Un périodique unique en langue française qui éclaire et accompagne des engagements toujours plus évangéliques dans toutes les formes de la vie consacrée.

Formation à la vie séculière consacrée

Maria-Teresa Gapio

N°1988-4 Juillet 1988

| P. 228-246 |

Nous proposons à nos lecteurs ce document de synthèse, venu des pays de l’Est, sur la formation dans les instituts séculiers. Considérant l’objectif et les modes de la formation, ces pages déploient les différentes étapes de la vie consacrée dans le monde, jusques et y compris la période qui suit la mise à la retraite. Si certaines conceptions semblent proches de la vie religieuse, on notera la spécificité de l’apostolat dans et par la profession, qui est propre à ces instituts. Remarquable également, ce qui est dit des tentations et des épreuves rencontrées, d’où il peut résulter un approfondissement du don à Dieu.

Les Instituts séculiers (...) comportent (...) une authentique et complète profession des conseils évangéliques dans le monde, reconnue par l’Église. Cette profession confère une consécration à des hommes et des femmes, laïcs et clercs, vivant dans le monde. Ceux-ci par conséquent doivent tendre avant tout à se donner entièrement à Dieu dans une parfaite charité. Ces instituts garderont leur caractère propre et spécifique, celui de séculier, afin de pouvoir exercer efficacement et partout dans le monde et comme à partir du monde l’apostolat pour lequel ils ont été suscités.
Décret « Perfectae Caritatis », 11

But de la formation

L’institut séculier a essentiellement pour fin l’approfondissement de la formation chrétienne en général, l’entraînement à la pratique de plus en plus réelle des vœux, prononcés conformément au charisme propre à l’institut, et la prise de conscience de l’importance de l’influence évangélique à exercer dans le milieu familial, professionnel et social.

La formation chrétienne consiste avant tout à façonner la personnalité d’un chacun dans une perspective eschatologique. L’éducation chrétienne vraie tend à la formation de la personne humaine en vue de sa destinée éternelle, affirme le Décret sur l’Éducation chrétienne, au numéro 1. Cette éducation exige un effort constant, une totale ouverture à Dieu et une soumission absolue à son action. Se former, c’est d’abord accepter en toute humilité son insuffisance, ses limites, son penchant au péché. C’est en même temps s’engager à une vie rigoureusement conforme à l’Évangile, pour permettre au Christ de grandir en nous. L’effet en sera le don total de la personne à Dieu et aux hommes pour le salut du monde. En répondant ainsi par l’amour à l’amour de Dieu, on participera d’une manière plus profonde à la vie de la Sainte Trinité.

Répondre à l’appel à une vie consacrée dans le monde, c’est aussi se décider à une existence radicalement évangélique, à une union de plus en plus étroite avec le Christ qui nous aime, le Christ pauvre et soumis à son Père. Loin de compter sur ses propres forces (« sans Moi vous ne pouvez rien faire », Jn 15,5), mais s’appuyant sur la grâce divine, on s’ouvre à l’action formatrice du Saint-Esprit (« Il vous enseignera toutes choses », Jn 14,26). Les vœux sont prononcés en présence de toute la communauté, laquelle nous soutient dans ce don à Dieu et aux hommes. Par les Constitutions, par les rencontres avec les responsables et l’institut entier, la communauté offre en effet son soutien dans la pénétration des milieux laïcs pour lesquels la personne consacrée constitue un signe visible du Dieu invisible et de son amour.

Dès le départ, la formation se doit d’être pratique et théorique, basée surtout sur une solide préparation théologique. Elle doit embrasser la personnalité entière et tous les aspects de la vie et, puisque chaque être humain est unique en son genre, tenir compte de ses aptitudes personnelles et de ses conditions de vie. Elle doit souligner que « Dieu est l’auteur principal de la formation » (Cardinal E. Pironio) ; c’est à Dieu en effet qu’appartient toujours l’initiative de l’appel qui, lui, dure toute la vie. Mais l’appelé est le premier responsable de sa formation et de sa réponse quotidienne à l’appel divin (Card. E. Pironio). Candidat ou membre de l’institut chacun doit sentir que le Christ veut vivre, grandir et agir en lui. Ainsi, le rôle du responsable de la formation est un rôle auxiliaire. Selon Jean-Paul II, « servir c’est élever l’homme à partir des plus profonds fondements de son humanité, dans la moelle la plus profonde de sa dignité [1] ». C’est pourquoi le responsable de la formation se doit d’être pour les candidats comme pour les autres membres non seulement leur supérieur, mais leur compagnon de route, fait pour les aider à comprendre la volonté de Dieu, à y répondre et à réaliser leur propre chemin individuel dans le cadre du charisme de l’institut. Celui-ci non plus ne peut devenir le but à atteindre. Son rôle est de servir les membres, de les aider à aimer Dieu et les hommes, à vivre dans le monde et à rejoindre l’activité missionnaire de l’Église.

Dans l’institut, la formation est donc commune en même temps qu’individuelle.

