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À la recherche du charisme d’un institut religieux

Teresa Ledóchowska, o.s.u.

N°1977-1 Janvier 1977

| P. 7-23 |

Aujourd’hui, c’est une nécessité urgente pour tout institut de rechercher son orientation fondamentale, sous peine de perdre son identité. C’est ce à quoi l’auteur veut nous aider. Après avoir précisé les divers sens du mot charisme, elle montre d’abord comment le charisme d’un institut est un don gratuit de Dieu vivant au cœur des personnes. Cependant le charisme a aussi une dimension supra-personnelle : c’est le charisme-mission. Dans la mise en œuvre de celui-ci, les congrégations sont appelées à une fidélité créatrice. Chaque époque est invitée à l’actualiser et à le préciser, sans pouvoir en épuiser la richesse première. L’auteur dégage ensuite quelques caractéristiques qui doivent être présentes en tout charisme religieux, elle donne quelques critères pour discerner le charisme propre d’un institut et termine par des suggestions plus concrètes pour aider à éveiller en chacun des membres d’un institut la conscience de son charisme et le goût d’en vivre.

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Sous l’impulsion de Vatican II, la théologie commence, en nos pays, à s’intéresser au charisme : « Il y a là un ensemble de faits, constate le Père Congar, que la vie de l’Église n’a cessé et ne cesse de connaître, à quoi rien, dans sa dogmatique, ne contredit, mais qui ne jouait à peu près aucun rôle dans la théologie et l’ecclésiologie courantes [1] ». Et le Pape Paul VI, au cours de l’audience générale du 6 juin 1973, parle dans le même sens : « À la christologie et spécialement à l’ecclésiologie du Concile doivent succéder une étude nouvelle et un culte nouveau de l’Esprit Saint, précisément comme complément de l’enseignement du Concile [2] ».

Ce message est adressé aussi à la vie religieuse dans son ensemble et à chaque institut en particulier. Comme le remarque Pierre Raffin : « Le renouveau spirituel de la vie religieuse doit s’accompagner d’un renouveau de la théologie de la vie religieuse, présentant la vie religieuse comme un charisme parmi les charismes de l’Église. Plus que d’un réveil spirituel, il s’agit alors d’un recentrage pneumatologique. La présentation de la vie religieuse comme un don charismatique invite à un ressourcement permanent, ouvert aux initiatives de l’Esprit et conscient de la diversité des manifestations que celui-ci peut permettre [3] ».

Une difficulté se présente toutefois d’entrée de jeu : la polyvalence du terme « charisme ». Ce mot d’origine grecque (il vient de charis, don, grâce) est employé aujourd’hui en des sens très variés et peu définis [4]. Déjà dans l’Écriture, saint Paul l’applique soit à tout don divin, soit, de façon plus restreinte, aux seuls dons accordés par l’Esprit Saint en vue du bien commun. C’est ce sens qu’a conservé, en théologie, le charisme comme terme technique. Aussi saint Thomas le définit-il comme une grâce donnée gratuitement (gratia gratis data) pour le bien spirituel d’autrui, alors que la grâce sanctifiante est dite gratum faciens (rendant son bénéficiaire aimable aux yeux de Dieu [5]).

Notre étude se limitera aux charismes qui concernent directement la vie religieuse. Une première distinction s’impose entre ce que l’on appelle « le charisme de la vie religieuse » dans son ensemble et le charisme propre à chaque institut religieux. La vie religieuse comme telle est un charisme au sens large, car elle est un vrai don de l’Esprit Saint ; aussi l’Église, depuis le Concile, insiste-t-elle sur le caractère charismatique de la vie religieuse comme telle [6]. Mais il ne s’ensuit pas que cette vie puisse être réduite à la seule notion de service ou de mission. Elle n’est pas uniquement un don « en vue du bien commun ». Dire que l’homme est seulement appelé en vue d’un service, même le plus noble, c’est admettre que Dieu le regarde et l’aime comme un instrument, non en tant que personne. Or, à la base de toute vie religieuse, il y a une relation personnelle d’amour entre Dieu et l’homme. Sans cet amour, sans cette relation du « Toi » au « moi », la vie religieuse perd tout son sens. Le service, inséparable de l’amour, ne vient qu’en second lieu. La réalité profonde de la vie religieuse ne peut donc être appelée charisme au sens technique du terme. Elle le dépasse.

Définition du charisme d’un institut religieux

Le terme « charisme d’un institut religieux » a aussi besoin d’être précisé. En général, tout le monde y voit une certaine spécificité de l’institut. C’est ainsi que l’Église engage les familles religieuses à chercher « le charisme de leur fondateur » et le « charisme de leurs instituts ». Mais les auteurs semblent hésiter sur la nature de ce charisme. Tantôt ils y voient celui du fondateur, tantôt un mouvement, un courant qui évolue, tantôt une sorte d’idée absolutisée qu’on doit découvrir pour en faire la norme de croissance d’un institut. Sa liaison avec la notion de charisme n’est pas assez claire. Il faut donc chercher à élucider ce problème.

