Un périodique unique en langue française qui éclaire et accompagne des engagements toujours plus évangéliques dans toutes les formes de la vie consacrée.

La consécration séculière

Gustave Martelet, s.j.

N°1975-2 Mars 1975

| P. 65-84 |

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Une des plus grandes surprises, qui peut devenir pour les esprits pressés un des grands scandales de la vie, est qu’il faille parfois si longtemps pour saisir des idées très simples mais qui détruisent des évidences coutumières. Ainsi de la terre qui tourne autour du soleil et non pas le contraire. Ainsi, dans un domaine plus proche de notre sujet, du rapport entre vie religieuse et consécration séculière. Pour combien d’esprits en effet, peu enclins à douter des évidences qu’ils croient théologiquement fondées ou même constitutives de la foi, il va à tout jamais de soi que la vraie consécration au Christ est la vie religieuse et ne peut être qu’elle. Tout en concédant que l’Église a mis du temps à se donner une telle évidence [1], ils pensent que cette position enfin acquise est désormais inamovible. Ils ne semblent pas voir que la vie religieuse relève, dans ses formes, du droit positif de l’Église. Aussi n’est-il pas étonnant qu’au cours de son histoire et en raison de l’expérience qui lui est propre, l’Église comme communion et comme institution puisse découvrir, dans la manière de se donner au Christ, des styles qui possèdent entre eux une diversité aussi grande que celle qui existe entre une basilique romaine et une coupole byzantine, une église cistercienne et le Gesú. Pour eux, la consécration, toute consécration est religieuse de structure ou n’est rien. Ils ne remarquent pas qu’entre une consécration séculière et une consécration religieuse, il existe une différence essentielle sur le plan des moyens et qu’il faut dès lors reconnaître deux espèces foncièrement distinctes dans un unique genre. La consécration est religieuse ou elle est séculière et elle est tout autant consécration en tant que séculière qu’elle l’est en tant que religieuse.

Je voudrais donc réexprimer ici, sans prétentions théologiques ou canoniques, quelques idées majeures qui permettent d’esquisser le style spirituel tout spécial de la consécration séculière. La première concerne le fondement de la sécularité consacrée ; la deuxième, un certain point de départ ; la troisième, l’inspiration commune ; la quatrième, la nature de la consécration ; la cinquième, par manière d’allusion, la fraternité séculière et son rapport à la vie de l’Église.

1. Le fondement de la sécularité consacrée

Le fondement de la sécularité consacrée c’est évidemment, comme pour toute réalité profonde de l’Église, le Seigneur lui-même. Non seulement il est « Celui en qui tout tient » (Col 1,18), non seulement on ne saurait poser dans l’Église un « autre fondement » que lui (1 Co 3,11), mais il apparaît à un titre spécial l’archétype de la sécularité consacrée. Qu’avant de se récrier, on veuille bien regarder les choses d’un peu près.

Si une chose est certaine en effet dans le mystère de Jésus c’est son nom d’origine : Jésus de Nazareth. Ce nom le relativise dans le banal et plus encore dans le médiocre ; il faut dire plus : il le disqualifie. « De Nazareth que peut-il sortir de bon ? » (Jn 1,23). Modeste produit de son village et de son père plus modeste encore si possible, il est comme l’on dit : « le fils du charpentier et charpentier lui-même » (Mt 13,55). Jésus ne désavoue nullement ces attaches. Il choisit pour théâtre de son ministère cette Galilée sans prestige, région mal intégrée au reste d’Israël, « Galilée des nations » comme dit Isaïe cité par Mt 4,15. Ses disciples sont des gens du tout venant, on dirait : du « gros tas ». Jérusalem la capitale les impressionnera comme des provinciaux ; ils seront neutralisés par l’opposition de ses chefs. Mais Jésus est à l’aise parmi ces gens du commun dont il fait ses préférés et ses futurs témoins. On l’a dit mille fois par ailleurs, les paraboles supposent un réel génie poétique mais elles révèlent plus encore une fidélité singulière à l’expérience quotidienne, des ménagères, des paysans, des péagers, des vignerons ou des pêcheurs, sans oublier les marchands et les plus humbles voyageurs. La docilité de Jésus, il faudrait dire son mimétisme, à l’égard de son Père (Jn 5,19), n’est-ce pas celui de l’enfant ou du « jeune », qui acquiert son métier en le voyant pratiquer devant lui [2] ?

