Un périodique unique en langue française qui éclaire et accompagne des engagements toujours plus évangéliques dans toutes les formes de la vie consacrée.

Marcellin Champagnat, fondateur des Frères Maristes

Édouard Blondeel, s.m.

N°1990-2 Mars 1990

| P. 83-95 |

« L’année Champagnat » qui s’achève en juin prochain nous donne l’occasion d’honorer, à travers le fondateur des Frères Maristes, la vocation de frère qui représente, aux dires du Père P.-H. Kolvenbach, « la vie religieuse à l’état pur ». On saluera aussi, au fil de ces pages ferventes, les attitudes éducatives et communautaires, la vigueur de la « seconde fondation », la dévotion ecclésiale, bref, une spiritualité mariale qui va jusqu’à susciter aujourd’hui un mouvement de laïcs désireux de partager ces richesses spirituelles. Un exemple qui donne à penser.

Les racines

Marcellin Champagnat est né en France, l’année même de la Révolution, le 20 mai 1789, à Marlhes, village de la Loire, au Rosey, non loin du Mont Pilat. Il est l’avant-dernier d’une famille nombreuse de dix enfants, ses parents sont d’honorables paysans.

Rien ne semble spécialement le préparer à sa mission future. Ses occupations sont celles des petits paysans de son âge. Il a du savoir-faire, de la clairvoyance et le sens de l’économie.

De sa mère, maîtresse de maison austère, il tient une piété solide. A cause des prises de position du père, chef de file de la Révolution dans son village, il est difficile d’imaginer une vie de prière intense dans la famille. La piété de Marcellin sera donc une piété personnelle.

Son père l’a habitué, dès l’âge de quatorze ans, aux multiples travaux de la ferme : menuiserie, maçonnerie, forge. Voilà qu’un jour un prêtre passe dans la famille. Il interroge les garçons ; devant ses questions, Marcellin se trouble, balbutie quelques mots. Le prêtre le prend à part et, après cet entretien, la voie de Marcellin est tracée : il sera prêtre, Dieu le veut.

En 1805, il entre au Petit Séminaire de Verrières. Vers 1812, nous le retrouvons au Grand Séminaire de Lyon. Il y a pour compagnons Jean-Marie Vianney, le futur curé d’Ars, et Jean-Claude Colin, artisan de la Société de Marie et véritable fondateur des Pères maristes.

Au Séminaire, il prend la résolution du chapelet quotidien. Il n’est pas, dès l’abord, l’élève modèle qu’on imaginerait, mais le chef de la « bande joyeuse », selon le mot d’un séminariste qui s’en souvient encore cinquante ans plus tard.

Les origines maristes

Se préparant au sacerdoce, Champagnat et quelques-uns de ses amis élaborent des plans pour une future association. Leur Directeur les approuve et les accompagne dans leur démarche. Finalement, ils se rendent au Sanctuaire de Fourvière pour confier leurs plans à Marie. Ils prendront bientôt le nom de Pères maristes : Champagnat en sera membre et co-fondateur.

Mais Champagnat commence à penser à une autre vocation : former des Frères qui seront catéchistes, instituteurs et s’occuperont des jeunes. C’est dans une visite à la Sainte Vierge qu’il a cette inspiration et il voudra que ses Frères se nomment Maristes. Il ne cesse de répéter cette idée et cette inspiration à ses amis. On l’écoute médiocrement. Comme il revient à la charge, ses amis finissent par lui dire de s’en occuper lui-même, puisque cela n’est pas inscrit dans leur plan primitif. De cette idée, qui lui fut personnelle, naît l’Institut des Frères maristes.

Homme de foi et d’action

Le 22 juillet 1816, à l’âge de 27 ans, Marcellin est ordonné prêtre. Il arrive à La Valla (Loire), le 15 août. Bonne date pour commencer un apostolat marial. Il se met immédiatement au service apostolique de cette paroisse très étendue qui compte soixante-deux hameaux. En même temps, il cherche des vocations de Frères. Bien vite, en effet, il découvre la misère culturelle et spirituelle des jeunes en milieu rural.

