Un périodique unique en langue française qui éclaire et accompagne des engagements toujours plus évangéliques dans toutes les formes de la vie consacrée.

Un long hiver

Les Jésuites en Hongrie de 1944 à 1990

Antal Pàlos, s.j.

N°1991-2 Mars 1991

| P. 97-117 |

Rédigé d’abord en hongrois à l’occasion d’un triple jubilé (quatre-vingts ans de la Province de Hongrie, quatre cent cinquante ans de la Compagnie de Jésus, cinq cents ans de la naissance de saint Ignace), le texte dont nous présentons ici une version abrégée n’a pu tenir compte des évolutions, dans l’ensemble positives, des derniers mois. Il reste qu’une page de l’histoire européenne de la vie religieuse s’est écrite, depuis la seconde guerre mondiale, dont nous avons encore beaucoup à connaître et à espérer.

Au début de la seconde guerre mondiale, la Province jésuite de Hongrie est en pleine expansion. Elle compte trois cent soixante-cinq membres, dont plus de quarante missionnaires, principalement en Chine. La proportion de scolastiques - religieux se préparant au sacerdoce - est très élevée : ils sont cent vingt-neuf pour cent trente-huit prêtres. La Province possède un noviciat, un scolasticat de philosophie, une maison d’études théologiques à laquelle est annexé un séminaire interdiocésain, deux collèges, cinq résidences avec église. Les jésuites s’adonnent à la prédication, à la direction de congrégations mariales nombreuses et vivantes et de Ligues du Sacré-Cœur. On en trouve dans l’apostolat social et l’aumônerie de l’Action Catholique. La Province se charge de la publication de divers périodiques.

Au lendemain de la seconde guerre mondiale

En automne 1944, quand la grande offensive soviétique « libère » les maisons de l’est du pays, le noviciat jésuite se replie vers l’ouest. Au cours des opérations militaires, deux Pères disparaissent sans qu’on ne sache jamais dans quelles circonstances.

À Budapest même, les conditions d’existence se modifient quand, le 15 octobre, les nazis hongrois s’emparent du pouvoir. Les jésuites prennent alors leur part des efforts déployés pour sauver les juifs persécutés. Grâce au P. Joseph Jánosi notamment, près de cent vingt personnes d’ascendance juive trouvent un refuge dans les maisons de la Compagnie ; de même plusieurs prêtres recherchés par l’ennemi ainsi qu’une quarantaine de soldats.

Février 1945 amène une accalmie progressive. On peut abandonner les abris souterrains. Le 15 mai 1945 reparaît, après une brève interruption, la revue A Sziv (Le Cœur), seul périodique que les jésuites peuvent publier alors. Les abonnés font preuve d’un dévouement extraordinaire. Dans les mois qui suivent la dévaluation de la monnaie, des centaines d’abonnés de la campagne envoient des vivres au lieu de payer leur abonnement en argent. Cela permet de rémunérer imprimeur et employés, de ravitailler la maison, mais aussi d’organiser une cuisine populaire qui sert chaque jour un repas chaud à près de quatre-vingts personnes. La maison d’études de Szeged souffre d’un grave manque de ressources. Le P. Miklos Öry, préfet des études, organise une action de mendicité dans les nombreuses fermes des environs. Afin d’obtenir du bois de chauffage, seize jésuites s’engagent comme ouvriers forestiers, avec comme salaire le cinquième du bois qu’ils débitent.

Les deux collèges recommencent à fonctionner au semestre d’hiver 1945-1946. Les petites résidences n’ont interrompu leur activité que pendant peu de temps.

Le pouvoir communiste en action

Le pouvoir communiste s’affermit. En peu d’années, les Églises du pays sont spoliées de l’ensemble de leurs biens, presque toutes leurs institutions sont supprimées, et elles subissent une série de mesures répressives. 1945 : nationalisation des biens d’Église ; 1948 : nationalisation des écoles de l’Église ; 1949 : suppression de l’instruction religieuse obligatoire, séparation de l’Église et de l’État, obligation pour le personnel ecclésiastique de prêter serment à la République Populaire de Hongrie ; 1950 : fermeture des instituts supérieurs de théologie, nationalisation des archives ecclésiastiques, interdiction des activités des instituts religieux ; 1951 : création d’un Bureau des affaires ecclésiastiques ; 1957 : droit d’intervention de l’État dans la collation des offices ecclésiastiques ; 1961 : justification légale des procès politiques à intenter aux représentants de l’Église. Dès lors et au cours des décennies suivantes, la vie de l’Église se trouve resserrée dans un cadre étroit, délimité par l’État, et pratiquement confinée à l’intérieur des églises.