Bref, sans donner ici une preuve exhaustive d’un trait fondamental qui paraît évident, l’humanité de Jésus est celle d’un homme de l’ordinaire, conduite cependant jusqu’à la perfection. Jésus possède l’incomparable profondeur de ceux, de celles qui ont atteint le plus sublime par le plus quotidien et pour qui le banal a pris les traits de l’étonnant. Parler de la sécularité de Jésus, c’est donc dire que son humanité fut une humanité d’insertion et qu’il n’a pas connu autre chose du monde que ce que l’on y trouve, en prenant les chemins mille fois parcourus par chacun et par tous. L’Évangile nous parle de la robe sans couture de Jésus, que les soldats n’ont pas voulu ou pas su diviser (Jn 19,23-24). Nous aimons de nos jours considérer aussi le tissu de sa vie quotidienne, la toile écrue, non blanchie, encore âpre et rugueuse, de l’existence journalière de celui qui, jusqu’à la croix et par les greffiers du prétoire, sera nommé Jésus de Nazareth (Jn 19,19).

C’est sous ce nom sans apparat qu’il est le Fils, initiateur incomparable des vrais adorateurs que le Père recherche (Jn 4,17). Personne plus que lui ne fut l’Adam nouveau, l’homme accompli, le cœur ouvert à Dieu, l’ami pleinement dessaisi de lui-même pour ses frères. Si les miracles ruissellent par moments de ses mains étendues, voire de ses habits touchés, c’est comme par mégarde et dans l’absence désarmante de toute complaisance. Si bien qu’il est plus recherché que personne par les gens en détresse, qui fuient par instinct les grandeurs sans amour et sans simplicité.

Le dernier Concile, inspiré sur ce point par Pie XII, a dépeint les différents aspects de la vie de Jésus pour expliquer la diversité que peut prendre la consécration religieuse [3]. Il manque à ce portrait ce que nous appelons ici la sécularité de Jésus. Quoi qu’il en soit, les membres des instituts séculiers ne peuvent pas oublier ce trait du mystère du Christ ; ils y voient au contraire le fondement et comme l’archétype d’une existence qui va chercher à se donner au Christ dans le même élément où il s’est lui-même livré, à savoir cette vie quotidienne qui implique l’existence sans retouche du monde. Certes la consécration séculière va en être marquée jusqu’en ses fondements, mais, avant la consécration elle-même, la manière dont naissent certaines vocations se ressent elle aussi de cette condition.

2. Un certain point de départ

Chacun peut aller vers le Christ selon ses chemins propres et les plus imprévus reconduisent en ce centre, où se croisent et se nouent tous les fils du monde. Il ne saurait exister sur ce point de système. Ce que nous allons essayer de décrire ici n’est pas la norme, c’est un fait. Beaucoup de vocations commencent par un désir de don de soi au Christ, qui fut et qui demeurera toujours sans nul préliminaire. Ce n’est pas cependant ce cas simple et direct que je voudrais analyser, mais un autre, non pas meilleur – qui peut juger ? – mais plus complexe, moins souvent énoncé et qu’il est bon peut-être d’exprimer.

L’idée de se donner au Christ à l’intérieur d’un institut séculier est venue, dans les cas que nous voulons décrire, comme au fil des jours. On suivait simplement les pentes généreuses d’une action purement temporelle de justice, d’unité, de paix. On travaillait dans son métier en longeant le « talweg » où ruissellent les eaux les plus vivantes et les plus pures. On ne refusait ni son temps ni sa peine. On ne voulait que servir et qu’aimer. Les causes étaient professionnelles, syndicales, politiques aussi, mais toujours dominées par la passion et j’allais dire par la rigueur de l’humain, du seul humain, du plus humain qui soit. Or c’est dans ces chemins qui conduisaient presque toujours l’existence du côté d’un amour pour ainsi dire sans conditions, que l’on a découvert cette présence du Christ qui a commandé une toute nouvelle adhésion de soi-même.

