Un périodique unique en langue française qui éclaire et accompagne des engagements toujours plus évangéliques dans toutes les formes de la vie consacrée.

« Toi, suis-moi ». Une vocation à l’épreuve

Guillaume Ndayishimiye Bonja

N°1989-2 Mars 1989

| P. 95-102 |

Faisant mémoire du chemin parcouru depuis son enfance chrétienne, un jeune Africain témoigne de la fidélité du Christ qui l’a conduit au ministère sacerdotal comme à la vie religieuse. Les mises en question n’ont pas manqué, dans un itinéraire apparemment tout tracé, ni les combats plus intimes, mais ces pages nous montrent à quelle profondeur se noue réellement le choix même de Dieu.
Nous remercions l’auteur et la revue Telema de nous avoir aimablement autorisés à reproduire ce témoignage.

Discerner l’authenticité d’une vocation religieuse ou sacerdotale n’est pas chose aisée. Comment faire l’unité de sa propre personnalité, c’est-à-dire la saisir comme identité, à travers les différents moments de crise, de contradiction ou peut-être même de vide ? Pour avoir quelque garantie de persévérance, surtout dans un monde qui connaît tant de fluctuations et d’inconstances, de mouvements et de changements, il est essentiel de s’appliquer à reconnaître sa propre identité et à réentendre l’appel originel et personnel : « toi, suis-moi »...

« Ne crains rien : désormais, tu seras pêcheur d’hommes » (Lc 5,10)

Comment m’apparaît la conviction d’être appelé à la vie religieuse et sacerdotale ? Reconnais-je dans ma vie, dès mon jeune âge, une certaine constante, une orientation éprouvée ou un fil conducteur, qui me permette d’apprécier positivement mon passé et d’hypothéquer, avec foi et décision, toute ma vie pour aujourd’hui et demain ?

En interrogeant ma vie, je constate que le Seigneur s’est employé, non seulement à faire naître ma vocation dès ma petite enfance, mais encore à la faire minutieusement grandir, déjà au moment où j’étais encore incapable de la questionner. Par la main des hommes et comme par enchantement, il m’a conduit et guidé dans un chemin de vérité où je suis encore heureux de vivre et où je continue à trouver la joie et la force d’avancer.

J’évoque des circonstances où je crois avoir reconnu l’action de Dieu en faveur de la vocation gratuite qu’il me proposait. Ma réponse, avant d’être mûre et réfléchie, personnelle et explicite, a très longtemps suivi mon intuition et mes affections. Le Seigneur veillait sur moi, dans mes rêves d’enfant et dans mes aspirations d’adolescent. La main de Dieu m’a saisi et conduit, alors que je vivais encore dans l’inconscience.

En fin de compte, pour édifier ma vie et me réveiller à la conscience de son appel et de son amour, le Seigneur n’a ménagé aucune circonstance. Je suis né dans une famille chrétienne qui avait dû elle-même travailler longtemps à son propre baptême. J’ai été baptisé le huitième jour, dispensé du catéchuménat... Très jeune, je me suis attaché à la prière et à la messe. Toute l’école primaire durant, presque tous les matins, je faisais volontiers huit km pour aller servir la messe chez les Sœurs. J’aimais entendre les novices chanter les Laudes ou les Vêpres. Je me suis trouvé à l’aise à l’autel. Assez tôt, j’ai gagné la sympathie et l’affection des hommes de Dieu. Je me suis laissé envelopper par toute la dévotion religieuse de ma paroisse ainsi que par son amour pour le prêtre. Avec avidité, j’ai assisté à tant d’ordinations et de professions religieuses dans cette même paroisse ! Tant de prêtres m’ont accueilli, estimé, édifié. Mon grand frère - le fils aîné de mon père - est mort séminariste en 1963. A force d’intérioriser cet événement, en l’interprétant comme signe de Dieu, j’ai fini par renoncer à mon premier projet de me faire enseignant ; je me suis senti désigné pour m’offrir généreusement à la place de mon frère.