Dans les années 1946-1948 la Province jésuite s’est mise à relancer et à intensifier ses activités. Elle peut même, en 1949, ouvrir une petite résidence à Kaposvár. Mais la même année elle subit la première atteinte grave du fait de la nationalisation de ses établissements scolaires. Les évêques interdisant aux religieux tout enseignement dans une école nationalisée, les anciens professeurs de Pécs et de Kalocsa se mettent au service de la pastorale du diocèse. Pour les jeunes gens qui avaient demandé leur admission dans la Compagnie, mais n’avaient pas terminé leurs classes, est créé à Pécs une sorte de collège privé.

Cependant à partir de 1948 se multiplient les vexations. Condamnations et emprisonnements deviennent fréquents.

Dès septembre 1946 vient de Rome le conseil d’envoyer les jeunes jésuites dans un pays de l’ouest pour y poursuivre leur formation. Dans le courant de 1947 et 1948, quarante-deux religieux quittent la Hongrie, mais la majorité des jeunes s’y trouvent encore. Quand, en raison des vexations qui s’aggravent, la situation des maisons d’études devient intenable, il est décidé que, dans la mesure du possible, et pourvu qu’eux-mêmes y soient disposés, les jésuites en formation émigreraient, de préférence avec leurs professeurs. Huit Pères, dix étudiants en théologie et quarante-quatre étudiants en philosophie, quittent la Province hongroise, qui se trouve ainsi scindée en deux « sections ». Nous n’aurons à parler que de la première, celle d es jésuites demeurés au pays.

En voie de dispersion

Pour les années suivantes, en somme à partir de 1950, l’histoire de la Province devient quasiment celle des religieux individuels. Dans la nomenclature de ses membres apparaît de plus en plus souvent la mention in carcere, « en prison ».

Le tournant pris en 1948 et à la suite duquel l’Église catholique est considérée comme le principal ennemi de la démocratie amène quelques Pères à adopter la ligne des catholiques qui tentent d’arriver à un compromis. Parmi eux, le P. Janosi, conseiller spirituel du Parti démocratique populaire. En raison de son engagement politique, et sur la demande du Cardinal Mindszenty, le Père Provincial l’écarte pour quelque temps de Budapest. Par ailleurs le P. Jenó Kerkal voudrait, pour des raisons compréhensibles, trouver un modus vivendi qui sauvegarde l’existence et l’action de la « Kalot », le grand mouvement catholique populaire. Cela crée une tension regrettable entre lui et le Cardinal, qu’il avait eu au collège comme professeur d’instruction religieuse.

Parmi les démarches tentées en vue d’un modus vivendi s’inscrit le voyage à Rome du P.Mócsy. Comme il est convenu au cours des tractations de l’Archevêque Crapik avec le substitut du Ministre-Président Matyas Rákosi, le Père doit tâcher d’obtenir du Saint-Siège qu’il amène le Cardinal Mindszenty à démissionner et l’appelle à Rome. Le P. Mócsy croit pouvoir accepter cette mission, avec l’accord du Père Provincial. Mais, on ne sait pour quelles raisons, le gouvernement hongrois la désavoue et fait arrêter le Cardinal.

Il faut noter ici qu’à la maison généralice des jésuites le fait que le P. Mócsy ait accepté pareille mission est très sévèrement jugé. « Nous n’avons pas à nous mêler de politique, serait-ce de politique ecclésiastique », déclare l’Assistant du Père Général pour les Provinces d’Europe centrale.

De Rome, le P. Mócsy rapporte une lettre adressée à la Conférence des évêques de Hongrie par Monseigneur Tardini, Substitut de la Secrétairerie d’Etat. Elle recommande aux évêques de résister à la politique du gouvernement. Les services secrets fonctionnent alors très efficacement : moins d’une heure après que le P. Mócsy eut fourni aux évêques un complément d’explication, le 17 janvier 1949, il est arrêté. Quelques jours plus tard il est interné au camp de Budapest-Sud, où se trouvent déjà détenus quelques jeunes jésuites.

En février, sont arrêtés à Budapest le P. Joseph Vid et le Frère Jànos Vàrady ; à Kaposvàr, le P. Kerkal, à qui quelques jours plus tôt on avait offert la possibilité de se dérober par la fuite. « Tant qu’il y aura des catholiques en Hongrie, j’y reste », avait-il déclaré. Il est condamné à dix ans et demi de prison, les deux autres à trois ans. Au cours des interrogatoires plutôt brutaux auxquels sont soumis dix jeunes jésuites appréhendés par les services de sécurité au moment de passer la frontière - huit d’entre eux seront détenus jusqu’en 1953 -, le P. Jeno Kovács et le P. Tüll, Provincial depuis le mois de janvier, qui avaient préparé le départ de ces religieux vers l’ouest, sont identifiés, arrêtés et incarcérés en août 1949. À la fin de 1949, on compte dix-sept jésuites en prison.

Les incertitudes concernant l’avenir, les pressions et les difficultés de tout genre déterminent le départ de quinze des trente-deux novices entrés à l’automne 1949, et de treize Frères, ébranlés en partie par les représentations de leurs proches. Mais demeurent fidèles à leur vocation soixante-dix-sept scolastiques (dont vingt-deux vivent encore en 1988) qui ont rendu à la Compagnie de précieux services.

