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Courrier des lecteurs : Le budget personnel

Simonne Plourde

N°1978-2 Mars 1978

| P. 112-113 |

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Suite au « courrier des lecteurs » sur le budget personnel (novembre 1977), nous avons reçu plusieurs lettres. Nous publions de larges extraits de l’une d’entre elles, qui donne bien le sens des réactions [1].

Dans le numéro du 15 novembre 1977, une lectrice, sous la signature de « Une religieuse enseignante », livrait ses réflexions « A propos du budget personnel ».

Je réagis fortement au climat de mesquinerie qui m’apparaît en filigrane dans cette dénonciation des abus du budget personnel. L’« émancipation » condamnée par l’auteur partait peut-être, dit-elle, d’un désir justifiable de donner un peu de « responsabilité » aux sœurs, ou exactement « le sens de l’argent ». Si des capitulantes veulent donner un peu de responsabilité aux sœurs, c’est que celles-ci n’en ont pas du tout... Je crois qu’aussi longtemps que le budget personnel sera considéré comme concession des supérieures vis-à-vis de pauvres sœurs qui passent leur vie sans responsabilité, il produira des fruits peu reluisants. On ne met pas du vin nouveau dans de vieilles outres sans que celles-ci laissent apparaître leurs fissures et leur fragilité.

Après expérience de plusieurs années, je sais que le budget personnel est une modalité capable de susciter une vraie pratique de la pauvreté et de la charité fraternelle. Il n’est pas dans mon propos d’en établir ici la preuve, mais j’indiquerai brièvement les prémisses sur lesquelles s’appuie mon affirmation.

Quand une femme entre en communauté, elle pose un acte d’adulte qui désire s’attacher à Jésus-Christ selon une modalité précise. Le vœu de pauvreté rend effectif sa renonciation à ses biens personnels et à son salaire pour une mise en commun et un partage fraternel de tout ce qui ne lui est pas absolument nécessaire. Selon les circonstances, ce nécessaire pourra peut-être aussi parfois ou souvent devenir objet de partage. Même à travers l’obéissance, cette personne conserve la responsabilité de son engagement et le devoir de le vivre sérieusement.

Le budget personnel n’est pas l’unique modalité pour vivre la pauvreté. Mais il n’est surtout ni une occasion d’être riche, ni un salaire auquel les sœurs ont droit, ni une façon facile de soustraire ses petites dépenses à un régime de permissions répétées.

En donnant la possibilité de gérer un budget personnel, une communauté donne à ses membres l’opportunité de prévoir et de demander ce qu’il leur faut pour leurs besoins matériels, après avoir jaugé ces besoins à la mesure de leur idéal de vie et de leur engagement.

C’est, à mon avis, un non-sens de donner à chacune des sœurs d’une communauté une somme mensuelle égale d’argent, car leurs besoins ne sont pas identiques. Accepter que les besoins soient différents et les budgets personnels inégaux, sans relation aucune avec la mise de fonds, est déjà une façon de vivre et la pauvreté et la charité fraternelle.

Quelle que soit la modalité selon laquelle une religieuse vit la pauvreté, elle ne peut jamais en rejeter la responsabilité sur les épaules d’une supérieure, chargée de la sécuriser en lui « permettant » d’agir.

L’usage du budget personnel, tout comme le régime des permissions sollicitées une à une, doivent être vécus à la lumière d’un engagement personnel et dans le contexte d’un désir de libération de l’avoir pour mieux vivre la « sequela Christi ».

140 rue Lavoie
RIMOUSKI, Qué., Canada

[1Rappelons que Sœur Louise Vanwert, i.e.j., a écrit un article sur ce sujet dans Vie consacrée, 1973, 168-173. Elle y montre bien que, lorsque la mise en œuvre du budget personnel est sérieusement réfléchie (à la lumière du sens profond du vœu de pauvreté qui est mise en commun fraternelle, partage intégral de nos biens et désir de tout recevoir de Dieu dans une vraie simplicité de vie), elle est une manière valable, parmi d’autres, de vivre la pauvreté quotidienne.

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