Un événement le bouleverse et va hâter sa décision : un jeune homme de dix-sept ans est à la mort. Marcellin, appelé auprès de lui, constate qu’il n’a jamais entendu parler de Dieu. Son idée de rassembler des éducateurs se précise. En novembre 1816, il a trouvé les deux premiers disciples : un ancien grenadier des guerres de Napoléon, Jean-Marie Granjon, et un adolescent de quatorze ans, Jean-Baptiste Audras. Il va leur parler de son projet et de l’événement qu’il vient de vivre. « Voulez-vous m’aider au service des enfants pauvres » ? Ils commencent à vivre en communauté, le 2 janvier 1817, la première communauté des Frères maristes est établie. Dès l’année suivante, Marcellin Champagnat les rejoint, et partage désormais leur existence pauvre et modeste.

Les petits frères de Marie

Tout est parti donc de La Valla, ce petit village de la Loire. Le Père Champagnat forme ces jeunes à la vie religieuse et apostolique. Le groupe s’agrandit rapidement et il envoie les premiers Frères fonder de nouvelles communautés dans des lieux où maires et curés les demandent.

Les Frères mènent une vie simple et très pauvre, austère et très fraternelle. Tous comptent à fond sur Marie. Cela se concrétise par quelques points très précis. Il y aura dans leur vie un espace assez grand pour Marie : le chapelet quotidien, quelques prières classiques de la dévotion chrétienne insérées dans la prière du matin et du soir : consécration à Marie, Angélus, Litanies de Lorette, « Souvenez-vous ». Plus tard, des circonstances plus difficiles amènent le fondateur à ajouter le Salve Regina. En somme, des pratiques bien connues de beaucoup de chrétiens. Le samedi est un jour plus spécifiquement consacré à Marie : les Frères jeûnent et font un catéchisme sur Marie, pour que, pendant leurs trois ou quatre années d’école, les enfants apprennent le mieux possible la vie de Marie, ses grâces exceptionnelles, ses fêtes.

Les Frères gagnent bien vite l’estime des enfants et de la population qui les reçoit. « Ils font la classe, non seulement en maîtres d’école, mais en apôtres », disait-on. Champagnat envoie des Frères faire le catéchisme dans les hameaux environnants ; il recueille aussi des orphelins. U laisse partir des Frères en Océanie, car il croit fermement que l’Évangile doit être proclamé dans toutes les nations. « Tous les diocèses du monde entrent dans nos vues », disait-il à ses premiers Frères et il continue à le leur dire.

En avant avec Marie

Marcellin Champagnat sera un des initiateurs du mois de Marie, dévotion inconnue à cette époque. Dans le petit livre dont il se sert pour établir cette pratique dans sa paroisse, il découvre une de ses expressions favorites : Marie, notre ressource ordinaire.

Oui, elle sera toujours pour lui et pour ses Frères « la ressource ordinaire ». Le raisonnement est simple : « C’est vous qui voulez cette société, car c’est votre société. Alors ? » Il sait que Marie est la toute-puissance suppliante. Il faut supplier avec elle sans craindre les difficultés. Il ne s’agit pas d’une dévotion à l’eau de rose. Par exemple : de 1820 à 1822, pas de vocations. Les Frères font des « neuvaines au pain et à l’eau », vont prier à un petit sanctuaire marial proche du village : « Si vous ne venez à notre secours, nous nous éteindrons comme une lampe qui n’a plus d’huile ; mais si cette œuvre périt, ce n’est pas la nôtre, c’est la vôtre. Nous comptons donc sur votre secours et nous y compterons toujours ». Marie va effectivement venir à son aide en lui envoyant un groupe de huit postulants pleins de bonne volonté, mais qui, en fait, n’avaient pas d’abord l’intention de venir chez lui.

Autre exemple : en 1823, Marcellin Champagnat va être bénéficiaire d’un vrai miracle. Perdu sans espoir dans une tempête de neige, il crie à Marie un « Souvenez-vous ». Un paysan a l’inspiration de sortir de chez lui et agite dans la nuit une lumière qui montre à Marcellin qu’une maison est là. A part cette faveur, pas de faits sensationnels dans sa vie, mais un accompagnement marial constant qui lui permet de dire : « C’est Marie qui a tout fait chez nous ». Plus tard, en 1840, mourant d’une maladie très douloureuse, il a assez de foi pour dire : « Qu’il fait bon mourir dans la Société de Marie ! »

Consacrés dans le Christ

Dieu a consacré Jésus de Nazareth par Fonction de l’Esprit et l’a envoyé pour donner la vie au monde. Par son mystère pascal, il consacre toute l’humanité au Père, établissant ainsi la Nouvelle Alliance.

Par le baptême, nous sommes engagés dans cette alliance : nous entrons dans la mort du Christ pour communier à sa résurrection ; nous cheminons avec lui et nous travaillons à la construction du Royaume de Dieu.