Dans les différentes résidences, pour autant que le permettent les vexations, les arrestations, les changements de personne, la vie continue plus ou moins suivant l’ordre habituel, grâce aux sages dispositions arrêtées par le P. Csàvossy, Provincial d’août 1949 à mai 1951, et à ses décisions rapides. Le travail pastoral est même intensifié, avec l’appoint des Pères libérés par la nationalisation des collèges.

La vie des associations cesse quand sont interdites les réunions à caractère religieux. La revue A Sziv peut reparaître, mais avec des limitations de plus en plus étroites et un tirage restreint ; elle est seule à procurer des ressources financières.

C’est en 1950 que la campagne menée contre l’Église atteint son apogée. Un petit groupe radical formé autour de M. Ràkosi, Joseph Réval et Mihaly Farkas voit dans cette lutte la tâche la plus importante pour l’avenir. Selon J. Réval, « les efforts des religieux tendent à rétablir la situation des exploiteurs ; avec les évêques, ils sont les agents et les espions de l’impérialisme ; ils sapent tout développement pacifique. Ces parasites de la société, on n’en a plus besoin. Car les fonctions qu’ils remplissaient (enseignement, assistance sociale, soins de santé) sont maintenant reprises par l’État... »

La directive est sans équivoque et les normes arrêtées d’avance : en mai 1950 on a trois jours pour évacuer la maison de retraites Manrèse. La suppression des maisons de Pécs, Kalocsa, Nagykapomak et Szeged s’effectue d’une manière encore plus rapide et plus brutale : le 10 juin, tard dans la soirée, des policiers forcent la porte d’entrée et obligent les occupants à quitter la maison dans l’heure avec l’essentiel de leurs affaires. En hâte et dans le plus grand secret, les religieux sont emmenés hors de la ville dans des camions fermés. C’est une opération Nacht und Nebel similaire qui fait évacuer la maison de Budapest dans la nuit du 18 au 19 juin. Deux Pères, alertés par le bruit des camions, réussissent à s’échapper par une fenêtre ; deux autres vont se cacher dans des confessionnaux de l’église, où ils sont découverts par la police. À cette époque le P. Csàvossy et d’autres ne logent pas dans la maison : ils ne sont donc pas arrêtés. La résidence, la maison des Congrégations, les bureaux du P. Provincial, avec tout leur équipement, les archives, la bibliothèque et tous les objets de valeur tombent aux mains de l’administration.

Les autres maisons, y compris le séminaire de Szeged, ne sont évacuées que plus tard et dans des circonstances moins dramatiques. La plupart des Pères sont affectés par les évêques au ministère pastoral. Quelques-uns, comme aussi beaucoup de Frères, doivent pourvoir à leur subsistance en travaillant comme ouvriers. Les novices sont accueillis dans deux séminaires diocésains. Dans de telles conjonctures, on comprend qu’aient obtenu la dispense de leurs engagements religieux : trois Pères, trois scolastiques et douze Frères, et que douze novices soient partis (en tout dix pour cent des jésuites vivant en Hongrie). Les deux tiers des autres sont détenus pour un temps plus ou moins long dans des camps ou des prisons. Le total des religieux hongrois ainsi privés de liberté doit avoir atteint les trois mille cinq cents.

Là où les religieux séjournent en résidence forcée, ils ne sont pas molestés et les catholiques des environs ne négligent rien pour rendre leur existence relativement supportable ; ils leur fournissent une bonne part de leur alimentation et de leur habillement. Chaque soir la police contrôle les présences ; en général les religieux accueillent par des rires les invitations qui leur sont adressées de se détacher de leur Institut et de se chercher en toute liberté une occupation de leur choix.

L’action arbitraire consistant à interner une grande partie des religieux hongrois ne peut avoir pour l’État d’autre motivation que de contraindre la conférence épiscopale à ouvrir des négociations. À la fin de juin 1950, les évêques font une concession et le 30 août est signé un accord qui scelle le sort de plus de six cents maisons appartenant à dix-sept instituts masculins et à trente-neuf instituts féminins : elles perdent leur existence officielle. Dans le courant de septembre un bon nombre de religieux internés peuvent quitter leur résidence forcée et, dispersés à travers tout le pays, se cherchent un logis et du travail. Mais beaucoup d’entre eux seront internés de nouveau, les uns sans délai - pour un motif juridique ou par suite d’un grief quelconque -, d’autres après quelque temps.

