Un périodique unique en langue française qui éclaire et accompagne des engagements toujours plus évangéliques dans toutes les formes de la vie consacrée.

La contrition et le pardon

Philippe Deschuyteneer, s.j.

N°1991-6 Novembre 1991

| P. 367-389 |

Fruit d’une prédication de Carême, cette méditation, où ne manquent ni la pédagogie ni l’humour, prépare au sacrement de pénitence et de réconciliation en revenant sans cesse aux sources de l’Écriture et de la Tradition. La « rumination », aux portes de l’Avent, de ce petit traité où s’accordent morale, liturgie, poésie, histoire, psychologie, etc. exposera sans aucun doute à la force « performative » de ce qu’on nomme parfois la spiritualité.

Humbles et pauvres, nous te supplions, Seigneur, accueille-nous. Que notre sacrifice en ce jour trouve grâce devant toi !

Nous entendons cette prière à chaque messe. Elle fait écho à celle du prophète Daniel : « Dans un esprit d’humilité et avec un cœur contrit puissions-nous être reçus par toi, Seigneur, et qu’ainsi notre sacrifice s’accomplisse aujourd’hui devant ta face » (Dn 3,39).

Essayons de découvrir comment nous pouvons nous engager dans l’attitude ainsi décrite.

De quoi se compose une contrition ? Avec quels matériaux est-il possible, à chacun, de la construire ? Comment encore la purifier pour la rendre digne de Dieu ?

Car c’est sa miséricorde qui nous appelle et nous accueille, c’est la douce pitié de Dieu qui nous donne envie d’avoir la contrition.

Nous tracerons un parcours où il nous faut cheminer pas à pas, pour mieux nous connaître et surtout pour mieux connaître Dieu.

Avons-nous le choix ?

Contrition est un mot qui appartient au vieux vocabulaire de la tradition biblique et chrétienne : « Tu ne rejetteras pas avec mépris, Seigneur, un cœur contrit qui s’humilie » (Ps 51).

Un cœur « contrit » signifie, d’après le terme latin, un cœur déchiré, broyé même, par la conscience de ses fautes. C’est une blessure dont nous avons tous à reconnaître et à accepter l’atteinte.

Si nous étions aveugles sur notre propre cas, il y a un avertissement décisif, dans la première lettre de saint Jean : « Si quelqu’un dit qu’il est sans péché, il ment ! » Saint Jean va plus loin encore :« Si quelqu’un dit qu’il est sans péché, non seulement il ment, mais il fait de Dieu un menteur ! » (1 Jn 1,9-10).

En effet, Dieu nous révèle dans l’Écriture qu’il a envoyé Jésus le Christ pour nous offrir un pardon dont tous nous avons besoin.

Si notre cœur nous accuse

Aux temps lointains des Pharaons, on déposait sur la poitrine des morts une statuette en forme de scarabée. Au revers, était gravée une formule que le défunt réciterait « pour faire taire son cœur, quand il serait accusé par lui ».

Il y avait là un pressentiment dévié sans doute dans son application un peu magique, mais tellement juste dans son origine : au seuil de l’au-delà, dans la lumière divine, il n’y a plus place pour les subterfuges et les déguisements.

Si quelqu’un voulait, quand même, nier le visage intérieur qu’il s’est donné durant sa vie, son cœur, plus sincère, témoignerait contre lui. Perspective qui pourrait nous glacer d’effroi, si Dieu n’était pas le Dieu qu’il est et tel qu’il s’est révélé.

Saint Jean, encore, nous le rappelle. Après les mots terribles que nous entendions à l’instant, il ajoute : « Si notre cœur nous reproche quelque chose, Dieu est plus grand que notre cœur, et il connaît toute chose » (1 Jn 3,20). Telle est bien la perspective chrétienne dans laquelle nous allons réfléchir à la contrition.

Une asthénie de l’âme ?

On se trompe souvent sur la contrition - et de plusieurs manières. On s’imagine, en effet, que la contrition est un sentiment spontané. Que l’on éprouve - ou que l’on n’éprouve pas.

Comme un médecin qui examine un malade, on s’ausculte soi-même, mais avec moins de soin. Si l’on entend l’écho d’une contrition : tant mieux - ou tant pis ! Si l’on ne perçoit rien, il faut attendre qu’elle se fraye un chemin, un jour, peut-être...

Ce serait trop simple : nous avons à nous prendre par la main pour nous conduire en contrition.

Une autre erreur est de confondre contrition et dépression.

Le christianisme, disent certains, étouffe nos vies sous un complexe de culpabilité. Précisément, non ! Un complexe est un sentiment mal intégré, qui paralyse ou fausse les comportements. Comme un aliment mal digéré, au lieu de refaire nos forces, pèse sur l’estomac et ruine la santé, ainsi nos sentiments, s’ils n’aboutissent pas à nourrir notre conscience et notre liberté, provoquent des blocages et dévient nos réactions.

