Un périodique unique en langue française qui éclaire et accompagne des engagements toujours plus évangéliques dans toutes les formes de la vie consacrée.

Pauvreté chrétienne et pauvreté religieuse

Simon Decloux, s.j.

N°1990-5 Septembre 1990

| P. 315-330 |

On saura gré au P. Decloux d’avoir, dans cet exposé de facture classique, mis en évidence les aspects les plus spécifiques du vœu de pauvreté, à partir de la pauvreté chrétienne elle-même. La méditation du mystère pascal ouvre à la triple dimension de cette « logique de la kénose » : dépendance radicale (aspect d’obéissance), partage fraternel (aspect de chasteté), austérité de vie (aspect de gratuité). Le combat pour la justice et l’option préférentielle pour les pauvres s’éclairent d’une telle solidarité.

Dans un monde où la richesse – parfois révoltante – et la pauvreté – parfois tout aussi révoltante – sont beaucoup plus universellement connues que jadis et mettent en lumière des problèmes qui regardent l’équilibre même de l’histoire humaine, il est normal que les religieux s’interrogent sur la signification de la pauvreté qu’ils vouent à Dieu et sur la manière dont ils doivent être fidèles à ce vœu. Je voudrais dans un premier temps, en me fondant sur une simple lecture de l’Évangile, tracer une ligne qui cherche à donner au concept chrétien de pauvreté son sens propre. Je m’efforcerai ensuite, en revenant sur différents aspects de la pauvreté chrétienne, de dire quelque chose de ce que le religieux veut vivre dans ce domaine comme expression spécifique de son engagement.

La pauvreté chrétienne

La pauvreté religieuse n’est rien d’autre qu’une manière spécifique de vivre l’appel à la pauvreté adressé par Jésus à tous ceux qui veulent le suivre. Chasteté, pauvreté, et obéissance sont en effet des vertus proposées à tous ceux qui adhèrent à l’Évangile de Jésus : il n’est pas possible d’être chrétien sans être chaste, pauvre, obéissant, puisqu’il s’agit là de dispositions inscrites profondément dans la vie du Seigneur et dont il fait le don à ceux qui veulent le suivre. Il convient donc, avant de fixer notre attention sur la forme particulière que prend chez le religieux l’option pour la pauvreté, que nous rappelions brièvement ce que Jésus propose dans ce domaine à tous les chrétiens.

L’histoire d’Israël

Dans l’Écriture, on le sait, le mot « pauvre » ne désigne pas le seul manque des biens matériels. Mais l’idée d’une pauvreté « spirituelle », conçue uniquement comme attitude intérieure, n’est pas moins étrangère au monde biblique, qui ne conçoit pas l’esprit en dehors de son incarnation historiquement concrète. Le terme « pauvreté » désigne donc plus globalement, dans l’Ancien Testament, une situation d’infériorité sociale, celle qu’éprouvent les petits, les laissés-pour-compte, incapables d’assurer eux-mêmes leur propre défense, et par là si souvent objets de vexations diverses. Le pauvre biblique expérimente que son existence est sans défense en face des autres, et tend d’autant plus à se confier à Dieu.

Le pauvre, dans la mesure où il se sait opprimé par les hommes, sait aussi qu’il a à chercher auprès de Dieu même une protection pour sa propre vie. Ne pouvant pas mettre en lui-même sa propre confiance, il reconnaît qu’il a besoin de Dieu pour s’en tirer, pour « être sauvé ». Tel est le contexte que rencontre Jésus et dans lequel il accomplit ses miracles et annonce son message de salut.

Certes, au cours de leur histoire, les pauvres d’Israël, comme ceux des nations voisines, avaient bien dû chercher déjà une protection humaine. En Israël, comme dans l’Orient ancien, c’était avant tout la figure du roi qui s’était proposée pour prendre la défense du pauvre, de la veuve et de l’orphelin contre ceux qui abusaient de leur force pour les exploiter. Mais on sait quelle déception peuvent éprouver les pauvres lorsque celui qui devrait les défendre en faisant régner le droit se laisse prendre au mirage du pouvoir, de la force et de la richesse. En face des abus de la royauté, il n’y eut plus, pour les Israélites pieux, qu’à attendre la venue du vrai Roi, de celui qui, au nom de Dieu, viendrait instaurer un royaume nouveau, fait de justice et de paix. Celui qu’ils attendirent de plus en plus fortement fut l’« oint » de Dieu, celui qui devait venir établir un royaume différent de tous les royaumes de la terre.

La Pâque de Jésus

On comprend comment put résonner dès lors aux oreilles du peuple la béatitude de Jésus : « Bienheureux les pauvres en esprit, car le Royaume des deux est à eux » (Mt 5,3). Jésus désigne sa venue et sa présence au milieu du peuple de l’alliance comme la réalisation de l’espérance des pauvres par l’inauguration du Royaume de Dieu. Il est, lui, le messager de la Bonne Nouvelle promise par Dieu (Is 61,1s). Il est aussi celui en qui la Bonne Nouvelle s’accomplit.