Maintenant, je sais que ma conscience d’enfant répondait également au désir et au vœu de mes parents. Au séminaire, j’ai joui de la bonté de tant de prêtres. J’ai découvert le dévouement et l’intériorité priante de tel Père, sa foi et son amour d’homme de Dieu. J’apprécie l’esprit de service et d’amour que ces moments ont éveillé en moi. Par ailleurs, dans un pays où il n’y avait guère qu’une chance sur dix de terminer les études secondaires, le Seigneur a béni mon travail intellectuel. Pendant tout mon petit séminaire, n’éprouvant aucune difficulté ni personnelle ni familiale, je n’ai pas eu à remettre en question ma vocation sacerdotale. Tant de gens se sont attachés et ont porté aide au petit séminariste que j’étais. Leur amour, leur encouragement et leur attente m’ont fait grandir.

« Être plus »

C’est pour « être plus » que j’ai songé à la vie religieuse, à la « voie de la perfection ». C’était la théologie et le langage d’alors ! Peu après, j’ai su que la perfection n’était pas un monopole des religieux mais l’idéal de tout chrétien. Et cet idéal est toujours objet de combat. Si la perfection est proposée à tout chrétien, pourquoi ai-je continué à opter pour la vie religieuse et pour la vie sacerdotale ? Je tiens la voie du ministère sacerdotal et de la vie religieuse comme un chemin où, moi, je puis réaliser le plus adéquatement et le plus facilement « mon-être-avec-Christ ». C’est mon mode de réponse à l’appel lancé à tous.

Chemin de facilité ? Hum ! En tout cas, chemin de paix et de consolation ! Un climat socio-politique de haine et de rivalité m’a viscéralement répugné, appelant en moi un désir d’amour et de réconciliation autant que d’ouverture, d’universalité et de dépassement. Une situation d’oppression et d’injustice m’a fait aspirer à prendre le parti du faible et du persécuté. En la vie religieuse au moins, j’ai trouvé un foyer où couver et faire éclore mes bouillonnantes aspirations à la paix et à la justice. A cet égard le Seigneur m’a béni et comblé. J’ai été accueilli par la sollicitude des compagnons, porté par leur amour et leur affection. J’ai appris à haïr la haine, pendant que l’élection divine m’avait fait échapper à la guerre et peut-être à la mort. J’ai été convié au pardon et à l’amour.

J’ai eu une joie intense à servir et à vivre avec des miséreux, des handicapés et des petits. De surcroît, l’amour que j’ai reçu des plus pauvres a revigoré ma foi. C’est dans la Compagnie de Jésus que j’ai réalisé au plus haut point la richesse de la communication ou de l’ouverture, la joie de la gratuité dans le donner et le recevoir, la paix de la réconciliation et la sortie de mon égoïsme.

Conscience de suivre quelqu’un qui marche devant moi

Après douze ans de vie religieuse, quand je fais une halte pour évaluer le chemin parcouru et rendre grâces au Maître de la Vie, je m’interroge sur le secret de mon adolescente persévérance. Au cœur de mon cheminement, s’est dressée avant tout la fidélité de Celui qui m’a appelé à sa suite. Après coup, je perçois ce que je crois être la sollicitude de Dieu dans ma vie, aussi bien dans le tissu de mes relations avec les autres que dans mon dialogue intime avec Christ. Une attitude primordiale d’attachement à mon propos de suivre Christ m’a assuré une fidélité relativement stable. La crainte de tomber et de décevoir m’a tenu en éveil. Puis la joie de la maîtrise dans mes moments de faiblesse et de fatigue, la dissipation providentielle de certaines de mes angoisses désespérées et le soutien de tant de personnes, m’ont procuré beaucoup de courage. Enfin, les temps forts de foi, d’amour et d’espérance dans ma vie m’ont donné une solide certitude de « suivre » Quelqu’un ; ils me servent toujours de points de repère...

Un parvenu ?

Je ne me crois pas ni ne me sens un parvenu. Bien au contraire, je sens peser sur moi toutes les exigences d’un « être plus » ou d’un « continuer-à-être ». La bataille de la vie est à point en ce moment, il ne faut pas déposer les armes de la lutte. J’entrevois la lassitude et la peine, l’angoisse et la souffrance, la croix et la mort. J’ai une joie amère et un courage menacé, mais je suis prêt à poursuivre la marche. Accepter d’aimer, c’est accepter de souffrir. N’est-ce pas dans la souffrance qu’une mère enfante l’être le plus parfait et le plus beau de la création ? Ma conviction est que la souffrance est une voie obligée pour engendrer quelque chose de beau et de parfait.

