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« Des chrétiens comme les autres »

À propos des Instituts séculiers

Solange Clerquin

N°1987-2 Mars 1987

| P. 72-73 |

Lors de sa rencontre de septembre 1986, le Conseil de rédaction de Vie consacrée a réfléchi à la situation des Instituts séculiers dans l’Église. À la veille du synode sur les laïcs, notre désir était d’apporter une contribution, si modeste soit-elle, à la réflexion qui se déroule actuellement. Dans les pages qui suivent, nous publions deux communications de membres de notre Comité. Nous y avons joint l’évocation d’une figure de fondatrice et un témoignage sur la prière séculière.

Certains sont parfois tentés de penser que les Instituts séculiers forment au sein du peuple de Dieu une sorte d’élite, ce qu’ils appellent des « spécialistes ». Je trouve que c’est forcer un peu la réalité de ce que nous vivons. Je ne pense pas, en effet, en ce qui concerne les Instituts séculiers tout au moins, que leurs membres se croient des chrétiens au-dessus ou à part des autres. Le titre du livre de François Morlot est significatif à ce propos : Des chrétiens comme les autres. Il reflète certainement la tendance des Instituts séculiers, en France tout au moins.

Si nous essayons, sans toujours y réussir, hélas, de vivre l’Évangile dans la condition commune à tous les chrétiens, si nous nous y engageons par promesses ou par voeux, que d’embûches sur notre chemin, que de résistances à vaincre, que de tentations à surmonter ! Le plus souvent, c’est bien « dans les ténèbres » que nous marchons vers la lumière !

Nos manques et nos erreurs, nos échecs nous ouvrent suffisamment les yeux, je pense, pour que nous ne nous croyions pas des héros, ni même des « spécialistes ». Notre appel à ne pas quitter notre peuple nous trace certes une voie spécifique, ne fût-ce que par notre voeu de célibat consacré.

Pour le reste, si notre « pauvreté » n’est pas spectaculaire, si notre « obéissance » se distingue de l’obéissance religieuse, elles nous obligent à des remises en question, personnelles et communautaires, qui nous accompagneront toute notre vie. Qui nous montrent aussi combien nous sommes « pauvres » au sens spirituel, combien de progrès nous restent à faire si nous voulons vivre du Christ et de son Évangile.

Je crois que le chemin de dépouillement du membre d’institut séculier, plus proche de celui des baptisés laïcs conscients (par leur baptême et leur vie spirituelle), est peut-être différent de celui du religieux. Celui-ci, généralement dans sa jeunesse, renonce à des biens que nous gardons. Pour lui, il pourrait y avoir un danger d’installation. Pour nous, si nous sommes fidèles, nous ne pouvons nous « installer » dans une vie bien instituée, soumise à une règle assez précise. Et nous avons la chance, la grâce plutôt, de « renoncer » à nos biens et à nous-mêmes à chaque étape de notre vie.

Je pense à un exemple, plus très actuel, puisque les membres des congrégations religieuses actives sont plus proches de la vie des laïcs par leur profession, leur salaire, leur horaire de travail, leur vêtement, etc., ne se distinguant même plus, dans certains cas, minoritaires, il est vrai, par la vie commune. Lorsque j’étais jeune, on parlait encore, chez les religieuses où j’ai passé mon enfance et ma jeunesse, « d’humbles services » – et on admirait fort la religieuse enseignante que l’âge ou la santé « réduisait » à ces tâches. Cette « admiration » n’existe guère dans une vie en plein monde, partageant volontiers, dans bien des cas, celle des plus démunis.

Encore une fois, les choses ont changé, et j’ai donné un cas concret qui n’est sans doute plus d’actualité. Mais j’ai voulu insister sur le fait que notre route à la rencontre du Seigneur n’est pas une « vie héroïque », mais une humble fidélité à la grâce de chaque étape, de chaque événement, de chaque rencontre... Grâce qui est proche, à mes yeux, de celle des « chrétiens ordinaires »... dont nous sommes !

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