La notion de charisme, telle qu’elle est employée dans la théologie, spécialement quand il est question d’un institut religieux, semble strictement liée au mystère de la providence divine. Ce sont les hommes qui font l’histoire, mais Dieu ne cesse de la régir, il intervient, il a ses plans à lui et, pour les atteindre, il distribue ses charismes.

La théologie moderne ne se contente pas cependant de parler du plan divin d’une manière abstraite et pour ainsi dire impersonnelle. La grande nouveauté des perspectives théologiques de notre époque, c’est la réapparition de la personne de l’Esprit Saint dans la conscience religieuse et ecclésiale : le plan divin est l’œuvre de la première Personne de la Sainte Trinité. Mais le Christ et l’Esprit « sont comme les deux mains du Père dans l’exécution de ses desseins [7] ». C’est le Christ qui nous sauve, selon le plan de Dieu, c’est l’Esprit Saint, l’Esprit du Christ qui le révèle, qui sanctifie le monde par sa grâce et qui intervient dans son histoire. Il faut voir le charisme dans cette perspective.

S’il est une grâce accordée à quelqu’un non pour son propre perfectionnement, mais en vue du bien des autres, il suppose une mission. Si l’Esprit l’envoie, c’est que Dieu a un plan précis pour aider les autres d’une certaine manière et il tient à ce que son plan soit réalisé.

Aujourd’hui, on n’aime guère parler du « plan divin ». Épris de liberté, l’homme moderne redoute qu’un tel plan n’y porte atteinte, qu’il n’implique un assujettissement passif à un cadre trop statique. Mais le plan divin, ce n’est pas cela. Dieu, malgré sa transcendance, ne nous est pas extérieur, car il est, à la racine de notre être, la source intime d’où découle notre vie. Et son plan non plus ne nous vient pas du dehors, mais il se trouve inscrit au cœur de notre existence comme la loi de sa croissance l’est au cœur d’une fleur. Dieu est l’artiste qui nous invente, et son plan, c’est son rêve sur nous ; comme le musicien qui rêve sa sonate avant de l’incarner dans des notes et dont la mélodie est d’autant plus belle qu’elle se laisse mieux porter par son rêve. Le rêve de Dieu est infiniment plus beau que les pauvres plans humains que l’homme pourrait faire pour sa vie. L’accepter, c’est s’engager avec toutes ses énergies humaines, avec toute la spontanéité de son initiative dans une merveilleuse aventure spirituelle dont on ne peut prévoir l’envergure. Et le plan de Dieu pour l’institut, c’est le rêve de Dieu pour cet institut.

Les familles religieuses, selon la doctrine explicite de Vatican II, doivent leur origine à une intervention divine [8]. Or, si c’est l’Esprit Saint qui les suscite, c’est qu’il a un dessein, un plan précis pour chacune d’elles et ce plan constitue leur raison d’être. La réalisation de ce plan, en tant que confiée à l’institut lui-même, constitue sa mission propre.

Le charisme de l’institut pourrait par conséquent être défini : la grâce accordée par l’Esprit Saint à un institut religieux pour l’aider à réaliser sa mission propre.

Si le charisme est une grâce, il en résulte qu’il est une réalité et non une idée ou une formule. Il possède une existence réelle, concrète, dans les personnes et, comme la théologie ne connaît pas de grâce qui ne serait pas personnelle, il n’existe pas en dehors d’elles.

John Carrol Futrell, qui a perçu le premier cette signification du charisme d’un institut religieux, écrit à ce sujet : « Rechercher l’identité de sa propre famille religieuse au moyen d’une formule abstraite, c’est être victime d’un idéalisme irréel, non-existentiel et théorique, incapable de saisir la réalité, surtout la réalité humaine [9] ». Le P. Paolo Molinari va dans le même sens. Le charisme, selon lui, est tellement « grâce » dans l’âme de chacun de nous « qu’il suffit de parler de leur fondateur et de leurs origines d’une manière compétente à des religieux, pour provoquer immédiatement une vive réaction des plus positives. Or, il n’y a d’autre réponse pour expliquer cette réaction que celle-ci : on parle à ces religieux de quelque chose que le Saint-Esprit leur avait déjà mis dans le cœur [10] ».

Aspect supra-personnel du charisme : la mission

Le charisme d’un institut religieux est donc une grâce qui ne peut être accordée qu’à des personnes. Il concerne cependant la réalisation de la mission de la famille entière et, de ce fait, il est personnel et supra-personnel en même temps. Il doit donc être considéré sous ces deux aspects.

Au point de vue personnel, le charisme consiste d’un côté en une illumination de l’esprit pour reconnaître la mission de l’institut, et spécialement le rôle que le religieux lui-même est appelé à y jouer et, de l’autre, en une aide fortifiant et parfois surélevant ses puissances, sa volonté surtout, en vue de la réalisation de cette mission.