L’imitation du Christ est la loi suprême de notre consécration baptismale, la condition de notre épanouissement dans l’amour trinitaire. La participation au mystère de Jésus nous achemine vers la perfection de notre être et fait de notre existence un culte d’amour rendu à Dieu (Article 12 des Constitutions).

Marie, première supérieure

Selon une habitude que l’on retrouve dans d’autres familles religieuses, il appelle Marie « première supérieure ». Mais cela a pour lui des implications profondes. Seul fondateur des Frères, il a voulu de toute son ardeur contribuer aussi à fonder la branche des Pères dont il est devenu membre dès qu’a germé l’idée de la fondation. Cela pose un problème. Père mariste, il doit recevoir désormais toutes ses directives de son nouveau Supérieur Général élu, Jean-Claude Colin. Que deviendront ses Frères, dont il a porté seul le souci ? Sa manière de résoudre ce problème est de le porter devant Marie « première supérieure ». C’est ce qu’il fait le 18 septembre 1837, en donnant sa démission de Supérieur des Frères en ces termes : « Marie, ma tendre Mère, je remets purement et simplement entre les mains de Monsieur le Supérieur Général de la Société de Marie la branche des Frères qui m’avait été confiée en 1816 ».

Le 12 octobre 1839, tous les Frères profès sont appelés à choisir celui d’entre eux qui devra assumer, après le fondateur, la lourde responsabilité de l’Institut. C’est le Frère François qui sera élu, le petit Gabriel Rivat des toutes premières années. Il est âgé de 31 ans. Premier Supérieur Général de l’Institut des Frères maristes, il devient, aux yeux de tous, l’image vivante du fondateur. En juillet 1968, l’Église le proclame vénérable.

À la mort du Père Champagnat, le samedi 6 juin 1840, l’Institut des Frères maristes compte deux cent quatre-vingts membres. Aujourd’hui quelque 6.000 Frères se trouvent dans plus de mille établissements à travers plus de soixante-quinze pays. Le sang de nombreux martyrs a fécondé l’œuvre de Champagnat qui, sous la protection de Marie, se poursuit sans peur quels que soient les défauts, les échecs ou les critiques.

L’éducateur mariste

Humilité, simplicité, modestie sont les trois harmoniques qui façonnent la personnalité de l’éducateur mariste et sont comme le résumé très dense de toute la pédagogie de Champagnat et de ses Frères.

Transformé par ces trois vertus, qui sont devenues pour lui une seconde nature, le Frère mariste ne revendique aucun monopole que ce soit en matière d’éducation, sur le plan pédagogique ou apostolique. Ces attitudes, il les a reçues de son fondateur, qui les découvrit chez Marie, mère et éducatrice. Et s’il y a monopole, celui-ci se trouve simplement dans la démarche que vit le Mariste. En effet, l’éducateur mariste trouve dans sa référence à Marie, inspiratrice d’humilité, de simplicité et de modestie, une invitation constante à réviser sa relation vis-à-vis des jeunes et des collègues.

Humble, il est respectueux. Simple, il est cordial. Modeste, il est patient. Le résultat en est l’amour profond et vrai. Simplicité et grandeur, respect et proximité, c’est un ajustement constant qu’il met en pratique pour découvrir le ton exact et ne se laisser aller ni à la facilité d’un faux compagnonnage humain ni à la crainte paralysante d’exigences irritantes. Il offre son amitié, son exemple et sa présence, désirant ainsi élever à la seule relation véritable digne de lui et du jeune.

Comme son fondateur, l’éducateur mariste sent sa responsabilité, mais n’est nullement obsédé par son importance ; il sait qu’il a quelque chose à apporter au jeune, mais il sent aussi que celui-ci compte plus que ce qu’il veut lui apporter ; il s’engage très personnellement à son service, mais ne se prévaut pas de l’avance qu’il a sur lui.

Bref, la première démarche de l’éducateur mariste, plus que celle de la parole, est et sera toujours celle de la présence, le Frère vivant au milieu des jeunes, longtemps, avec eux. En toute simplicité, il apporte une présence fraternelle qui encourage et s’ouvre à tous sans distinction, avec pourtant une préférence pour ceux qui ne sont jamais préférés.

Frère, que dis-tu de toi-même ?

Toute vocation est d’abord alliance proposée par Dieu, et engagement avec lui, pour le salut des hommes ; dans la vocation d’un Frère, le plus important n’est donc pas sa mission éducative ou caritative, mais le dynamisme de son oui au Seigneur qui l’appelle : j’ai choisi Dieu parce qu’il m’a choisi.

