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Vie religieuse et option pour les pauvres à la lumière de Puebla

Ricardo Antoncich, s.j.

N°1980-5 Septembre 1980

| P. 298-305 |

Puebla : il s’agit ici de l’événement ecclésial lui-même, la visite, les allocutions, les gestes et les attitudes de Jean-Paul II, le processus de réflexion qui a donné naissance au document de la Conférence des évêques. Compris de cette manière, Puebla éclaire l’option des religieux pour les pauvres et lui donne toute sa force. En quelques pages simples, l’auteur nous introduit à une compréhension vigoureuse et juste de cette option. Nous avons reçu cet article avant la visite du Pape au Brésil ; il n’en offre que plus d’intérêt, car il marque la continuité d’une orientation.

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La relation entre la vie consacrée et l’option pour les pauvres peut être une perspective intéressante pour comprendre la réalité ecclésiale et sociale de l’Amérique latine. D’une part, les religieux sont quantitativement importants : ils constituent environ 80 % des forces pastorales ; de nombreux évêques proviennent de congrégations et ordres religieux. Le Pape Jean-Paul II s’est adressé en particulier aux religieux, en termes très clairs, leur demandant de garder leur identité propre en suivant totalement Jésus-Christ. D’autre part, les pauvres représentent aussi, sur le plan quantitatif, la majorité de nos populations, et c’est parmi eux que l’on voit surgir, avec force et originalité, une vitalité ecclésiale et une compréhension de l’Évangile comme dynamisme libérateur.

Nous entendons ici par « Puebla » quelque chose de plus que les documents produits par la 3e Conférence Générale ; c’est l’événement ecclésial lui-même ; la visite, les allocutions, les attitudes et les gestes du Pape, le processus de réflexion et de gestation qui a donné naissance aux documents. Compris de cette manière, Puebla est un événement illuminateur qui donne toute son espérance et son dynamisme à l’option des religieux pour les pauvres.

La vie religieuse, suite de Jésus

Le Pape Jean-Paul II a délivré son message aux religieux d’Amérique latine dans trois importants discours : son allocution aux prêtres et religieux, à la Basilique de la Guadeloupe, son message aux religieuses à Mexico et son discours aux religieuses cloîtrées à Guadalajara.

Ces trois messages ont une commune préoccupation : enraciner profondément la vie religieuse dans son être propre : la communion de vie et de destin avec Jésus-Christ, qui est le modèle que nous devons contempler et qui nous permet « de vivifier les valeurs surnaturelles dans notre existence » (Discours aux prêtres et aux religieux), dont nous sommes les témoins en vivant la « sollicitude pour les intérêts du Christ » (Aux religieuses de Mexico). « Dans une réponse libre à l’appel de l’Esprit Saint, vous avez décidé de suivre le Christ en vous consacrant totalement à lui » (Aux religieuses de Guadalajara).

À deux reprises le Pape emploie le mot « identité » dans ces discours. La première fois, c’est pour souligner que, devant les certitudes de la foi qui définissent la vocation sacerdotale et religieuse, il n’y a place pour aucun doute concernant la vie propre et le chemin adopté (Discours aux prêtres et aux religieux) ; la seconde fois, pour dépasser les incertitudes concernant l’identité propre, moyennant la fidélité à la dimension verticale, essentielle chez le religieux, et par l’identification avec le Christ des Béatitudes, pour être des témoins authentiques du Royaume de Dieu parmi les hommes (Aux religieuses de Mexico).

Le Pape considère comme un trait important de la vie religieuse le charisme du prophétisme. Mais il attire l’attention sur ses conditions de légitimité : « c’est seulement par ce souci des intérêts du Christ (cf. 1 Co 7,32) que vous serez capables de donner au charisme du prophétisme sa juste dimension de témoignage du Seigneur » (Aux religieuses de Mexico). Le religieux est appelé de façon particulière à participer « au service prophétique du Christ, devoir de l’Église, et cherche à l’accomplir dans les divers contextes historiques ». Aussi, continue le Pape : « il faut appeler par son nom l’injustice, l’exploitation de l’homme par l’homme ou encore l’exploitation de l’homme par l’État, par les institutions, par les mécanismes et les systèmes économiques et par les régimes qui souvent agissent sans sensibilité. Il faut appeler par son nom toute injustice sociale, la discrimination, la violence infligée à l’homme contre son corps, contre son esprit, contre sa conscience et contre ses convictions. Le Christ nous enseigne une sensibilité particulière pour l’homme, pour la dignité de l’être humain, pour la vie humaine, pour l’esprit et le corps humain. C’est cette sensibilité qui porte témoignage de la connaissance de cette « vérité qui nous fait libres » (Audience pontificale, 21 février 1979).