« C’est moi. N’ayez pas peur » (Jn 6,20)... « N’aie aucune frayeur devant eux : car je suis avec toi pour te protéger... » (Jr 1,8)

Combien de fois, en réfléchissant sur ma vocation, n’ai-je pas eu la tentation de la rejeter ? Ai-je manqué de courage ou de raisons pour le faire ? De fait, dans des moments d’angoisse, d’inquiétude, de déception, de solitude ou de désolation, j’ai ressenti, comme Job dans sa souffrance, des doutes intimes en mon cœur et le silence de Dieu. Mais dans mes moments de lucidité et de grâce, la voie sacerdotale s’est présentée à moi comme une invitation et un défi, aiguillon pour ma générosité, morsure pour mon amour-propre. Elle réclamait de moi une réponse libre et généreuse. N’allais-je pas répondre ? Allais-je passer pour un lâche ? Puis survenait la peur de rompre sans discernement suffisant et, par le fait même, de me tromper sans pouvoir revenir sur ma décision !

Que de raisons n’ai-je pas invoquées pour tenter de remettre en question ma vocation ! Une vocation, quand elle est née, peut grandir mais elle peut aussi mourir. Pour croître, elle a besoin d’être nourrie et entretenue. Je n’ai pas accepté la mort de ma vocation. La rupture d’avec la vie religieuse n’est restée pour moi que vaine tentation. Plusieurs subtilités ont envahi mon esprit en recherche de maturité.

Je me disais, par exemple : le Seigneur ne pouvait pas - tout de même - m’appeler si jeune, si irréfléchi. Ma vocation immature, comment aurait-elle été authentique ? n’était-elle pas le vain et passager résultat de mon caractère impulsif ? Mais le Seigneur appelle aussi des gens qui ne savent pas encore le reconnaître, tels Samuel et Paul de Tarse.

Quelquefois je me suis surpris à penser que cette vocation n’était que le fruit de ce mouvement de masse croyante - de religiosité populaire - pareil à l’effet de l’endoctrinement donné à des illettrés dépourvus de sens critique. Je me révoltais contre les couvents et les séminaires. Mais finalement, je me suis convaincu que la sagesse et les chemins de Dieu défiaient la logique et la critique. Bien sûr, ma vocation reflétait aussi mon contexte socio-religieux, mais pouvais-je renier mon passé ?

Une évasion ?

Ai-je choisi la voie sacerdotale et religieuse pour fuir la misère, le mal socio-politique de mon pays, la responsabilité familiale, la vie professionnelle ?... De fait, je me l’entends souvent dire. Puis-je prendre ces propos au sérieux ? J’ai préféré, dit-on, et moi-même, emporté par le vent d’irréflexion, je serais enclin à le penser ; j’aurais opté pour le luxe, la vie sans peine, la sécurité du lendemain. Mais pourquoi, alors, tout le monde ne choisit-il pas cette vie estimée être de tout repos ? Tout le monde n’est-il pas épris d’un bonheur assuré et d’un lendemain sans risques ? Moi, je m’aperçois que j’ai fui le malaise, mais aussi la haine. Je me suis dressé peut-être contre l’étroitesse d’esprit ou la fermeture de mon clan, de ma tribu, de ma culture, de ma nation. C’est que je cherchais l’ouverture et l’altérité dans la sécurité et le bonheur. Oui, apparemment, j’ai fui la misère et la haine, mais aujourd’hui je le comprends : je cherchais Dieu, je m’envolais vers lui ; le malaise du monde me poussait vers lui ; je le cherchais sans vraiment le connaître, et je ne m’en rendais pas compte. Mais lui m’attirait et, caché derrière ma conscience et mon aspiration intérieure, il me montrait le chemin qui mène à lui. A travers ma propre voix intime, il me parlait avec des mots d’homme. Je ne savais pas encore qu’il me protégeait et me mettait à part pour être son bien. Je ne savais pas encore où j’allais, mais lui le savait. Peu à peu, il m’a séduit. J’ai appris à le connaître et à le reconnaître. J’ai reconnu son doigt et ses droits sur moi.

