Un périodique unique en langue française qui éclaire et accompagne des engagements toujours plus évangéliques dans toutes les formes de la vie consacrée.

Réflexions sur notre obéissance

Vies Consacrées

N°1976-4 Juillet 1976

| P. 237-246 |

Des Sœurs des Campagnes réfléchissent sur l’obéissance telle qu’elle se vit dans leur jeune fondation (commencée en 1947) : un exposé commentant les principaux passages de leurs Constitutions est suivi d’un échange de vues, auquel nous avons conservé son style direct.

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I. Exposé

Il faudrait commencer par une étude d’Écriture sur ces thèmes : obéissance, sacrifice, être livré, consécration. On trouverait les racines bibliques de l’obéissance religieuse.

Revoyons, d’autre part, ce qui la constitue. D’abord, l’appel de Dieu, puis la suite du Christ. Mais là, il ne faut jamais oublier que tous les chrétiens sont appelés à suivre le Christ : le baptême nous fait suivre le Christ, et par le vœu on prend un moyen de répondre à l’appel à le suivre le plus près possible.

Suivre le Christ de plus près

Le Seigneur Jésus a pu dire : « Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre ». Une manière de le suivre « le plus près possible » est donc de faire don de notre volonté à son Père, à son exemple, en vue d’une plus grande communion d’amour avec lui. S’il n’y a pas cette inspiration, on ne voit pas la valeur que pourrait avoir le vœu. Ce n’est pas en vue d’être héroïques, pour faire une compétition, pour faire le mieux possible dans un sens de moralisme, ni dans un sens de comparaison avec autrui, mais c’est en vue d’une plus grande communion d’amour avec lui. Car, dans l’appel à suivre le plus près possible il y a cette invitation à l’amour. Pratiquement, si nous sommes appelées à suivre le plus près possible le Christ, nous sommes appelées au choix d’un amour de préférence, une préférence de Dieu qui nous propose cette voie. Et il faut souvent revenir à cette perspective : une plus grande communion d’amour avec lui, c’est à cela qu’on tend par le vœu d’obéissance.

« Elles lui promettent librement d’obéir selon les Constitutions, aux supérieurs en qui elles rejoignent son autorité [1]. » Elles promettent à qui ? Elles promettent à Dieu. Si nous obéissons aux autres, c’est pour obéir à Dieu. Dans l’autorité des supérieurs, on rejoint quelque chose de l’autorité de Dieu. C’est en vue d’un affinement de notre dépendance vis-à-vis de Dieu, par amour.

On précise : librement. En réalité, notre liberté n’est jamais totale, c’est une liberté humaine très conditionnée ; elle n’est totale que dans la foi, « dans le Christ », et nous espérons qu’elle ira grandissant jusqu’à notre mort, parce que, quand on grandit en amour, en charité, on grandit aussi en liberté.

Ce qu’on veut dire ici, c’est qu’on agit sans contrainte ; on était libre de promettre ou de ne pas promettre. C’est une chose « gratuite ». A ce que le Seigneur nous a fait sentir comme étant notre ligne à nous, nous avons adhéré en disant que nous voulions nous engager dans cette voie. Cela nous fait « assumer et voir dans une lumière nouvelle les exigences de l’obéissance communes à tout homme dans la société et celles qui sont communes à tout baptisé dans l’Église ».

Il s’agit donc d’adhérer plus profondément, dans la foi, à l’obéissance de Jésus. Dans l’amour qui unit le Père, le Fils et l’Esprit, et qui fait le fond même de la nature de Dieu, il y a une volonté de correspondance totale, de fusion. En communiant à l’obéissance filiale de Jésus, nous sommes plus en lien avec cette admirable vie d’amour qui est en Dieu. Entre les Personnes, il n’y a pas à proprement parler de dépendance, il n’y a pas de soumission, si ce n’est que chacune est soumise à l’autre comme dans l’amour, puisqu’elles sont toutes les trois égales. Mais dans le Fils qui s’est incarné, il y a la soumission libre et aimante de Jésus jusqu’à la mort de la Croix. C’est à cela aussi que nous voulons nous unir, ce qui nous fait comprendre qu’il puisse y avoir un élément austère, coûteux, dans notre obéissance.