Une formation commune et individuelle

La formation commune concerne tous les membres de l’institut, indépendamment de l’ancienneté de leur appartenance à l’institut et de leur vocation particulière dans ce cadre. C’est une formation à l’amour (que « l’amour fraternel vous lie d’une mutuelle affection », Rm 12,10), à une participation de plus en plus approfondie à l’amour réciproque des trois personnes divines. Elle doit permettre aux membres de l’institut de s’ouvrir toujours davantage à Dieu et aux hommes.

Être le témoin du Christ dans les milieux laïcs, but essentiel de tout institut séculier, nécessite une préparation soignée. Tout d’abord, il faut apprendre à rencontrer toujours plus profondément dans la vie journalière le Christ comme personne vivante et à demeurer en lui et par lui dans le Père et l’Esprit Saint. Il s’agit aussi de comprendre l’appel du Christ à prononcer des vœux et à vivre ces vœux de plus en plus profondément selon la mission des instituts dans le monde et surtout le charisme et l’évolution de son propre institut. On se préparera donc à approfondir de plus en plus les problèmes du monde, du travail professionnel, du milieu et surtout de chaque individu en particulier, de manière à rencontrer le Christ dans chaque homme. De plus on se formera à vivre en communauté, c’est-à-dire à donner et à recevoir, à développer les sentiments de fraternité et de coresponsabilité. La communauté est le lieu où l’on apprend à aimer, à être indulgent, à vivre les liens spirituels et à respecter chaque être humain.

La formation individuelle doit être adaptée à la spécificité de la vocation personnelle de chaque membre et l’aider à développer sa personnalité, pour qu’il puisse mettre au service de l’apostolat toutes ses compétences professionnelles, sa connaissance de l’éthique professionnelle, la compréhension adéquate de son milieu de vie et de travail. Cette formation atteindra également les membres qui exercent ou s’apprêtent à exercer certaines fonctions dans l’institut. Elle tendra à l’approfondissement de leurs compétences, d’un amour serviteur, de l’engagement décidé et avant tout de la confiance totale en Dieu.

Formation commune et formation individuelle constituent un processus fondamental dans la vie et la mission de chaque institut. L’une et l’autre décident du dynamisme et de la fidélité à l’esprit de l’institut. Comme processus stable, la formation englobe tous les membres, même ceux qui ont des responsabilités dans la communauté.

On distingue normalement trois étapes dans la formation :

  • la période initiale, qui se termine par l’émission des premiers vœux ; c’est le noviciat ;
  • la période comprise entre les premiers vœux et l’engagement définitif dans l’institut ; c’est la période des vœux temporaires ;
  • la période qui suit la profession perpétuelle et l’incorporation définitive à l’institut.

La formation initiale préparatoire aux premiers vœux

C’est la période où le candidat doit parvenir à discerner sa vocation à la vie consacrée dans le monde et sa disposition à cette vocation, et où il se doit donc d’approfondir le sens de l’être chrétien.

Pour arriver à discerner cette vocation, trois éléments sont indispensables :

  • l’appel, qui se manifeste dans le désir de se donner à Dieu par des liens précis ou vœux et celui de se mettre au service des hommes dans le monde ;
  • le désir de répondre à l’appel divin par le don total de soi-même et de sa vie ;
  • la reconnaissance de la vocation par l’Église, représentée par les autorités de l’institut.

Au cours de cette période, le rôle du responsable est d’une importance particulière. Il doit en effet apprendre au candidat la nécessité de perfectionner sa vie chrétienne dans le monde et celle d’approfondir sa vie spirituelle. Pour cela, il préparera le candidat à vivre ses vœux dans un milieu séculier et d’une manière séculière ; il doit lui faire connaître la spiritualité et le charisme de l’institut, lui montrer la nécessité de discerner les problèmes du milieu où l’on vit et de s’appliquer à les résoudre. Enfin, il exposera au candidat le rôle spécifique de la communauté. Pratiquement, le rôle du responsable au cours de cette période est d’une importance plus grande que lors des périodes suivantes. Dès le début, le responsable doit non seulement diriger, mais avant tout soutenir et aider. Diriger avec doigté et se tenir comme « à côté », en ami, en frère, père ou mère, qui cherche à soutenir la réponse à l’appel divin dans les diverses situations parfois difficiles de la vie.

On remarquera que la formation doit être simultanément théorique et pratique, et que la première forme restera prédominante. En général, le postulat comme le noviciat constitue une période où l’enthousiasme facilite la vie selon l’idéal de l’institut, et particulièrement le renoncement aux valeurs « inférieures » pour les valeurs « supérieures ». Prédominent alors généralement, les difficultés théoriques liées à la découverte progressive de cette nouvelle forme de vie.

Il est également important de souligner dès le début la grandeur du don de cette vocation, qui appelle à coopérer à la mission salvifique du Christ, et les joies qui l’accompagnent, sans craindre de montrer clairement les profondes exigences et les difficultés de cette voie. Candidats et candidates sont en effet appelés à prendre personnellement leurs décisions après mûre réflexion et prière, conformément aux constitutions et au discernement des supérieurs. La préparation à la prise personnelle d’une décision n’exclut nullement le contact qu’est le dialogue avec les responsables et les autres membres de l’institut déjà engagés dans le milieu professionnel ; on se disposera ainsi à écouter et à bénéficier des conseils reçus, sans négliger la formation au silence. La préparation doit encore englober tant les problèmes de la vie solitaire que ceux de la vie commune en famille, dans l’institut, le milieu professionnel, etc. On en retiendra particulièrement les points suivants.