On ne devient pas Frère pour combler une lacune. Trop de gens le pensent et raisonnent de manière simpliste : « Il manque des écoles » ou même : « Il faut des Frères ». Au nom d’une fonction de suppléance, on proclame la nécessité de Frères éducateurs enseignants. La motivation est ainsi très mal exprimée : la vraie motivation n’est pas l’école, mais un appel pour un service. La vocation de Frère ne s’identifie donc pas avec un travail professionnel. Elle le précède, le déborde et le pénètre.

Le Frère est signe d’une présence invisible et témoin d’un esprit filial. Il est signe du baptême vécu dans sa pleine logique. Il doit présenter, au regard de tous, le développement normal de la vie baptismale en vie théologale et en service franchement ecclésial. En somme, il doit offrir, en traits accusés, le visage convenant à un baptisé : non pas faire la leçon aux autres, mais être parmi les jeunes celui qui crée l’ambiance voulue et donne du dynamisme.

Le vrai signalement du Frère est l’intensité de sa vie avec Dieu ; il est consacré à Dieu et engagé dans l’action éducative pour développer et répandre autour de lui cette vie théologale.

Plus simplement et plus concrètement, le Frère dit de lui-même que « la vocation du Frère est un mode de présence de l’Église au monde, il est un homme de la rencontre ». Un Frère ne peut voir aucun enfant, aucun jeune, quel qu’il soit, sans apercevoir à travers lui le Christ lui-même auquel il s’est voué.

Un Frère, c’est quelqu’un d’aujourd’hui à qui le Seigneur dit : « viens », et qui ose répondre, en écho du fiat de Marie, un « oui » sincère.

La communauté mariste éducative

Selon une parole très pertinente et personnelle, fruit d’un long accompagnement et de beaucoup d’années de gouvernement, Frère Basilio Rueda, Supérieur Général de 1967 à 1985, définissait le Frère mariste en ces termes, qu’on peut qualifier d’existentiels : « Le Frère mariste est un être communautaire ».

Cette définition, vraie réalité, se retrouve d’une manière très explicite dans quantité d’articles des Constitutions. Bien des passages témoignent de cette qualité communautaire.

Notre apostolat est communautaire (Art. 82).
Toute la communauté se montre solidaire ; elle soutient et stimule chacun de ses membres dans son travail apostolique (Art 82).
Chacune de nos communautés, envoyée par l’Institut, exerce son apostolat en communion avec les pasteurs de l’Église et en collaboration avec les autres religieux et laïcs voués à la même tâche (Art. 80).
Engagés dans des institutions scolaires ou dans d’autres structures d’éducation, nous nous dépensons pour le Royaume, au service de la personne humaine (Art. 85).
Marie, éducatrice à Nazareth, inspire nos attitudes à l’égard des jeunes. Notre action apostolique est une participation à sa maternité spirituelle (Art. 84).

Tout comme Jésus, envoyé du Père, a accompli sa mission avec le Père, en communion aussi avec l’Esprit, consacré et guidé par l’Esprit Saint, le Frère mariste accomplit sa mission en communion avec ses confrères. Tous sont appelés à suivre le Christ et à continuer ensemble sa mission avec l’Église et dans l’Église.

Mais quelle éducation ?

Celle qui vise la formation intégrale de l’homme.

Celle qui prend en compte les exigences d’une actualité en constante mutation.

Celle qui éveille les jeunes au sens critique de la vie, les armant contre les pressions sociales, culturelles et politiques qui aliènent la liberté.

Celle qui brise les individualismes et pousse les personnes au dialogue et à l’action dans la communauté des hommes, au service des plus démunis.

Celle qui sauve de la faiblesse et du péché sous l’action du Christ et donne la force de l’engagement pour former des communautés d’Église.

Cette éducation est pour tout Frère mariste l’expression actuelle du désir du Père Champagnat lorsqu’il demande que ses frères visent à former « de bons chrétiens et de vertueux citoyens ».

Seconde fondation

Fidèle aux orientations et impératifs de Vatican II, fort d’un temps d’adaptation et d’expérience de dix-huit ans, l’Institut des Frères maristes, au cours du Chapitre général de septembre novembre 1985, se donne une nouvelle expression en parlant de seconde fondation. Et du coup, elle a droit d’entrée dans le langage des Maristes.

