Un périodique unique en langue française qui éclaire et accompagne des engagements toujours plus évangéliques dans toutes les formes de la vie consacrée.

Présentation

Vies Consacrées

N°1983-3-4 Mai 1983

| P. 129-132 |

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Il y a près de soixante ans, la parution du Code décida le P. Joseph Creusen, s.j., professeur de droit canon, à fonder la Revue des Communautés religieuses : son premier but était d’aider les Congrégations religieuses à réaliser au mieux l’effort d’adaptation au nouveau Code qui leur était demandé par le Saint-Siège.

Continuation de cette revue sous un titre nouveau, Vie consacrée se devait de s’intéresser et d’intéresser ses lectrices et ses lecteurs au Code révisé, qui entrera en vigueur le premier dimanche de l’Avent de cette année.

La préparation du numéro spécial que nous consacrons à cet événement nous a fait prendre conscience de l’évolution qui s’est produite durant ce demi-siècle. Préparé par la recherche des théologiens et la vie de l’Église, le Concile Vatican II, sous l’impulsion de Jean XXIII et de Paul VI, a lancé l’Église sur les chemins d’un aggiornamento bien nécessaire et qui n’a pas fini de sortir ses conséquences.

C’est dans la foulée du Concile, selon la volonté expresse des Papes qui l’ont décidé puis mené à bonne fin, que se situe le Code qui nous est offert aujourd’hui. Et ce simple fait donne le ton à notre présentation et fournit le cadre dans lequel elle devra se situer pour être fidèle à l’esprit de Vatican II et à la volonté de Jean-Paul II, telle qu’il la fait connaître dans la Constitution apostolique et le discours qu’il a tenu pour la présentation solennelle du nouveau Code [1].

Un document de ce genre appellera toujours des commentaires canoniques, c’est par trop évident. Ce n’est pourtant pas eux qui occuperont la plus grande place dans ces pages. Il y a plusieurs raisons à cela. Tout d’abord, les Instituts religieux se sont mis avec une belle ardeur, à la demande du Concile, à la révision de leurs textes législatifs. Ceci leur a donné d’acquérir une familiarité avec le droit canon que peu de Congrégations possédaient en 1917. Cela leur a aussi fourni l’occasion de prendre contact avec des canonistes spécialisés dans les problèmes de la vie consacrée et de se faire mieux connaître d’eux ; aussi sera-t-il tout naturel que, si des problèmes juridiques propres à un Institut apparaissent à la suite du Code, ce soit à ces guides sûrs, déjà bien au courant de la situation, que Supérieurs et Conseils s’adressent d’abord. La tâche proprement canonique de la revue en sera allégée d’autant : elle pourra se contenter de traiter à l’occasion de problèmes qui concernent un plus grand nombre d’instituts ou telle catégorie d’entre eux (les moniales, par exemple) ou de questions sur lesquelles des discussions en cours révèlent que des progrès dans la clarification s’indiquent.

Il est, par contre, une autre tâche que Jean-Paul II a magnifiquement décrite dans les documents que nous avons rappelés ci-dessus : montrer pourquoi et comment « le droit a sa place dans l’Église, il a en elle droit de cité » (249) ; faire apparaître comment il s’inscrit dans la foulée des documents majeurs de Vatican II « pour que l’observation des normes proposées soit faite d’un cœur sincère, avec bonne volonté... afin de promouvoir de plus en plus... le salut des âmes » (247).

C’est ce que nous avons visé dans les contributions qui suivent. Elles s’efforcent de montrer la place du droit dans la vie (et, réciproquement, celle de la vie dans le droit) (R. Soullard), de tenter une approche générale du nouveau Code (ce qu’il est, son rapport à Vatican II, sa place dans la vie de l’Église) (J. Passicos). Puis nous faisons appel aux lumières de l’histoire, spécialement en ce qui concerne le droit des religieux (G. Fransen). Dans la même ligne, mais avec un objectif plus précis, viennent deux études comparant les Codes de 1917 et 1983, l’une dans leur ensemble (J. Beyer), l’autre du point de vue de la place donnée à la femme dans l’Église (E. de Montebello). Elles sont suivies par quatre articles consacrés à des catégories distinctes de fidèles : un premier inventaire des principales modifications concernant les religieux et religieuses (M. Dortel-Claudot), une présentation de la reconnaissance par le Code de la « nouveauté » des Instituts séculiers, une description des Sociétés de vie apostolique (J. Bonfils) et une brève note sur l’Ordre des vierges (R. de Tryon-Montalembert et A. Guerbet).

Si nous avons réservé pour la fin les contributions qui nous viennent d’Amérique latine et d’Asie [2], c’est à cause du changement d’horizon auquel elles nous invitent. Déjà bien réel dans le texte en provenance d’Amérique latine (F. Retamal), ce « dépaysement » est nettement marqué dans celui qui nous vient de l’Inde (V. D’Souza). Même si ces contributions exigent de nous un effort d’ouverture à des cultures et à des manières de penser qui ne sont pas identiques aux nôtres, l’Église, pour être catholique, doit pouvoir s’ouvrir aux richesses qu’elles représentent et se montrer capable de les christianiser de l’intérieur.

Il est enfin une dimension qui n’est traitée nulle part ex professo, même si elle affleure en plus d’un endroit : l’ouverture à l’œcuménisme. C’est une dimension importante, relevée par Jean-Paul II comme l’une des caractéristiques de la vision de Vatican II sur l’Église (246) ; elle méritera un traitement plus approfondi.

Il reste à chacun de nous à se rendre compte de la manière dont il est personnellement concerné, comme membre du Peuple de Dieu et à la place qu’il occupe dans celui-ci, par le nouveau Code et sa mise en pratique. Ce n’est pas une pure affaire pour les Supérieurs et leurs Conseils, ni seulement un objet d’étude pour spécialistes. On a parfois et non sans raison comparé le droit canon au squelette, à l’ossature. Pour reprendre une image chère à saint Paul, aucune partie du corps ne peut se désintéresser des autres. Fussions-nous le pied (« les petits, les sans-grade, nous qui marchons toujours et jamais n’avançons »), nous ne pouvons nous désintéresser du bon état de notre squelette. Pour que l’Église soit « bien dans sa peau », si l’on nous permet cette expression familière, il faut aussi qu’elle soit « bien dans ses os », sans arthrose ni ramollissement de ceux-ci. Et cela, c’est notre affaire à tous, elle requiert sagesse, discernement et force : ces dons de l’Esprit, pourquoi ne pas les demander pour nous et pour toute l’Église ?

Tel fut notre projet, fort ambitieux à la vérité. Grâce à des collaborations venues de toutes parts et offertes avec une obligeance dont nous tenons à remercier ceux qui nous les ont fournies ou nous ont aidé à les obtenir, peut-être ce numéro ne décevra-t-il pas trop les espérances que nous avons mises en lui... ni celles de nos lecteurs.

[1Traduction française de ces deux documents, qui sont la meilleure introduction au Code et à son esprit, dans La Documentation catholique, 80 (1983), 244-247 et 247-250.

[2Nous attendons encore la contribution de Mgr Kulungu (Kikwit), retardée par l’arrivée tardive des exemplaires du Code au Zaïre.

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