Quand on concentre l’attention sur l’aspect communautaire du charisme, on met l’accent, non sur la grâce elle-même qui n’est accordée qu’aux individus, mais sur la mission que la grâce révèle et dont elle aide la réalisation. Cette mission n’est montrée à chaque membre que partiellement et à des degrés divers selon la capacité de chacun. C’est donc uniquement par la convergence des aspirations de toute la communauté en communion avec le charisme du fondateur et celui des générations précédentes que l’on peut la reconnaître dans sa plénitude toujours relative. Cette vocation intime qui fonde la spécificité de chaque famille religieuse est révélée à l’institut par l’intermédiaire du charisme des membres : elle est donc d’origine charismatique et l’on peut par conséquent parler de « charisme de l’institut » en ce sens. Il est même intéressant de noter que c’est justement la signification communément admise de ce terme qui cependant, par rapport à la définition classique, n’est « charisme » qu’analogiquement.

On a vu que par « mission de l’institut » l’on doit comprendre la réalisation du plan divin en tant que confiée aux religieux eux-mêmes. Le plan divin est essentiellement un. Mais sa réalisation est différente à chaque étape de l’histoire et par conséquent la mission de l’institut n’est jamais exactement la même. Elle est adaptée aux besoins et aux circonstances concrètes des temps et des lieux, mais aussi aux personnes et aux possibilités. Autre était la mission du fondateur, autre celle des membres à des époques différentes. Dynamique et changeante, elle garde pourtant son identité foncière, tout comme la personne humaine qui change continuellement depuis son enfance jusqu’à la vieillesse sans pourtant cesser d’être identique à elle-même. C’est l’unité du plan divin qui fonde l’unité de la mission et du charisme, c’est la réalité mouvante du devenir qui est cause de leur diversité.

Le charisme-mission d’un institut religieux concret, sujet à des modifications imprévisibles, ne peut donc être défini ni découvert une fois pour toutes. On pourra en revanche jeter un regard en arrière et observer comment ce charisme vivant trouve ses expressions concrètes et se manifeste dans la réalité de l’histoire. On pourra aussi relever ses constantes.

Malgré la difficulté dont on vient de parler, chaque institut religieux, surtout au moment d’un chapitre général, tâche cependant de préciser son charisme-mission. Le charisme de l’institut accordé aux membres particuliers est alors fixé dans une formule qui, pareille à un prisme, concentre les aspects divers de la lumière et exprime, aussi exactement que possible, la plénitude du charisme. Une telle formule est comme un bégaiement par lequel des êtres humains s’efforcent, aux différentes époques de leur histoire et selon la mentalité du temps, d’exprimer ce qu’ils ont réussi à comprendre de ce mystère ineffable qu’est le plan divin, unique en lui-même, mais différent en ses réalisations. Il est vrai que le charisme de l’institut ainsi fixé cesse d’être vie et grâce, qu’il se fige, devient une idée et par conséquent doit être toujours à nouveau recherché, mais il est également vrai qu’une telle formule, sous un certain aspect, est plus riche que le charisme donné individuellement. Et c’est pour cette raison qu’elle devient un facteur important dans la formation et peut servir de critère pour le discernement du charisme.

Il nous faut encore analyser la notion de mission, à laquelle tout institut religieux et chacun de ses membres ont été appelés. On a vu que ce n’est pas la mission mais l’amour qui constitue la réalité première de la vie religieuse. Cependant le service, la mission découlent immédiatement de l’amour, car l’amour tend par nature à se diffuser et la mission est intimement liée à l’appel.

L’amour est dans l’ordre de la grâce déifiante, dans l’ordre de l’être. La mission et, par conséquent, le charisme qui lui est corrélatif et qui spécifie une famille religieuse sont de l’ordre de l’agir. Mais il n’en résulte nullement que la mission puisse être conçue en termes d’activisme. Car l’agir est intimement lié à l’être, et cela à trois niveaux :

  1. L’agir découle de l’être et lui est proportionné : pour bien réaliser une mission, il faut d’abord être à sa hauteur.
  2. L’agir achève l’être, en bien ou en mal. Il nous change jusqu’au plus intime de nous-mêmes.
  3. L’agir peut avoir l’être pour objet ; c’est justement le cas de la mission d’un institut religieux. Documents conciliaires et exhortations de Paul VI sont unanimes dans l’affirmation que les religieux sont appelés à travailler en premier lieu pourêtre, pour mieux se conformer au Christ, pour devenir ses témoins.

La consécration primordiale commune à tous les religieux consiste dans leur donation à Dieu par amour. Celui-ci, de par sa nature, est ouvert sur l’absolu et tend à dépasser toute limite. Par contre, la mission n’est jamais générale : elle est concrète, spécifiée et spécifiante. C’est elle qui, selon le dessein de Dieu, appelle chaque famille religieuse à incarner un certain aspect du visage du Christ.

Si chaque famille religieuse ne peut plus aujourd’hui prétendre avoir sa propre spiritualité [11], elle doit en revanche avoir son propre charisme. Nous croyons fermement que l’appel que Dieu adresse à des êtres humains libres est une invitation à l’alliance à laquelle lui demeure fidèle. Comment pourrions-nous supposer qu’ensuite, quand ces hommes et ces femmes se sont donnés à lui et ont tout quitté pour le suivre, il les laisse simplement aller à la dérive, dans l’absurde d’une destinée manquée ?

