Un périodique unique en langue française qui éclaire et accompagne des engagements toujours plus évangéliques dans toutes les formes de la vie consacrée.

Théologie de la vie religieuse

Bulletin bibliographique

Léon Renwart, s.j.

N°1978-1 Janvier 1978

| P. 54-62 |

Parmi les ouvrages reçus cette année grâce à l’obligeance des éditeurs, une première catégorie se dégageait d’elle-même : trois volumes sont de précieux instruments de travail, dont la suite est toujours attendue avec impatience. Pour les autres, il était plus difficile d’établir un ordre de présentation ; il nous a semblé toutefois qu’on pouvait parler d’abord de ceux qui traitent plus en général de la vie religieuse et réserver pour un troisième groupe ceux qui ont pour objet un type de consécration ou un problème plus spécifique.

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I

Voici la quatrième année que le Dizionario degli Istituti di Perfezione [1] maintient avec une belle régularité son rythme de parution. On devine sans peine l’effort que cela demande et toute notre reconnaissance va à l’éditeur et à ses collaborateurs pour leur incessant labeur. A supposer que le projet initial de boucler l’œuvre en six volumes reste possible, nous ne serions plus très loin de la parution des tables, qui accroîtront de beaucoup l’utilité de l’ouvrage, spécialement pour ceux dont l’italien n’est pas la langue maternelle. Mais le projet pourra-t-il se réaliser dans les limites prévues ? On commence à en douter, non sans raison : le quatrième volume n’a sans doute pas achevé la lettre « I ». Et il serait regrettable de ne pas maintenir les caractéristiques qui ont fait le mérite des volumes précédents : des notices trop brèves ou une forte diminution de l’illustration feraient perdre au Dictionnaire une bonne partie de son intérêt. Aussi préférons-nous attendre un peu plus les tables (d’autant qu’elles devront être faites avec grand soin et revues, si possible, par des collaborateurs dont la langue maternelle est l’anglais, l’allemand et le français, si l’on veut que cet ouvrage, unique en son genre, ait le rayonnement mondial qu’il mérite).

Une part notable du volume actuel est occupé par les Franciscains, les Franciscaines et leurs fondateurs. Les Dominicains y figurent aussi (Frères Prêcheurs). Le hasard de l’ordre alphabétique, qui rapproche en italien la France et l’Allemagne, a aussi rassemblé dans ce volume la présentation d’un certain nombre de tendances déviationnistes : Frères du libre esprit, Fraticelles, Jansénisme, Joséphisme. Parmi les articles doctrinaux et canoniques, relevons : Fins de la vie religieuse, Fondateurs, Fondations, Formation, Empêchements canoniques. Deux articles d’iconographie, l’un dans l’Église Orientale, l’autre sur les représentations de la vie religieuse, ne manquent pas d’intérêt. Signalons, en terminant, une petite bizarrerie : pour Jacques van Ginneken, nous sommes renvoyés à Van Ginneken, tandis qu’Édouard van Goethem se voit traité, dès ce volume, à Goethem, Édouard van.

Le remarquable instrument de travail qu’est la Bibliographia Internationalis Spiritualitatis nous présente, dans son huitième volume consacré à l’année 1973 [2], plus de 8.000 références. La vie consacrée y est directement concernée par plusieurs sections : vertus morales de chasteté et de pauvreté, prière, direction spirituelle, ascèse, mystique, état religieux (plus de 300 entrées) histoire de la spiritualité des Ordres et Congrégations (plus de 250 entrées), mais il est évident que religieux, religieuses et autres consacrés pourront encore faire une ample moisson dans les autres parties de ce recueil d’une grande richesse d’information. – Signalons une petite erreur de référence : au n° 1481, l’article de Schlitt n’est point paru dans Lumen (Vitoria), mais sans doute dans une revue danoise que nous ne sommes point parvenu à repérer (mais les indications du n° 1482 sont exactes).

