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Courrier des lecteurs : Renoncer à une vie purement contemplative ?

Ghislaine Aubé, s.c.

N°1980-3 Mai 1980

| P. 180-181 |

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C’est après avoir relu l’article du Père Neefs dans le dernier numéro de Vie consacrée (1980, p. 103-121) que je vous écris. Vraiment, je suis heureuse qu’on ait pu donner cette suite aux réflexions sur É. Van Broeckhoven dans la revue, en diffusant encore sa pensée, et j’apprécie beaucoup cet article.

Il y a pourtant un point qui me met mal à l’aise, un point seulement, mais qui est malheureusement très en évidence... Le P. Neefs tire du cheminement spirituel d’Égide cinq règles générales. Je ne pense pas que la troisième soit une règle générale dans le renoncement particulier qu’il exprime : « renoncement explicite à l’attrait d’une vie purement contemplative au profit d’un choix bien conscient d’une vie incarnée en plein monde ». Je ne doute pas que ce renoncement ait été la voie par laquelle Égide a été conduit à la plus totale fidélité à Dieu. Mais je ne pense pas que ce soit une règle générale.

Il me semblerait plus juste d’exprimer en substance ceci : « Elle ne se réalisera donc que dans une fidélité totale à l’opération de Dieu en nous, dans une attention préférentielle et dans un attrait marqué pour une vie d’union à lui, et, en fin de compte » (ici, je modifie) par le choix conscient d’une vie totalement livrée à l’appel reçu, à la mission acceptée, de la façon la plus concrète. Et donc, pour des religieux, en conformité avec le charisme de leur Institut (à moins qu’il ne soit clair qu’ils aient à le quitter).

Il me semble d’ailleurs bien lire dans la vie d’Égide qu’il a dû, après de douloureuses et persistantes hésitations, renoncer explicitement à l’attrait d’une vie purement contemplative, mais l’aspect positif n’a-t-il pas été qu’il a, finalement, explicitement fait le choix d’être jésuite ? « Inigo le talonne et le réclame ». Il dit clairement : « J’ai vu une fois de plus avec une grande clarté comment tous mes problèmes de vocation trouvent leur solution fondamentale dans ce qui est l’essence même de la vocation de jésuite ».

Tel autre pourrait avoir à renoncer explicitement et, sans doute, non sans douloureuses hésitations à une forme déterminée de présence incarnée en plein monde. Est-il impensable qu’un tel renoncement eût pu être demandé un jour à Égide lui-même, si Dieu n’avait comme mis un sceau sur la fidélité de la réponse de son serviteur à travers l’accident du 28 décembre 1967 ?

En relisant un ancien numéro de Vie consacrée (1973, p. 65-74), j’ai trouvé un article de H. Urs von Balthasar qui m’a paru très riche. J’y ai noté en particulier ceci : « Que l’action puisse s’accomplir dans la passion provient de ceci : la contemplation, qui (comme disponibilité à la volonté de Dieu dans sa totalité) fonde toute action chrétienne, fait craquer les frontières de celle-ci et en remplit tout le champ avec sa disponibilité d’accueil à l’agir divin. Or celui-ci est toujours plus grand que l’action terrestre visible et ce plus, s’il existe, fait que l’action soit chrétienne. Cette disponibilité (qu’Ignace appelle « indifférence ») est le plus parfait accomplissement éthico-religieux de l’homme : préparation active de l’esprit et de tout l’homme à la non-résistance à Dieu. Où cette disponibilité est atteinte, Dieu peut, quand il le veut, charger l’homme de son action, au de-là de ses capacités humaines : alors, l’homme accomplit littéralement plus qu’il ne peut » (p. 72).

N’est-ce pas cette absolue disponibilité au Saint-Esprit qui est la voie de sainteté pour tous, à laquelle tout chrétien doit tendre, à la mesure et selon la forme des dons de Dieu ?

Prieuré de Tercillat
F 23350 GENOUILLAC, France

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