C’est la suite du Christ, l’imitation de sa vie et de ses critères qui nous portent vers les pauvres, et donnent toute son urgence à la voix prophétique pour dénoncer les violations de la dignité humaine. « En renonçant donc radicalement à eux-mêmes, (les religieux) acceptent la croix du Seigneur comme la leur propre. Ils la portent sur eux et accompagnent ceux qui souffrent de l’injustice, qui manquent d’un sens profond de l’existence humaine et qui ont besoin d’une faim de paix, de vérité et de vie. De cette manière, partageant leur mort, ils ressuscitent joyeusement avec eux à la nouveauté de la vie et, en se faisant tout à tous, ils privilégient les pauvres, les préférés du Seigneur [1] ».

Option évangélique, et non pas politique, pour les pauvres

On court le risque de perdre l’identité de ceux qui suivent Jésus, si l’on s’adonne de telle manière aux tâches sociales et politiques que s’y dilue le charisme religieux ; ou en recherchant les critères pour une synthèse harmonieuse entre spiritualité et ministère, non pas dans l’Évangile, mais dans de purs critères psychologiques et sociologiques (cf. Discours aux prêtres et aux religieux).

Le Pape constate avec joie, comme un des aspects de la grande vitalité religieuse, « une plus grande proximité des pauvres, qui sont l’objet d’une juste attention prioritaire » (Aux religieuses de Mexico). Cette option pour les pauvres est l’expression d’un amour « qui n’est pas partisan, qui n’exclut personne, même s’il s’adresse de préférence aux plus pauvres » (Discours aux prêtres et aux religieux). Sans doute l’option pour les pauvres ne doit-elle pas se fonder sur des motivations socio-politiques, mais découler de critères évangéliques. Elle doit être fidélité au Christ, que nous rencontrons dans les plus pauvres de nos frères (cf. Discours inaugural à la 3e Conférence Générale de l’Épiscopat latino-américain).

Très claire est la volonté du Pape de ne pas confondre la tâche politique avec la vocation religieuse. Mais très claire est aussi, chez lui, la volonté qu’existe et que croisse toujours davantage une option évangélique pour les pauvres, qu’il constate comme « un motif de joie et d’optimisme » (Aux religieuses mexicaines), comme une réalité dans la vie religieuse latino-américaine. Les évêques, pour leur part, l’affirment aussi : « L’ouverture pastorale et le choix prioritaire des pauvres sont la tendance la plus remarquable de la vie religieuse latino-américaine. De fait, les religieux, en mission parmi les indigènes, se trouvent de plus en plus dans les zones marginalisées et difficiles, dans une situation caractérisée par l’enfouissement et l’humilité. Ce choix ne suppose l’exclusion de personne, mais seulement une priorité et une approche du pauvre » (Puebla, 733).

Sans doute, pour certains gouvernements latino-américains, et même pour certains secteurs de l’Église, cette option préférentielle pour les pauvres semble devoir être qualifiée précisément de « politique » lorsqu’on ignore les motifs évangéliques qui poussent à ce rapprochement. Il ne fait aucun doute que l’on emploie et que l’on continuera à employer les paroles du Pape pour couper court à des actions pastorales de solidarité avec les plus pauvres, à l’encontre des désirs du Pape. D’où l’importance d’une interprétation correcte de son message.

Entre le pastoral et le politique

Le Pape s’est montré très catégorique dans la distinction entre l’action pastorale et l’engagement politique. Il ne s’agit pas seulement d’une pure délimitation de tâches ou de fonctions extérieures et publiques : « vous n’êtes pas des dirigeants sociaux, des leaders politiques ou des fonctionnaires d’un pouvoir temporel », a dit le Pape aux prêtres et aux religieux dans la Basilique de la Guadeloupe. Il s’agit, de façon plus radicale encore, d’éviter les « motivations socio-politiques » (Aux religieuses de Mexico), les prises de position et les critères socio-politiques (Aux prêtres et aux religieux). Il est évident qu’il y a ici une distinction entre ce qui se fait extérieurement et ce qui appartient au niveau caché de la conscience. En ce sens, les prêtres et les religieux sont invités à revoir leur motivation, leurs prises de position et leurs critères, même dans les actions qui, extérieurement, paraissent accomplir de pures fonctions pastorales.

Le politique, qui doit être exclu de la vie religieuse, semble être rapporté, dans la pensée du Pape, à l’organisation et à la participation à des mouvements partisans. Aussi affirme-t-il : « N’oubliez pas que le rôle de leader temporel peut facilement être source de division, alors que le prêtre doit être signe et élément d’unité, de fraternité » (Aux prêtres et aux religieux). Il est évident que le Pape ne fait pas allusion à des actions évangéliques qui sont source de division, comme Jésus l’annonçait (Mt 10,34 ; Lc 12,51-53), et qu’il n’invite pas à taire la vérité pour ne pas provoquer la division, puisque le Pape lui-même nous invite : « Relisons attentivement l’Évangile et nous y rencontrerons beaucoup d’expressions sévères comme par exemple « sépulcres blanchis », « guides aveugles », « hypocrites », expressions que le Christ prononce en ayant conscience des conséquences qui l’attendent » (Audience du 21 février 1979).