Avec le volume reçu cette année, s’achève le Dizionario enciclopedico di Spiritualità [3], dont nous avons présenté en 1977 le tome I. Les caractéristiques relevées alors valent aussi pour ce volume : nombreuses notices doctrinales, plus ou moins longues selon l’importance du sujet (parmi les plus développées, citons : Marie, le mérite, la mission, le monde, le Saint-Esprit, la sécularisation, l’espérance), de théologie spirituelle (spiritualité des laïcs, méditation, monachisme, prière, spiritualité de l’Orient chrétien, religieux, virginité, vie contemplative, active et mixte, etc.), de théologie biblique (saint Paul, les Prophètes), notices biographiques (Thérèse d’Avila, Thomas d’Aquin, Ruysbroeck, Suso, Tauler et même Teilhard de Chardin – jugement nuancé) et beaucoup d’autres thèmes. Certes, çà et là, on eut souhaité un exposé mieux au point : dans l’article « Religiosi », notamment, l’auteur recourt encore à l’épisode du jeune homme riche pour fonder un double appel du Seigneur : l’un aux préceptes, pour tous les chrétiens, l’autre aux conseils, pour ceux qui visent une sainteté plus grande. On croyait cette problématique définitivement dépassée depuis Vatican II. – Malgré ces défauts mineurs, difficilement évitables, ce dictionnaire, par ses articles et sa bibliographie, rendra de bons services.

II

Des trois études que le P. Tillard rassemble dans Il y a charisme et charisme [4], la seconde explore le phénomène monastique dans les diverses religions, spécialement à Qumran, et montre que la caractéristique du monachisme chrétien est d’être suite de Jésus. Elle intéressera surtout les spécialistes. La troisième présente la vie religieuse comme un état de confession de la foi, témoignage auprès des hommes et service de l’humanité, l’un et l’autre devant Dieu (ce qui leur est essentiel), état qui tend de lui-même à se traduire en parole de confession dans et par l’Église. La première étude, que nous avons délibérément réservée pour la fin, est une remarquable présentation de la vie religieuse en son cœur, en ce point où elle s’enracine dans l’émerveillement théologal que provoque la rencontre de Jésus : la décision de tout quitter, de se donner entièrement par les vœux en découle d’elle-même. Que ceci soit ou non pleinement perçu dès les débuts (d’ordinaire cette prise de conscience est fruit d’une longue maturation), le charisme de la vie religieuse s’origine à cette profondeur. Parmi les pages admirables écrites par le P. Tillard sur un sujet qui lui tient à cœur, celles-ci sont sans doute parmi les plus belles et les plus profondes.

Zeit der Orden ? (Est-ce le temps des Ordres ?) est le fruit d’un exposé demandé à J. B. Metz [5] pour la réunion plénière annuelle des Supérieurs religieux d’Allemagne (Würzburg, 1976). Il prend appui sur le Document du Synode allemand Unsere Hoffnung (Notre espérance, une profession de foi pour aujourd’hui), pour interpeller les Ordres religieux. Pour l’auteur, la vie religieuse représente « une sorte de traitement de choc appliqué par l’Esprit Saint à l’Église dans son ensemble ». Le marasme actuel des Ordres lui paraît moins une crise de croissance qu’une crise de fonction : les instituts religieux ne remplissent plus assez leur rôle spécifique dans l’Église, ils ne sont plus assez ceux qui, par leur vie et leur exemple, stimulent toute l’Église à une authentique « suite du Christ ». Et celle-ci ne peut être purement spirituelle, simple affaire privée, elle a nécessairement un aspect politique, au grand sens du terme. La suite du Christ, pour reprendre une de ces expressions dont l’auteur a le secret, « est mystique et politique tout à la fois ». Il applique ceci aux trois vœux et tente de les définir comme suit. La pauvreté comme vertu évangélique est la protestation contre la dictature de l’avoir, de la possession et de l’auto-affirmation exclusive ; elle pousse à la solidarité pratique avec ces pauvres pour qui la pauvreté, loin d’être une vertu, est une situation vécue et une contrainte sociale. Le célibat comme vertu évangélique est l’expression d’une aspiration irrépressible vers le « Jour du Seigneur » ; il invite à la solidarité avec ces célibataires pour qui le célibat signifie solitude, absence de partenaire, n’est vraiment pas une vertu, mais une fatalité de la vie en société ; elle envoie vers ceux qui sont prisonniers de la résignation ou du désespoir. L’obéissance comme vertu évangélique est la livraison, radicale et sans aucun calcul, de sa vie au Dieu qui exalte et libère ; elle pousse à la proximité pratique avec ceux pour qui l’obéissance, loin d’être une vertu, représente le règne de l’oppression, de la mise sous tutelle, du retour au silence. Vécue de cette façon radicale, la suite du Christ est certes une interpellation vigoureuse adressée au monde et à l’Église mais, l’auteur en est convaincu, elle n’est possible que moyennant une attente vivante de la parousie imminente. Comme il le dit, sur la médaille dont l’avers porte « Suis-moi », le revers implore « Viens, Seigneur Jésus ». – Ces pages constituent un pressant rappel de l’idéal évangélique et de la nécessité de le traduire concrètement dans la vie des individus comme dans celle des groupes. Puisse-t-il être entendu, malgré la difficulté des réalisations concrètes (problème que l’auteur ne fait qu’esquisser et dans lequel nous n’entrerons pas non plus).