Jésus peut dire que les pauvres sont bienheureux et que le Royaume de Dieu est à eux parce qu’il se présente comme le pauvre bienheureux, en qui et par qui commence à se réaliser le Royaume.

C’est dans sa Pâque que la béatitude est pour toujours offerte à ceux qui voudront lier leur vie et leur sort à ceux du Christ mort et ressuscité. Mais puisque toute la vie de Jésus peut être lue à la lumière de sa Pâque et comme une anticipation de celle-ci, puisque toutes ses paroles sont aussi les paroles qu’actuellement il prononce au milieu de nous pour nous associer à la Pâque, la proclamation de la béatitude des pauvres nous dit encore aujourd’hui que, dans notre pauvreté, se trouvent la source de notre béatitude et le gage de notre participation au Royaume. Elle nous le dit, en renouvelant dès lors notre regard sur le monde de la richesse et de la pauvreté et en nous provoquant à entrer avec plus de vérité dans la « logique » qu’énonce la béatitude de Jésus.

Pour pénétrer plus avant dans l’assimilation de cette « logique » révélée et proposée par Jésus, relisons dans l’Évangile de Luc l’épisode du jeune homme riche (Lc 18,18-27). Mais commençons par les versets 15 à 17 où il est question du Royaume réservé à ceux qui ressemblent aux enfants.

Car ce qui caractérise l’enfant, c’est le fait de ne pas compter d’abord sur ses propres forces, mais c’est aussi de savoir qu’il peut compter pleinement sur ceux qui lui ont donné la vie et qui veillent sur sa croissance. En faisant l’éloge de l’enfant, Jésus fait apparaître une singulière similitude entre cet enfant et lui-même, le Fils, l’enfant du Père. Le Royaume de Dieu appartient aux enfants : on ne peut y entrer que par la configuration à Jésus, à celui qui est depuis toujours et pour toujours l’enfant de Dieu, à celui qui exprime, dans son être même de Fils, la dimension fondamentale de sa pauvreté. Parce qu’il est Fils, Jésus sait devoir, en tout, dépendre radicalement de son Père, se recevoir de lui, ne pas pouvoir compter sur soi mais devoir mettre toute sa confiance en celui qui l’envoie. Telle est la forme la plus radicale de sa pauvreté, qui le dépossède de sa propre mission, de sa parole, de son œuvre. Mais c’est en étant ainsi dépossédé que Jésus peut aussi les accueillir pleinement, comme il reçoit sa propre vie de l’amour du Père, pour s’y livrer sans réserve jusqu’au bout [1].

Une pauvreté radicale

On le voit : l’épisode des enfants introduit à la découverte de la pauvreté radicale de Jésus. Le texte suivant, qui rapporte sa rencontre avec l’homme riche, déploie davantage les différents aspects de la pauvreté à laquelle le Christ Seigneur appelle tout chrétien disposé à le suivre.

Par rapport à la Loi, que l’homme a observée « dès sa jeunesse », en quoi peut bien consister la nouveauté de Jésus, sinon dans le don même de sa personne ? « Viens, suis-moi ». Jésus l’invite à partager sa propre vie, sa pauvreté de Fils. Il l’invite à marcher sur ce chemin de la Pâque où le Fils n’a d’autre volonté que d’abandonner au Père toute sa vie. Mais comment l’homme pourrait-il suivre Jésus dans sa Pâque, conformer sa vie à la logique filiale qui traverse la vie de Jésus, s’il n’entrait pas « d’abord » dans les deux autres aspects qu’énonce l’évangile de la pauvreté ? Car il y a une logique globale dans la vie de l’homme pauvre. Être pauvre, se reconnaître comme pauvre, c’est entrer dans une relation de confiance filiale à l’égard de Dieu, mais c’est aussi remodeler ses relations aux autres et au monde.

L’attitude qui est ici demandée est celle du partage : « Distribue-le aux pauvres ». Mais d’abord : « Vends tout ce que tu as ». Ton rapport au monde doit changer. Ce monde, vécu comme objet d’appropriation, de possession et de gain, habite-le désormais en renonçant à te l’approprier : « Vends tout ce que tu as ».

On sait quelle fut la réponse du riche. Ne le jugeons pas, puisque Jésus lui-même ne l’a pas jugé. Mais Jésus en profite pour réfléchir sur l’obstacle que représentent si souvent les richesses sur le chemin de l’homme, y compris de l’homme le mieux disposé. Les richesses que l’homme croit posséder, en fait le possèdent. Elles le tiennent et le retiennent sur le chemin de son devenir authentique. Face à cet esclavage, Jésus célèbre, en répondant à l’intervention de Pierre, les fruits de salut et de transformation que la voie de la pauvreté assure à l’homme.