Et pourtant l’histoire parle de charismes qui se sont « désactualisés ». Si l’on envisage le charisme comme une formule, cela peut arriver, et cela arrive en effet. Mais le charisme, qui est vie et grâce, ne se désactualise pas, il doit seulement être toujours redécouvert. Aussi faut-il chercher ce charisme dans la ligne de tout ce qui le conditionne : possibilités de l’institut et besoins nouveaux de l’Église. Il peut arriver, et de fait il arrive dans l’histoire, que certaines familles religieuses cessent d’exister. S’il n’y a aucune faute de leur part, du moins de la part de la dernière génération, et si leur extinction est due à des causes extérieures, cela entre aussi dans les desseins de Dieu sur elles. Karl Rahner voit dans la mort un sommet spirituel, un chemin que chacun de nous devra prendre un jour. Et correspondre aux desseins de Dieu, même s’ils signifient notre mort, n’est jamais déchoir.

On pourrait parler de déchéance dans un autre cas. « Il y a des congrégations, remarque J. C. Futrell dans l’article déjà cité, qui ont un charisme très actuel mais qui meurent quand même, car personne n’en vit ».

Conditionnements de tout charisme d’un institut religieux

Avant d’aborder l’étude du charisme d’un institut particulier, il est bon de réfléchir sur la nature générale de tout charisme d’un institut religieux. Quelques caractéristiques peuvent être déduites de la nature même d’un tel charisme. Ces conditionnements aideront à approfondir la connaissance du charisme propre de chaque institut particulier.

a. Enracinement du charisme dans la vocation religieuse

Le charisme n’existe pas en dehors des personnes. Mais chaque membre n’est religieux que parce qu’il a été appelé. Son charisme de membre s’enracine d’abord dans sa consécration totale au Christ. Sa vocation est un fait primordial, sans lequel sa vie religieuse n’aurait aucun sens. Et cette vocation n’est nullement le fruit de son émotivité, mais une réalité d’ordre ontologique. Karl Rahner parle de « l’intraduisible conscience mystique de notre vocation [12] », qui constitue la base profonde de l’identité d’un religieux. Il faut y revenir sans cesse, peut-être plus qu’on ne le fait ordinairement.

Si, en fait, tant de membres de congrégations religieuses s’embarrassent dans des problèmes sans nombre et semblent incapables de saisir le vrai sens de la vie religieuse, c’est qu’ils n’ont jamais compris toute la dimension de leur vocation. Ou bien (ce qui arrive fréquemment), ils l’ont su un jour mais l’ont tout simplement oublié.

Il ne servirait à rien de spéculer sur le charisme d’un institut religieux, si ce premier fondement faisait défaut. Chaque renouveau doit commencer par là, et toutes les adaptations ne serviraient pas à grand-chose si cette conversion intime n’était pas assurée. C’est ce qu’affirme Perfectae caritatis (2, e).

b. Conditionnement ecclésial du charisme

Selon le plan de Dieu, les familles religieuses sont au service de l’Église et leur charisme doit avoir une note ecclésiale [13]. De son côté, l’Église est charismatique dans son essence même, et l’on ne comprend rien à son histoire si on entend l’envisager uniquement selon les critères des sciences humaines. « Le charisme, écrit K. Rahner, n’est pas simplement un don accordé jadis à l’Église primitive pour faciliter ses débuts. Il appartient au contraire à la nature même de l’Église dont il est un trait essentiel, trait qui se manifeste toujours sous des formes nouvelles et doit pour cette raison être toujours découvert à nouveau... Le charisme appartient donc à la nature de l’Église au même titre que son magistère et ses sacrements [14] ».

Cela explique pourquoi l’Église considère les congrégations religieuses comme « appartenant inséparablement à sa vie et à sa sainteté », comme un « don divin reçu du Seigneur qu’elle doit, par sa grâce, conserver fidèlement ». Elle se reconnaît le devoir de « veiller à en fixer la doctrine et régler la pratique » et regarde les religieux comme « unis de manière spéciale à l’Église et à son mystère, voués au bien de toute l’Église [15] ». De fait, l’Église ne peut vivre sans charismes.