Le cahier Rôle prophétique des religieux [6] s’ouvre par deux remarquables conférences du P. Larivière, s.j., sur le rôle prophétique de la vie religieuse et sa situation face aux valeurs du monde canadien. Il contient en outre l’exposé des priorités pastorales de l’Église canadienne par quatre évêques (NN. SS. Power, Hubert, Carter et De Roo) et la présentation par deux religieuses et deux religieux de l’insertion des congrégations dans l’effort pastoral du Canada ainsi que les conclusions des ateliers et les synthèses du travail réalisé. Sans être au centre des préoccupations, deux points relevés par les orateurs nous ont cependant frappé : on commence à redécouvrir la valeur des « œuvres propres » dirigées par un Institut (plusieurs mentions) et la nécessité d’une étude sérieuse de l’Écriture si l’on ne veut pas qu’une connaissance tout à fait superficielle de celle-ci n’impose de plus en plus un certain type de fondamentalisme (Mgr De Roo). Des remarques de ce genre sont révélatrices d’un progrès réel : à l’engouement pour les « nouveautés » qu’on croyait avoir découvertes, commence à succéder une marche en avant d’allure plus équilibrée, capable d’intégrer les fruits durables de la recherche et des expérimentations de ces dernières années.

Spiritualità dell’Azione [7] réunit les exposés d’un Symposium tenu en décembre 1975 pour approfondir le charisme de saint Jean Bosco comme « spiritualité de l’action ». Deux études examinent d’abord la signification de l’action dans la société actuelle, société sécularisée (E. Rosanna, f.m.a.), mais où une anthropologie renouvelée s’ouvre délibérément aux valeurs religieuses (P. Natali, s.d.b.). Deux autres traitent l’une de l’action de Dieu dans le temps (c’est une histoire du salut, par A. Kothgasser, s.d.b.), l’autre de deux théologiens récents de l’action, M.-D. Chenu et S. Galilea (L. Gallo, s.d.b.). Elles sont suivies de deux exposés sur la spiritualité de l’action apostolique : vie spirituelle de l’ouvrier apostolique selon Vatican II (M. Midali, s.d.b.), nouvelles orientations dans les instituts religieux voués à l’apostolat (J. Beyer, s.j.). Viennent en conclusion une présentation de don Bosco comme « problème de sainteté » (P. Brocardo, s.d.b.) et la description par un Salésien (M. Midali) et une Fille de Marie Auxiliatrice (M. E. Posada) des caractéristiques spirituelles des divers groupes de la famille salésienne. Si, dans ce bel ensemble, nous accordons une attention spéciale à l’exposé du P. Beyer, c’est qu’il nous paraît être une sorte de bilan de l’effort de renouveau entrepris depuis le Concile. Çà et là, on trouvera peut-être le tableau un peu sombre, mais, même alors, l’auteur nous force à réfléchir à des dangers et à des déviations qui ne sont, hélas, pas toujours demeurés dans le domaine des purs possibles.