Non pas en rendant à nouveau propriétaire, et propriétaire enrichi, celui qui a accepté de quitter les biens et les affections qui le retenaient pour adhérer de tout son être au Seigneur. Le centuple qui est reçu en cette vie est en effet « reçu » – et en rien « possédé » –, il est donc continuellement à accueillir, comme un don gratuit. Prétendre un jour « posséder » le centuple, serait retomber dans l’esclavage que représente la richesse possédée. Quant à la vie éternelle promise pour le temps à venir, n’est-elle pas le gage que ce qui est désormais accueilli n’est rien d’autre qu’une participation à la Pâque de Jésus : une entrée dans la vie avec le Ressuscité, grâce à l’union vécue avec lui, le pauvre bienheureux, dans la kénose de sa pauvreté ?

Ces diverses dimensions de la pauvreté évoquées par Jésus dans son invitation à l’homme riche ne sont rien d’autre – notons-le brièvement – que l’évocation de ce que révèle sa vie même de pauvreté. Car, si c’est dans sa relation d’enfant au Père, de qui il reçoit tout, que s’inscrit la radicalité de son être-pauvre, cet être pauvre se traduit aussi dans la forme du partage fraternel où il ne cesse de « nous enrichir de sa pauvreté » (2 Co 8,9), ainsi que dans la liberté qu’il manifeste à l’égard du monde, où il découvre le reflet de la gloire du Père, et qu’il habite comme sa demeure sans jamais prendre à son égard, y compris à l’encontre de l’invitation du Tentateur (Mt 4, 9), l’attitude de l’appropriation. Ne dira-t-il pas justement du Fils de l’homme qu’« Il n’a pas de pierre où reposer la tête » (Mt 9, 20) [2] ?

La pauvreté religieuse

Tout ce qui a été évoqué jusqu’ici à propos de la pauvreté évangélique redit le message de Jésus adressé à tous ceux qui veulent adhérer réellement à son appel, lui faire le don de leur foi, partager sa vie filiale et fraternelle conformément à la grâce de leur baptême. Il s’agit donc, au sens universel du terme, de l’appel à la pauvreté chrétienne.

Des formes variables

Certes, parce qu’elle est une vertu, parce qu’elle exprime un esprit, parce qu’elle jaillit de la présence en l’homme de l’Esprit du Seigneur, la pauvreté ne peut pas se réduire à quelques normes ou à quelques pratiques. Le chemin sur lequel engage l’appel à la pauvreté est un chemin sur lequel l’homme n’a jamais fini de marcher.

C’est aussi un chemin sur lequel chaque personne est appelée à s’engager et à avancer selon les modalités et le rythme qui correspondent à la présence du Seigneur dans sa propre vie. Il n’y a pas une manière, commune à tous les chrétiens, de vivre fidèlement l’appel évangélique à la pauvreté tel que Dieu l’adresse à chaque personne. La chose ne se vérifie-t-elle pas dans l’Évangile lui-même, dans les diverses rencontres que Jésus y vit ? Ce qui est proposé à l’homme riche, par exemple, n’est pas exactement ce que découvre Zachée, un peu plus loin dans l’Évangile de Luc (19,1-10), comme l’exigence personnelle née de sa rencontre avec Jésus, son sauveur.

L’appel à la pauvreté, et la forme que prend l’engagement concret à une vie de pauvreté évangélique, seront aussi variables en fonction des milieux socio-culturels où cet appel et cet engagement sont vécus. C’est que la pauvreté – qui dit explicitement rapport au monde – ne peut pas faire abstraction des contextes dans lesquels elle est pratiquée. Ce qui, dans certains pays riches, pourra signifier pour le chrétien une option indéniable en faveur de la pauvreté, ne pourra pas toujours être transposé dans un continent plus pauvre sans courir le risque de perdre une bonne partie de sa signification et de sa valeur incisive.

Mais si la vie de pauvreté peut ainsi se diversifier selon les appels personnels et les circonstances, c’est d’une autre diversité encore, ou plutôt d’une spécificité particulière dans la manière de vivre la pauvreté, que nous voudrions désormais parler. Comment les religieux en particulier sont-ils appelés à vivre, d’une manière qui leur est propre, la pauvreté chrétienne ? A quoi le vœu de pauvreté « oblige »-t-il le religieux ?

À notre époque

Disons tout d’abord que la spécificité de la pauvreté religieuse n’arrache pas totalement sa pratique à la diversité des circonstances de lieux et de temps. Les religieux tiendront donc compte, eux aussi, des conditions ambiantes pour déterminer certains aspects de leur vie de pauvreté. Cette adaptation aux circonstances extérieures – nous y reviendrons bientôt – n’est cependant pas sans risque pour la vérité même de leur vie de pauvreté. J’ajoute encore une remarque qui me semble de nature à stimuler de façon particulière la vie de pauvreté des religieux. Et elle explicite aussi la motivation de certains jeunes d’aujourd’hui lorsqu’ils choisissent la vie religieuse. Cette remarque concerne la sensibilité du monde actuel au témoignage de la pauvreté.