En communion fraternelle

Situant notre obéissance dans le mouvement même de la vie trinitaire, nous ne pouvons la voir en dehors de la communion fraternelle. Ce n’est donc pas dans une relation purement verticale ; nous la situons dans la communauté : « Les sœurs croiront à la place que doit tenir la communauté fraternelle dans la recherche et l’accomplissement de la volonté de Dieu. Aussi participeront-elles activement aux dialogues et échanges communautaires, en s’efforçant d’entrer dans l’esprit de ces partages ».

« Elles reconnaîtront dans la Prieure celle par qui se noue la communion de toutes au vouloir de Dieu lui-même. » Ceci ne signifie pas que la Prieure devra toujours dire ce qui se fera ; il lui appartient aussi bien de reconnaître ou non l’opportunité de ce qu’on a pu élaborer en commun, et sa conformité à notre vocation, de l’authentifier d’une certaine façon. Parfois sa simple présence suffira, dans un silence approbateur, à « nouer » l’assentiment de toutes, en vue de rejoindre le vouloir de Dieu lui-même.

« En les libérant de leur volonté propre, leur obéissance fait grandir et mûrir leur liberté dans celle du Christ. » Notre liberté grandit dans la mesure où elle est unie à celle du Christ. C’est le Christ qui nous libère. Il nous a rendues libres du péché, de la mort et de la loi. Il nous libère de notre volonté propre, c’est-à-dire volonté marquée d’égoïsme, volonté étroite, volonté de pécheur ; jusqu’à notre mort, nous avons à être purifiées de la recherche de nous-mêmes. Petit à petit, l’obéissance, en nous unissant au Christ obéissant, nous libère de notre volonté propre, et cela fait grandir notre liberté vraie. Accueillir la volonté de Dieu nous grandit. Nous ne devons donc aucunement voir dans l’obéissance une démission, ni une diminution de la personne, c’est au contraire un accomplissement, du moment qu’il s’agit d’essayer d’agir en personnes libres et responsables, en cherchant vraiment à obéir à Dieu. Et c’est pourquoi : « Elles accompliront celle-ci (la volonté de Dieu) en mettant en oeuvre toutes leurs richesses de pensée, de vouloir et d’action, soumettant leurs initiatives, sachant en rendre compte dans une obéissance loyale et entière ».

Conversion du désir

« Les Sœurs se souviendront que l’obéissance et l’autorité sont deux aspects complémentaires d’une même participation à l’offrande du Christ. Animées par le désir de suivre le Christ obéissant, elles s’efforceront, dans leurs relations d’obéissance et d’autorité, d’avoir une attitude d’humilité confiante et d’affection fraternelle, permettant des interventions franches de part et d’autre. »

L’obéissance et l’autorité sont deux aspects complémentaires d’une même participation à l’offrande du Christ. C’est dire que du moment qu’on cherche à suivre le Christ obéissant, on va s’efforcer d’avoir une attitude d’humilité, parce que le Christ, qui s’est fait obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la Croix, nous donne le suprême exemple d’humilité. Quelqu’un qui se dirait qu’aujourd’hui l’humilité, c’est démodé, ne pourrait suivre le Christ obéissant. Si on n’a pas le désir de suivre le Christ, la première chose à faire est de retrouver ce désir, en suppliant dans la prière, en faisant prier les autres ; par une étude approfondie de la Parole de Dieu, par une meilleure connaissance de Dieu et du Christ, par la lecture de vies de Saints qui ont vécu manifestement la même lutte et en qui Dieu a triomphé, et par l’humble effort quotidien, si maladroit qu’il soit. Mais il est très important de voir qu’il y a ce mot « désir », indispensable à toute croissance spirituelle. C’est une chose que la psychologie religieuse actuelle redécouvre. La vie religieuse des Orientaux a toujours mis en valeur la conversion du désir par la vie dans l’Esprit, participation à la vie trinitaire. On redécouvre qu’on avait peut-être trop oublié cela. Il ne servirait à rien de faire des règlements, de s’engager dans des vœux, s’il n’y avait pas ce désir. Il y a en nous un désir de vivre, un désir d’être heureux, et finalement c’est le désir de la béatitude, le désir de Dieu. Et nous, qui avons compris par quelle voie le Seigneur nous demandait d’avancer, nous avons à convertir de plus en plus notre désir pour que ce soit cela que nous voulions en réalité : suivre le Christ selon le programme des Béatitudes. C’est à partir de là qu’on peut chercher à avancer dans la confiance, dans l’humilité, dans l’affection fraternelle, même si c’est laborieux. Cela demande bien du temps, bien des conversions. De cette conversion qui prend toute la personne... Il y a une question de fidélité de chacun à l’appel de Dieu, dans une confiance d’enfant. Le Seigneur veut, tellement plus que nous, nous donner ses dons : il suffit d’ouvrir le cœur.