De leur côté, les familles religieuses sont conscientes d’avoir été fondées pour répondre à des besoins très concrets du monde vu dans une perspective ecclésiale. Comme il ressort de la notion même de charisme, ce service constitue en effet toute leur raison d’être.

c. Charisme d’incorporation à une famille religieuse

L’appel du Christ est toujours concret. De par sa vocation, chaque religieux est appelé non dans l’abstrait, mais dans une certaine famille religieuse. Comme cette famille n’existe que dans ses membres, il s’ensuit que sa mission ne sera réalisée que si ceux-ci collaborent à cette réalisation. Mais chaque membre appelé à continuer l’œuvre de sa famille religieuse doit y être aidé. Il doit recevoir avec sa vocation un charisme analogique à celui du fondateur, une grâce donnée non pour lui-même, mais pour réaliser la mission de l’institut. Il est important que chaque membre soit conscient de sa propre mission, non en tant qu’individu, mais en tant que membre. La découverte de son charisme personnel en tant que membre de l’institut peut être source d’enrichissement et de profonde conversion pour chaque religieux. Aucune formule d’ aggiornamento n’a de valeur tant qu’elle n’est pas vécue par les membres particuliers, qui doivent faire l’effort nécessaire pour découvrir la grâce que l’Esprit a déposé dans leur cœur et surtout pour en vivre. Chaque religieux porte en effet la responsabilité de vivre selon le charisme de son institut pour continuer le service que celui-ci doit rendre à l’Église selon le dessein de Dieu. Si cette tâche n’est pas accomplie, une partie du dessein de Dieu ne sera pas réalisée.

Conscience d’identité, condition indispensable de survie

Malgré que le charisme soit depuis toujours un facteur déterminant de la vie religieuse, on n’en parlait guère avant Vatican II. L’Église, à chaque époque de l’histoire, a en effet sa propre façon d’aller à Dieu. Aujourd’hui elle s’achemine vers Dieu dans un effort de redécouverte du sens profond des réalités divines. Au dernier Concile elle s’est mise à la recherche de sa propre identité et elle réclame le même effort des congrégations religieuses, car elle y voit la condition du renouveau de toute communauté.

La recherche de l’identité foncière de chaque institut devient à notre époque un besoin urgent à cause des mutations profondes qui affectent le monde entier et, avec lui, l’Église et les familles religieuses. Face à une situation nouvelle, les religieux hésitent sur le modèle de vie religieuse qu’ils devraient incarner et cherchent, laborieusement parfois, le chemin à prendre. Les familles religieuses commencent parfois à imiter les séculiers et, au point de vue de leur apostolat, elles se mettent à « faire de tout ». On se jette dans toutes les directions, l’on s’efforce de répondre à tous les besoins et la conscience de son propre domaine d’activité s’estompe.

La conscience de sa propre identité est une exigence psychologique pour chaque religieux ; toute incertitude à ce sujet risque de compromettre gravement l’équilibre de sa personnalité. Elle est également une condition essentielle à l’existence de l’institut en tant que groupe. « Un groupe, au sens strict du mot, remarque P. Anciaux, n’existe que quand un certain nombre de personnes sont unies sur la base d’aspirations et de besoins individuels. L’esprit du groupe sera plus profond et la cohérence du groupe plus efficace dans la mesure où ces aspirations et ces besoins seront intégrés de façon harmonieuse dans l’évolution du groupe, acceptée par tous en vue d’un objectif commun [16] ».

Une mission propre entraîne cependant une certaine limitation, dont on a peur aujourd’hui. Mais les refuser toutes, c’est se perdre dans le vague, se désagréger dans l’individualisme et, surtout, c’est refuser le plan divin. Le souci de respecter le caractère propre de chaque institut religieux apparaît sans aucune équivoque dans les documents de Vatican II : « Le bien même de l’Église demande que les instituts aient leur caractère et leurs fonctions propres, affirme Perfectae caritatis 2 b, c’est pourquoi on mettra en pleine lumière et on maintiendra fidèlement l’esprit des fondateurs et leurs intentions spécifiques de même que les saines traditions, l’ensemble constituant le patrimoine de l’institut ». De son côté Lumen Gentium 47 souligne le fait que les familles religieuses ont pour mission de manifester les multiples aspects du visage du Christ : « soit dans sa contemplation sur la montagne, soit encore quand il guérit les malades et les infirmes et convertit les pécheurs à une vie féconde, quand il bénit les enfants et répand sur eux ses bienfaits ».

Recherche du charisme : charisme du fondateur et charisme des membres

Si le charisme est une grâce accordée à chaque membre d’un institut religieux en vue de la réalisation d’un plan unique sur cet institut, ce charisme a dû se manifester au cours des siècles et ses manifestations ont une importance capitale pour la recherche du charisme de tout institut religieux.

Il ne suffit pas de chercher la spécificité d’une famille religieuse uniquement dans le fondateur. Il faut regarder plus haut et apercevoir au-dessus de lui celui qui l’a appelé et lui a révélé sa mission. Il faut également considérer l’évolution du plan divin dans ses réalisations successives. En somme, la spécificité d’une famille religieuse est à rechercher dans sa source qui est en Dieu, en son jaillissement dans la personne du fondateur et dans sa continuation historique. C’est ce que recommande Perfectae caritatis 2 affirmant que l’identité d’une famille religieuse doit être cherchée à partir « du charisme du fondateur et des saines traditions constituant le patrimoine de chaque institut ».

Le fondateur a évidemment un rôle primordial dans la manifestation du charisme-mission d’un institut. Son propre charisme de fondateur est une grâce spéciale de commencement absolu, d’inauguration d’une nouvelle famille spirituelle, de paternité par rapport à un groupe de disciples et enfin de découverte, dans une vision plus ou moins claire, de la mission à réaliser. A la lumière de son propre charisme il a, pour ainsi dire, conçu dans son cœur une famille religieuse et, même mort, il continue d’être son père. Dans la réalité merveilleuse de la communion des saints il ne cesse d’intercéder pour ses fils spirituels.

