint Benoît le sait, qui reconnaît aux moines le droit de vivre en anachorètes, en ermites (après tout, « moine » signifie, étymologiquement, « solitaire »). Mais, précise-t-il, à la condition d’avoir été « formés par une longue épreuve dans le monastère » (I, 8), d’être « bien exercés », grâce au soutien de cette « milice fraternelle » qu’est la communauté.

« La milice fraternelle », écrit le patriarche de l’Occident. Elle est présente jusque dans la solitude du chartreux, si radicalement différente de la solitude existentielle, subie, sans aucune signification spirituelle ou morale, que dépeint Thomas Becket, et de l’incommunicabilité qui en est la suite logique. Elle l’est jusque dans le silence - éprouvé - qui n’est pas l’absence de tout bruit, mais quelque chose de positif, j’irais jusqu’à dire de concret, de tangible. Un rêve réalisé.

La pauvreté ? Nous vivons dans un monde - je parle de l’Europe Occidentale - où le plus pauvre des hommes vit, malgré tout, mieux et même beaucoup mieux, que son frère en misère il y a un siècle. Nous ne connaissons plus la pauvreté. Sommes-nous plus heureux ? La recherche éperdue du bienêtre, des loisirs, des vacances (« Où partez-vous en vacances ? » Cette question résonne dès le mois de mars), a-t-elle contribué à faire des êtres de qualité ? Sincèrement, je ne le crois pas. Je pense, au contraire, qu’elle nous a dégradés. Comme, tout au long de l’histoire, le bien-être a appauvri spirituellement les classes sociales qui en jouissaient : « Enrichissez-vous » ! quel misérable mot d’ordre ! Encore avait-il un sens fort au siècle dernier. Mais qu’est-il devenu dans l’esprit de ses héritiers ? Au mieux, les fameux golden boys, si vite retournés au néant, leur être premier.

Je pense à une pauvreté selon l’esprit. Elle doit inciter l’homme à ne jamais être prisonnier des biens de ce monde (même si on en jouit), de ses livres (saint Dominique vendant les livres, au Moyen Âge, biens entre tous précieux, pour soulager les pauvres !), de sa voiture, de ses vacances, de ses habitudes de confort, de ces habitudes qui vous ligotent au traintrain quotidien, et même de ses « bonnes habitudes » (surtout des bonnes, me susurre un Père jésuite).

L’obéissance ? « L’obéissance, chemin de liberté », écrit le Père Lebeau. La proposition apparaît étrange, ou même contradictoire in terminis à l’homme d’aujourd’hui. Lequel, par un étrange dérapage historique, vit désormais comme les moines, que condamnait déjà saint Benoît, il y a quinze siècles. Ils s’en vont, écrivait-il (I, 15-32), errant au gré de leur fantaisie, refusant les leçons de l’expérience, « esclaves... des plaisirs de la bouche » ; « la satisfaction de leurs désirs leur sert de loi : ils tiennent pour saint tout ce qu’ils pensent et décident, et regardent comme interdit ce qui leur déplaît ».

L’obéissance du religieux n’est ni infantile, ni infantilisante : c’est un homme « adulte » (Ép 4,13) qui, consciemment, accepte d’obéir, veut obéir. Perinde ac cadaver ? S’il est un « mal-obéissant », c’est bien un cadavre. L’obéissance du religieux est lucide, consciente et courageuse (ce n’est pas toujours facile, car, par nature, elle ne ressemble en rien à la conduite issue d’un accord profond ou d’une connivence intime). C’est en quoi elle est essentiellement différente de l’obéissance militaire ou civile, et plus encore de l’obéissance bestiale du S.S., ou de la fidélité idéologique poussée jusqu’à l’aveuglement, comme ce fut le cas de tant d’intellectuels, qui ont accompagné le communisme sur les pires chemins de l’horreur et de la dégradation humaine.

Au demeurant, dans les sociétés de nature « religieuse », au sens où l’entend la présente réflexion, le rôle du supérieur diffère essentiellement du rôle qu’assument les responsables dans la société civile. Bien qu’il n’ait pas plus d’illusion que Machiavel quant à la nature humaine, saint Benoît aime ses frères avec une tendresse paternelle (pium patris... affectum, II, 64) qui lui fait préférer l’indulgence à la justice (LXIV, 26). En outre, il recommande à l’Abbé de ne jamais oublier sa propre « faiblesse » (fragilitatem, LXIV, 31). L’obéissance religieuse est donc d’une tout autre nature que les autres formes d’obéissance. Ici encore, le sociologue ne comprend pas qu’un croyant et, d’une façon générale, le simple citoyen, conscient des obligations qui jaillissent du vouloir-vivre-ensemble, ou du devoir-vivre-ensemble, puisse ne pas comprendre cette forme d’obéissance, qui va jusqu’à reconnaître (chap. LXVIII de la Règle bénédictine) le droit à l’objection de conscience (Si impossibilia iniungantur).

D’ailleurs, renonçons-nous à notre liberté quand, par amour, nous devançons les désirs de l’être aimé, de l’ami de toujours, ou de nos invités ? Et même si, pour un instant, nous cédons une part de cette liberté, n’est-ce pas dans la joie la plus totale, dans la volonté de rendre heureux, de sécher des larmes, de soulager des souffrances ?

Encore une fois, ce que nous faisons, au niveau le plus quotidien, et pour des êtres humains, est-il si étrange que certains s’abîment (je pense à Thérèse d’Avila) dans un amour incommensurablement plus absolu que le (malgré tout) très limité amour humain ?

On comprend Tristan et Yseult ou Francesca da Rimini : on ne comprend pas, ou plus, Parsifal. On s’émeut au souvenir des amours charnelles d’Héloïse et d’Abélard ; on oublie combien leur amour a été infiniment plus total, quand l’amour de Dieu les unissait.

Notre société ne cesse de proclamer que « l’homme est la mesure de toutes choses », en oubliant ou en ignorant que, pour Protagoras, il s’agissait d’un homme religieux vivant dans une polis dont le fondement était religieux. Elle est érotisée (signe d’affranchissement exemplaire) à 100 %. Elle se veut sécularisée à 100 %. Elle vit et s’accomplit comme si elle l’était (alors qu’elle ne cesse de sacraliser tout ce qui lui tombe sous la main, « idoles » du rock ou champion de foot). Le résultat, nous le connaissons : une société parfaitement laxiste, une anarchie sauvage sans gloire et sans danger, puisque la répression est incertaine, une (jusqu’ici) douce décadence des individus incapables de supporter n’importe quelle obligation civique ou sociétale, ou aucune forme de contrainte.

En résumé, il me paraît que, dans le cadre d’une sociologie « compréhensive », capable, comme le proposait Max Weber, de mettre en lumière « la signification subjectivement pensée », le sens subjectif, vécu de l’intérieur, que les hommes attribuent à leurs conduites, il est possible de saisir les motivations profondes qui, depuis toujours, et pour longtemps encore, pour autant que notre société ne sombre pas dans le chaos, ont poussé les hommes à vivre religieusement, d’une vie différente et cependant fort proche de celle des autres hommes. Afin d’être plus hommes encore si possible. À l’image de Jésus Christ, le Fils de l’homme, Dieu fait homme, et tout homme. Diviniser l’homme à travers Jésus, est-ce plus déconcertant, inexplicable que de le diviniser à travers l’homme lui-même ?

Rue des Échevins, 72
B 1050-BRUXELLES, Belgique

[1Dans l’ouvrage qui sort de presse, La vie religieuse. Un chemin d’humanité, coll. Vie Consacrée, 2, Namur, diffusion Brepols, 1992, 178 p.

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