Connaissant mieux la réalité du monde dans son ensemble, nous savons aujourd’hui davantage quelle est la situation socioéconomique perverse du monde où nous vivons, de ce monde dans lequel s’affrontent de façon meurtrière l’âpre course au gain, l’appétit effréné des richesses d’une part, et la misère la plus odieuse, l’exploitation et la pauvreté les plus affreuses d’autre part. Le monde, notre monde se trouve ainsi déchiré par des injustices sans nombre, où les droits du plus petit et du plus pauvre risquent continuellement d’être écrasés et méconnus. Et cette domination violente du plus fort n’est pas sans faire naître parfois au coeur de certains la jalousie et le désir de vengeance.

C’est dans ce monde et pour ce monde que l’Église vit aujourd’hui et célèbre la Pâque de son Seigneur. Et c’est dans cette Pâque de Jésus qu’elle veut intégrer tous les drames, les morts et les souffrances des hommes, et jusqu’à leurs péchés – repris dans sa miséricorde infinie. Elle le fait en découvrant plus clairement sa vocation d’« Église des pauvres », d’Église « servante et pauvre ». Les béatitudes qui résonnent en elle lui donnent la joie de voir son sort intimement lié à celui des pauvres écrasés, abandonnés, méconnus, persécutés. Et dans cette Église, la vie religieuse perçoit à la fois la grâce qui lui est faite d’être associée à la Pâque de Jésus, et le défi que représente également pour elle la béatitude des pauvres.

C’est que, par vocation, les religieux sont associés de façon particulière à la Pâque de Jésus. Ne sont-ils pas appelés à traduire visiblement dans leur vie la réalité effective de cette Pâque, dans la mesure où, par leurs vœux, ils anticipent de façon déterminée leur mort – prise dans la mort de leur Seigneur – en renonçant à autant de biens qui caractérisent le devenir historique de l’existence humaine, afin que transparaisse dans leur vie la présence vivante et définitive du Christ dès à présent victorieux de la mort ? C’est ce que nous aimerions maintenant évoquer en décrivant la forme spécifique que prend chez les religieux la vie de pauvreté.

Cette description sera proposée en trois étapes, conformément à la triple dimension que révèle la pauvreté de Jésus, cette pauvreté dont lui-même veut faire le don à tous ceux qui, croyant en lui, choisissent à sa suite la voie de la pauvreté. À propos de chacune des trois dimensions déjà évoquées de la pauvreté, nous rappellerons tout d’abord ce que chacune entraîne comme attitude propre à l’existence chrétienne, pour déboucher ensuite sur la spécificité de la pauvreté religieuse.

Pauvreté et obéissance

– La vie de pauvreté se traduit dans une dépendance filiale. Nous l’avons souligné en parlant de Jésus et en indiquant dans sa relation au Père la racine même de la dépendance totale qui caractérise sa vie et qui est par là même la racine dernière de sa pauvreté.

Il ne peut dont y avoir de vie pauvre pour le chrétien si celle-ci ne reconnaît pas une radicale dépendance. Être pauvre, pour le chrétien, c’est renoncer à chercher en soi-même ses propres assurances, c’est donc accepter de se recevoir sans cesse d’un Dieu provident et bon.

On a parfois lié étroitement le thème de la pauvreté à celui de l’insécurité. Impossible, a-t-on énoncé alors, pour le religieux en particulier, de partager le sort des pauvres puisque, relié à sa famille religieuse, il ne sera jamais plongé dans l’insécurité de ceux-ci. On est ainsi affronté à la complexité du langage concernant la pauvreté, et en particulier à la complexité que revêt le terme « pauvre » lui-même. Pour faire bref, disons que le terme « pauvre » peut évoquer un mal ou un bien. Comme mal, la pauvreté est misère, et comme telle condamnable, méritant qu’on lutte pour la vaincre et pour l’extirper de l’histoire des hommes. Comme bien, la pauvreté est renoncement à soi-même, pour s’ouvrir à Dieu et aux autres en convertissant sa propre relation au monde ; et c’est parce qu’elle est un bien que la pauvreté ainsi entendue peut être exigée du chrétien et vouée – de façon spécifique – par le religieux. Or l’insécurité, par elle-même, n’est pas un bien et ne mérite pas d’être recherchée. Ce qui est un bien, par contre, – et un bien fié à l’aspect de la pauvreté que nous sommes en train d’examiner – c’est que nous ne cherchions pas notre sécurité en nous-mêmes mais que nous la recevions totalement de Dieu. C’est la foi dans la Providence de Dieu et dans sa bonté paternelle qu’évoque par exemple le texte évangélique de Matthieu 6,25-34. À partir de là, c’est-à-dire d’une sécurité mise en Dieu et rien qu’en Dieu, apparaîtront certes diverses formes de renoncement à des sécurités humaines, y compris certaines formes de proximité plus grande et de partage plus direct de vie avec ceux qui sont privés, par les circonstances douloureuses de leur existence, de tant de formes de sécurité sur lesquelles normalement les hommes devraient pouvoir compter. Ce qui est attendu du chrétien, en tout cas, et de tout chrétien, c’est qu’il mette d’abord sa sécurité, son assurance, sa confiance en Dieu, le reconnaissant comme son père, de qui il reçoit le tout de sa vie.