Ce Chapitre général, célébré dans une très grande communion fraternelle, accumule, comme en une Pentecôte, une vitalité nouvelle à travers des Constitutions, don de l’Esprit Saint. Désormais les Frères doivent répondre à un défi unique : donner corps, donner chair à des textes qui depuis plus de cent soixante-dix ans ont pétri des milliers de confrères, artisans des Béatitudes de l’Évangile.

Beaucoup d’articles de ces Constitutions de 1985 seraient à transcrire ici. En voici quelques-uns qui disent ce qu’est un Mariste aujourd’hui.

Être mariste aujourd’hui

Pour le savoir, ouvrons le livre des Constitutions au premier chapitre intitulé : « L’identité des Frères maristes dans l’Église ».

L’article 3, qui constitue le cœur de ce Chapitre - et même l’article-clé de toute la Règle de Vie des Frères - dit clairement ce qu’est être Mariste aujourd’hui.

L’amour que l’Esprit Saint répand dans nos cœurs nous fait partager le charisme de Marcellin Champagnat et tend toutes nos énergies vers ce but unique : suivre le Christ, comme Marie dans sa vie d’amour pour le Père et pour les hommes. Nous poursuivons cet idéal en communauté (Art. 3).

Les trois articles suivants éclairent et articulent cette identité du Mariste d’aujourd’hui.

Art. 4. En nous donnant le nom de Marie, le Père Champagnat a voulu que nous vivions de son esprit. Convaincu qu’elle a tout fait chez nous, il l’appelait Ressource Ordinaire et Première Supérieure.
Nous contemplons la vie de notre Mère et Modèle pour nous imprégner de son esprit. Ses attitudes de parfaite disciple du Christ inspirent et règlent notre manière d’être et d’agir.
Dieu ayant donné son Fils au monde par Marie, nous voulons la faire connaître et aimer comme chemin pour aller à Jésus. Nous actualisons ainsi notre devise : Tout à Jésus par Marie, tout à Marie pour Jésus.

Art. 5. Les trois vertus mariales d’humilité, de simplicité et de modestie nous viennent de Marcellin Champagnat. Ces vertus marquent d’authenticité et de bienveillance nos relations avec les Frères et avec ceux que nous rencontrons.
Volontiers nous mettons notre vie et nos travaux au service de l’Église et du monde, faisant le bien sans bruit. Conscients de nos limites, mais confiants en Dieu et en Marie, nous pouvons, comme le Fondateur, entreprendre et mener des œuvres difficiles.

Art. 7. La spiritualité léguée par Marcellin Champagnat est mariale et apostolique. Elle jaillit de l’amour de Dieu, se développe par le don de nous-mêmes aux autres et nous conduit au Père. Ainsi s’harmonisent notre vie apostolique, notre vie de prière et notre vie communautaire.
Comme pour Marie, Jésus est le tout de notre vie. Notre action, comme celle de Marie, reste discrète, empreinte de délicatesse, respectueuse des personnes.
À l’exemple du Fondateur, nous demeurons dans la présence de Dieu et nous puisons notre dynamisme dans les mystères de la Crèche, de la Croix et de l’Autel. Nous attendons de Dieu seul le résultat de notre travail, persuadés que : « Si le Seigneur ne bâtit la maison, les bâtisseurs travaillent en vain ».

En réalité, ces articles sont une réécriture et une confirmation de ce qui a été dit plus haut à propos de Champagnat et de sa fondation, à propos des premiers petits Frères et de l’apostolat de l’Institut.

Demain... tournés vers l’avenir

Mais tout n’est pas répétition. Il y a le devenir. Celui-ci est actualisé hardiment dans le dernier chapitre des Constitutions, qui parle de « La vitalité de l’Institut ». Il faut discerner les appels, est-il noté dans l’Article 168.

La fidélité à notre mission exige une attention continuelle aux signes des temps, aux appels de l’Église et aux besoins de la jeunesse. Cette attention nous facilite l’adaptation des structures et la prise de décisions courageuses, parfois inédites.

Fidèles à leur tradition, les Maristes retournent volontiers à une sentence propre aux fondateurs de la Société de Marie : « Recommencer une nouvelle Église ». Voici quelques flashes sur le programme qu’ils se sont tracé.