Il est important de souligner que ni dans ses paroles, ni dans sa pratique pastorale le Pape Jean-Paul II ne sépare ni n’isole de manière absolue le pastoral et le politique. Ne pas confondre les deux sphères, ni en théorie ni en pratique, ne signifie en aucune manière les séparer de telle sorte que l’une soit conçue en marge de l’autre ni s’adonner à l’une sans l’influence de l’autre.

Le politique a son incidence sur le pastoral, même si, dans ce cas, ce sont, par priorité, des laïcs qui doivent apporter à la vie ecclésiale les richesses du monde et de l’activité politique. L’apostolat des laïcs « donne tout leur sens à toutes les manifestations de la vie humaine (et) nous donne la clef pour interpréter pleinement le sens de l’histoire (qui ne se trouve que) dans la dimension spirituelle qui établit la relation entre le présent et l’avenir » (Homélie à Oaxaca).

On a rarement décrit avec tant d’exactitude la dignité des fonctions de la politique par le fait que l’homme cherche à donner un sens à sa société. Mais rarement aussi on a indiqué avec tant de clarté que la clef de l’interprétation de l’histoire politique ne se trouve pas en elle-même, mais dans la foi, dans la relation entre le présent historique et le futur eschatologique et que c’est l’Église qui aide à discerner le sens ultime du politique (cf. Gaudium et spes, n° 76).

Il est intéressant de souligner que ce n’est pas seulement le politique qui a une incidence sur le pastoral, mais inversement, que le pastoral a une incidence sur le politique. Cela, le Pape ne se contente pas de le dire, mais il l’accomplit fondamentalement. Partant de la mission propre de l’Église, qui, sans aucun doute, doit considérer l’homme dans « l’intégrité de son être » (Discours inaugural à la3e Conférence, III, 2) le Pape se réfère à des thèmes politiques comme les droits de l’homme ou la propriété, il parle aux paysans et aux ouvriers de leurs droits, de la nécessité de s’organiser pour les défendre (Message aux paysans à Oaxaca et aux ouvriers à Guadalajara et Monterrey). Dans cette circonstance, le Pape ne se borne pas à éclairer les consciences, mais il s’engage comme vraie force sociale, mettant son autorité morale, sa voix, au service des opprimés (Aux ouvriers d’Oaxaca). Une mention purement abstraite des droits de l’homme ne touche aucune position concrète. Le Pape est le premier à mettre en pratique ce qu’il exhorte les autres à faire : « il faut appeler par leur nom l’injustice, l’exploitation de l’homme par l’homme... il faut appeler par leur nom toutes les injustices sociales » (Audience du 21 février). C’est pourquoi le Pape descend dans le concret. Il affirme que la richesse des grandes nations se construit au détriment des nations faibles (Discours inaugural de la 3e conférence, III, 4), il dénonce comme anti-chrétien le fait que les propriétaires terriens laissent en friche les terres d’où devrait venir le pain qui manque à tant de familles (cf. Message aux paysans d’Oaxaca). Pour certains gouvernements et certains milieux d’Église, c’est là « faire de la politique ».

Le Pape en arrive à clarifier une ambiguïté douloureuse en Amérique latine. Et il le fait moins au niveau des concepts que des attitudes et de la pratique. S’approcher des pauvres, leur annoncer leur dignité qui les constitue en sujets de prédilection du Seigneur, leur parler de leurs droits et de la nécessité de s’organiser pour les défendre et de dénoncer ceux qui les oppriment, tout cela est qualifié par les gouvernements et les secteurs de l’opinion publique comme « ingérence politique ». Mais c’est précisément ce que le Pape a fait à Mexico. Sa propre pratique pastorale est la clef herméneutique, le critère d’interprétation de ce que signifie « politique ».

Quand le Pape exclut le politique de la vie religieuse, il ne se réfère pas à l’option pour le pauvre, au soutien donné à sa recherche de justice, de droits et de dignité, mais à l’activité partisane, à la direction ou à la militance dans des mouvements politiques marqués par une idéologie et par la volonté de conquérir le pouvoir.