En quoi consistera ici la forme propre de la pauvreté religieuse ? Si ce qui est en cause, en ce premier aspect de la pauvreté, c’est la dimension de dépendance, et donc d’obéissance, que comporte la pauvreté chrétienne, il est normal de chercher la spécificité propre à cet aspect de la pauvreté du religieux dans la façon dont celui-ci a à vivre l’obéissance. Obéissant filialement à Dieu comme tout chrétien, le religieux veut cependant que son obéissance soit marquée de deux notes supplémentaires. Il veut que sa réponse à Dieu soit déterminée par les constitutions de la congrégation religieuse dans laquelle il est engagé, constitutions qui traduisent une manière spécifique de conformer sa vie à l’Évangile de Jésus. Il veut aussi que sa réponse filiale à Dieu soit déterminée non par les décisions de sa volonté propre, mais par ceux qui ont autorité pour diriger sa vie et pour la rendre désormais conforme à la volonté de Dieu sur lui.

Telle sera, de ce point de vue, la spécificité de la pratique religieuse de la pauvreté. Pour toute disposition et tout usage des biens de ce monde, le religieux sait qu’il doit s’en remettre à la bonté paternelle de Dieu en acceptant de vivre cette dépendance selon certaines modalités, indications ou exigences de ses constitutions ou de sa règle, et selon les décisions de ses supérieurs. Ayant renoncé par le vœu de pauvreté à toute propriété personnelle, le religieux ne peut plus vivre sa relation aux biens de ce monde qu’en fidélité à ce que prescrit sa règle et en se soumettant aux décisions de ses supérieurs ; ainsi également vit-il sa dépendance radicale à l’égard de Dieu.

Mais la pratique religieuse de la pauvreté peut-elle s’identifier sans plus à l’aspect de dépendance que nous venons d’évoquer ? Pour l’énoncer de façon fort simple : suffit-il d’avoir reçu la « permission » requise pour que ce que je vis (un voyage, un achat...) soit conforme aux exigences d’une vie pauvre ? Suffit-il, pour que le religieux vive correctement son vœu de pauvreté, qu’il demande les permissions qui lui viennent à l’esprit, quitte à accepter de bon gré les refus tout autant que les autorisations qu’il reçoit de ses supérieurs ?

On voit assez clairement, à l’évocation de ces questions, que la dimension de la pauvreté considérée jusqu’ici ne peut suffire à définir la vie de pauvreté du religieux. Autant cette forme spécifique de dépendance est un élément nécessaire de sa pratique de la pauvreté, puisqu’elle correspond à l’aspect d’obéissance que celle-ci inclut, autant elle est insuffisante à expliciter les exigences de son vœu.

Pauvreté et chasteté

– La vie de pauvreté se traduit aussi dans le partage fraternel. Cela a été explicité clairement par Jésus dans l’invitation qu’il fit à l’homme riche. Plus largement, faut-il dire, cela est explicité dans l’Évangile par tout le récit de la vie de Jésus. Homme-pour-les-autres, Jésus a vécu toute son existence, jusqu’à la mort, dans le partage et dans le don de soi.

Ce n’est plus ici l’aspect d’obéissance, inscrit dans la vie de pauvreté, qui est proposé à notre considération, mais plutôt – si l’on peut dire – l’aspect de chasteté que contient toute une vie vraiment pauvre. En d’autres termes, ce qui est ici mis en lumière, c’est l’aspect de communion, expression de l’amour mutuel, qui se vit dans le don et le partage des biens, autant que dans l’harmonie intérieure de ceux qui n’ont plus « qu’un cœur et qu’une âme ». Un des textes scripturaires qui peuvent ici servir de référence est celui des Actes des Apôtres, 2,42-48 (et aussi 4,32-35 et 5,12-16) où est évoquée la vie de la première communauté chrétienne de Jérusalem.