Une « école supérieure » d’un genre particulier

À Kristarcsa est établi un camp d’internement où se trouvent beaucoup de jésuites, en particulier ceux qui ont d’abord été internés dans le camp de Budapest Sud, entre autres le P. Mócsy et quelques-uns de ses jeunes confrères. Le Père n’est pas resté inactif. Dès le début il a créé une « école supérieure », plaisamment dénommée « Institut supérieur de théologie de Budapest-Sud ». Lui succéda l’École supérieure de Kristarcsa, autrement dit le Collegium maximum de la Province jésuite de Hongrie. Les fonctions de recteur et de professeur principal sont remplies par le P. Mócsy. Au début, il enseigne la dogmatique, l’exégèse, le grec et l’hébreu, tandis que deux scolastiques donnent les cours de philosophie. Par la suite le collège s’élargit avec le concours de professeurs de théologie qualifiés. Aux étudiants jésuites se joignent d’autres religieux et des séminaristes ; le P. Mócsy réussit à leur procurer des manuels. Les étudiants passent des examens « réguliers » sous la présidence du P. Mócsy ; les résultats sont enregistrés sur du papier à cigarettes. Ces documents seront plus tard reconnus comme valables par les différentes écoles de théologie.

Dans les premiers temps l’existence au camp est très supportable. Les internés sont répartis en quatre groupes, trois d’hommes et un de femmes, sous la direction d’une personne de confiance. Une fois par semaine sont autorisées les visites et la distribution de colis. Les jésuites reçoivent régulièrement la visite de confrères vivant à Budapest et les colis sont fournis surtout par les Frères qui ont été accueillis au séminaire central. Au début se célèbre chaque jour une messe de communauté ; le dimanche, les femmes sont admises à y assister.

Mais le 6 mai 1951 survient un brusque changement. Les policiers sont remplacés par des hommes du fameux Service de sécurité de l’Etat (AVO). La célébration eucharistique est interdite, les objets du culte confisqués. On peut garder les manuels, mais avec la défense de les utiliser avant-midi ; les cours ne peuvent se placer que l’après-midi. Visites et colis ne sont plus autorisés qu’une fois par mois. On doit au P. Mócsy qu’en dépit des restrictions la vie spirituelle n’a pas eu à souffrir : l’Eucharistie est célébrée quotidiennement ; les religieux accomplissent consciencieusement leurs exercices quotidiens, l’heure d’oraison, les deux examens de conscience, ainsi que la récollection d’usage avant le renouvellement des vœux.

Les années les plus sombres

À la fin de 1950, s’opèrent certains regroupements entre membres de la Province : une bonne partie des scolastiques passe dans les séminaires diocésains ; quelques Pères peuvent exercer leur ministère dans le cadre des églises de la Compagnie ; dans les camps d’internement les jésuites forment naturellement des « communautés ». La situation des vieillards et des valétudinaires pose des problèmes. Au terme de longues tractations on s’entend pour changer l’affectation d’une partie de l’immense abbaye bénédictine de Pannonhalma ; elle devient un hospice pour les vieillards et les infirmes. Depuis le 1er novembre 1951, et pendant quelque trente-cinq ans, elle abrite cinquante bénédictins, quarante cisterciens, quatre-vingt-six jésuites, soixante-huit franciscains, treize piaristes, dix-huit prémontrés, dix-huit salésiens et quelque vingt-cinq membres d’autres instituts.

Or, en mai 1951, le régime du camp devient beaucoup plus sévère, suite à une « nouvelle vague » qui frappe l’Église de Hongrie. Le 7 mai, le P. Csàvossy, attiré dans un piège, est arrêté dans la rue ; le 10 janvier 1952, il est condamné à sept ans et demi de prison. Son remplacement est assuré, conformément aux directives du Père Général, par le Père Pàlos, qui sera Provincial jusqu’au 30 juin 1954.

L’arrestation du P. Csàvossy est le signal d’une persécution renforcée. En septembre 1951, les scolastiques et les Pères résidant au séminaire d’Eger doivent le quitter définitivement. En juin 1952, les scolastiques sont contraints d’abandonner le séminaire de Szeged et perdent tout contact avec la Compagnie. Quelques-uns la quittent ; les autres trouvent le moyen de vivre à deux ou trois à Budapest. Il s’agit de s’occuper d’eux. Ainsi se développe un type nouveau de formation spirituelle, qui permet d’assurer plus ou moins, jusqu’à l’automne 1956, la continuation de leur éducation.

À la fin de 1951 le nombre des Pères en service pastoral subit une forte diminution (de quinze à vingt unités), quand une disposition du gouvernement limite le nombre de religieux admis à œuvrer dans les diocèses à côté du clergé séculier - cela souvent au détriment de villages reculés ou de paroisses déjà pauvres.

À cette époque la Province était complètement supprimée, du moins en apparence. La dispersion est pleinement réalisée ; plus d’un jésuite sur dix est en prison ou dans un camp d’internement ; les autres se trouvent en quelque cent cinquante endroits différents. Seuls les vieillards vivent rassemblés à Pannonhalma. En ces temps difficiles, le P. Pàlos, Provincial, s’efforce d’assurer l’ordre surtout dans les esprits. Dans l’impossibilité de tenir des réunions - ce qui eût donné au gouvernement l’occasion de soupçonner une conspiration-, le seul moyen de contact est la correspondance. Dans une de ses circulaires (celle du 8 octobre 1951), le P. Pàlos inculque ce principe net et ferme qui a été le mot d’ordre du P. Csàvossy : « Nous étions religieux, nous le sommes et le restons. Les instituts religieux, qui ont reçu la ratification du Saint-Siège, ne peuvent être supprimés par aucune autorité civile ou ecclésiastique. On peut retirer à la Compagnie la faculté d’exercer ses activités, mais non la dissoudre ».