L’approfondissement de la vie chrétienne et de la vie intérieure

Il comprend :

  • l’approche des connaissances théologiques et des fondements de l’ascèse, du rôle des sacrements dans la vie, en particulier l’importance des sacrements du baptême et de la confirmation, de la pénitence de l’eucharistie ;
  • la mise en relief de l’importance d’un recours régulier au sacrement de la réconciliation et de la nécessité d’une direction spirituelle ;
  • la méditation de l’Eucharistie comme centre de notre vie ;
  • la mise en valeur du dynamisme de la vie et du cheminement vers Dieu ;
  • la découverte des richesses de la liturgie et de l’Écriture Sainte comme aliments de vie (c’est-à-dire par la lecture quotidienne) ;
  • enfin l’approfondissement de la vie de prière, l’insertion graduelle dans la prière de l’Office des Heures, avec son influence sur la prière individuelle.

Il est important de souligner la nécessité du temps consacré à Dieu (dans l’oraison mentale, la contemplation, l’adoration) et l’insertion dans la prière de tous les problèmes de la vie. Il faut faire remarquer l’interférence entre la prière et le travail : c’est ainsi que la prière doit imprégner toutes les activités de la journée. L’approfondissement de l’union à Dieu s’obtient par une authentique vie de prière et grâce au bénéfice qu’offre l’aide de l’Église et de l’institut (par la vie des sacrements, les retraites, les récollections). Les connaissances théoriques s’approfondissent par l’étude individuelle sous la direction des responsables ou par la participation aux cours de catéchèse ou autres.

La vie des vœux en milieu laïc

La formation doit aider le candidat à percevoir l’amour du Christ dans son appel « suis-moi » et à répondre à cet appel par le don total de sa vie. La vision du Christ Rédempteur invitant à le rejoindre dans l’œuvre du salut du monde amène le candidat à une amitié plus intime avec Lui et, par Lui, avec le Père et le Saint-Esprit. Le candidat doit être convaincu que vivre les conseils évangéliques, c’est s’unir au Christ aimant, pauvre et obéissant au Père. Il s’agira aussi d’attirer son attention sur la spécificité d’une vie selon les conseils évangéliques en milieu laïc.

La connaissance de la spiritualité et du charisme de l’institut

Le candidat doit être mis en face des exigences des Constitutions et apprendre que l’institut l’aide à répondre à l’appel divin. En reconnaissant la mission des instituts séculiers dans le monde, il pourra découvrir l’esprit et le charisme propre de son institut, ainsi que son évolution devant les besoins des temps et de l’Église.

La pénétration des problèmes du milieu

Celle-ci exige une conscience sensible pour discerner ce qui vient de Dieu de ce qui s’oppose à lui. En conséquence, la perception des problèmes de la vie professionnelle doit s’affiner. Elle exige en effet une préparation adéquate (par les études), mais aussi la connaissance du milieu et surtout l’art de comprendre l’homme et de voir en chacun notre frère dans le Christ. Saisir ses problèmes, ses besoins, ses désirs, c’est comprendre que le désir de la vérité, le besoin de respect, d’affection, de compréhension, la présence d’un être bienveillant et désintéressé dans son amitié sont l’essentiel. Il est important de montrer ce qui constitue le cœur de l’apostolat dans l’institut, à savoir, le témoignage, dans un milieu donné, d’une vie tout évangélique.

A ce stade de formation et de développement de l’esprit d’apostolat il est peut-être indiqué de mettre le candidat en contact direct avec une personne qui demande de l’aide, en attirant son attention sur l’ensemble des besoins de cette personne. L’étude des problèmes est également utile pour apprendre à lire les signes des temps, à comprendre l’autonomie du monde et sa réalité comme lieu de salut et d’expérience chrétienne.

La communauté comme lieu où se façonnent convictions et attitudes

La communauté façonne convictions et attitudes par un amour basé sur la vérité, une compréhension mutuelle faite de respect, de joie et de reconnaissance pour les divers dons reçus de Dieu et apportés par chacun à l’ensemble. La communauté rassemblée par le Christ en personne est pour les membres un appui et un enrichissement parce qu’elle rend possibles des échanges de vues sur la mise en pratique des exigences de l’Évangile, sur la manière de vivre le charisme propre de l’institut et ses Constitutions, sur la possibilité de se pencher en commun sur les besoins d’autrui en lui fournissant aide fraternelle, prière et communion dans la souffrance. Ce dernier point a toute son importance pour les membres malades et physiquement faibles.