L’Instituto Teológico de Vida Religiosa a été créé par les Provinciaux d’Espagne des Pères Clarétins pour aider les responsables de la formation et de la direction dans les divers instituts religieux à se rendre mieux compte de la nature de la vie religieuse, à en approfondir les fondements bibliques et théologiques, à découvrir aussi et évaluer les critères de son adaptation aux nouvelles structures sociales. Intégré à l’Université Pontificale de Salamanque, l’Institut y donne la licence en théologie dans la spécialisation vie religieuse. Il prolonge le rayonnement de son activité académique par une revue qu’il patronne (Vida religiosa) et par une double série de publications [8]. La « série majeure » réunit deux sortes d’ouvrages : des études approfondies rédigées par un auteur, des recueils collectifs. Quatre sur cinq des premières, parmi celles que nous présentons, traitent de la théologie de la vie religieuse aujourd’hui sous différents aspects : ce sont celles des PP. Alonso, Gutiérrez Vega et Matellan, Clarétains tous les trois, et du P. Boff, o.f.m. ; la cinquième étudie les raisons données par ceux et celles qui ont abandonné la vie religieuse en 1972, d’après les documents conservés aux archives de la Congrégation des religieux (G. Pastor, c.m.f.). Dans cette même série majeure, les trois ouvrages collectifs qui nous sont parvenus rassemblent les exposés donnés lors des Semaines théologiques sur la vie religieuse organisées par l’Institut sur des thèmes d’une grande actualité : unité, pluralisme et pluriformité dans la vie religieuse (1974), religieux et évangélisation du monde contemporain (1975), les jeunes et la vie religieuse (1975). C’est dans ce dernier volume qu’a paru la conférence du P. Vincent de Couesnongle, o.p., que nous avons publiée au début de l’an dernier [9]. – Dans la « série mineure », destinée à des monographies sur des points précis, on nous présente deux études sur la pauvreté (J. Alvarez Gômez, c.m.f., et S. Matellan, c.m.f.) et la réédition en volume du numéro spécial de Vida religiosa sur le discernement communautaire, accru d’un chapitre où le P. L. Gonzalez, s.j., nous fait part de l’expérience qu’il a récoltée dans la direction d’une trentaine de sessions sur le discernement. – Puisse cette présentation, forcément sommaire, attirer l’attention de tous ceux qui pratiquent la langue espagnole sur l’Institut et ses publications.

III

Digne couronnement des six volumes publiés par dom de Vogüé dans « Sources chrétiennes » en 1971 et 1972, ce Commentaire doctrinal et spirituel de La règle de saint Benoît [10] s’efforce de nous révéler l’âme qui donne vie au texte qu’édition critique, analyses littéraires, comparaisons avec les sources, études sur la genèse des textes, des observances et des institutions nous avaient fait mieux connaître. Se distinguant en cela aussi des grands commentaires d’Herwegen et de Delatte, l’auteur n’examine pas la Règle phrase par phrase, mais il regroupe ses 73 chapitres en 22 sections de longueur variable, dont l’ordonnance suit de près la démarche de Benoît (en rapprochant toutefois des aspects complémentaires). Relevons, parmi les grands thèmes : le monastère et l’Église, la communauté et l’abbé, la prière, ses formes (office divin, prière privée, sens de la prière continuelle) et ses conditions. Ce qui caractérise – et de volonté délibérée – le présent commentaire, c’est qu’il marque fortement l’écart entre le monachisme actuel (auquel l’auteur est attentif) et la règle de saint Benoît : celle-ci est replacée, autant que faire se peut, dans son contexte, dont nous sommes fort éloignés. Si la parole de Dieu dans l’Écriture est sous-jacente aux maximes et observances monastiques, son interprétation s’enferme rarement dans les limites exactes du texte inspiré : « Le monachisme, en se construisant sur l’Écriture, fait monter sa propre bâtisse à un autre niveau » (p. 17). Pour l’apprécier, il faut une attention constante aux écrits des Pères et à la discipline du monachisme primitif (très spécialement à la « Règle du Maître », dont A. de Vogüé a mis en évidence l’antériorité et l’influence sur le texte de Benoît). Pareille méthode a sans doute pour résultat de dissiper l’illusion courante qui fait apparaître le Père du monachisme d’Occident proche de nous et elle rend plus ardue (mais plus vraie) l’accommodation de son héritage à notre temps. L’auteur ne croit pas non plus qu’il faille abandonner la lettre en ne gardant que l’esprit. Ce que ferait Benoît aujourd’hui est, à ses yeux, une question vide de sens. Il nous faut redécouvrir son texte comme l’idéal qui sollicite les bonnes volontés, le reproche qui inquiète les assoupissements, « la source toujours proche à laquelle il suffit de tendre la main pour s’abreuver » (p. 22). – Ces quelques lignes suffiront à montrer l’importance de ce travail pour tous ceux qui s’intéressent activement au renouveau demandé par le Concile, dans la famille bénédictine d’abord, mais plus largement dans la vie religieuse de notre Occident chrétien.