La contrition véritable, loin de nous paralyser, nous prépare à entendre le mot que le Christ adressait, précisément, au paralytique, après lui avoir pardonné ses péchés : « Lève-toi, et marche ! » (Lc 5,24).

Comment assembler notre cœur ?

Il s’agit, dans la lumière de Dieu, de construire notre contrition. Elle engage nos facultés les plus nobles : l’intelligence et la volonté. Elle commence par un jugement sur nos fautes. On l’oublie trop souvent.

Il ne s’agit pas de savoir si nous y avons trouvé satisfaction, plaisir ou profit. Il ne s’agit même pas de savoir si nous y sommes toujours attirés et capables de recommencer.

Nous nous élevons plus haut pour porter un jugement : « Ce qui est mal à tes yeux, je l’ai fait » (Ps 51).

Il ne faut pas confondre une maladresse, une erreur - et un péché. En voyage, si je lis mal une carte, au lieu d’aboutir à Bruges, où je veux aller, je me retrouve à Liège : c’est une erreur. Si j’assemble mal un meuble préfabriqué, il se désarticule et s’effondre quand je le charge de vaisselle : c’est une maladresse.

Mais le péché est d’une autre nature : il est transgression d’un commandement. J’ai passé outre, en le sachant, à un devoir ou à une défense.

Dans ma jeunesse, on enseignait que le péché suppose « pleine connaissance et entier consentement ». La formule se veut trop parfaite. Avons-nous jamais pleine connaissance ? « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23, 34). Donnons-nous jamais un plein consentement à la malice de nos actes et à toutes leurs conséquences ?

Mais nous avons une connaissance et un consentement « suffisants » : nous ne tenons pas compte des avertissements et des interdits.

Oh ! ce n’est pas que nous voulions braver Dieu délibérément : nous ne péchons pas parce que c’est un péché, mais bien que ce soit un péché. Cela fait une différence, heureusement ! Mais elle n’empêche pas l’offense à la souveraineté et à l’espérance de Dieu.

Voilà ce que nous voulons reconnaître, au seuil de la contrition, dans ce jugement sur la valeur religieuse de nos actes.

Dieu nous aide volontiers à prononcer ce jugement, qui permettra les étapes suivantes de la contrition.

Seigneur, fais que je voie !

Nous nous aveuglons souvent, quand nous mendions le bonheur, au long des routes de nos vies. Mais le Christ passe sur nos chemins et nous pouvons lui crier, comme l’aveugle de Jéricho : « Seigneur, fais que je voie » (Mc 10,47).

Il s’agit d’apercevoir la malice de nos actes, mais surtout le rayonnement de la face de Dieu. Comme il est arrivé à Bartimée quand il découvrit le visage de Jésus.

Alors, nous pourrons nous inspirer d’une vieille prière juive :

« Je me fie plus à la lumière de tes commandements qu’à mes propres projets, car ce sont tes mains qui m’ont façonné. Ta parole est la lampe qui doit guider mes pas et faire reconnaître que j’ai quitté le sentier de ta loi » (Ps 119).

Je ne veux pas que ma façon d’agir modifie mon jugement. Je restitue sa première place à la vérité.

Une blessure intérieure

Il faut ensuite que notre volonté intervienne.

Très souvent, l’intervention de la volonté est précédée par un sentiment que l’on appelle le remords : la conscience de nos fautes provoque un malaise, une morsure, qui nous gênent.

Quand nous avons reçu un coup sur le bras ou sur la jambe, il y a une ecchymose - ce qu’on appelle familièrement un « bleu » - ou une déchirure. Des gestes simples n’ont plus la même facilité et nous font mal.

Cette douleur physique est un avertissement utile. Elle nous prévient qu’il y a lésion, qu’il faut prendre garde. J’ai connu un artisan qui avait perdu toute sensibilité dans le bras gauche : il devait être prudent. Il aurait pu se brûler ou se couper, sans s’en rendre compte.

La souffrance physique n’est pas d’abord un mal ; elle est le signal d’un dysfonctionnement, d’une blessure. Elle est un appel impérieux à des soins.

De la même façon, la souffrance du remords peut être précieuse ; elle nous avertit que nous nous sommes heurtés à la vérité de la loi, que nous avons déchiré notre cœur. Une partie s’est détournée de Dieu, une autre partie reste attirée vers lui.

Il arrive que l’on perde ou étouffe cette perception du remords. Ce n’est pas un gain : nous sommes alors privés d’un signal qui vient en aide à notre faiblesse. Il est vrai aussi que cette sensibilité varie selon les tempéraments.

Mais c’est une erreur de confondre remords et contrition. On subit le remords, dans un premier temps en tout cas, mais on s’engage dans la contrition.

Où m’enfuir ?