La formation entre les premiers vœux et l’engagement définitif dans l’institut (période de 5 à 7 ans)

On s’appuie ici sur les fondements posés au cours de la période précédente. C’est l’heure de l’approfondissement et de la mise en pratique des acquis. On s’ancre dans la maturité chrétienne par une période d’étude, de vérification, d’examen, pour savoir si l’on est à même de vivre dans le monde selon les exigences imposées par les vœux, avec l’appui qu’offre l’institut. C’est aussi une période de pénétration pratique des problèmes des milieux professionnels avec la conscience d’y participer. C’est la période de l’analyse du mystère de l’Église, de l’étude des documents du Concile (de ceux surtout qui concernent le rôle et la mission du laïcat), des fondements de la morale, avec entre autres l’étude des problèmes liés à l’éthique professionnelle. Chacun approfondit ses compétences ou sa formation professionnelle et prend en considération les besoins individuels des divers membres et ce qui touche à leur influence dans le milieu. C’est, en général, une époque de « découvertes » sur la vie intérieure grâce aux expériences des difficultés de l’existence, relues à la lumière de l’Évangile, des vœux prononcés et de l’engagement dans les besoins du milieu et des personnes rencontrées.

A cette étape, le rôle du responsable consiste essentiellement à assister le membre de l’institut dans la réalisation de sa vocation et à l’aider à résoudre et à surmonter les difficultés rencontrées dans la pratique des vœux. Cette période comporte trois accents sur lesquels il convient d’attirer l’attention. Ce sont :

  • la maturité chrétienne ;
  • la vie consacrée dans le monde ;
  • l’approfondissement des problèmes du milieu professionnel.

La maturité chrétienne

Ici nous nous ouvrons de plus en plus à Dieu et Lui soumettons tous les actes de notre vie ; nos décisions sont de plus en plus courageuses et mûries et notre engagement plus total dans la solution des problèmes humains selon l’esprit du Christ ; dès lors, nos contacts avec notre entourage sont de plus en plus authentiques et nous prenons conscience de notre place et de nos devoirs dans notre milieu.

La vie consacrée dans le monde

La consécration doit être comprise sur le plan « Dieu-moi » et non point sur le plan horizontal « moi-les responsables », ou « moi et mes supérieurs », au niveau de chacun des vœux.

Ce vœu doit amener à découvrir et à vivre l’amour unique et exclusif du Christ époux, à découvrir la paternité ou la maternité spirituelle et l’enfantement spirituel et en conséquence, à être père ou mère au cœur tendre pour les malheureux. Il permet de découvrir, d’aimer et de rencontrer le Christ dans la personne d’autrui avec ses besoins, sa misère humaine matérielle et spirituelle. Le vœu de chasteté est un renoncement à la forme normale d’amour qu’est le mariage et l’offrande de soi à autrui avec sa personnalité propre. Au cours de la formation, il convient donc d’attirer l’attention sur le développement des caractéristiques positives typiquement masculines ou féminines. La chasteté conduit souvent à une nouvelle et plus profonde expérience de l’enfance spirituelle ainsi qu’à une confiance toujours plus grande en Dieu au sujet de sa personne propre comme au sujet des autres problèmes des hommes. Le vœu de chasteté met en face des exigences différentes de la personne consacrée envers sa famille. L’amour du Christ en effet est exclusif et exige l’éloignement de la famille et l’indépendance à son égard. Il autorise toutefois un certain retour lorsqu’il s’agit de lui venir en aide ou de l’engager à servir elle aussi les autres. De nouvelles relations familiales parfois délicates s’imposent, surtout lorsqu’on loge en famille. Ce peut être là une source de conflits dont la solution exige un sens aigu de la responsabilité d’un côté comme de l’autre. Ce vœu nous demande enfin un regard évangélique dans l’amitié.

La pauvreté impose qu’on la comprenne et qu’on la vive selon l’esprit d’enfance, dans la dépendance totale de Dieu, de sa Providence, de son amour paternel. La pauvreté, c’est le « détachement » intérieur des objets à notre disposition, des problèmes qui nous tiennent à cœur, des valeurs matérielles, intellectuelles et spirituelles. C’est l’acceptation des limitations matérielles imposées par les Constitutions, du salaire comme base des moyens de vivre, et donc l’acceptation de toutes les restrictions qui en découlent et imposent un style de vie conforme au milieu dans lequel le Seigneur nous place. La pauvreté, c’est également l’amour des humbles à la situation précaire, des déshérités aux points de vue matériel et moral, des malades, des vieillards, des infirmes. Pour inculquer aux candidats l’esprit de pauvreté, il est indiqué de les mettre en contact direct avec de réels nécessiteux. Afin de pouvoir partager avec ces derniers, il faut aussi nécessairement économiser.

Au cours de la formation, il est indispensable de former non seulement à la pauvreté matérielle, mais également à l’esprit de pauvreté. Dans l’un et l’autre cas, des déformations sont possibles. Le « contrôle » et l’appréciation de l’esprit de pauvreté exigent une grande sensibilisation, de la prudence et de la délicatesse. Il importe de former les candidats au contrôle personnel. Toute formation adéquate aura pour résultat l’attachement au Christ dépourvu de tout, attachement dont la force est loin d’être éphémère.