Grâce aux changements survenus durant l’été 1953 à la tête du Parti (Imre Nagy devint Ministre-Président), les relations entre l’Église et l’État connaissent une évolution positive. Ainsi Imre Nagy décrète la suppression des camps d’internement, y compris celui de Kristarcsa ; la plupart des jésuites qui s’y trouvent détenus recouvrent la liberté ; mais non pas tous. Ainsi le P. Mócsy est de nouveau traduit en jugement sous les accusations suivantes : il a accompli une mission illégale, a traité de sa propre autorité avec le Vatican et la conférence des évêques, a encouragé la haine contre la démocratie. De plus, il a empêché qu’on arrive à un accord entre l’Église et l’État. La sentence : neuf ans et demi de prison. Le 22 décembre 1954 il est, de manière inattendue, libéré sous caution. Le P. Tüll ne recouvre pas la liberté. Il avait été condamné à sept ans de prison pour « participation à l’organisation d’espionnage de la Compagnie de Jésus ». Restent aussi en détention le P. Csàvossy et cinq autres jésuites. Imre Nagy avait déclaré : « Dans les questions religieuses il faut user de plus de patience ; il n’est pas permis de régler ces questions par voie administrative ». Mais un nouvel arrêté confirme la décision antérieure « de réprimer par le recours aux mesures administratives les manifestations réactionnaires de la part de l’Église. » Dans l’esprit de cet arrêté on en vient aussi à appréhender le P. Pàlos, Provincial, le 30 juin 1954, à Balatonzabadi, où il donnait une retraite à dix-sept élèves de l’enseignement secondaire. Après huit mois d’interrogatoires, il est condamné en février 1955 à dix-sept ans de prison « comme chef d’une organisation qui tend à renverser la République Populaire de Hongrie. » Son successeur, le P. Tamàs, gouverne la Province pendant quelques mois. Avant d’être emprisonné à son tour, le 1er septembre 1955, il avait nommé un successeur et prévu un remplaçant à celui-ci au cas où le Provincial serait empêché de gouverner. Par suite de circonstances assez obscures, ces nominations restèrent sans effet et un des conseillers du Provincial, le P. Kollàr, fut amené à prendre la direction de la Province. On peut se demander si son entrée en charge était conforme aux conditions juridiques de validité, mais à un moment donné Rome le confirma dans la charge de Provincial, qu’il remplit avec dévouement et savoir-faire jusqu’en 1978.

Un procès inattendu

Au moment de l’insurrection populaire, tous les jésuites détenus sont libérés, au moins pour un temps. Le P. Kerkal ne retrouve la liberté qu’en septembre 1959, après dix ans et demi de captivité, le P. Pàlos en mai 1963 après neuf ans. Les PP. Csàvossy et Tüll peuvent échapper à une nouvelle arrestation mais restent longtemps sous surveillance policière. Un bon nombre de leurs confrères vivent en liberté mais dans une situation angoissante ; beaucoup d’entre eux n’ont pas complètement purgé les peines qui leur avaient été infligées, ou leur procès n’a pas encore donné lieu au jugement définitif. Ces cas sont examinés le 23 octobre 1957 ; les sentences sont relativement douces. Les peines de prison sont ramenées à la durée de l’emprisonnement déjà subi, de sorte que tous les intéressés se retrouvent libres.

Devant un avenir incertain et plutôt menaçant après l’écrasement de l’insurrection, on prend, le cœur lourd, la décision d’envoyer à l’étranger les jeunes religieux se trouvant alors en Hongrie afin qu’ils s’y forment dans des conditions normales. Durant l’hiver 1956-1957, quittent le pays près de trente scolastiques, dont les deux tiers sont encore en activité dans la « IIe section » de la Province. De ce fait la section I se voit privée du reste de sa relève et - si n’intervient pas un changement de régime - vouée à l’extinction.

Abstraction faite des perquisitions, souvent accompagnées par la confiscation d’écrits, de livres, voire aussi d’argent, les années 1958-1963 sont assez tranquilles. En 1964-1965 survient, sans qu’on pût s’y attendre, une nouvelle vague d’arrestations de gens « suspects de conspiration contre l’État ». Elle atteint encore les jésuites, bien que, depuis longtemps, ils ne se soient en aucune manière occupés de politique. Les arrestations absolument surprenantes qui ont lieu et le procès qui les suit doivent s’expliquer par deux circonstances. D’abord, on perçoit parmi la jeunesse - comme en 1956 - une certaine inquiétude et des manifestations plus ou moins importantes se produisent. D’autre part, à l’intérieur du Parti, parmi les fonctionnaires, l’appréhension grandit à la suite des accords intervenus en septembre 1964 entre l’État hongrois et le Saint-Siège : allait-on devoir travailler avec l’Église ou contre elle ? Pour donner un avertissement aux uns et rassurer les autres, il s’agit de démontrer qu’on demeure aussi déterminé que jamais à combattre tous les éléments de l’Église qui « de manière organisée sont en désaccord avec l’ordre établi dans l’État ».