  • Vivre en état de fondation. Pour cela ils veulent pratiquer la présence d’amour et de communion fraternelle où ils sont appelés à vivre.
  • Acquérir le sens de l’Église. Pour atteindre à ce but ils s’imposent le chemin d’une double conversion : conversion pour l’Église et pour la vie religieuse.
  • S’ouvrir hardiment à la responsabilité et à la coresponsabilité. Comme leur jeune Fondateur, les Frères maristes oseront investir leurs possibilités matérielles et leurs capacités spirituelles.
  • Bâtir des communautés éducatives qui évangélisent. Cela veut dire, aller au-delà de bâtisses importantes ; offrir aux familles un projet éducatif où s’harmonisent foi, culture et vie. La communauté mariste éducative affirme vouloir partager sa spiritualité et sa pédagogie avec les parents, les collaborateurs et les autres membres de l’École ou de l’Institution.
  • Édifier un corps pluriculturel, dans un service fraternel. Seul ou avec d’autres personnes consacrées, en coopération avec une équipe de laïcs, l’Institut opte délibérément pour l’éducation intégrale de l’homme à l’école, dans les pays non évangélisés et dans les jeunes Églises. « Justice et pauvreté » seront deux points d’appui dans cette édification ou ce service fraternel.
  • Se recevoir ensemble et accueillir des vocations nouvelles. En effet, « La communauté est une grâce de l’Esprit-Saint. Rassemblés sans nous être choisis, nous nous recevons les uns les autres comme un don du Seigneur. » (Art. 63) et « Suivant l’exemple et les instructions du Père Champagnat, la communauté considère le jeune Frère comme une grâce de Dieu et une attention de Marie » (Art. 53).
  • Donner un espace à Marie. C’est une véritable découverte de l’importance de Marie comme « Mère de l’Église » et comme leur « Bonne Mère » qui s’opère au cœur de tous les Frères et de toutes les communautés maristes.

C’est dans la joie du Christ et la confiance fraternelle que les Frères maristes envisagent pour l’avenir ce programme discerné avec l’aide de l’Esprit de feu.

La Famille mariste Champagnat

Des laïcs collaborateurs et coresponsables dans les communautés éducatives et dans les œuvres maristes, des anciens élèves, des parents, des jeunes d’aujourd’hui, des amis des Frères se sentent de plus en plus interpellés et fascinés par la personne de Marcellin Champagnat. La spiritualité dont vivent les Frères et leurs œuvres, les captive, et ils désirent en savoir davantage pour s’en inspirer et s’en nourrir.

Tout un mouvement se vit et prend corps actuellement dans les régions et les pays où œuvrent des communautés maristes.

Mais pourquoi donc parler de Famille mariste ?

  • Parce qu’avec les Maristes, il s’agit d’une certaine manière de vivre l’Église, d’une nouvelle façon d’être dans l’Église. Il ne s’agit pas d’abord d’une tâche, mais d’une manière d’être.
  • Parce que, liés par un esprit, par un mouvement, laïcs et religieux trouvent dans cette réciprocité aussi bien les projets apostoliques que le soutien spirituel.
  • Parce que tous, membres du Peuple de Dieu, peuvent vivre - chacun différemment - leur vocation dans l’Église, tout en la menant à terme à la manière mariste.
  • Parce que Marcellin Champagnat permet aujourd’hui avec ses Frères, de vivre, dans la durée, la fidélité personnelle aux dons du Seigneur dans l’Église, pour servir tout simplement et être instruments des miséricordes divines.

A la demande réitérée des anciens élèves des Frères, l’Institut des Frères maristes a lancé en 1985 à travers le monde mariste un mouvement de laïcs. Les Frères proposent aux laïcs qui les approchent de partager avec eux leurs richesses spirituelles, et aussi de se nourrir de l’esprit de leur fondateur, Marcellin Champagnat, pour le vivre et le rayonner.

Depuis, le mouvement a démarré modestement un peu partout à travers de petites fraternités d’adultes, de jeunes et de Frères.

Des groupes de cinq à dix membres, Frères et laïcs ou laïcs seuls, se rencontrent chaque semaine ou chaque mois pour prier ensemble, partager un passage d’Évangile, approcher la vie et l’esprit du Fondateur et vivre quelques heures d’amitié.

Tout est dit dans les Constitutions, où nous lisons à l’article 164,4 : « La Famille mariste, extension de notre Institut, est un mouvement où entrent des personnes qui se réclament de la spiritualité de Marcellin Champagnat. Dans ce mouvement, affiliés, jeunes, parents, collaborateurs, anciens élèves, amis approfondissent l’esprit de notre Fondateur afin d’en vivre et de le rayonner ».

Rue de Linthout 91
B-1040 BRUXELLES, Belgique

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