« Va, prophétise : parle à ce peuple... » (Is 6,9)

Voici que dans mon option pour la soi-disant sécurité, le Seigneur m’a réservé une surprise ! Il m’a proposé de retourner dans les situations difficiles de misère, de peine et de haine, pour y être son messager, son prophète, son missionnaire. A la misère et à la pauvreté des hommes, mes frères, je dois apporter la richesse de Dieu. Retourner à mon peuple, l’affronter et lui parler en face. Comme Jérémie, je suis appelé à aller vers lui, sans crainte, pour prophétiser, lui dire en face son malheur et son péché. Le prophète ne dit pas toujours un oracle de bonheur. Quoi qu’il en soit, nul prophète n’est accepté par sa nation. S’il annonce le malheur dans des moments de quiétude, on le prend pour un faux prophète : Jérémie contre Hananya ! S’il annonce la délivrance dans une situation d’oppression et de misère, quelles chances a-t-il d’être écouté ou cru ? « Me croiront-ils » ? Voilà peut-être la question qui angoisse tout prophète. Quelle sécurité, quelle assurance Dieu donne-t-il ? Devoir affronter les railleries et le mépris des gens, et peut-être même la haine, la prison et la mort ! Mon Dieu, est-ce trop peu ?

« Mais gardez courage ! J’ai vaincu le monde » (Jn 16,33)

Pour refuser la tâche du Seigneur, quelles échappatoires n’ai-je pas cherchées ? Les ennuis de santé, le ‘ne-pas-savoir parler’ (l’aphasie) - Jérémie disait : ‘je ne suis qu’un enfant’ - les devoirs envers ma famille, la difficulté du célibat consacré ! J’ai invoqué comme entrave mon attachement à l’avoir, au pouvoir et au savoir. Je me suis effrayé un moment devant les exigences de la pauvreté, de la chasteté et de l’obéissance. J’ai eu peur que ces conseils évangéliques ne m’assujettissent au lieu de me rendre libre. J’ai eu peur d’être un paria plutôt qu’un élu de la société. Ainsi je me voyais mourir sans avoir assez vécu. J’ai crié de toutes mes forces que le Seigneur m’éloignât de cette mort. Je me suis presque livré à la Mort pour échapper à cette mort. Mais « la grâce de Dieu me suffit ».

La foi, une semence qui germe et grandit

Des problèmes de foi m’ont également tourmenté. J’ai craint de ne pas suffisamment croire en l’eucharistie et en la résurrection, et de devoir pourtant prêcher, expliquer et témoigner de ces mystères sans les sentir intimement comme partie intégrante de mon existence chrétienne. Le Seigneur m’a fait comprendre que déjà une petite foi suffisait pour commencer à en témoigner et que le surcroît de foi suivrait. La foi, on ne l’acquiert pas une fois pour toutes. C’est comme une semence qui germe, il faut du temps pour qu’elle grandisse : elle ne porte pas des fruits du jour au lendemain. J’en suis sûr, Christ s’est occupé et s’occupera encore de faire grandir ma foi, certes non sans ma collaboration !

Témoigner de la victoire de l’amour

De plus, l’immensité du monde et l’étendue de la haine à convertir à l’amour m’ont franchement épouvanté. Il m’a semblé, plus d’une fois, que le mal et la souffrance l’emportaient sur l’amour et le bonheur. Me faire le héraut de l’amour n’était-ce pas m’engager à plaider pour une cause manifestement perdue d’avance ? Non ! Je n’allais pas me faire le prophète du bien contre le mal, de la paix contre la guerre, de l’amour contre la haine ! Faut-il se donner tant de peine pour aller à contre-courant de l’expérience crue, criante et cruelle de l’homme du 20e siècle ? La pauvreté vaudrait-elle mieux que la richesse ? Mais toutes ces questions sont de tous les temps. Job et le psalmiste en sont de sages témoins. Toujours est-il que j’ai crié pour que Dieu envoie les autres faire l’avocat et le prophète de salut par ces temps désespérés de nos jours ! Mais dans un moment d’intense foi, je ne sais comment, j’ai pris le risque de croire ; j’ai fait un saut dans le vide, j’ai assimilé la parole du Seigneur : « Qui croit en moi ne mourra pas. » Je crois, avec Christ, que la vie est plus forte que la mort.