Le remords, de soi, est stérile s’il ne prend pas valeur d’avertissement.

On attend que la sensation de malaise passe ; on essaie d’y échapper par toutes sortes d’occupations. Il ne s’agit pas nécessairement d’amusements ou de jeux. L’étude ou le travail peuvent aussi être « divertissements », au sens pascalien du mot. Il s’agit de secouer le poids qui pèse sur nous et d’échapper à soi-même.

On essaie d’ailleurs aussi d’échapper à Dieu : sous l’emprise du remords, nous sommes moins enclins à la prière, nous avons peur d’un silence où se font entendre les voix intérieures. Nous attendons que cette impression désagréable passe pour nous tourner vers Dieu. Nous oublions l’humble texte de l’Ave Maria : « Priez pour nous, pauvres pécheurs ».

Il ne faut donc pas laisser cette sensation à elle-même mais il faut l’assumer avec un esprit de pauvre.

La vanité écorchée

En fait, le remords s’enracine facilement dans notre vanité. L’image de marque que nous souhaitons donner aux autres est altérée, mais surtout l’image flatteuse que nous nous donnons à nous-mêmes. Nous sommes humiliés par nos actes.

Il s’agit de transformer cette humiliation en humilité.

Dépouillés de toute assurance basée sur notre propre fond, nous nous présentons alors devant un Dieu « qui ne scrute pas nos mérites mais qui pratique la largesse de son indulgence... » (Canon romain I).

Alors seulement, le remords tourne vers Dieu. Il nous aide à découvrir le Dieu de compassion qui est le nôtre et à rendre hommage à sa Majesté secourable.

L’intervention de la volonté

Il y a un nouveau pas à faire : du remords, il faut passer au regret, qui est plus volontaire.

On se trompe souvent sur la nature du regret. On croit qu’il consiste à dire, « Je ne le ferais plus si c’était à refaire ». Pour s’en convaincre, on revit en esprit les circonstances de la faute.

Beaucoup de gens imaginent qu’ils n’éprouvent pas de regret, parce qu’ils se sentent toujours attirés. Ils se livrent à des contorsions psychologiques ou pratiquent la méthode Coué pour se persuader qu’ils ne recommenceraient pas s’ils se retrouvaient plongés dans la même situation.

Démarche inutile, car le passé ne s’efface pas. On ne peut s’en débarrasser comme d’un manteau et il est vain de se construire une histoire pour devenir un « voyageur sans bagage », comme dans la pièce de Jean Anouilh.

Mais cette démarche est surtout dangereuse, car elle équivaut à se remettre en tentation.

Éloigné de ta présence

Le regret ne doit pas se bloquer sur le passé ; il doit construire le présent : maintenant, je me donne tort pour l’acte que j’ai commis, je ne me résigne pas à être celui qui agit ainsi.

Peu importe, encore une fois, le plaisir ou le profit que nous avons trouvé et avec lequel nous sommes en connivence.

Nous n’arriverons pas toujours à conclure que, tout compte fait, les passions ont un goût de cendres. Il y a, dans la nature que Dieu nous a donnée, une robustesse telle que, même dans le mal, nous trouvons encore une part de bien.

Dieu, penché sur son œuvre, a pu déclarer que cela était bon et faire repos et fête le septième jour.

Ici, au contraire, confronté à mon passé, je romps avec lui, décide de changer la direction de ma volonté et de prendre, à nouveau, les commandements comme repères.

Je regrette mon acte à cause de la situation où il m’a placé, devant les autres peut-être, mais, de toute façon et toujours, devant Dieu. Il m’a soustrait au rayonnement et à l’attirance du Seigneur.

Qu’on ne vienne pas dire que le regret est l’attitude d’une âme faible, incapable d’assumer son passé. Celui qui parle ainsi n’a jamais fait l’expérience d’un regret véritable, où la liberté s’insurge contre le devenir vers lequel elle se laisserait entraîner par sa faiblesse, précisément, et contre lequel elle veut rétablir sa souveraineté.

Je décide donc cette rupture d’avec moi-même : « Je reconnais mes fautes, ne m’écarte pas, Seigneur, de ta présence » (Ps 51). Par ma faute, je me suis donné la préférence, j’ai estimé que mes projets étaient meilleurs que ceux de Dieu. Maintenant, je lui rends la préséance. Je déclare que l’espérance de Dieu est meilleure que la mienne.

Comme dans la Bible, j’appelle ses commandements non pas des défenses mais des promesses « qui me mettent le cœur au large ».

J’accepte un remords et je pratique un regret qui ne m’enferment pas loin de lui, mais me poussent vers celui « dont l’amour est bonté ».

Je lèverai les yeux vers toi

Un nouveau pas est à accomplir : nous l’appellerons le repentir.