La lecture de ce texte offre l’image de la pauvreté telle qu’elle se proposait aux premiers chrétiens. Et tel semble bien être le modèle qui s’impose aujourd’hui encore à tous, en vertu de leur appartenance commune à l’Église et en vertu aussi de leur appartenance à une humanité que Dieu veut réellement fraternelle. Déclarer cette fraternité universelle, c’est cependant dire à la fois qu’elle n’exclut aucune personne humaine, qu’elle accepte et veut la solidarité avec tous, et aussi que le partage qui résulte de cette communion doit tendre à embrasser tout ce qui peut être partagé : les biens matériels, évidemment, c’est-à-dire tout ce que l’on a, mais aussi tout ce que l’on est, toute sa vie dans la mesure où celle-ci peut être mise au service des autres.

Disons encore ceci : le besoin éprouvé par autrui, la pauvreté dans laquelle il se trouve doit être un motif particulier, et un moteur, pour entrer dans la circulation du partage. Cette exigence est vécue en fait, à des degrés divers, dans bien des communautés chrétiennes aujourd’hui : aussi bien dans l’attention aux plus proches que dans la prise en charge de certaines nécessités de frères plus éloignés.

On ajoutera aussi, puisqu’il faut porter toujours davantage les fardeaux les uns des autres, que les chrétiens, sensibles aux souffrances inséparables de toute vie misérable, se sentent appelés à se dissocier de ce qui est à l’origine de ces maux. Ici s’ouvre pour eux, comme pour tous les hommes de bonne volonté, le monde immense de la promotion de la justice, dans laquelle les engagements des uns et des autres peuvent être différents, mais qui ne peut laisser aucun chrétien insensible. Le Saint-Père Jean-Paul II en parlait récemment encore, dans sa dernière encyclique sociale Sollicitudo rei socialis, en évoquant notamment l’existence de « structures de péché » qui demandent, comme le péché en général, un effort de conversion approprié.

Le défi posé au chrétien de ce point de vue est, pourrait-on dire celui de combattre avec un cœur de pauvre, capable de pardon tout autant que de revendications, le monde meurtrier de la misère où le pauvre est déshonoré et écrasé. Si les chrétiens vivent pauvres aujourd’hui et se libèrent de l’esclavage dans lequel les maintiennent trop souvent leurs richesses, ce sont les efforts de tous, les biens de tous, les talents de tous, c’est la prière et c’est la vie de tous et de chacun qui seront mis au service de l’avènement d’une société plus fraternelle, dans laquelle chacun puisse trouver sa place et être reconnu. Défi impossible, et pourtant exigence évangélique au nom de laquelle peuvent se faire de vraies expériences d’aide, de don, de solidarité.

Mettre tout en commun

Mais essayons de préciser à quel partage le religieux s’engage par ses vœux. Ce qui apparaît ici comme le centre d’éclairage de l’existence des religieux, c’est ce que la tradition a appelé la vita communis, la vie commune. Il y a en effet, au niveau de la communauté religieuse, une mise en commun qui est totale, sans réserve. Elle concerne directement les biens au sens habituel du terme, l’argent, tout ce qui a valeur matérielle. Le dicton bien connu l’énonce clairement : « Ce que le moine (le religieux) acquiert il l’acquiert pour son monastère (pour sa communauté) ». Le religieux met en commun avec ses frères tout ce qu’il reçoit ; et c’est de cette « richesse » commune qu’il attend que lui soit donné ce qui est nécessaire à sa vie et à son travail. Il n’y a donc plus pour lui de possibilité de s’approprier aucun revenu ni aucun instrument de travail. Nous disions plus haut quel défi représente pour le chrétien l’exigence du partage, ce qu’il peut faire pour y progresser ce sont tout au plus des pas faits dans la bonne direction. L’image de la communauté de Jérusalem où tout était mis en commun représente une sorte d’utopie ou d’exigence intérieure jamais pleinement accomplie. C’est cette « utopie » qu’ont reprise des idéologies récentes annonçant, sans le fondement qui est le Christ et sans le ciment d’unité qui est l’Esprit, l’avènement d’une société où serait vécue la mise en commun dans le partage général. En fait, c’est dans la vie religieuse – et là seulement – sur la base de la réponse libre qu’y donnent des hommes et des femmes à l’appel de l’Esprit, que se réalise le vrai « communisme ». On comprend dès lors pourquoi le texte des Actes des Apôtres a été si fréquemment repris comme modèle au moment où se fondaient de nouvelles familles religieuses.

Le partage inscrit dans la vita communis des religieux a, disions-nous, comme premier objet direct les biens matériels. Mais selon la description des Actes des Apôtres tel partage demande à s’élargir à toute la réalité de la vie, au « cœur » et à l’« âme ». Ce n’est donc pas seulement des biens que les religieux se dépossèdent en vertu de leur rassemblement communautaire, celui-ci les amène aussi à se déposséder de leurs idées, de leurs projets, de l’usage individuel de leurs talents, de leur temps, en fonction de leur participation à la louange commune, à la prière commune, à la mission commune. C’est donc bien tout un univers personnel qui est ici à perdre, à offrir, à partager. Et cela se vit en fonction de l’appartenance à la communauté. Car c’est là précisément que peut s’anticiper, au sein d’une histoire humaine habitée encore par tant de divisions et d’inégalités, la forme de la fraternité prêchée par le Christ, où librement tous acceptent d’être égaux et de prêter leur concours à la vie de l’ensemble.