Mais le fondateur est mort, tandis que sa famille religieuse continue d’exister et de réaliser la mission qui constitue sa raison d’être. C’est pourquoi elle a besoin d’être aidée à son tour. D’où la nécessité du charisme de l’institut qui est une grâce analogique à celle du fondateur et est accordée à tous les membres non pour inaugurer, mais pour continuer la mission. Il existe dans le cœur de chacun d’eux au cours des siècles.

Il est relativement facile de discerner le charisme dans le passé en observant tout simplement ses manifestations et en s’efforçant d’en dégager les constantes. La méthode historique y suffit. Il en va tout autrement pour chercher le charisme de l’heure actuelle, qui ne s’est pas encore manifesté et qui, de par sa nature, est tourné vers un avenir encore inconnu. Et cependant c’est lui qui a une importance capitale pour le renouveau des congrégations religieuses.

Critères de discernement du charisme d’un institut religieux

Comme le charisme n’existe pas en dehors des personnes, la recherche du charisme d’un institut religieux est tout d’abord une tâche profondément personnelle, avant de devenir recherche communautaire et, puisqu’il s’agit de charisme, cette recherche doit être une recherche priante.

Chaque membre doit en effet prendre très au sérieux le mot « charisme ». L’Église, depuis Vatican II, insiste sur le caractère charismatique de la vie religieuse comme telle. S’il s’agit du charisme d’un institut religieux, il faut y voir une intervention authentique de l’Esprit Saint dans la vie de l’institut. Or, si l’on y croit, il faut en tirer toutes les conséquences. Il faut s’en remettre à son imprévisible liberté et se garder de chercher le charisme où il n’est pas, d’avoir plus de confiance dans une formule que dans l’Esprit Saint agissant dans les cœurs de tous les religieux.

On peut prévoir ici des réactions, du reste parfaitement légitimes : s’il en est ainsi, n’est-ce pas laisser les grands problèmes de la mission d’un institut à la merci des inspirations individuelles, nécessairement subjectives ? Chacun a ses propres idées...

Oui, le charisme peut prêter au subjectivisme. On peut prendre ses propres goûts, ses idées, ses caprices même pour des charismes. C’est pourquoi saint Paul insiste si fort sur la nécessité du discernement des esprits. Les charismes doivent donc être soumis d’abord au jugement de l’Église, puis à celui de la communauté tout entière, et enfin chacun doit savoir pratiquer ce discernement.

En premier lieu il importe que chaque religieux comprenne de quoi il s’agit quand on parle du charisme d’un institut religieux qui lui est accordé en tant que membre et en vue d’une mission. Il doit savoir que toutes ses idées ou attraits ne constituent pas pour autant « le charisme de l’institut ». Les critères suivants pourront l’aider à faire ce discernement :

  1. Le critère de continuité. Chaque membre doit réaliser qu’il a reçu le charisme de membre et non celui de fondateur. Le charisme de membre est un charisme de continuation de la même mission, de réalisation du même plan divin dans des circonstances différentes. S’il a été appelé dans une certaine famille religieuse, ce n’est donc pas pour tout démolir et construire du nouveau sur des ruines, mais pour continuer loyalement. Il faut par conséquent revenir au fondateur, s’inspirer de son esprit, étudier les manifestations du charisme de l’institut au cours des siècles, pour voir si la grâce reçue individuellement se trouve dans cette ligne. D’où la nécessité d’une initiation. Comment parler de continuer une mission, si l’on ne la connaît pas ?
  2. Le critère de communion. On ne peut découvrir la mission de son institut ni la part que chaque religieux doit avoir dans sa réalisation qu’en mettant en commun toutes les lumières et en communiant aux aspirations des autres. Cette communion se réalise de différentes manières : dans la vie commune, dans les échanges, mais aussi dans l’effort commun pour découvrir le plan divin à chaque moment de la vie de l’institut. Les chapitres généraux constituent les moments forts d’une telle recherche.
  3. Le critère d’adaptation. Le charisme n’est pas simplement une reproduction du passé. Il doit s’adapter aux temps et aux lieux, aux circonstances socio-culturelles, aux besoins et aux possibilités, car le plan divin se réalise à chaque moment de l’histoire d’une façon différente. Tenant compte des manifestations du charisme dans le passé, on doit repenser tous ses éléments pour juger de leur actualité et voir comment ils doivent s’exprimer aujourd’hui. Cela requiert une étude aussi bien personnelle que communautaire.
  4. Le critère de créativité. Mais le vrai charisme porte surtout à réfléchir, à chercher, à inventer, dans l’enthousiasme et la joie, les meilleures formes de réalisation de la mission. Il est accordé à chacun à des degrés différents selon sa capacité, selon son tempérament individuel et selon sa personnalité. Il en résulte une grande richesse, à condition que tous les efforts convergent vers un but unique. Car le vrai charisme fait collaborer tous les membres avec l’Esprit qui anime le corps entier de l’institut et cette collaboration est une créativité authentique.