Jusqu’ici, nous avons tourné nos regards vers nous-mêmes, nous avons considéré le poids qui pesait sur nous, nous avons rompu avec les attirances éprouvées.

Comme le dit Isaïe : « Tu nous avais caché ta Face, tu nous avais livré au pouvoir de nos fautes » (64, 6).

Mais il est temps de nous tourner vers celui que nous avons offensé.

Une comparaison aidera à comprendre : quand un enfant a désobéi à ses parents, quand un ami a manqué à l’amitié, il peut sans doute se dire qu’il fait mauvaise figure et rester bloqué devant un miroir intérieur où il considère son propre visage. Il vaut mieux qu’il cesse de se regarder, pour se tourner vers celui ou celle dont il a heurté l’affection. Il y a là une humble loyauté, un pauvre courage, rendus possibles par l’affection même qui reste offerte. Ce n’est plus à nous que nous donnons la première importance, mais à ce que l’autre éprouve.

Ainsi en est-il vis-à-vis de Dieu : ce n’est plus notre gêne qui nous préoccupe surtout, c’est la peine que nous lui avons infligée.

Est-il possible, pourtant, de parler ainsi de Dieu ?

Est-il à l’abri de nos offenses ?

La Bible ne craint pas de recourir à des anthropomorphismes, de prêter à Dieu des réactions humaines, où l’on voit Dieu indigné et blessé par les infidélités de son peuple. « Par tes péchés, tu as fait de moi un esclave, tu m’as lassé par tes fautes » (Is 43, 24).

Comment transposer en Dieu ces mouvements d’un cœur humain ? Mais l’audace vigoureuse du langage biblique n’est pas notre affaire : elle est le moyen choisi par Dieu pour nous faire entrer dans son mystère.

Il faudrait citer tant de prophètes qui montrent Yahvé partagé entre colère et tendresse, menaces et consolations.

Jérémie, par exemple, ce chantre de l’espérance au-delà de toutes les amertumes : « J’entends, dit le Seigneur, Éphraïm qui avoue : après m’être détourné, je me suis repenti. Je suis plein de honte et de confusion. Fais-moi revenir, que je revienne, car tu es le Seigneur, mon Dieu... Éphraïm est-il pour moi un fils si cher, un enfant tellement aimé, qu’après chacune de mes menaces, je doive toujours penser à lui, que mes entrailles s’émeuvent pour lui, que pour lui déborde ma tendresse ? » (Jr 31, 18 ; 20).

Un Dieu qui parle ainsi est un Dieu vers lequel nous pouvons nous tourner !

Écoutons encore ce couplet de tendresse divine :

« Oui, incurable est ta blessure, personne pour s’en occuper...Oui, je t’ai frappé d’un rude châtiment pour tes péchés si nombreux. Pourquoi te plains-tu de ta blessure ? Ta blessure est incurable ? Je vais guérir ta blessure...D’un amour éternel je t’ai aimé, aussi ai-je continué à t’attirer avec fidélité » (Jr 30,12.14-15 ; 31,3).

Le langage humain ainsi prêté à Dieu nous aide à le considérer comme quelqu’un, comme une personne vivante et non comme une abstraction. Dans ces analogies, la part de vérité l’emporte sur la part d’inexactitude.

En surveillant davantage notre façon de parler, il faudrait dire, sans doute, que nos actes n’altèrent pas la qualité de vie divine, ils n’empêchent pas Dieu d’être tel-qu’en-lui-même. Mais ils l’empêchent d’être Emmanuel, Dieu-avec-nous, comme il le souhaite, en respectant nos libertés.

Nos fautes s’opposent à la réalisation en nous de l’espérance divine, elles font échec à sa générosité.

Le Dieu incarné

D’ailleurs, depuis l’Incarnation, les anthropomorphismes sont dépassés - ou plutôt ils sont accomplis : maintenant et à jamais. Dieu a aussi une sensibilité humaine, qui a été capable de s’apitoyer, de s’attrister, de souffrir.

Jésus fait apparaître dans un comportement humain sa personnalité divine. Il rend visible, sans interprétation mais par manifestation personnelle, le caractère de Dieu.

« Comme il était à table dans la maison de Matthieu, beaucoup de publicains et de pécheurs vinrent prendre place à table avec Jésus » (Mt 9,10). Cet accueil scandalise les Pharisiens : « Il est l’ami des pécheurs et mange avec eux ! » Mais Jésus n’en a cure. Il assume délibérément ce comportement scandaleux et l’affirme dans une déclaration paradoxale : « Je ne suis pas venu appeler les justes mais les pécheurs ». Il ajoutera, il est vrai : « pour qu’ils se convertissent » (Lc 5,30 ; Mt 9,13).

Sur le bois, il a porté nos péchés

En Jésus, Dieu est allé plus loin.