Ce vœu doit être compris comme un moyen de rechercher et de comprendre la volonté divine et de faire passer dans sa vie la conduite du Christ : « Ma nourriture est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé » (Jn 4,34). La conviction qu’en obéissant nous faisons à Dieu l’hommage de notre volonté, cette unique propriété que le Seigneur respecte sans jamais nous l’enlever, est importante. Il en va de même pour la compréhension de ce qu’est la liberté et son usage, qui se règle sur l’abandon de plus en plus total au Père de sa propre personne et volonté.

Il importe de s’habituer dès le début de la formation à la pensée que Dieu nous manifeste sa volonté par l’intermédiaire d’hommes faibles et pécheurs et de savoir que dans les situations ardues, pour nous incompréhensibles et à l’opposé de nos désirs, se cache cependant la volonté divine. Nous devons donc, malgré ce qu’il peut nous en coûter, savoir abandonner notre point de vue pour nous soumettre à nos supérieurs et apprendre à ne pas nous obstiner dans nos idées en présence des arguments objectifs d’autrui.

L’obéissance dans la vie séculière consacrée diffère peu dans son essence de celle des religieux. Nous la vivons unis au Christ obéissant jusqu’à la mort. Le supérieur d’un couvent religieux remplit généralement trois fonctions : il est responsable de la fidélité aux Constitutions, il organise la vie communautaire et il dirige l’apostolat. Quant à nous, nous devons obéir à l’Église (ce qui suppose connaissance des enseignements de l’Église, docilité, vie soumise aux Constitutions et aux directives des responsables) puis, jusqu’à un certain point, obéir aux supérieurs laïcs dans notre profession ; il faut aussi obéir à la volonté divine manifestée à nous dans le milieu, les circonstances et conditions de vie suivant les besoins.

Notre vœu d’obéissance, vu le cadre séculier dans lequel il s’exerce, exige que nous apprenions à prendre, après avoir prié, nos propres décisions en accord avec les principes ci-dessus énoncés, mais aussi à dialoguer pour parvenir à connaître la volonté de Dieu : dialoguer avec Dieu, les responsables et autres membres de la communauté ; dialoguer avec qui il faut dans notre profession, avec les spécialistes des diverses branches, les pédagogues, psychologues etc., pour bénéficier de leurs conseils ; il convient encore d’être responsables et co-responsables dans l’institut comme dans le milieu professionnel de façon à collaborer avec ceux qui agissent pour le bien : on développera donc l’esprit d’initiative, et la fidélité à ceux dont nous avons la responsabilité, dans notre travail professionnel ou au cours d’une mission qui nous est confiée ; enfin on s’habituera à juger objectivement comme à être fidèles à la vérité. Puisque nous vivons en « diaspora » et que souvent nous sommes obligés de prendre seuls des décisions conformes aux Constitutions, bien que nous soyons privés de toute possibilité de contact avec le responsable, nous avons besoin de maturité et d’esprit d’initiative, mais à la première occasion, les décisions prises sont à exposer au responsable.

Nos vœux, nous le savons, touchent notre personnalité entière et toute notre vie où que nous soyons et quoi que nous fassions. Nos vœux de chasteté, de pauvreté et d’obéissance sont un acte d’amour pour le Christ notre époux et notre rédempteur.

La vie professionnelle et laïque

Le responsable de la formation se doit d’aider les membres qui lui sont confiés à considérer chrétiennement leur travail professionnel comme une collaboration avec Dieu et le lieu où existe la possibilité de témoigner par leur attitude à résoudre les problèmes qui se posent ; c’est aussi un lieu de sanctification, de service rendu à autrui ; c’est enfin un moyen d’union au Christ et d’expiation par l’acceptation des fatigues que coûte le travail, entendu comme unique et fondamental moyen de vivre. Il importe donc d’aider les membres de l’institut à remplir consciencieusement leur travail professionnel, à améliorer leurs qualifications, à se montrer chrétiens dans leurs rapports avec leur entourage ; de leur faciliter la connaissance de l’éthique professionnelle et de sa mise en pratique, notamment par des contacts avec des prêtres qualifiés et d’autres personnes compétentes.

Cette période est en général celle de l’engagement dynamique dans le travail et celle de la prise de conscience de la coresponsabilité personnelle dans la profession. A ce moment, prennent souvent place l’avancement dans la profession et la nomination à des postes supérieurs responsables. Tout s’accepte comme un service. Des conflits éclatent parfois sur le plan « chef-subordonné », conflits dus à des divergences de vues entre les idées d’autrui et notre fidélité à la vérité, parfois aussi dus à des ordres de supérieurs laïcs incompatibles avec notre conscience. Il est clair qu’alors les décisions et les prises de position doivent être en accord avec la conscience, même si elles constituent une désobéissance à l’égard de nos chefs laïcs.

Il peut également être indiqué d’engager alors un membre à collaborer avec un aumônier qualifié et spécialisé. Sans être insérés dans les structures ecclésiastiques, les membres de tout institut collaborent avec la hiérarchie, sensibilisés qu’ils sont à tout ce qui provient de l’Église (lettres pastorales, documents conciliaires et synodaux etc.). Nous estimons important de communiquer toutes ces informations à notre entourage au travail. De même nous croyons utile de mettre l’Église au courant des problèmes des milieux professionnels.