Le P. Morlin, entre autres, est accusé de subversion car on a trouvé chez lui un livre allemand édité en Suisse et contenant des serinons sur la Vierge Marie ; un passage mentionnait le message de Fatima : la Russie se convertira (conversion = subversion !). De plus, le Père a enfreint la loi sur la presse en reproduisant à plus de six exemplaires des textes de sermons. D’autres se sont rendus coupables, en se réunissant occasionnellement en cercles amicaux de formation spirituelle, du « délit d’organisation hostile à l’État et tendant à renverser l’ordre du pays ». D’après les accusations, les jésuites veulent grouper autour d’eux une certaine élite afin de mener à la ruine le socialisme et l’ordre fondé sur lui.

Le P. Rósza est condamné à huit ans de prison, qu’il subira jusqu’au dernier jour, le P. Vacz à trois ans, le P. Dombi à deux ans - en considération de son âge-, le P. Balint à cinq ans (il fait trois ans et quatre mois), le P. Takàts et le P. Mócsy à quatre ans (on leur fait grâce d’une année), le P. Morlin à deux ans, mais il est élargi après quelques mois.

Sous le signe de la détente

Au cours de ces années et des suivantes il n’y a plus de vexations ni d’arrestations ; on observe un certain relâchement, une détente. À l’occasion de fêtes personnelles ou de célébrations de la Compagnie, des réunions de sept ou huit personnes sont tolérées. Au centre de la Province se développe le pèlerinage de Makkosmaria, dont le P. Tamàs a la charge depuis 1951 (avec seulement un an et demi d’interruption). Dans les années 70, s’y rendent des Pères de la IIe section, qui procurent aussi des aides matérielles. Ainsi la Province se voit offrir, entre autres choses, une voiture qui apporte un grand soulagement surtout au P. Kollàr pour la visite régulière aux jésuites dispersés.

Avec l’entrée en charge de Monseigneur Laszlo Lékai comme Primat de Hongrie, on retrouve un peu de tranquillité et l’on peut remarquer une certaine détente. Ainsi, au cours des années 70, presque tous les prêtres religieux peuvent reprendre un ministère pastoral, d’abord comme auxiliaires, puis comme vicaires ou curés.

Dans le même temps, n’est plus considéré comme fait d’espionnage au service d’une puissance étrangère l’échange de correspondance comme celle du P. Kollàr avec le P. Arrupe, Général de la Compagnie. Et le 1er janvier 1977 le P. Kollàr peut enfin, suivant son souhait et celui du Père Général, aller trouver celui-ci à Rome et l’informer personnellement. Dix-huit mois plus tard, le 12 juillet 1978, le P. Arrupe rend visite aux jésuites de Hongrie. Evénement d’importance, moins parce que c’est la première fois qu’un Général des jésuites se rend dans ce pays, mais parce qu’il aplanit le chemin pour des voyages ultérieurs dans les deux sens et ouvre à la Compagnie des possibilités nouvelles, officiellement admises.

En premier lieu, une tâche à remplir dans le cadre de la maison de retraites ouverte en 1983 est officiellement admise : les prêtres chargés de donner les retraites seront choisis parmi les jésuites ! Cela, bien que la maison soit une institution de la conférence épiscopale avec un directeur nommé par le Cardinal Primat. Le simple petit fait que deux jésuites puissent prendre la parole dans une maison de retraites représente, pour les religieux opprimés depuis trente ans, le signe que l’existence de leur ordre est toujours reconnue et que l’on compte avec eux.

L’intensification des rapports entre Rome et la Hongrie se manifeste peu après la visite du P. Arrupe par de nouveaux voyages dans les deux sens.

Entre 1980 et 1984, douze jésuites hongrois peuvent prononcer leurs derniers vœux.

En juin 1985, le Père Général Kolvenbach passe quatre jours en Hongrie, prend contact avec la plupart des jésuites du pays et traite des principales tâches de la Province. Il a, avec le directeur du Bureau des affaires ecclésiastiques, un entretien d’une heure et demie, auquel n’est admis à assister, du côté de l’Église, que le Cardinal Lékai. Le Père Général qualifie la rencontre de positive et prometteuse.

Quand, en 1989, la Province reçoit la visite du Père Assistant d’Allemagne, le Bureau des affaires ecclésiastiques a cessé d’exister et on a levé l’interdiction pour les instituts cléricaux d’exercer leurs activités. Tout indique un mouvement de libéralisation et de démocratisation. Juste à temps pour la Province, dont la première section compte environ soixante-dix hommes, d’un âge moyen de soixante-quinze ans ! En quarante ans sont décédés plus de deux cents jésuites hongrois, dont deux tiers dans le pays, et celui-ci n’a donné quasiment aucune recrue.