Sans être une des grandes lumières du XIIe siècle monastique, Pierre de Celle, moine près de Troyes, abbé de Saint-Remi de Reims, finalement évêque de Chartres, occupe cependant une place honorable parmi les auteurs qui furent à cette époque les gardiens et les hérauts des valeurs fondamentales de la vie religieuse. Le De disciplina claustrali, que son éditeur actuel intitule à bon droit L’école du cloître [11], est un témoignage d’amitié envers Richard de Salisbury : à la demande de cet ami très cher, le traité détaille les grands moyens de la formation spirituelle et fraternelle toujours à poursuivre. La pensée se développe en un style riche en images bibliques (J. Leclercq a surnommé notre auteur « le Claudel du XIIe siècle »). Cette exubérance peut déconcerter, mais elle est au service d’un message simple et fervent adressé à tous ceux qui cherchent Dieu dans une vie consacrée, et ce message peut nous atteindre aujourd’hui encore.

Ceux qui ont tout quitté [12] est un reportage et un modèle du genre : si Gilbert Ganne ne peut s’empêcher de parler à la première personne et de se mettre en scène, tout son art consiste à saisir de façon vivante l’essentiel de son sujet et à s’effacer en quelque sorte devant lui : à travers ses yeux, nous contemplons ce qu’il a découvert pour nous. Qu’il s’agisse des Bénédictins de Belloc, des Oblats de Marie Immaculée, des Carmélites de Montmartre, des Dominicaines de Béthanie, des Trappistes de Soligny, des Sœurs de La Retraite à Labussière, des Chartreux de La Valsainte, des Cisterciens et des Sœurs de Bethléem à Lérins ou des Clarisses d’Amiens, nous les entendons répondre, avec une franchise et une simplicité touchantes, aux questions essentielles que croyants et incroyants se posent à leur égard : « à quoi servent-ils ? que font-ils ? » On les découvrira étonnamment « actuels » dans leur retrait même d’un monde dont ils ne refusent certains aspects que pour mieux le servir en profondeur. « Tableau pris sur le vif du monachisme d’après le Concile révélé par une enquête qui n’eût pas été possible il y a dix ans », nous dit la bande de lancement. C’est vrai mais, pour être complet, il faut ajouter que la réalité qui nous est ainsi révélée n’existe que grâce à une fidélité intelligente à la tradition de toujours. Voici un ouvrage à lire et à méditer, car il dévoile le cœur de la consécration religieuse. Ces pages rendront grand service aussi à ceux et celles qui cherchent, car elles leur feront pressentir la beauté de l’appel du Seigneur sans leur en cacher les austères exigences.

Largement illustrée avec un goût très sûr, la plaquette Contemplation [13] nous présente, dans un texte de Mme Hélène Pelletier-Baillargeon, un aperçu de l’histoire du Carmel, une esquisse de ses trois grands maîtres spirituels (Thérèse d’Avila, Jean de la Croix, Thérèse de Lisieux) et le déroulement de la vie quotidienne au Carmel de Montréal ; elle conclut en s’efforçant de dégager la place du Carmel dans la communauté chrétienne et la société. Ces pages simples et profondes vont à l’essentiel, dont elles montrent la beauté sans en masquer la difficulté.

Le projet évangélique de François d’Assise aujourd’hui, du P. Matura [14], intéressera ceux et celles qui s’interrogent sur le charisme de leur fondation. Nos lecteurs auront l’agréable surprise d’y retrouver le bel article que l’auteur a donné à la revue en 1975 [15]. Pour retrouver l’inspiration franciscaine pour aujourd’hui, le P. Matura estime qu’il faut creuser plus profond que la pauvreté, qui définit, pour beaucoup de gens, la grâce du Poverello d’Assise : elle n’est qu’un fruit dont la racine est à chercher dans sa foi profonde. Aussi le charisme franciscain pour aujourd’hui peut-il se décrire dans les traits suivants : une foi vécue (ce qui est loin d’aller de soi dans notre monde), un amour lucide et exigeant pour une Église à laquelle on reste délibérément fidèle, l’édification d’une vraie fraternité fondée sur l’Évangile (fraternité qui a sa raison d’être en elle-même, dans l’amour qui unit les frères, « sacrement » de la vocation première de l’Église à être une communion d’amour), une manière de se situer au sein des profondes transformations de notre monde à la manière de François, révolutionnaire sans être contre qui que ce soit, homme de paix, insistant sur le changement des cœurs plutôt que des structures, tout en opérant, en ce qui le regardait, les deux à la fois. Ces pages sont riches de suggestions que l’auteur aura, nous l’espérons, l’occasion de développer et d’approfondir pour le plus grand profit de tous.