À cette étape, chaque responsable doit veiller à l’équilibre nécessaire entre la prière, le travail et le repos des membres, qu’il s’agisse du rythme quotidien, hebdomadaire ou mensuel et même de l’année entière. Cette étape est en effet celle de l’engagement total dans les diverses activités qui peuvent absorber l’homme outre mesure. Chaque milieu est accaparant, ce qui rend difficile l’équilibre. Par suite, il importe de bien régler dès le début de la formation le temps de la prière, du travail et du repos. L’amour du Christ exige un temps strictement déterminé ainsi qu’un esprit de prière qui imprègne toutes les activités de la journée (contemplation) et une vie sacramentelle et liturgique intense, centrée autour du culte de l’Eucharistie. Rien n’est mieux à même de favoriser notre vocation et notre apostolat.

C’est également à ce moment que, dans le cadre de la mission générale des instituts, la vocation des membres s’approfondit et que paraissent les dons et les charismes d’un chacun pour autrui et non pour soi. Les responsables doivent alors traiter chaque membre individuellement et l’aider à découvrir son propre charisme. Il est également important de montrer le rôle et l’influence bénéfique de la communauté dans la formation de la personnalité et de souligner que chaque membre apporte quelque chose pour le bien général dont lui aussi profite. Il est par la suite indiqué de faire participer tous les membres au travail de l’institut. Ils en retireront une meilleure connaissance de la communauté et ils se sentiront davantage engagés et coresponsables de l’institut.

À ce moment aussi les membres de l’institut peuvent éprouver des difficultés. Il est opportun de les y préparer et de veiller pour qu’au moment où celles-ci se présentent, leur âme les surmonte au plus vite et en tire profit.

Les épreuves les plus fréquentes tiennent d’abord aux problèmes de foi et de prière, au sentiment de solitude intérieure ou d’abandon de la part de Dieu et des hommes. Le secours ne peut venir que de l’assistance d’un directeur spirituel. Mais on peut aussi ressentir le besoin d’un amour humain exclusif, le désir de fonder une famille et de devenir père ou mère selon la chair. Toutes ces tensions intérieures sont normales. Une fois surmontées, elles sont suivies d’une phase nouvelle et approfondie de la vie intérieure, d’un attachement plus intense au Christ comme époux, d’une compréhension nouvelle de la paternité ou de la maternité spirituelle. Elles permettent de mieux comprendre autrui, surtout les jeunes désireux de fonder une famille. Viennent alors les conflits entre conceptions différentes, tant dans le milieu professionnel que dans la famille ou dans la communauté. Ces conflits peuvent également être provoqués par d’autres agents externes ou par le stress. Il importe donc de former à l’esprit de résistance lors des chocs de ce genre et d’inculquer, entre autres, le respect des opinions contraires, l’esprit de bienveillance, de compréhension, la patience, l’amour du silence, la compréhension d’autrui, l’art de saisir et d’écouter. Il faut chercher dès le début à apaiser tout conflit et à en profiter pour augmenter encore l’amour. Au bout d’un certain temps, apparaissent également les défauts humains à même de choquer les jeunes, ce qui prouve que ceux-ci n’ont pas accepté leurs aînés tels qu’ils sont. Il est donc important d’apprendre à accepter soi-même et autrui dans la variété des dons de Dieu, de savoir en jouir et d’en tirer profit pour le bien de la communauté.

Enfin, chaque homme est toujours menacé de gaspiller la souffrance ou de ne pas l’apprécier à sa juste valeur. Soutenir un membre souffrant aux heures difficiles, c’est l’aider à unir sa douleur physique ou morale à celle du Christ Rédempteur par sa souffrance.

La formation au lendemain de l’engagement définitif

C’est la phase de la pleine maturité chrétienne, au cours de laquelle s’approfondit la conscience des exigences de la consécration séculière et de la responsabilité qu’elle entraîne.

Ici se place une relecture de l’appel à la vie consacrée dans le monde qui est une nouvelle prise de conscience du « moi et de l’institut » où Dieu m’a voulu. L’évolution se fait en deux étapes :

  • une période d’activité professionnelle et sociale et un engagement total dans l’institut ;
  • une période d’expansion de l’activité apostolique, une fois terminés le travail professionnel et la responsabilité dans l’institut ou tout autre domaine.

A ce moment de la vie est donnée à chacun la possibilité d’approfondir ses connaissances théologiques, avant tout celles qui concernent les vertus théologales de la foi, de l’espérance et de la charité. Se développent aussi les vertus de sagesse, de prudence, de courage, de justice et de vie dans la vérité. Il en va de même pour le développement des compétences professionnelles, l’entraînement au service des autres, surtout des membres de l’institut. Mais parlons d’abord de la première étape.

La période d’activité professionnelle, sociale et l’engagement dans le travail de l’institut

La période qui suit les vœux perpétuels est en général pour chaque membre celle de l’engagement total dans les problèmes du milieu professionnel, celle où chaque membre parachève son apprentissage professionnel. Devenu spécialiste, il connaît bien tous ces problèmes et peut être appelé à des fonctions responsables tant dans son travail et son milieu social que dans l’institut. Bien des problèmes de la période précédente lui apparaissent alors en toute clarté.