Pour qui veut préciser encore la démarche, on dira que le monde n’est pas apparu d’abord à « consacrer », comme si le Christ, d’abord absent, devait être mis de l’extérieur dans ce monde. Non, on ne se posait pas une telle question. Le Christ était cependant là, sans qu’on le sache, de manière cachée, dans les autres bien sûr, puisqu’il est devenu lui-même à un titre spécial Quelqu’un. Mais les autres et le Christ lui aussi ont été rencontrés le long du sentier des valeurs. C’est en vivant pour la justice, selon la vérité, avec la passion de la paix véritable et d’une unité sans bavures et sans contrefaçons, qu’on a découvert qu’une telle conduite allait plus loin qu’on ne pensait d’abord et même qu’elle découlait, dans le monde, d’une action mystérieuse du Christ vers lequel, sans qu’on l’ait de soi-même ou pensé ou voulu, elle reconduisait. Le monde est apparu comme animé à son insu par des valeurs, tributaires du Christ et de son Évangile. L’ignorance où l’on était d’abord du rôle implicite du Christ n’a pas paralysé son action ni même son attrait. Qui entre dans le concret humain ainsi compris et respecté, on s’en est soi-même aperçu par la suite, met ses pas dans la foulée d’un Autre qui est l’Amour même. En découvrant sans le savoir l’empreinte de ses traces, on en est venu peu à peu à reconnaître son visage et l’on a désiré bientôt se livrer sans plus de réticences à sa Personne ou à son Royaume ou à son œuvre.

Ce que les Pères appelaient dans un monde païen les préparations évangéliques [4] est devenu ici, dans un monde post-chrétien qui ne peut abolir la trace culturelle du Christ et de l’Église, des vestiges humains laissés par l’Évangile. Malgré tant de misères qu’on ne peut ni ne veut se cacher, le monde est demeuré un sacrement modeste mais réel de l’Esprit. En avançant dans les requêtes les meilleures de ce monde, on sent, comme un sourcier, bouger le coudrier. Les nappes d’eau sont là : jaillies du mystère chrétien, elles ont longuement ruisselé et se sont concentrées de façon souterraine dans des zones apparemment perdues et en tout cas fort éloignées de l’Église, leur source. Elles ramènent pourtant ceux et celles qui les trouvent ainsi, vers Celui qui a tellement irrigué notre monde que ses infiltrations se retrouvent partout.

Qu’on passe ou non par ce chemin, une évidence au terme fait l’accord de tous et prend l’allure d’une commune inspiration : la rencontre du Christ ne saurait dispenser de la vie dans le monde.

3. L’inspiration commune

La vie dans le monde pour des membres d’institut séculier, n’est pas à vrai dire le résultat d’un choix, si l’on veut dire par là que l’on choisit le monde, afin d’y vivre, comme on choisit la montagne ou la mer, pour mieux se reposer. On vit en effet dans le monde, comme on respire avec ses poumons. On ne choisit pas la respiration pulmonaire. C’est chose faite maintenant : nous respirons l’oxygène de l’air. De même pour la sécularité consacrée : elle n’est pas amphibie. Elle ne vient pas à l’air du monde : elle y est. Elle ne sort pas d’un « isolat » par rapport auquel le monde prendrait des allures de milieu nouveau, exigeant une option. Le milieu de la sécularité consacrée, c’est le monde lui-même ; elle n’en connaît pas d’autre ; elle ne découvre la consécration qu’en lui, non pas comme une réalité qu’on transplante d’ailleurs, mais comme une reprise en ce monde de la condition même du Seigneur.

De fait Jésus n’était pas essénien : il est de Nazareth et non pas de Qumran ; il n’est pas en son temps l’affilié d’une secte. Il vit à l’air libre. Il est un homme de tous les jours, sans autre repère social que l’exercice de ses droits humains et coutumiers. Aussi, ayant trouvé le Christ dans le fil, le tissu ou le cours de la vie qui fut à sa manière la sienne, pourquoi faudrait-il renoncer à ce monde afin de mieux le rencontrer ? Libre à d’autres, approuvés par l’Église et poussés autrement par l’Esprit, de le faire. C’est le cas de la vie religieuse, qui se crée ses structures et ses conditions d’existence sur un mode « autarcique » jusqu’à un certain point. La sécularité consacrée pour elle n’en veut pas. Avec le Christ auquel elle entend se livrer sans réserve, elle veut demeurer dans le monde, dans ce monde, sans en modifier les structures et sans passer par des distances ou des séparations. Jésus a-t-il comme charpentier transformé le métier ? Il l’a simplement exercé, mais il l’a fait de manière parfaite. Il a ainsi changé le cœur du monde en y mettant le sien. Entrer vraiment dans ce mode de vie du Seigneur, tel est le point le plus déroutant et le plus créateur de la sécularité consacrée.