Aujourd’hui et demain

Avec la fin du régime communiste une phase nouvelle s’ouvre, pour l’existence et l’activité des religieux. En ce qui les concerne, un tel changement ne se produit qu’en 1989, en l’espace de quelques mois, alors que, dans la vie politique du pays, une libéralisation s’opère depuis quatre ou cinq ans.

Sous les pressions qu’il subit, le régime se voit contraint de reconnaître pratiquement à l’Église son autonomie et son indépendance à l’égard de l’État. Le 30 avril 1989 est mis à la retraite Imre Miklos, le vieux chef du Bureau des affaires ecclésiastiques, et cet office cesse d’exister. Cette liquidation est le signal d’une foule d’initiatives en matière d’activités religieuses. A partir du début de 1989, le gouvernement notifie que plus rien ne s’oppose à la reprise de l’action des instituts religieux cléricaux : il s’agit d’une affaire intérieure de l’Église, relevant de la conférence épiscopale. Le 12 avril 1989, Monseigneur Nanda Takàcs, évêque auxiliaire chargé des rapports avec les religieux, réunit les supérieurs des instituts religieux masculins et féminins du pays pour traiter des premières étapes de la réorganisation de ces instituts et de la reprise de leurs activités. Au nom de la conférence épiscopale, il les engage à reprendre leur place là où ils ont œuvré auparavant.

Durant la quarantaine d’années écoulées, les jésuites, dispersés à travers tout le pays, ont entretenu de leur mieux l’esprit de leur ordre et le sens communautaire : grâce aux efforts inlassables des provinciaux successifs, le contact des religieux entre eux et avec leur supérieur a été maintenu. Mais, on l’a dit, les survivants de la section I sont très âgés ; leurs confrères de la section II atteignent un âge moyen de soixante ans.

Dès que la situation politique le permet - dans les années 70 - les visites en Hongrie de jésuites résidant à l’étranger se multiplient. Après le tournant décisif de 1989, le souhait est exprimé, surtout par ceux qui sont demeurés au pays, d’un retour définitif du plus grand nombre possible de confrères du dehors.

Depuis quelques années, la survie de la Compagnie se manifeste par quelques activités exercées dans des limites d’ailleurs bien étroites : retraites organisées dans une maison ouverte en 1983, conférences et cours de recyclage assurés par des professeurs d’université venus de l’étranger.

Suivant l’invitation adressée aux instituts religieux, le P. Provincial demande la restitution de huit des neuf résidences possédées autrefois. Il envisage d’affecter à chacune quatre religieux : trois anciens, capables d’assumer des tâches auxiliaires et de faciliter les transitions, et un rapatrié.

Une fois ouverte la perspective, rapidement élargie, du retour à la liberté du travail apostolique, les jésuites hongrois de l’intérieur et du dehors se sentent pressés de réfléchir, ensemble autant que possible, au programme d’action à établir. Ainsi, en juin 1989, se rencontrent près de Münich les jésuites hongrois résidant en Europe et en mesure de faire le déplacement. Leurs échanges aboutissent au sentiment qu’il faut servir l’Église de Hongrie en se chargeant de tâches que d’autres groupes ne peuvent remplir, en respectant les priorités typiquement jésuites.

La nécessité d’organiser un noviciat pour les aspirants reçus en Hongrie depuis le début de 1988 est urgente. On a la joie de voir de plus en plus de sujets qualifiés songer à entrer dans la Compagnie : souvent des prêtres ou des aspirants au sacerdoce, mais aussi des jeunes gens sortant de l’université ou d’écoles supérieures ; douze novices sont reçus en mars 1990. On espère naturellement une augmentation de ces entrées et l’on met en œuvre une pastorale des vocations. À l’automne 1989, le noviciat s’installe dans une résidence jointe à une église.

Il apparaît désormais normal de ramener à l’unité les deux « sections » entre lesquelles la Province est partagée. Réunification sans problème du point de vue formel ; sa réalisation effective suppose le rapatriement définitif du plus grand nombre possible de jésuites hongrois résidant à l’étranger. Or, depuis une quarantaine d’années, beaucoup de ces religieux s’y sont implantés ; intégrés aux Provinces qui les accueillaient, ils y remplissent des charges importantes, auxquelles on ne saurait les enlever sans dommage. Après si longtemps, ils seraient plutôt dépaysés en Hongrie, où ils n’ont passé que peu d’années de leur vie religieuse. Entre les anciens restés au pays et leurs cadets acclimatés à la civilisation occidentale risque de se faire sentir, avec l’écart des générations, une différence de mentalité.