St.-Jansbergsteenweg 95
B-3030 LEUVEN (HEVERLEE), Belgique

[1Dizionario degli Istituti di Perfezione, diretto da G. Pellicia et da G. Rocca. Vol. IV : Figlie di Santa Teresa - Intreccialagli. Roma, D.I.P. (I-00185, via Domenico Fontana, 12), 1977, 29 x 21, XXVI p. - 1734 col., 15 h.-t. en couleurs. – Voir la recension des trois premiers volumes dans Vie consacrée, 1975, 100 ; 1976, 45 et 1977, 48.

[2Bibliographia Internationalis Spiritualitatis. Vol. 8 (1973). Roma, Ed. del Teresianum, 1976, 24 x 16, XXI-617 p., 25.000 lires.

[3Dizionario enciclopedico di Spiritualità. Edit. E. Ancilli. II. L-Z. Roma, Ed. Studium, 1976, 22 x 16, 1028 p., 26.000 lires. – Le tome I a été présenté dans Vie consacrée, 1977, 49.

[4J. M. R. Tillard. Il y a charisme et charisme. La vie religieuse. Bruxelles, Lumen Vitae, 1977, 19 x 13, 136 p., 160 FB.

[5J. B. Metz. Zeit der Orden ? Zur Mystik und Politik der Nachfolge. 2e éd. Freiburg-Basel-Wien, Herder, 1977, 20 x 12, 102 p., DM 10,80.

[6Rôle prophétique des religieux. Coll. Donum Dei, 23. Ottawa, Conférence religieuse canadienne, 1977, 23 x 15, 128 p., $ 4.00.

[7Spiritualità dell’azione. Contributo per un approfondimento. Coll. Studi di Spiritualità, 3. Roma, LAS, 1977, 24 x 17, 302 p., 6.500 lires.

[8Instituto Teológico de Vida Religiosa, Madrid, Serie Major, 21 x 14, 1974-1977. – S. M. Alonso, c.m.f. La Vida Consagrada, 4a ed., 448 p. – L. Boff, o.f.m. Testigos de Dios en el corazón del mundo, 336 p. – L. Gutiérrez Vega, c.m.f. Teologia sistemática de la vida religiosa, 441 p. – Los jóvenes y la vida religiosa, 298 p. – S. Matellán, c.m.f. Los llamados a seguir a Cristo. 2a ed., 198 p. – G. Pastor, c.m.f. Analisis de contenido en los casos de abandono de la vida religiosa, 366 p. – Los Religiosos y la evangelización del mundo contemporáneo, 289 p. – Unidad, pluralismo y pluriformidad en la vida religiosa, 482 p. Serie minor, 20 x 12, 1975-1976. – J. Alvarez Gômez, c.m.f. Diversas formas de pobreza religiosa, 119 p. – Discernimiento comunitario, 2a ed., 164 p. – S. Matellan, c.m.f. Pobreza evangelica, 142 p.

[10A. de Vogüé, o.s.b. La Règle de saint Benoît. VII. Commentaire doctrinal et spirituel. Coll. Sources chrétiennes, vol. annexe. Paris, Éd. du Cerf, 1977, 20 x 13, 500 p., 200 FF.

[11Pierre de Celle. L’école du cloître. Coll. Sources chrétiennes, 240. Paris, Éd. du Cerf, 1977, 20 x 13, 368 p., 175 FF.

[12G. Ganne. Ceux qui ont tout quitté. Moines, moniales et religieux d’aujourd’hui. Paris, Plon, 1977, 20 x 14, 252 p., 16 h.-t.

[13H. Pelletier-Baillargeon. Contemplation. Le Carmel de Montréal. Ses racines, sa spiritualité, sa vie. Montréal, Éd. Fides, 1977, 20 x 20, 72 p., nombr. ill., $ 3.00.

[14Th. Matura. Le projet évangélique de François d’Assise aujourd’hui. Coll. Épiphanie. Paris, Éd. du Cerf, 1977, 20 x 14, 128 p., 27 FF.

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