L’exemple du Pape Jean-Paul II apparaît comme un chemin de lumière que les religieux d’Amérique latine non seulement peuvent, mais doivent suivre dans leur option pour les pauvres. Plaise à Dieu que l’on puisse dire de chacun d’entre nous que nous aussi « c’est avec une grande joie que nous rencontrons le monde ouvrier (Message aux ouvriers de Guadalajara), que nous pouvons nous tourner vers les ouvriers et les paysans « comme compagnons de travail », que nous avons partagé les nécessités des travailleurs, leurs justes exigences et leurs légitimes aspirations » (Aux ouvriers de Monterrey). Combien notre activité gagnerait en autorité morale, comme celle d’un Pape qui peut s’adresser pastoralement en ces termes au monde du travail.

Option pour les pauvres, ferment de rénovation de la vie religieuse

L’option pour le pauvre n’indique pas un mouvement dont le point de départ est la vie religieuse et dont le terme est le pauvre ; en réalité, il s’agit d’un mouvement inverse et la vie religieuse elle-même se trouve transformée et enrichie par l’approche du pauvre. Et il n’en peut être autrement, puisque, si l’option pour le pauvre naît d’un motif évangélique, elle porte à découvrir le Christ dans le pauvre et toute approche se convertit dès lors en une rencontre avec le Seigneur. Telle est la dynamique qui se révèle très clairement dans les paroles et dans les attitudes pastorales du Pape ainsi que dans les affirmations des évêques à la3e Conférence.

L’approche du pauvre naît d’un critère évangélique. Par lui, elle devient un « amour préférentiel » bien que non exclusif. La raison en est que les prêtres et les religieux sont « serviteurs du Peuple de Dieu, serviteurs de la foi, administrateurs et témoins de l’amour du Christ pour les hommes...amour qui n’est pas partisan, qui n’exclut personne, bien qu’il ait une préférence pour les plus pauvres » (Aux prêtres et aux religieux).

C’est l’amour même de Jésus qui doit être le modèle de notre option ; modèle vers lequel doit tourner ses regards tout chrétien « qui veut servir de vérité aux marginaux » (discours inaugural à la3e Conférence, I, 4). Le Seigneur l’a vécu dans sa vie mais aussi « il a décrit dans la parabole du bon samaritain le modèle de l’attention à toutes les nécessités humaines » (Ibidem III, 2).

Mais les motifs amenés jusqu’ici sont insuffisants. L’option pour les pauvres a pour Jean-Paul II des motivations théologiques plus profondes : le Christ est en eux. Les plus petits d’entre les frères, les pauvres, les nécessiteux, les marginaux, ce sont ceux qui « reflètent en leur vie le visage souffrant du Seigneur » (Ibidem I, 4). « Le Seigneur a déclaré qu’en fin de compte il s’identifiera avec les déshérités – les malades, les prisonniers, ceux qui ont faim, ceux qui sont dans la solitude – auxquels on a tendu la main » (Ibidem III, 2). Pour cette raison, « si l’Esprit de Jésus-Christ habite en nous, nous devons nous préoccuper en priorité de ceux qui n’ont ni la nourriture, ni le vêtement, ni le logement nécessaires et qui n’ont pas accès aux biens de la culture » (Aux ouvriers de Monterrey).

Le Pape vit dans son attitude l’approche des pauvres : « Je me sens solidaire avec vous, parce que, étant pauvres, vous avez droit à ma sollicitude particulière » (Barrio Sta Cecila, Guadalajara).

« Le Pape vous aime parce que vous êtes l’objet de la prédilection de Dieu » (Ibidem). « L’image du Christ, prix du rachat de l’humanité, est un appel ardent à consumer notre vie en la mettant au service des nécessiteux, au rythme de la charité, qui est désintéressée et qui n’a aucune sympathie pour l’injustice, mais pour la vérité » (Ibidem).

Les évêques, dans un texte audacieux, affirment que « le service des pauvres est le signe privilégié, quoique non exclusif, de notre marche à la suite du Christ » (Puebla, 1145). Ceci doit être considéré avec une attention particulière par ceux qui professent, dans la vie religieuse, la suite et le service du Seigneur.

L’« événement ecclésial de Puebla » projette une grande lumière sur l’option pour les pauvres, une des priorités missionnaires de notre Église et une des exigences les plus immédiates du témoignage prophétique de nos vœux. En suivant les paroles et les exemples du Pape et des évêques, nous vivons notre solidarité avec les opprimés sans craindre ceux qui qualifieraient les options évangéliques comme des ingérences politiques. Le Pape dissipe par son exemple toutes les confusions et ambiguïtés en cette matière.

Jr. Chancay 750
LIMA, Pérou

[1Le document final de la Conférence de Puebla est paru en traduction française au Centurion (Paris, 1980) sous le titre Construire une civilisation de l’amour. Nous le citons : Puebla, suivi du n° du paragraphe. Ici : Puebla, 743.

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