Partager avec tous

Mais ici resurgit la question que nous posions à propos de la dimension de dépendance constitutive de la pauvreté chrétienne et religieuse : suffit-il que les religieux mettent tout en commun pour qu’ils vivent correctement et fidèlement leur vœu de pauvreté ? L’histoire ne manque pas d’exemples de monastères ou de communautés religieuses devenues riches. Il faut reconnaître à nouveau que tout n’a pas encore été dit concernant la vie de pauvreté.

Le religieux, s’il vit le partage d’une manière exemplaire au sein de la communauté religieuse, est appelé, avec toute sa communauté, à élargir ce partage à ceux du « dehors ».

Tout d’abord, une exigence de solidarité lie entre elles les communautés religieuses, celles qui disposent de plus de ressources étant appelées à aider celles qui sont davantage dans le besoin. Mais le partage va bien au-delà, et il devient sensible à tous les besoins et à toutes les formes de pauvreté qu’il peut contribuer à secourir. D’une part, le religieux sait que la fraternité qu’il lui est donné de vivre est une anticipation, un signe particulier de la fraternité universelle qui, étant l’eschaton, le terme ultime de l’histoire des hommes, doit déjà se traduire dans l’humanité d’aujourd’hui, en vertu de la présence parmi nous du Christ ressuscité, maître et rassembleur de l’histoire, et en vertu du don de son Esprit qui est lien d’unité entre tous. D’autre part, nourris de l’Évangile, les religieux savent que Jésus les ouvre avant tout aux besoins des plus démunis. C’est donc avec une grande justesse d’inspiration qu’un bon nombre de religieux s’efforcent de vivre aujourd’hui de façon plus manifeste l’« option préférentielle pour les pauvres ». L’histoire de la vie religieuse à travers les siècles ne met-elle pas en lumière combien de fondations sont nées, suscitées par le désir de veiller sur les besoins des pauvres, de leur prêter secours et assistance ?

Mais ce que les religieux découvrent aujourd’hui plus clairement, au sein de l’Église, c’est que le partage avec les pauvres ne s’épuise pas dans l’aide qui leur est apportée. Ce sont deux choses non identiques, même si elles peuvent parfois être vécues par les mêmes personnes, que le travail, l’engagement pour les pauvres, et la vie avec eux. Dans le premier mouvement, qui naît de la provocation évangélique et qui est inspiré par l’Esprit de Jésus, il n’est pas exclu que se vive parfois une certaine forme de paternalisme, incluant un sentiment inconscient de supériorité et une attitude de condescendance ; le second mouvement exprime plus directement la communion fraternelle. Les communautés religieuses ont donc multiplié à notre époque leurs insertions parmi les pauvres. Les religieux ont aussi voulu apporter leur contribution propre – à partir d’une expérience de la fraternité où tous sont accueillis et aimés – à l’effort de réflexion et de mobilisation qui est fait en différents secteurs de la promotion de la justice. Cela aussi fait partie de leur « option préférentielle pour les pauvres ».

Pauvreté et logique de la kénose

– Mais il y a un dernier point à ajouter. Ce qu’il y a de plus spécifique dans le vœu religieux de pauvreté, c’est le renoncement, inscrit dans ce vœu, à user et à administrer de manière autonome les biens de ce monde, voire à en conserver la nue propriété. Telle est en effet la définition canonique du vœu de pauvreté.

Cet aspect de la pauvreté religieuse a été au moins implicitement évoqué dans nos considérations précédentes. Si les aspects évoqués plus haut renvoyaient à une dimension d’obéissance et de chasteté dans la vie de pauvreté des religieux, nous avons désormais affaire à ce qui définit la pauvreté dans son essence propre. Celle-ci, en effet, dit rapport aux réalités de ce monde. Et c’est ici que la détermination canonique du vœu de pauvreté introduit dans une singulière kénose. Ce n’est pas un mal, certes, que de s’approprier l’univers, si cet acte se vit dans un mouvement qui se veut de service, de responsabilité, d’ouverture aux autres et – jusqu’à un certain point – de partage. Mais c’est à ce bien que le religieux est appelé à renoncer, pour inscrire dans cet aspect déterminé de la vie humaine, en communion avec la Pâque de Jésus, une anticipation de sa mort à tous les biens de ce monde comme biens propres et appropriés. Comme le vœu de chasteté rend en quelque sorte le religieux « incapable » de contracter mariage, comme son vœu d’obéissance le rend « incapable » de disposer de soi de manière autonome, ainsi le vœu de pauvreté le rend « incapable » d’administrer les biens et d’en user, voire d’en rester le propriétaire. Autant on ne peut considérer comme le dernier mot de la chasteté religieuse l’état de célibat et le renoncement au mariage, autant, faut-il le dire, le renoncement à administrer et à posséder les biens de ce monde et à en user de façon autonome n’épuise pas l’esprit de pauvreté qui s’y exprime.