Il n’a pas seulement annoncé un pardon, il a accompli un salut. L’Agneau de Dieu a pris sur lui les péchés du monde. Devenu vulnérable dans un corps et dans un cœur d’homme, il a versé son sang « pour vous et pour la multitude ».

Nous sommes trop habitués à entendre cette proclamation fondamentale de notre foi. Il faut en retrouver la surprise pour nous préparer à la Pâque.

Saint Paul était plus sensible à un étonnement nouveau - et durable :

« Le Christ est mort pour des impies. À peine voudrait-on mourir pour un homme juste. Oui, pour un homme de bien, peut-être, voudra-t-on mourir. Mais ce qui prouve l’amour de Dieu, c’est qu’il est mort pour nous alors que nous étions pécheurs » (Rm 5,6-8).

Mais l’apôtre n’en reste pas à une généralité ; il conclut de manière plus personnelle : « Je vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi » (Ga 2,20). Chaque chrétien peut et doit s’appliquer ces paroles.

Voyez-vous le changement de perspective ?

Ce n’est pas la ferveur de notre contrition qui donne envie à Dieu de pardonner. C’est le pardon de Dieu, déjà offert, qui nous donne envie de nous repentir.

Ce Dieu de tendresse et de pitié, comme parle la Bible, désarme nos peurs, nos confusions et nos obstinations.

Le Dieu fidèle

À plusieurs reprises, dans les Livres de la nouvelle Alliance, est proclamée la persévérance de cette indulgence qui nous invite à la rejoindre : « Il est fidèle, le Dieu qui vous appelle » (1 Co 1,9). Saint Jean écrivait : « Si nous reconnaissons nos péchés, lui, qui est fidèle, nous pardonnera nos péchés » (1 Jn 1,9). Mais saint Paul est plus hardi encore : « Si nous sommes infidèles, lui restera fidèle, car il ne peut se renier lui-même » (2 Tm 2,13).

Cette ténacité, cette obstination infatigable de Dieu à nous accueillir, malgré nos fautes - avouées-, nous conduit à une humble prière qui voudrait rendre gloire à Dieu : « Seigneur, renouvelle en moi un esprit résolu. Et si je ne suis pas capable d’une fidélité d’observance, avec ton aide, je m’obligerai à une fidélité de contrition ».

Laissez-vous réconcilier... avec vous-même

Nous ne sommes pas au bout du chemin de conversion, de réconciliation.

« Réconciliation » est lourd d’un double sens. On ne songe pas assez à son premier aspect.

Il s’agit de nous réconcilier avec nous-mêmes. Il ne s’agit pas de cette satisfaction de soi-même, égoïste et orgueilleuse, que l’on s’accorde de façon étourdie, pour s’aveugler. Non ! Il faut accepter d’être déçu par soi-même, d’être forcé à la confusion et à l’humilité de notre condition pécheresse.

Mais refuser, en même temps un ressentiment amer contre soi-même, qui est une manifestation d’orgueil. Rien n’est plus proche de l’orgueil que le désespoir. Il faut s’interdire de perdre cœur. Beaucoup d’hommes et de femmes ne s’acceptent pas eux-mêmes en vérité. De là naissent les aigreurs, les envies, les subterfuges, les compensations de toute sorte.

Ce n’est pas la contrition qui mène à la dépression, nous l’avons vu, c’est son refus.

Comprenons bien : le remords et le regret nous amènent à ne pas nous identifier à cette part de nous-mêmes que nous rejetons. Mais ils préservent, à chaque fois, cette autre part de notre cœur en quoi nous voulons nous reconnaître.

Le repentir auquel on accède ensuite ne nous laisse pas seuls face à notre faiblesse : il nous tourne vers les autres et surtout vers Dieu. Il nous fait découvrir une affection imméritée. Grâce à elle, nous sommes gratifiés d’une valeur qui ne se fonde pas sur nous et qui pourtant est nôtre et nous pousse vers le bien.

Je dois donc m’accepter, dans une humble espérance, parce que Dieu m’accepte et me soutient de son espérance divine : « Dans un amour éternel je t’ai aimé. Aussi ai-je continué à t’attirer dans ma fidélité » (Jr 31,3).

Ainsi, nous avons déjà abordé le second aspect de la réconciliation.

Laissez-vous réconcilier avec Dieu

La façon de parler de l’Écriture est éclairante : il n’est jamais dit que nous devons nous réconcilier Dieu, c’est-à-dire changer l’attitude de Dieu. Il est toujours dit que nous devons nous réconcilier avec Dieu.

Si je me réconcilie avec moi-même, c’est parce que je laisse Dieu me réconcilier avec lui.

En d’autres termes, je demande et je reçois son pardon. Il faut le demander, même si l’on est sûr de l’obtenir, même s’il est déjà accordé. Car il ne s’abat pas sur nous comme une pluie qui tombe d’elle-même : il est un engagement personnel de Dieu.

