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Visage de fondateur : Antoine Chevrier (1826-1879)

Un pauvre parmi les pauvres

Guy de Christen

N°1987-3 Mai 1987

| P. 141-143 |

Évocation de la vie du Père Chevrier, devenu pauvre parmi les pauvres et béatifié par Jean-Paul II en octobre 1986.

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Rien ne prédestinait Antoine Chevrier, en ce milieu du XIXe siècle, à être fondateur d’une œuvre qui aujourd’hui a pris racine sur les quatre continents.

Cette œuvre, c’est celle qu’assume la famille du Prado : prêtres, frères, sœurs et laïcs consacrés.

Né dans une famille de la petite bourgeoisie lyonnaise (père à l’octroi, mère au tissage de la soie chez elle), Antoine a fait son séminaire à Lyon. Il songeait à être missionnaire pour évangéliser « les sauvages », comme on disait à l’époque.

« Il n’en manque pas à Lyon ! », va lui lancer sa mère, assez mécontente d’un tel désir.

Est-ce prédiction ?... Toujours est-il que l’archevêque l’envoie en 1850 dans cette paroisse de Lyon extra muros : Saint-André de la Guillotière. Paroisse de pauvres ouvriers venus des campagnes voisines dans l’espoir de trouver dans l’industrie naissante de quoi faire vivre un peu mieux leur famille.

C’est dans l’expérience de cette misère, en marge de la cité lyonnaise, que Dieu vient le rejoindre. Dans la nuit de Noël 1856, méditant devant la crèche, Antoine Chevrier croit percevoir nettement comme un appel du Seigneur à le suivre de plus près dans cette pauvreté qu’il contemple, « pour travailler plus efficacement au salut des âmes ».

Cet appel le bouleverse tellement qu’il veut s’assurer d’abord de son authenticité. Il sait qu’à Ars vit un prêtre de grande sainteté. Il va consulter Jean-Marie Vianney. Ce dernier l’encourage fortement, non sans lui prédire bien des difficultés...

Mais comment réaliser cet appel ?

Des échecs successifs vont se charger, au fil des ans, de le conduire à son accomplissement.

C’est d’abord à Saint-André que son effort vers plus de pauvreté dans son style de vie est mis à mal par son curé.

Il rencontre alors un homme étrange, Camille Rambaud, une sorte de Jean-Baptiste dans le désert. Il est en train de dépenser toute sa fortune (il en a) à construire une cité d’urgence pour les sans-logis : la cité de l’Enfant-Jésus. Antoine Chevrier en sera l’aumônier, chargé de catéchiser les jeunes de la rue qui, pour la plupart, n’ont même pas été à l’école.

Dans ce climat de construction permanente qui s’avère être de plus en plus un gouffre financier, l’œuvre du catéchisme devient très difficile. Pour protéger cette œuvre, le Père est amené à quitter Camille Rambaud. Il trouve alors une vaste maison, ancien bal mal famé, appelé « Le Prado ». C’est là que va naître très pauvrement l’œuvre dont Jean-Paul II est venu béatifier le fondateur le 4 octobre 1986, à Lyon.

Très vite Antoine Chevrier va prendre conscience qu’il lui faut trouver des collaborateurs. Mais chaque fois qu’il croit pouvoir compter sur un confrère bien disposé, c’est de fait un échec.

Il va donc s’efforcer de les former lui-même à partir des jeunes qui viennent au Prado. Ainsi va naître la véritable œuvre du Prado : « former des prêtres pauvres pour évangéliser les pauvres », selon les termes mêmes d’Antoine Chevrier.

Mais cette formation va prendre des chemins originaux.

L’apôtre doit devenir un « véritable disciple » selon l’Évangile.

Étudiez bien votre évangile.
Devenez des petites copies vivantes de Jésus-Christ.
La crèche, le calvaire, le tabernacle, ces trois signes doivent devenir en vous comme des stigmates.
De riche qu’il était, Jésus s’est fait pauvre... Travaillez à devenir des pauvres !

Et pour que cette formation ne soit pas simple conviction cérébrale, le Prado sera le creuset où, au contact de ces pauvres venus de la rue, l’apôtre va pouvoir confronter son idéal aux exigences de la pauvreté réelle. Pour Antoine Chevrier, cette immersion dans le monde de la pauvreté est aussi nécessaire que l’immersion dans l’Évangile, à qui désire devenir un véritable disciple.

Telle est la voie tracée par Antoine Chevrier, il y a un peu plus de cent ans. Le Pape Jean-Paul II a voulu, en le béatifiant, authentifier son charisme au service de la mission de l’Église aujourd’hui.

Ainsi s’est réalisée la conviction qu’avait exprimée le Père Chevrier avant de mourir :

Le Prado est un grand chêne planté dans un terrain inculte. Il doit porter de grands fruits dans les âmes et dans l’Église. Vous verrez le chêne se développer, grandir et produire des fruits abondants !

Le chêne aujourd’hui

Ce sont 1.200 prêtres, près de 300 religieuses, des communautés de frères et des laïcs consacrés, répartis sur l’ensemble de la planète. Si certains se sont insérés dans les grands bidonvilles de Récife, Calcutta ou ailleurs, la plupart vivent au service des plus démunis.

J’irai vivre au milieu d’eux, et je leur communiquerai l’Évangile !, disait Antoine Chevrier.

16 Impasse Maciet
F-77100 MEAUX, France

Bibliographie

Henriette Waltz. Un pauvre parmi nous : le Père Chevrier. Nouv. éd. Coll. Epiphanie. Paris, Cerf, 1986.

Antoine Chevrier. Le prêtre selon l’Évangile, ou le véritable disciple de Notre-Seigneur Jésus-Christ. 6e éd. Lyon, Vitte, 1924.

Alfred Ancel. Le Prado. La spiritualité apostolique du Père Chevrier. Coll. Semeurs. Paris, Cerf, 1982.

Antoine Chevrier. Écrits spirituels, choisis et présentés par Yves Musset, prêtre du Prado. Coll. Foi vivante, 215. Paris, Cerf, 1986.

Pierre Berthelon. Antoine Chevrier, prêtre selon l’Évangile (1826-1879). Paris, Centurion, 1986.

Jean-François Six. Un prêtre : Antoine Chevrier, fondateur du Prado (1826-1879). Paris, Seuil, 1965.

Jean-François Six. La vie du Père Chevrier. ADB.

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