Une attitude de foi

Une telle attitude, s’exprimant dans des rapports marqués d’humilité confiante et d’affection fraternelle, est-elle toujours possible ? Oui, si on se base sur la foi, étant donné que l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné (Rm 5,5). Même si nous avons de très grandes difficultés de vie commune avec une personne, le fait que nous nous aimons est de foi. C’est une des choses qui peut le plus nous aider à avoir courage, espérance et joie, parce que, même si nous avons beaucoup de difficultés, si nous nous sentons mauvaises et si nous avons été trop souvent complices de ces difficultés psychologiques, cependant nous avons foi que l’amour a été répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné. Avec chacune de mes Sœurs, je suis unie dans le Christ d’une manière merveilleuse qui va s’épanouir pour l’éternité. Alors, tous les étages de ma psychologie, jusqu’à ce qui est à la surface où se traduisent les oppositions, tout cela doit être conquis par ce fond où Dieu est, et où je sais qu’il n’y a pas seulement l’amour de Dieu, mais aussi l’amour de mes frères, et donc l’amour des sœurs les plus proches. Et chacun sait que c’est avec les plus proches que c’est le plus difficile d’avancer, de durer dans la charité...

C’est cette attitude d’humilité confiante et d’affection fraternelle qui permet des interventions franches de part et d’autre. Pour qu’une Prieure puisse dire quelque chose à une sœur, il faut qu’une sœur puisse dire quelque chose à sa Prieure.

« Supérieures ou non, elles seront attentives aux modalités diverses selon lesquelles elles ont à obéir, et même à s’obéir mutuellement. » Quand on dit modalités diverses, cela veut dire : tout n’est pas sur le même modèle. Quand on dit : « on s’obéit mutuellement », il s’agit d’une tendance à faire ce que l’autre souhaite, s’il n’y a pas de raisons sérieuses de faire autrement. S’il y a des raisons plus importantes de faire autrement, on ne le fera pas. Mais si on cherche à faire le contraire, ou simplement de façon habituelle à s’affirmer soi-même, on ne rejoint pas par le fond l’attitude chrétienne d’obéissance qui cherche plutôt une conformité avec le désir d’autrui. Non pas par manque de caractère ; il faut au contraire avoir beaucoup de caractère pour pouvoir s’opposer à bon escient. Choisir de s’opposer dans l’obéissance comme choisir de conformer sa volonté à celle d’autrui appelle la même vertu de force.

« En cas de différence d’appréciation des situations avec leurs supérieures, les sœurs n’hésiteront pas à faire connaître loyalement leur point de vue. Si une décision qui leur semblerait objectivement moins bonne est prise, elles sauront par amour renoncer à agir selon ce qu’elles auraient cru bon. »

Ceci n’est pas une chose facile. Plus on est participant dans la recherche, plus cela nous amène à expliciter ce que nous portions peut-être en nous-mêmes sans avoir l’occasion de l’exprimer. Une fois précisé, cela prend davantage corps en nous. Si ce n’est pas notre point de vue qui prévaut, y renoncer demande une obéissance plus affinée, plus adulte.

Comme le disent les maîtres spirituels, c’est en s’initiant à une véritable obéissance de disciple, l’obéissance des disciples de Jésus-Christ, dite parfois obéissance d’écoute, qu’on pourra vivre en vérité une obéissance active, responsable.

II. Échange

– On parle des « médiations humaines », dans l’obéissance. C’est là que vient la difficulté, car les personnes ne sont pas parfaites... Dans le concret, ce n’est pas facile !