Qu’il faille demander pardon est facile à comprendre. Nous ne dirons jamais à quelqu’un : « Je me pardonne la peine que je t’ai faite ». Nous ne dirons pas non plus : « Je ne te demande pas pardon, puisque je sais que tu es indulgent ».

Ne traitons pas Dieu comme un distributeur automatique qui délivre des billets de faveur quand on appuie sur un bouton-pressoir ! Traitons Dieu comme quelqu’un qui vit, qui interpelle, qui répond !

Nous avons un intercesseur

En soi, nous pouvons offrir notre contrition directement à Dieu, dans une prière secrète.

C’est vrai et pourtant c’est insuffisant. En effet, ce n’est pas celui qui sollicite indulgence qui fixe la façon dont le pardon est octroyé. Ce serait un peu fort de dire à quelqu’un : « Si tu souhaites me pardonner, tu voudras bien venir me trouver à ma meilleure convenance et voici comment tu t’y prendras ».

L’Écriture nous a expliqué le plan du pardonnant : la réconciliation nous est apportée par Jésus-Christ.

Écoutons saint Jean, dans la lettre souvent citée : « Je vous écris ceci pour que vous ne péchiez pas. Mais si quelqu’un vient à pécher, nous avons comme intercesseur auprès du Père, Jésus le Juste » (1 Jn 2,1).

L’auteur de la Lettre aux Hébreux répète et développe la même affirmation : c’est Jésus qui, par son sacrifice, nous apporte la faveur de Dieu. « Il est devenu, dans nos rapports avec Dieu, le Grand-Prêtre miséricordieux et fidèle pour expier nos péchés... », « capable de sauver ceux qui, par lui, s’avancent vers Dieu » (He 2,17 ; 7,25).

Nous avons laissé s’estomper en nous le sens de cette nécessaire intercession du Christ dans notre retour à Dieu. Nous interpellons un Dieu que nous avons dessiné dans l’abstrait, au lieu de nous adresser au « Dieu et Père de Notre Seigneur Jésus-Christ ». Dieu n’est pas resté dans l’invisible de la pensée. Il est devenu chair et sang et cœur d’homme. Il est devenu Jésus de Nazareth. « Il a inauguré pour nous une voie récente et vivante à travers son humanité. Par son sang, nous pouvons avec une confiance hardie, franchir le seuil du Très-Saint » (He 4,16). « En lui, par son sang, nous avons la délivrance, en lui nos fautes sont pardonnées ». Nous ne pouvons pas le laisser en dehors de notre marche pénitentielle vers Dieu. Lui seul est « capable de nous guider vers le trône de la grâce pour que nous obtenions miséricorde » (He 4,16).

Il est inutile de multiplier les citations de l’Écriture ; elles surabondent et coupent court à toute hésitation.

Attention cependant : on pourrait ne retenir de ces déclarations qu’une application de « politesse » : pour ne pas manquer aux convenances, nous passerons donc par lui. Ce n’est pas à une convenance que nous manquerions, mais à une proximité personnelle irremplaçable.

On ne peut pas réduire une personne à un moyen, surtout pas Jésus-Christ. Une intercession où quelqu’un s’est engagé au prix de sa vie ne peut pas se rétrécir à une convention de bonne société dont il faut s’acquitter.

Toujours vivant pour intercéder en notre faveur

L’intervention de Jésus, dirait un esprit superficiel, appartient au passé. Il a, jadis et pour toujours, rétabli les « relations diplomatiques » avec Dieu.

L’alliance qu’il a conclue est d’une autre nature : elle nous fait participer à la vie de Dieu en nous greffant sur la plénitude de sa vie à lui, Jésus.

Ce n’est pas en des temps lointains, c’est aujourd’hui qu’il est « toujours vivant pour intercéder en notre faveur » (He 7,25). C’est « par lui, avec lui et en lui » que nous avons accès à Dieu.

Il faut aller plus loin encore : au terme de sa vie terrestre, le Verbe de Dieu n’a pas mis fin à son Incarnation au-dessus des lieux et des temps. Elle est toujours actuelle, d’âge en âge.

Il est vrai que les manifestations de cette Incarnation sont changées. Jadis, Jésus le Galiléen prononçait des paroles et posait des gestes sans intermédiaire. Il frottait les yeux de l’aveugle et l’infirme voyait ; il touchait un lépreux et disait : « Je le veux, sois guéri » ; il déclarait au paralytique : « Tes péchés te sont remis » (Lc 5, 13 ; 20). Il n’est plus sur terre aujourd’hui pour que ses lèvres et ses mains d’homme traduisent ses actions divines. Pourtant il veut encore que des paroles et des gestes humains manifestent son Incarnation, la re-présentent, c’est-à-dire la rendent présente pour nous et nous révèlent son intervention.