À cela s’ajoute une difficulté matérielle commune à tous les religieux de Hongrie : le manque de maisons où se loger et travailler. Toutes les anciennes habitations des communautés auraient besoin d’une remise en état. Plusieurs sont si délabrées qu’il ne serait pas avantageux de les recouvrer. La plupart abritent provisoirement des gens qu’il faudra reloger ailleurs. La maison présentement occupée par le noviciat a bien été rendue habitable par des réparations d’urgence, mais elle ne peut héberger les novices qu’à titre temporaire. À Budapest il faudrait reconstruire les bâtiments voisins de l’église du Sacré-Cœur pour y établir les services centraux de la Province.

Il est d’autant plus nécessaire d’activer les travaux d’adaptation que la Province est pressée de promouvoir des entreprises importantes et fécondes pour la réorganisation de l’Église en Hongrie. Par exemple, la création d’un centre de formation où, entre autres compétences, des jésuites attachés à des universités d’occident viendraient contribuer au recyclage des prêtres, spécialement en matière scientifique, et où l’on aurait également accès à des bibliothèques. De plus il faudrait que ce centre puisse s’associer avec une université ou une école supérieure en vue de qualifications scientifiques à conquérir. Là devrait s’établir une sorte de « collège » pour le recrutement de la Compagnie. Quelques évêques préconisent la réalisation de pareil projet ; d’autres craignent que, lourdement chargés par leur ministère, les prêtres, ne trouvent pas le loisir de suivre des cours.

Dans le temps de la dispersion, les Provinciaux se sont efforcés d’entretenir à travers tout l’esprit de communauté. Avec la restitution des maisons, la réorganisation des communautés pose une question nouvelle. Depuis trois ans on dispose d’un immeuble adéquat : une habitation avec jardin à Budapest ; elle héberge six jésuites et elle est devenue un centre très fréquenté, comme l’église du Sacré-Cœur.

La Compagnie a obtenu le 8 décembre 1989 la personnalité civile. Depuis qu’elle a commencé à se réorganiser en Hongrie, quelques progrès sont acquis. L’activité de l’Église en fait de publications ne rencontre plus d’entraves. Le périodique A Sziv (Le Cœur) édité en Hongrie de 1915 à 1951 et depuis 1953 à l’étranger, a au moins partiellement regagné le pays ; il est rédigé et imprimé à Budapest et envoyé de là aux abonnés d’Europe.

Le 1er septembre 1989, les jésuites reprennent officiellement leur service dans les églises qui leur ont été restituées, celle du Sacré-Cœur à Budapest et quatre autres. Les évêques attendent des religieux une importante collaboration. Des appels viennent aussi de régions détachées de la Hongrie, par exemple en faveur des catholiques de langue hongroise de l’Ukraine carpathique (URSS) ainsi que de territoires cédés à la Yougoslavie.

Pour la Province, le recrutement est une question vitale. Depuis des dizaines d’années, dans différentes couches de la société mais surtout dans les milieux intellectuels, des jeunes animés d’un idéal religieux ont formé des communautés de base pour la pratique et l’approfondissement de leur vie chrétienne. Pour beaucoup de leurs membres ces groupes remplacent en quelque sorte les communautés religieuses interdites. Il est permis d’espérer que, l’Église retrouvant sa liberté, un nombre croissant de ces jeunes mettront à profit la possibilité d’embrasser l’état religieux.

Pour terminer, quelques mots touchant la situation au début de 1990. Un an a passé depuis la démarche de la conférence épiscopale demandant aux religieux de reprendre leur existence normale et leur travail apostolique. Elle rencontra un grand enthousiasme et fut suivie d’initiatives exemplaires. Dans la suite il fallut déchanter. En fait, tout se révèle plus difficile que prévu. Pourquoi ? Surtout parce que l’État, multipliant les promesses, fait attendre leur réalisation. En fait de restitution des immeubles et institutions, on enregistre fort peu de choses. Dans la plupart des bureaux administratifs, siègent encore des gens chez qui l’hostilité et un parti pris restrictif à l’égard de l’Église sont devenus une seconde nature. Ils ne sauraient changer de conviction et modifier leur attitude. Le remplacement de ce personnel ne s’effectue que très lentement. Chez les dirigeants politiques manque encore la volonté d’infléchir d’en haut le cours des choses en faveur de l’Église. On en reste à des promesses concernant des lois et arrêtés sans équivoques, qui permettraient une véritable évolution. Les dispositions arrêtées par le régime ancien restent en vigueur ; elles entravent les efforts déployés par l’Église pour un renouveau. « Nous nous sentons trompés et frustrés », a déclaré le Cardinal Paskai, le 20 mars, à la Conférence nationale pour les questions religieuses.

Ce qu’on peut espérer, c’est qu’après les élections politiques et la formation d’un nouveau gouvernement intervienne enfin une clarification et que des mesures concrètes soient prises au bénéfice de l’Église et des familles religieuses.

Kázlmán u.3.
H - 2081 PILISCSABA, Hongrie

Mots-clés

Dans le même numéro