Cette sorte d’avancement est en général accompagnée d’ardeur, d’enthousiasme et l’on découvre en soi et dans son entourage des possibilités d’action et des nouveaux moyens de satisfaire aux besoins du milieu. L’acceptation de ces nouvelles charges entraîne l’analyse de ses propres forces. Il est en effet indispensable de savoir si ces dernières sont à la hauteur des nouvelles possibilités d’action psychologiques, intellectuelles et morales, sans omettre la compétence professionnelle. Il faut noter ceci pour éviter tout conflit intérieur possible qui aurait pour conséquence l’agressivité, le despotisme dans les ordres donnés ou encore le conformisme. Des déformations de la personnalité propre peuvent s’ensuivre et peut-être même causer du tort à autrui.

Il est important d’assumer, avec confiance, les responsabilités départies par le travail, par l’institut et dans l’apostolat, comme un service de Dieu et des hommes. Il importe également d’approfondir la préparation théorique et pratique à la charge assumée, pour bien connaître les limites de l’autorité nouvellement acquise. Il ne faut jamais oublier que tout office doit être rempli avec amour, dans la vérité et le respect d’autrui qu’il faut savoir élever en soulignant sa dignité. On ne saurait également oublier que l’on n’est jamais compétent en tout. Il importe donc de solliciter les conseils des spécialistes et autres personnes expérimentées, de dialoguer avec les subordonnés pour utiliser leur habileté et les connaissances qu’ils possèdent et en faire des coresponsables. Nous avons à diriger collégialement sans toutefois méconnaître le rôle du dirigeant auquel décision et organisation du travail appartiennent.

Il est extrêmement important de veiller à ce que, au cours de nos occupations professionnelles et de notre engagement dans nombre d’activités et de problèmes, le temps prévu pour la prière et le contact avec le Seigneur soit toujours respecté. Il est important en effet de parler avec lui de tous les problèmes du travail, et des problèmes humains, de s’adresser à lui en tout, de s’ouvrir à lui et d’écouter sa réponse.

Un danger nous guette alors constamment, celui de nous laisser accaparer par notre travail professionnel et par la routine. Il en va de même pour le travail social et l’apostolat de masse où le service d’une idée ou d’un groupe s’exerce au risque d’oublier quelqu’un. Mettre le responsable au courant des difficultés et des problèmes demeure donc une chose importante.

Tout au long de nos activités, même celles de l’institut, il faut tenir compte de la nécessité de mettre les nouvelles recrues au courant des problèmes éthiques liés avec la profession, et de faire part à d’autres de nos expériences personnelles en vue de former des successeurs.

À l’heure de quitter le travail, l’expérience acquise est riche. Il est alors indiqué de réaliser une « synthèse » de tous les problèmes rencontrés et de les envisager dans la perspective de l’éthique professionnelle et de l’enseignement de l’Église, de manière à fixer les attitudes positives qui conviennent. Tous ces matériaux permettront à l’institut de mieux former les jeunes et de les préparer adéquatement au travail. Ils favoriseront aussi la parution d’articles intéressants sur le sujet. Toute collaboration entre les membres de l’institut et le clergé ne peut qu’enrichir les uns et les autres.

Il importe, à cette étape, de former des attitudes très ouvertes, à savoir la joie de voir les jeunes saisir les problèmes et de les orienter dans la bonne voie (les jeunes voient mieux que nous qu’ils nous dépassent), l’abandon de bon gré du poste occupé à des successeurs qualifiés, la conviction qu’il est possible de trouver à telle affaire ou à tel problème une solution différente de la nôtre, la constatation que la fin eschatologique fait toujours partie de notre horizon malgré les années de travail professionnel.

Chaque responsable doit naturellement s’attendre à ressentir un certain isolement autour de sa personne du fait des rapports « autorité-dirigés ». L’incompréhension du fait de décisions prises peut également éloigner du responsable certaines personnes de son entourage professionnel ou même de l’institut.

À cette époque de notre vie professionnelle il peut arriver, à l’inverse, que nous ne soyons pas approuvés par nos chefs et que nous n’obtenions ni avancement ni responsabilité mais uniquement le mépris, la mésestime de notre apport au travail ; celui-ci peut également s’avérer monotone et sans aucun contact humain direct. C’est alors que nous guettent le découragement, la routine, l’indifférence à tout.

Dans ces circonstances, comme toujours, le contact et la sincérité avec le responsable sont indiqués. C’est le moment d’apprécier à sa juste valeur la souffrance en tant qu’élément de l’économie rédemptrice, le moment aussi de la prière contemplative et des contacts humains en dehors du travail professionnel.

Cette période peut également être celle d’une « relecture » dans l’émotion de ce qu’on appelle « deuxième » ou « troisième » appel, que précède parfois un assez long temps de sécheresse où l’on croit avoir gâché sa vie, n’avoir rien fait de bon, constater que le milieu professionnel est encore laïcisé et matérialiste et que notre propre vie intérieure est nulle.