Ce que nous entendons, ce que nous voyons du Verbe de vie

Ces signes visibles, efficaces de la grâce, ce sont les sacrements. Il les a inventés librement et souverainement pour perpétuer à nos yeux son intercession, à travers son Église.

Parmi ces sacrements, il y a celui de la réconciliation, (le sacrement de pénitence, comme on l’appelait, en oubliant que « pénitence » veut dire « repentir » !)

« Qui peut pardonner les péchés, sinon l’Unique ? », protestaient les Pharisiens (Lc 5,21). Ils avaient raison, sauf qu’ils ne reconnaissaient pas l’Unique, comme certains ne le reconnaissent pas aujourd’hui dans l’absolution. Nous pouvons, mieux qu’eux, identifier celui qui, seul, a le pouvoir de nous délivrer de nos fautes.

Mais une question surgit maintenant : qu’ajoute le sacrement au repentir religieux ?

Le sacrement, une suppléance ?

Le lien entre contrition et absolution a soulevé jadis bien des controverses. Les formulations théologiques ont été d’interprétation boiteuse : « La contrition parfaite obtient aussitôt le pardon, la contrition imparfaite doit être complétée par l’absolution sacramentelle ». Il y a trop de confusion dans cette façon de parler et elle a souvent choqué, non sans raison, nos frères protestants.

La contrition « parfaite », au sens immédiat du mot, est hors de notre portée : elle supposerait une charité totale. La seule qui en était capable est celle qui n’en avait pas besoin : la très sainte Vierge Marie, pleine de grâce.

D’autre part, si la contrition est insuffisante, le sacrement n’est pas capable d’y suppléer.

Mais le problème est mal posé : le Concile de Trente a défini la contrition parfaite celle qui est informata a caritate, qui est sous l’influence de l’amour de Dieu, dans laquelle l’amour de Dieu est déposé comme un peu de levain dans une pâte compacte.

On peut l’appeler « contrition religieuse », telle que nous l’avons observée. Elle est à notre mesure, à nous, pauvres pécheurs, si nous voulons nous y laisser conduire.

Ce repentir nous a déjà donné accès au pardon que Dieu offre. Il est bon de s’en souvenir. Car certains chrétiens qui n’ont pas la possibilité immédiate, pour divers motifs, de s’approcher du sacrement, s’enlisent dans leur faiblesse et leurs péchés, faute de se croire atteints déjà par le pardon.

Mais si ce repentir nous ouvre déjà à la réconciliation, que vient faire l’absolution ?

Une démarche inutile ?

En un sens, l’absolution est inutile, car elle n’accueille qu’un cœur déjà réconcilié. Mais elle est loin d’être superflue ou laissée au libre choix de chacun.

La loyauté de la contrition suppose aujourd’hui qu’elle s’oriente vers l’absolution, qu’elle se promette de la solliciter.

Je ne veux pas me soustraire à la façon dont Dieu souhaite me rejoindre, je ne veux pas faire fi de l’invention miséricordieuse que sont les sacrements, chemins où nous attend le Dieu incarné. Récuser l’absolution sur ma contrition, ce serait, à la fois, me soumettre et refuser de me soumettre.

La déclaration sacramentelle consacre mon repentir : on peut employer le même mot que pour l’Eucharistie où les paroles du prêtre consacrent le pain et le vin.

Un sacrement ne peut s’accomplir si la matière qui compose le signe n’est pas apportée : le pain et le vin pour l’Eucharistie, la déclaration de ma contrition pour le sacrement de réconciliation. Le signe qui compose ce sacrement est un dialogue : je dis ma contrition et, par le ministère de l’Église, le prêtre déclare, en réponse, le pardon.

Pourquoi énumérer ses fautes ?

Au début du XIIIe siècle, le Concile de Latran IV a précisé l’obligation de la confession annuelle, où le pénitent avoue les fautes sur lesquelles porte sa contrition : c’est la confession « auriculaire », de bouche à oreille.

Démarche de loyauté mais aussi d’obéissance : j’essaie humblement de reconnaître à mes yeux, dans l’Église et devant Dieu, ce qu’ont été mes fautes. Je les dis en sincérité, avec les souvenirs et les mots dont je dispose.

Je dois donc me recueillir pour me rappeler mes péchés. Je ne veux pas tricher non plus, ni employer des expressions qui faussent la réalité. (Un exemple très simple, et tant mieux s’il fait rire : si j’avoue avoir volé une corde, sans dire qu’il y avait une vache attachée à cette corde, je trompe le sacrement, je détruis ma contrition).

Mais il faut oser affirmer que l’énumération de mes péchés, embarrassée et maladroite, peu importe, n’est là que pour garantir la sincérité de ma contrition et de sa présentation au sacrement. Il faut passer plus de temps à construire son repentir qu’à dresser une liste de fautes.