Il y a en effet une logique de la kénose qui est appelée à se déployer dans toute la vie du religieux pauvre conformément à ce que fut la vie de Jésus, où s’exprimait une totale liberté par rapport aux biens. C’est cette logique de la kénose qu’il nous faut maintenant expliciter quelque peu. L’engagement du religieux dans la kénose du vœu de pauvreté a certes des repères que lui donnent ses constitutions et sa règle ; mais il s’agit aussi pour chacun d’un chemin de fidélité à l’Esprit, et d’un chemin qui demande à se concrétiser dans des décisions qui ne peuvent être les mêmes pour tous.

Il y a en tout cas, inscrit dans l’option du vœu de pauvreté, un choix qui va dans le sens d’une réelle austérité de vie. De façons diverses, les religieux auront donc à renoncer radicalement à leurs aises, à leurs commodités, à leurs intérêts propres. Comment pourraient-ils sans cela s’attacher à Jésus pauvre, auquel ils ont décidé d’adhérer pleinement ? Et comment pourraient-ils révéler, par leur vie même, ainsi qu’ils y sont appelés, la béatitude des pauvres inscrite dans la livraison d’eux-mêmes au mystère pascal de Jésus ?

Pour le religieux, comme pour le chrétien en général, le chemin concret de la pauvreté n’est pas tracé à l’avance ; et si, plus dans certaines familles religieuses que dans d’autres, la règle prévoit déjà certaines traductions précises du renoncement requis dans l’usage des biens, il reste toujours assez d’espace pour l’exercice d’une responsabilité personnelle en ce domaine. Dans le monde d’aujourd’hui, axé surtout en Occident sur la production et la consommation, le religieux – comme d’ailleurs, à sa façon, le chrétien – doit éviter de se laisser prendre au piège d’une relation possessive et finalement vide au monde matériel. Il s’efforcera donc de restreindre la consommation des biens plutôt que de l’étendre, allant ainsi à contre-courant des fausses valeurs de ce monde. Et en ce qui concerne la production, s’il doit, en pauvre, être appliqué au travail et éviter de perdre son temps, il sera libre aussi et désintéressé quant au « salaire » ou au « paiement » reçu en contrepartie de ses services. N’est-il pas essentiel qu’il manifeste sur ce point quelque chose de la gratuité propre au mystère de Dieu et de sa grâce ? Il y sera provoqué plus encore en tout ce qui appartient à l’ordre du ministère proprement dit : « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement ».

Il n’est pas de fondateur religieux qui n’ait perçu avec clarté le caractère décisif de l’option de pauvreté, à la lumière de l’appel de Jésus, puisqu’il s’agissait pour chacun d’eux, de tant de façons et pour s’offrir à tant de services, de suivre, pauvres, Jésus pauvre. On me permettra de terminer par l’évocation qu’offre saint Ignace de cette option pour la pauvreté ; d’autres pourraient l’exposer à leur tour conformément au charisme de leur fondateur. Lorsque, dans les Exercices spirituels, Ignace conduit le retraitant à se rendre de plus en plus disponible à l’esprit du Christ, il oppose cet esprit de disponibilité au Seigneur à l’esprit du monde ou de Lucifer. Et le premier point sur lequel divergent les deux esprits, c’est, pour lui, celui de la pauvreté. Lorsqu’il devra dès lors donner des directives sur la pauvreté à la Compagnie naissante, il choisira – terme d’un long discernement – de ne permettre à celle-ci, pour sa vie propre, le recours à aucun revenu fixe. Et voulant traduire en deux images de type différent – l’une de type guerrier et l’autre de type affectif – l’importance d’une réelle pauvreté pour la vie religieuse de ses fils, il écrira : « La pauvreté, ce rempart solide de la vie religieuse » (Const. n. 553 ; cf. n. 816), et « Tous doivent aimer la pauvreté comme une mère » (Const. n. 287).

Borgo S. Spirito, 5
I-00193 ROMA, Italie

[1Le Père Jacques Guillet a développé cet aspect fondamental de la pauvreté de Jésus dans Jésus Christ hier et aujourd’hui, Paris, DDB, 1963.

[2Dans la même étude sur la pauvreté de Jésus, le P. Guillet développe ces trois aspects : pauvreté à l’égard du monde, à l’égard des autres et à l’égard de Dieu. On y trouvera notamment de très belles évocations de ce qu’implique comme gratuité et comme liberté la pauvreté à l’égard d’autrui.

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