Méthode suggérée pour la recherche du charisme

Après avoir exposé la théorie du charisme, il semble utile d’avancer quelques suggestions capables d’aider les congrégations religieuses à préciser leur charisme. La méthode ci-dessous paraît apte à faciliter une telle recherche.

La recherche du charisme d’un institut religieux doit débuter, comme on l’a vu, par une recherche personnelle. A cette première étape, les membres ont besoin d’être aidés. Aidés, mais non pas remplacés. C’est pourquoi l’institut devrait fournir à chaque membre l’outillage nécessaire pour qu’il puisse découvrir lui-même ce charisme existant uniquement dans son propre cœur.

Tous devraient, en premier lieu, prendre connaissance d’une manière plus ou moins générale de la théorie du charisme pour comprendre de quoi il s’agit dans cette recherche. On pourrait organiser à cette intention des cercles d’études ou des conférences explicatives. S’il s’agit de l’aspect de continuité du charisme, on pourrait confier à une personne compétente la tâche d’étudier l’histoire de l’institut depuis sa fondation jusqu’à nos jours pour en relever les constantes, c’est-à-dire les éléments de fond qui restent inchangés malgré les changements successifs et les mutations de surface. Évidemment tous les membres n’auront pas le temps nécessaire ou bien ne seront pas en mesure de faire eux-mêmes ce travail. Dans une telle étude, la vie et les écrits du fondateur auront une place particulière, mais il faudra éviter la tentation de se laisser uniquement impressionner par les faits extérieurs. « Il y a une tendance parfois, écrit à ce sujet le Père Molinari, à identifier l’esprit du fondateur avec ses œuvres. Nous devons au contraire nous efforcer d’en avoir une vue spirituelle, les regardant pour ainsi dire du dedans, tâchant de saisir l’inspiration qui animait l’activité du fondateur. Saisir cette inspiration, c’est comprendre en même temps la nature et la vraie fidélité au fondateur que le Christ nous demande [17] ». Après avoir étudié les intentions du fondateur en ce qui concerne la nature et la mission de sa famille religieuse, il faudra ensuite se pencher sur l’évolution historique de celle-ci. Le résultat d’une pareille étude devrait être communiqué à tous les membres de l’institut.

Mais il ne faudrait pas oublier que les constantes ainsi dégagées ont été obtenues par la méthode historique, qui ne va pas au-delà de l’empirique, tandis que le charisme, s’il doit révéler le visage du Christ que l’institut est appelé à montrer au monde, doit être cherché à un tout autre niveau. C’est pourquoi chaque élément du charisme devrait être repensé et approfondi théologiquement. On risque de vicier la signification profonde de la vie religieuse si l’on reste à la surface des manifestations de son charisme. D’un autre côté, comment en vivre, si l’on ne recourt pas à la recherche communautaire pour y réfléchir dans la prière et en élucider les richesses ? C’est pourquoi des réunions où l’on discute de ces problèmes devraient être organisées dans les communautés.

Bien que fondamentale, la seule réflexion théologique ne suffit pas cependant pour reconnaître toute la dimension du charisme, car ce charisme est incarné. Il faudra donc examiner les constantes pour voir si chacun des éléments du charisme conserve aujourd’hui son actualité. Ici encore la voie est ouverte à une réflexion responsable, basée sur une documentation préparée d’avance.

Quand chaque religieux s’est familiarisé avec la théorie du charisme et qu’il a eu en mains les matériaux nécessaires, il devient possible de demander à chacun d’eux de réfléchir dans la prière et l’étude personnelle sur ce que devrait être, selon ses propres lumières, la mission de l’institut aujourd’hui et dans un futur immédiat (dans la perspective de continuité, de communion, d’adaptation et de créativité). Chaque religieux serait ensuite invité à mettre par écrit une brève description de sa vision. Évidemment, chacun verra la mission de l’institut de son propre point de vue, ce qui représente une vraie richesse.

La recherche individuelle terminée, on pourrait procéder à la recherche communautaire. Dans des réunions en petits groupes, on esquisserait une vision synthétique basée sur les apports des participants. Dans des réunions au niveau communautaire, on synthétiserait les élaborations des petits groupes. On procéderait de même dans les réunions au niveau des provinces, puis de l’institut tout entier. Chacune de ces réunions devrait être préparée dans la prière, peut-être même par une retraite. On y pratiquerait le discernement selon les critères énumérés plus haut.

Au niveau de l’institut entier (chapitre général), on aboutirait ainsi à une vision de la mission de l’institut aujourd’hui et dans un avenir prochain et on l’exprimerait par une formule qui aurait ensuite une influence décisive sur l’orientation de l’institut, sur les décisions à prendre et les programmes à tracer. Elle aiderait chaque membre à comprendre sa propre identité et à prendre conscience de la spécificité de son institut.