Une telle inspiration, on l’a redit souvent ces dernières années n’a pas été perçue d’un seul coup [5]. Le moins étonnant n’est pas la part que les Papes y ont prise. Pie XI, Pie XII surtout, mais aussi Paul VI, pour ne rien dire ici du dernier Concile qui a fait triompher en principe cette idée de tout point essentielle, que les instituts séculiers ne sont pas des ordres religieux [6], tous ont ouvert largement le chemin qui conduit la sécularité consacrée à trouver dans le monde le milieu, le seul milieu vraiment privilégié, de sa respiration et de sa vie. Ce langage nouveau signifie que l’Église est entrée, de nos jours, dans une conscience renouvelée de la présence du Christ au cœur même du monde [7].

On tuerait donc sur place les vrais membres d’instituts séculiers, plutôt que de les contraindre à sortir du monde pour trouver le Seigneur. Leur mission spécifique est en effet d’attester qu’on peut faire une donation entière de soi-même au Christ, « dans la forme de vie commune à tous », comme l’a dit Paul VI [8], on devrait presque dire la plus commune à tous. Abandonner leur existence au cœur même du monde, serait pour eux abandonner la vie du Christ. Le Christ dont la sécularité consacrée retrouve avec prédilection les traits, c’est en effet Jésus qui vit à Nazareth une vie humainement indiscernable de celle de tout autre et qui, au terme de sa vie, demande lui-même à son Père non pas de retirer les siens du monde, mais simplement de les garder du mal (Jn 17,15) – ce qui fut éminemment son cas et qui peut, grâce à lui et en lui, devenir le nôtre. La puissance de Dieu, suppliée par le Christ, est donc à l’œuvre dans l’Église pour que des hommes et des femmes s’enfoncent en Jésus-Christ, en restant enfoncés dans le monde et qu’ils s’enfoncent même d’autant plus dans le Christ qu’ils s’enfoncent aussi d’autant plus dans le monde pour le servir et pour l’aimer, comme le Père lui-même l’aime et le sert en lui donnant son propre Fils. En ce sens les instituts séculiers entrent dans le mouvement même du Père qui veut l’incarnation du Fils. Ainsi s’expliquerait peut-être le caractère progressif et constant, serein aussi et en tout cas spirituellement irrésistible, du mouvement qui les conduit à leur identité.

4. La consécration séculière

Au sens où on la prend ici, la consécration n’est rien d’autre qu’ une réponse de l’homme à l’amour de Dieu. Les réticences à l’égard de la consécration ainsi comprise se sont multipliées depuis quelques années de façon apparemment très docte et presque doctorale. On a rappelé que Dieu seul consacre, c’est-à-dire fait de nous ses enfants : qui voudrait le nier ? On a redit que seul le baptême est une consécration au sens fort du mot et que, de ce fait, tous les chrétiens sont déjà consacrés : qui ne se réjouirait de pareils propos ? Mais en revanche, qui songerait sérieusement à dénier le droit aux chrétiens, aux chrétiennes, d’assumer ce mystère et d’y répondre de leur mieux sans léser leur baptême ? Éviter ce péril ne doit pas être impossible : la consécration dans l’Église, même aux moments où son foisonnement fut peut-être excessif, fut toujours cependant reliée au baptême [9]. Que signifient alors tant de soupçons ? Un respect grandissant ou un abandon camouflé ?...

Se consacrer au Christ doit pouvoir être compris d’une façon très profonde et très simple, comme l’acte d’un amour qui se donne en réponse à l’amour qu’il reçoit. Se consacrer c’est vouloir dire un oui sans aucune réserve à l’amour du Christ qui commande l’existence du monde et la nôtre ; c’est vouloir prendre aussi les mesures élémentaires qui signifient, dans l’Église, qu’on rejoint cet amour et qu’on s’y livre vraiment.