– Il est bon de se redire que ce n’est pas facile. Ce sont des principes en rapport avec la démarche de suite du Christ. Ils sont d’une très grande exigence. Ce n’est réalisable, comme toute la loi de perfection, que par la force de l’Esprit qui triomphe en nous. Sans cela, ce n’est pas possible. C’est un appel à vivre de la vie dans l’Esprit. Je crois que souvent on vit au-dessous du niveau où il faudrait vivre. Et on doit toujours se relancer pour essayer de vivre à ce niveau de la vie dans l’Esprit. Il y aura toujours des hauts et des bas. Ce qu’il faut, c’est que la ligne soit toujours ascendante, même si c’est de peu, très lentement, même si ce n’est pas la même ligne pour tout le monde. Il faut respecter les délais du Seigneur... tout le monde n’avancera pas de la même manière. Il y a des gens qui sont devant et puis d’autres qui suivent comme ils peuvent... Ce ne sont pas toujours les mêmes qui sont en avant ; comme chez les oiseaux migrateurs, ceux qui sont à l’avant changent parfois de place... C’est ainsi qu’on avance, et pas « comme un seul homme ». Le fait que ce ne soit pas facile fait partie du programme, il faut bien se le dire. Ce n’est pas humainement facile, mais il faut avoir le sens que c’est dans l’Esprit que c’est possible, comme pour l’amour mutuel. Et il faut sans cesse attiser cette vie dans l’Esprit. C’est la découverte que font les mouvements charismatiques. Pour nous, nous devrions savoir que vivre en conformité à l’appel que nous avons reçu suppose de nous situer à ce niveau-là.

Les religieux doivent avoir ce sens de la vie dans l’Esprit, l’approfondir, prier, le cultiver parce que la vie religieuse suppose cela. Sans cela on ne pourra jamais que s’y traîner, on ne pourra pas la vivre vraiment. Et toute cette vie est organisée pour nous permettre de tendre sans cesse à ce niveau : prière, écoute de la Parole de Dieu, participation à l’Eucharistie, vie communautaire où l’on est poussé hors de soi-même... Si on prend tout cela comme des tremplins pour une vie davantage donnée, normalement on vit davantage à un niveau de don, et la vie dans l’Esprit peut s’épanouir en nous.

– Oui, c’est important, mais la moindre recherche suppose plus de dialogues qu’autrefois. Il faut du temps pour se rencontrer, parler, exprimer. Ce que dit l’autre fait réfléchir, on n’avait pas pensé à des détails, il n’est pas toujours facile de se rencontrer.

– Il me semble que l’on peut distinguer ici deux plans. Il y a le plan de la volonté profonde de suivre le Christ et de le faire par cette voie, et ceci existe par le fait de l’engagement qu’on a pris. On peut y progresser parce que notre psychologie n’y est pas entièrement convertie dès le départ.

Il y a là par ailleurs le plan de la prudence. Tu dis : « Je ne vois pas... Il y a d’autres questions qui interviennent... s » C’est très juste. Ce sont là des éléments de la vertu de prudence : savoir s’informer, prendre conseil, sans que la décision soit déjà prise. Il n’y a que l’expérience qui petit à petit nous fera percevoir que quelquefois on a pris conseil, on s’est informé et peu à peu notre décision était prise. Nous n’avons pas retenu notre jugement. Il y a des gens qui ne décident jamais, mais il y en a qui décident trop vite, alors que c’est encore le stade des informations, d’une recherche et que la décision devrait être un autre stade, où pour nous se situerait l’obéissance.

– Est-il normal de chercher ce que nous trouvons de mieux pour nous-mêmes ?

– Oui, mais on doit tendre à le faire dans une liberté intérieure qui doit aller en grandissant, dans une certaine « indifférence » par rapport à ce qui sera décidé...

– Cela aussi demande du temps, pas seulement pour dialoguer, mais pour le mûrir dans la prière, et pour acquérir cette attitude. Une première réaction est toujours un peu passionnée, c’est un peu nous qui sommes en avant... Il y a une attitude habituelle à trouver...

– C’est une attitude à demander et à cultiver, toujours ces deux aspects... On ne demande pas assez à Dieu les choses bonnes qu’il nous réserve.

– Au point de vue pratique, je me demande s’il n’y a pas à trouver que tout n’est pas à voir de façon si approfondie ; sinon tout le temps y passerait.

– Oui, tout n’est pas à mettre sur le même plan, et il y a des temps forts, dans la recherche de la volonté de Dieu, qui contribuent à développer une attitude de fond qui est une conversion de mentalité, un appel à la vie dans l’Esprit, une traduction de cette vie dans l’Esprit.

– Tout cela demande un engagement personnel qui n’est pas facile et un approfondissement de notre vocation.