Au cours d’une telle recherche les religieux découvriraient d’une façon expérimentale que le charisme, loin d’être une formule, se révèle au contraire comme une interpellation personnelle, une inquiétude dynamique au fond de notre être intime qui nous pousse à chercher toujours à nouveau la meilleure réponse à donner à l’appel de Dieu. Ils découvriraient leur propre responsabilité. Ils prendraient également conscience du fait que c’est le cœur de chaque membre qui est le lieu de rencontre de l’institut et de l’Esprit.

Une telle recherche pourrait par conséquent aboutir à un renouvellement profond des personnes et des familles religieuses. Rien d’étonnant que l’Église post-conciliaire y attache une telle importance, convaincue qu’elle est que seul le contact immédiat avec l’Esprit peut redonner aux instituts religieux une jeunesse nouvelle. C’est pourquoi Paul VI dans son Exhortation Apostolique n’hésite-t-il pas à écrire :

« Le charisme de la vie religieuse, loin d’être une impulsion née de la chair et du sang, est bien le fruit de l’Esprit Saint toujours agissant dans l’Église. C’est là que se ressource le dynamisme propre de chaque famille religieuse ». Et un peu plus loin il ajoute : « Ne l’oublions pas, toute institution humaine est guettée par la sclérose, menacée par le formalisme (...). Aussi faut-il réanimer sans cesse les formes extérieures par cet élan intérieur sans lequel elles deviendraient une pesante surcharge [18] ».

ul. Bohoterów Stalingradu 9 31-038 KRAKOW, Pologne

Pistes de réflexion

Dans chaque Institut, le charisme propre est un don de l’Esprit Saint qui détermine une manière d’être consacré à Dieu pour la mission. Ce don est-il réellement principe vital animant notre vie personnelle et communautaire ?

Est-ce à sa lumière aussi que nous discernons les tâches que nous assumons, les appels que nous recevons, les projets que nous faisons ?

[1Y. Congar, o.p., Esquisse du mystère de l’Église. « Le Saint-Esprit et le corps apostolique, réalisateur de l’œuvre du Christ », coll. Unam sanctam, 8, nouv. éd., Paris, Cerf, 1953, 166 (coll. Foi vivante, 18, 1966, 129).

[2Paul VI, Audience générale du 6 juin 1973, Documentation catholique, 89 (1973), 601.

[3P. Raffin, « Réveils spirituels et rénovation dans la vie religieuse », Concilium, n° 89 (1973), 136.

[4Cf. B. N. Wambacq, O.Praem., « Le mot charisme », Nouvelle Revue Théologique, 97 (1975), 345-355.

[5Thomas D’aquin, S. Th. Ia-IIae, Q111, 1, c.

[6Lumen gentium, 12.

[7Cf. Saint Irénée, Contra Haereses, IV, Praef., PG 7, 975 B (Sources chrétiennes, 100, 391).

[8Perfectae caritatis, 1.

[9J. C. Futrell, s.j., « Discovering the Founder’s Charism », The Way, Supplement 14, « Institution and Renewal », 1971, 69.

[10P. Molinari, s.j., « Renewal of religious Life according to the Founder’s Spirit », Review for Religious, 27 (1968), 802.

[11Il semble important de ne pas confondre spiritualité, charisme et esprit propres d’un institut (leur rapport mériterait une étude approfondie qui dépasse de beaucoup le cadre de cet article). Si chaque congrégation religieuse doit avoir son charisme (sa mission propre), il semble douteux qu’on puisse, au moins de nos jours, s’attendre à ce que chaque institut religieux ait une spiritualité distincte. Il n’en reste pas moins que certaines familles religieuses possèdent toujours une spiritualité très marquée, par exemple les Franciscains, les Carmes, etc. Mais aujourd’hui, après le Concile, toute la spiritualité est liturgique ; on vit tellement le mystère pascal que parler d’une spiritualité spéciale pour chaque congrégation particulière ne semble plus possible. Ceci, évidemment, n’exclut pas l’existence d’un certain air et esprit de famille : l’ambiance créée par une longue tradition, les vieux usages, les souvenirs de jeunesse, la formation reçue et surtout la vénération pour le Fondateur et son esprit dont on continue de vivre, marquent profondément les membres d’une congrégation religieuse.

[12K. Rahner, s.j., « Das Charismatische in der Kirche », Lexikon fiir Theologie und Kirche, 2e éd., Freiburg, Herder, Vol. 2, 1958, 1027-1029.

[13Perfectae caritatis, 1.

[14K. Rahner, s.j., art. cité à la note 12.

[15Lumen gentium, 43.

[16P. Anciaux, « Communauté et esprit de groupe », dans La communauté, relation de personnes, coll. Bibliothèque d’études psycho-religieuses, Paris-Bruges, Desclée De Brouwer, 1967, 158.

[17P. Molinari, s.j., art. cité à la note 10, p. 800-801.

[18Paul VI, Exhortation apostolique Evengelica testificatio, du 29 juin 1971 ; Documentation Catholique, 68 (1971), 654.

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