« Me voici, envoie-moi » (Is 6,8)

Pécheur moi-même, j’ai manqué d’humilité, j’ai tremblé à l’idée d’être de cette sainte Église - à vrai dire pécheresse - cet homme officiel que tout le monde montre du doigt. Je ne voulais pas et je ne veux pas être l’un de ceux que des gens appellent avec mépris : « calotins », ou curés. Me faire solidaire de « ces grenouilles »... Non je ne voulais pas être l’un de ces « trafiquants de messes et de chapelets ». En homme honnête, me disais-je, moi, je ne pouvais pas. Autour de moi, j’ai vu des compagnons déposer leurs armes et renoncer aux Ordres sacrés qui, d’ailleurs, aujourd’hui, ne comportent plus le même prestige que dans le temps. « Ceux-là ont vu clair » ! Ainsi disent-ils, ainsi dit-on. J’ai eu la tentation, moi aussi, de me dégager et de suivre le mouvement des autres. Le Seigneur m’a mis au pied du mur. Il m’a ramené à la réalité initiale de son appel tout à fait personnel. Moi et non un autre, je me trouvais en face de lui et je devais lui répondre. Comme au début où il m’avait appelé par mon nom, ce jour-là, il me disait encore : « toi, suis-moi ! » Peu importe ce que font Jean et les autres ! Il m’invitait à accepter la réalité humaine, parfois trop humaine de ses hommes. Il m’appelait, moi, à le choisir radicalement et personnellement. Il allait me confier une mission, celle de donner ma quote-part pour remettre en état la forme de son image bafouée et défigurée dans son Église. Une fois de plus, j’étais interpellé dans ma générosité. L’invite était si pressante mais aussi si suppliante - me laissant à mon entière liberté - que je n’ai pas eu le cœur de refuser. Alors j’ai dit : « me voici, moi aussi, je viens ». Finalement, j’ai un faible pour Dieu.

« Il y a plus de joie à donner qu’à recevoir » (Ac 20,35)

Je ne le regrette point. Le Seigneur m’a conduit sur le chemin d’une joie discrète et d’un bonheur intime délicieux. Je tiens le sacerdoce comme un don gratuit de Dieu, une faveur à accueillir avec joie mais aussi avec humilité. Pour moi, la dimension la plus belle du don sacerdotal est de pouvoir être et demeurer avec Dieu, tout proche et de manière spéciale, comme son représentant. C’est pourquoi la vocation du prêtre trouve son sens et son moment privilégié dans le mystère eucharistique. C’est là, en effet, que le prêtre est spécialement choisi, du milieu des hommes, non seulement pour être avec Dieu et l’accompagner dans son sacrifice de communion et de réconciliation, mais aussi pour le présenter et le représenter auprès des hommes, avec une parole et un geste qui témoignent... Si donc Dieu se présente au monde en disant : « Me voici tout entier, tout à vous, je vous suis offert, faites de moi ce que vous voulez, mangez-moi et buvez-moi, à votre aise », son représentant, le prêtre, a la vocation d’actualiser ces paroles et de les rendre efficaces par son geste, non seulement de donner Dieu mais également de se donner soi-même. La mise enjeu de sa propre personne pour le sacrifice le fait crier : « Il y a plus de joie à donner qu’à recevoir » (Ac 20,35).

« Une chose qu’au Seigneur je demande, la seule que je cherche » (Ps 27,4)

S’il y a une grâce que je demande au Seigneur, c’est de garder ce contact permanent avec lui et de pouvoir me donner en sacrifice comme son authentique représentant. Je ressens une joie immense de me savoir dans son amitié. Mon vœu est d’y demeurer tous les jours de ma vie. Comme lui, je voudrais souffrir profondément de la souffrance des hommes et me réjouir de leur félicité. Béni soit le Père de Jésus-Christ maintenant et toujours.

B.P. 3 Cyangugu
RWANDA

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