Suit alors une nouvelle phase où l’on approfondit la découverte de la valeur de la vie consacrée, de l’intime rencontre avec Dieu au milieu de toute cette réalité laïque monotone. C’est une découverte des plus précieuses que n’accompagnent aucun enthousiasme, aucune émotion, aucun projet de jeunesse, mais la paix et le silence. C’est l’heure d’un attachement encore plus fort au Christ souffrant, délaissé et méprisé ; l’heure où l’on saisit la valeur de la souffrance, de la douleur cachée d’un labeur qui n’a donné aucun effet visible. Cette découverte est souvent irradiée de paix et de joie silencieuse.

La phase terminale de cette période prépare à un approfondissement des valeurs de la contemplation, de la souffrance, de la solitude qui nous attendent au cours de la période suivante.

La période d’un nouvel apostolat après la mise à la retraite

C’est une période exceptionnellement précieuse pour l’Église et l’institut. L’on est ici en face des membres retraités, ou qui ont quitté les postes responsables dans l’institut, ou qui sont malades, infirmes et handicapés. C’est la dernière étape de la vie. Il est plus qu’opportun de préparer tous les membres de l’institut à l’éventualité qu’est la vieillesse ou le retrait de la vie active. Chaque membre de la communauté doit assister ceux qui subissent ces épreuves. Chacun de nous en effet est appelé à subir de semblables moments de détachement, de séparation et de solitude.

Ceux qui les subissent doivent comprendre que la souffrance comme la prière constituent la valeur suprême de l’apostolat, qu’il s’agisse de souffrance physique, morale ou spirituelle, visible ou cachée. Prière et souffrance ne diminuent en rien notre influence dans le milieu. Bien au contraire, elles élargissent le champ d’action et dépassent le milieu où l’on a autrefois agi et travaillé.

Les membres de l’institut qui voient approcher l’heure du retrait du travail auront à cœur de se procurer un nouveau champ d’activité extra-professionnelle. Leur expérience est de grand prix et fort utile et leur permettra de mettre leur compétence au service de l’Église. Quant au responsable, il doit aider à trouver une occupation au membre qui n’est pas à même d’en trouver personnellement. Il arrive parfois qu’après un travail pénible et privé de contact humain, un membre trouve sa place au milieu de gens auxquels il rend service. Il se remet alors en forme, s’épanouit, son besoin de chaleur humaine étant satisfait.

C’est aussi le temps d’une nouvelle acceptation de soi-même et du milieu. Acceptation des forces limitées et diminuées, dans un milieu différent du précédent. Acceptation d’une activité différente mais également créatrice, dans l’endroit où le Seigneur nous place et que le responsable autorise. Acceptation car l’on comprend que l’on est encore utile à Dieu, à l’Église, aux hommes et à l’institut.

La perception personnelle de la vieillesse et son acceptation ont lieu à un âge différent et dans des circonstances diverses : semi pause, retraite effective etc. A cette époque de la vie, la solitude apparaît souvent comme une mise au rancart et à l’écart de toute activité, et l’on a la sensation d’être désormais inutile. La souffrance alors ressentie est parfois due à la manière dont a été signifiée la mise à la retraite et qui peut être considérée comme le renvoi d’un gêneur et la mise en place d’un incompétent qui gâchera tout le travail fait auparavant. Il est souvent difficile d’accepter cette croix qui est pourtant un don et nous associe davantage encore au Christ. Difficile aussi de comprendre que les « inutiles » deviennent l’âme, le moteur et le trésor de l’institut et de l’Église.

Les membres de l’institut doivent également se préparer à passer une vieillesse handicapée comme la plupart des célibataires séculiers, dans un asile public de vieillards. Là encore, ils ont à témoigner de leur appartenance à Dieu, en compagnons des autres, et en témoins fidèles à leur consécration.

Aussi s’avère-t-il fort important d’arrêter, dès le début de notre vie, nos regards sur Celle qui à l’appel aimant du Seigneur répondit par un oui d’amour et sut vivre sa donation à Dieu, réalisée dans le monde et la vie normale. C’est elle que les membres de chaque institut doivent avoir en vue. C’est à elle qu’ils doivent confier leur état consacré, en elle qu’ils peuvent répondre à l’appel du Seigneur, d’elle qu’ils apprendront l’amour de Jésus, la participation à la mission rédemptrice de son Fils, la dépendance entière de lui afin de se réjouir en Dieu et d’aimer l’Église.

Modèle incomparable, Marie est aussi notre modèle à tous et notre auxiliatrice auprès du Seigneur, dans la vie active comme dans la vieillesse. Elle aussi a sa part dans le « Qu’ils soient un » de son Fils.

La vieillesse, étape importante (bien qu’extérieurement banale) de la vie, permet le dernier polissage qui nous prépare à la rencontre dans la demeure du Père aimant avec le Christ, l’époux des âmes vierges, avec sa Sainte Mère, avec l’Esprit Saint et tous ceux que Dieu a mis sur notre chemin au cours de l’existence.

[1Allocution aux prêtres le jeudi-saint 1984. La Documentation catholique 1984, 419.

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