– On voit que tous ces éléments font grandir et mûrir notre libellé, si on considère l’obéissance de cette manière. On dit que la vertu de prudence ne peut pas être pratiquée par des enfants. Quand nous ne sommes pas assez dégagées de nous-mêmes, nous ne pouvons pas pratiquer la vertu de prudence. Un enfant ne peut pas faire la somme de plusieurs conseils, de plusieurs renseignements et chercher après ce qui lui est demandé à lui. C’est une chose que petit à petit nous pouvons faire, en essayant d’être consciencieux devant Dieu, d’être loyal. Les actes d’obéissance que nous faisons de cette manière-là nous le favorisent, nous font avancer dans cette voie.

– Il y a une chose qui me frappe : dans ce qui est proprement l’obéissance, on demande de « participer activement aux dialogues et échanges communautaires ». On savait qu’on devait apporter chacune sa part, mais dire que cela engage notre obéissance, c’est fort...

– Oui, ceci met en valeur quelque chose de très important. Ne pas considérer les dialogues et échanges communautaires comme une partie intégrante de notre obéissance ce serait manquer de s’engager dans la vie de la communauté, et donc soustraire quelque chose à notre don fondamental, donc à notre obéissance.

– C’est aussi une aide pour un jugement de prudence...

– En disant cela on ne veut pas dire que toute question doit être portée au groupe. Mais qu’on croit profondément que si l’on participe aux dialogues communautaires, on grandit dans cette vertu de prudence qui fait qu’on saura mieux apprécier les situations. D’abord, on s’enrichit beaucoup les unes les autres, puis la question de l’une ou de l’autre fait apparaître des aspects que l’on ne voyait pas forcément...

– Dans la vie religieuse, c’est bien cela qu’on a voulu : chercher avec d’autres la volonté de Dieu, ce qui s’exprime beaucoup dans ces échanges faits pour essayer de la discerner dans tel cas concret.

– Je vois une difficulté à faire accepter par d’autres une décision avec laquelle on ne serait pas entièrement d’accord. Je crois qu’il faut d’abord la faire nôtre...

– C’est très, très important... Si on ne fait pas nôtre une décision, on ne peut la transmettre la faire accepter. On voyait très bien cela autrefois lorsque des règlements de vie religieuse très stricts, voire même étroits, étaient assumés par certains avec une telle joie de se donner ainsi qu’on ne pouvait que les admirer. Renoncer à ce qu’on aurait jugé bon est pour nous un appel à l’amour ; il n’y a que cette perspective qui peut nous convertir en profondeur.

Si donc une décision qui nous semble moins bonne est prise après une délibération du groupe, il faut parfois renoncer à notre point de vue. Il n’y a pas à dire que c’est cette solution qu’on juge la meilleure, mais à agir loyalement, en y donnant toute l’adhésion qu’on peut donner honnêtement.

– C’est exigeant, mais je crois que cela va jusque-là.

– En maintenant qu’on ne peut changer ce que l’on pense dans son intelligence : on ne peut dire noir ce que l’on voit blanc, mais en s’efforçant de faire corps avec la décision prise, en agissant loyalement pour qu’on ne puisse, de l’extérieur, opposer telle personne au groupe.

– Cela suppose que, de temps en temps, on se reprécise les grandes lignes de l’orientation communautaire.

– On nous demande parfois si nous distinguons une obéissance domestique et une obéissance apostolique. Y aurait-il des choses prévues dans la communauté, et un autre domaine, celui de notre engagement apostolique ?

– Il n’y a qu’une obéissance...

– Cet engagement ne dépend pas seulement de nous, il nous est confié, pour moi cela fait partie de l’obéissance...

– C’est vécu par une personne, mais au nom du groupe...

– Comment cela se traduit-il pratiquement ?

– On fait part de ce que l’on vit...

– L’organisation même de la vie communautaire est faite en fonction des divers engagements.

– C’est bien la même obéissance ; on n’exerce pas sa responsabilité comme s’il s’agissait d’un domaine indépendant de l’obéissance, dont on ferait son affaire propre. On s’exprime à ce sujet, on soumet ses initiatives de quelque importance, on est disposé à faire le point volontiers.

– On est souvent engagé avec d’autres...

– On doit tenir compte des personnes extérieures au groupe, des autres groupes dont on peut être membre. La vertu de prudence nous fait reconnaître qu’il y a beaucoup d’éléments en jeu. Là peut intervenir la solidarité avec telle catégorie de personnes. Sous prétexte d’obéissance – ce serait une obéissance mal comprise – il n’y a pas à négliger la situation des autres, tout au contraire.

Un Prieuré des Sœurs des Campagnes

[1Les passages entre guillemets sont extraits des Constitutions.

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