On fait souvent l’inverse et l’on estompe la réalité du sacrement. Il faut faire une faute de français pour ne pas faire une faute de théologie : Dieu ne pardonne pas des fautes, il pardonne quelqu’un. À travers l’aveu, c’est moi-même que je remets entre ses mains.

À la limite, tant pis si le prêtre ne comprend pas, pourvu que le pénitent ne s’arrange pas pour être incompréhensible. Il n’est ni nécessaire, ni utile, que l’aveu permette au prêtre d’imaginer un scénario, pour filmer en imagination ce qui s’est passé.

Le prêtre est enveloppé de faiblesse

La confession proprement dite est gênante, il ne faut pas le nier. Mais cette gêne répare l’orgueil de nos fautes, ce n’est pas rien.

Ensuite, il faut se rappeler ce que l’Épître aux Hébreux dit du prêtre :

« Tout Grand-Prêtre, pris d’entre les hommes, est établi en faveur des hommes dans leur relation avec Dieu, afin d’offrir (réparation) pour les péchés. Il peut partager pitié pour les ignorants et les égarés, car il est lui-même enveloppé de faiblesse. Il doit prier pour lui-même et pour ses propres péchés, comme il le fait pour le peuple » (He 5,1-3).

De toute façon, l’aveu ne s’adresse pas à un homme comme à un recours final. Son service ne lui enlève pas ses limites ni ses maladresses, mais c’est négligeable. C’est au Christ que l’on parle à travers l’homme ; le prêtre manifeste seulement l’intervention du Dieu sauveur.

Écoutons encore l’Épître aux Hébreux :

« Nous avons un Grand-Prêtre souverain, qui a traversé les deux, Jésus, le Fils de Dieu. Tenons ferme ce que notre foi professe. Car ce Grand-Prêtre n’est pas impuissant à compatir à nos faiblesses, lui qui a été éprouvé en tout de manière semblable, à l’exception du péché » (He 4,14-15).

C’est en son nom que parle le pauvre homme qui trace le signe de l’absolution : la déclaration qu’il prononce n’est ni une prière, ni un souhait, mais une décision qui n’appartient qu’à Dieu.

Une consolation pleine de force

Nous découvrons ici un réconfort qui l’emporte sur la gêne.

Par l’aveu, je me suis obligé à aller jusqu’au bout du chemin de réconciliation tracé par Dieu. Je me suis conduit, comme je le pouvais, jusqu’au repentir et je l’ai formulé, comme il m’était dit de le faire et avec les mots qui étaient à ma portée.

Cette contrition, imparfaite mais religieuse, composée face à ce Dieu incarné que je viens retrouver, est acceptée, consacrée et un signe efficace m’est donné de cette acceptation.

Le doute et les scrupules sont maintenant vains ; je puis passer outre à mes incertitudes et m’en remettre à Dieu.

La confession sacramentelle, si l’on entre dans le jeu divin, fortifie plus qu’elle n’écrase. Selon la formule proposée par le rite, elle apporte le pardon et la paix, elle consolide notre bon propos.

Nous n’avons pas épuisé l’analyse psychologique de la contrition, ni l’analyse théologique du pardon sacramentel. Mais nous en avons découvert assez pour rendre une place, trop négligée aujourd’hui, au sacrement de l’accueil miséricordieux et proclamer la louange de celui qui l’a inventé.

Le cri de Pierre

Il y a, dans l’Évangile, une exclamation extraordinaire de Simon-Pierre. C’est au début de son compagnonnage avec Jésus, après la pêche miraculeuse. Devinant que la puissance de Dieu est avec ce prophète monté dans la barque, Simon est saisi d’effroi : « Seigneur, éloigne-toi de moi, car je suis un homme pécheur » (Lc 5,8).

Ce cri peut être poussé pour des motifs bien différents.

Il peut être lancé par un pécheur qui ne veut pas être dérangé de son péché : « Seigneur, tiens-toi à distance et laisse-moi tranquille. Je ne veux pas changer de vie...Va-t’en ». Hélas, nous nous sentons tous capables de parler ainsi à Dieu !

La même phrase peut aussi devenir une prière magnifique. Elle confesse à Dieu que l’on se sent trop différent de lui, de son innocence et de sa sainteté. Nous ne méritons pas cette proximité dans laquelle le Seigneur s’est aventuré. Nous devons le reconnaître, par respect pour lui ; c’est la seule protestation que nous puissions balbutier.

Mais dans le temps même où on le supplie de s’éloigner, on espère, de tout son cœur, ne pas être exaucé, puisqu’il veut bien passer outre à toutes les convenances et se compromettre avec nous.

Dans la tapisserie de Raphaël, le regard et les mains de Pierre disent bien son souhait le plus profond, qui est aussi le nôtre : « Reste avec nous, Seigneur, car le jour baisse et la nuit vient. Et tu es notre seule lumière ».

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