Les trois vœux

Quand il s’agit de la consécration, le « déjà fait » abonde dans l’Église. Ce « déjà fait » doit être bien compris pour être re-vécu et de quelque manière re-créé à la lumière d’une inspiration qui, dans la sécularité consacrée, ne porte pas avant tout sur le fait de se donner au Christ, mais sur la manière de le faire. C’est ainsi que les vœux se présentent aussitôt à l’esprit, dès qu’on parle, de nos jours, de consécration ; ils se présentent presque trop vite. Certes le rapport entre la consécration et les vœux est profond, pour ne pas dire constitutif. Il n’est donc pas question de contester leur sens [10]. Mais si l’on n’y prend pas garde, le rapport spontané qui s’établit entre la consécration et les vœux peut n’être qu’un cliché : se consacrer, dit-on alors presque sans réfléchir, c’est prononcer des vœux, c’est même prononcer les trois vœux. Non pas qu’il faille les rejeter pour être à coup sûr consacré. Mais, appelés eux-mêmes les vœux de religion, ils devraient nous trouver attentifs à ne pas ramener, d’une manière automatique et comme irréfléchie, le nec plus ultra de toute consécration, surtout de la consécration en tant que séculière, à la seule émission des trois vœux.

Que veut-on dire par là ? Rien d’autre qu’une chose très simple. Sous leur forme canonique actuelle les trois vœux introduisent à l’état religieux, compris comme un état de vie qui tranche et veut trancher, socialement parlant, avec les mœurs courantes de ce monde. Le cas le plus symptomatique reste celui du vœu d’obéissance, qui présuppose en fait la vie commune, sans laquelle il n’est pas de vie religieuse authentique. On en dirait presque autant du vœu de pauvreté : il implique un régime commun qui doit neutraliser l’appropriation personnelle des biens du monde. Seul le vœu de chasteté, compris comme célibat consacré, n’exige pas, comme tel, la dimension communautaire. En tout cas, sous leur forme ternaire actuelle, disent les historiens, les vœux de religion ne sont pas de beaucoup antérieurs au Moyen Age. Saint Thomas en a systématisé théologiquement le sens et la valeur, mais il fallut attendre le Concile de Trente pour que leur émission définisse de façon canonique l’entrée d’un candidat dans la vie religieuse. Avant saint Benoît, semble-t-il, le changement d’habit signifiait le changement de vie. Ce fut saint Benoît qui eut le premier l’idée d’une profession religieuse. C’était à la fois une demande d’entrée dans la vie religieuse et une acceptation publique de ses obligations. D’ailleurs la profession bénédictine ignorait notre triade actuelle ; elle comportait une triple promesse d’obéissance, de stabilité et de conversio morum ou changement de vie [11].

N’est-il pas clair alors que la volonté décidée de certains instituts séculiers de ne pas se laisser enfermer dans le seul formalisme canonique des trois vœux ne signifie pas qu’ils minimisent la valeur de la consécration ? Ils entendent simplement la relier à la sécularité de leur vie et non pas à un style qui se ressentirait encore de l’état religieux.

Les vœux dans la sécularité consacrée

Je ne reviendrai pas ici sur ce qu’implique d’absolument original l’obéissance dans la sécularité consacrée [12]. Sa signification y est à la fois capitale et seconde : capitale du point de vue spirituel, puisqu’elle représente la dépendance promise à titre tout spécial envers la volonté du Seigneur, dans la vie la plus humblement quotidienne ; seconde cependant et presque analogique par rapport à ce qu’elle doit être dans la vie religieuse. Dans la sécularité consacrée en effet, le rapport aux responsables porte avant tout sur les conditions spirituelles de la fidélité de chacun à une commune inspiration, mais il n’a rien à voir avec un pouvoir dominatif quelconque dans l’ordre des personnes, pouvoir qui ne pourrait que compromettre l’entière franchise séculière nécessaire aux sujets. La pauvreté, elle aussi très liée comme vœu à la réalité communautaire de la vie religieuse, doit prendre dans la vie séculière des formes appropriées. Elles sont à chercher, semble-t-il, dans une participation presque professionnelle aux travaux qui luttent au plan de la cité, de la nation, de la planète même, pour que justice soit rendue aux plus démunis de ce monde [13].

N’est-ce donc pas alors le célibat qui constitue l’aspect réellement décisif de la consécration séculière et qui établit la vraie césure spirituelle entre la vie chrétienne consacrée dans le monde et celle qui ne l’est pas ? En effet, vouer le célibat ou le promettre ou encore se consacrer en promettant le célibat – toutes ces formules, sauf meilleur avis, me semblent ici équivalentes – c’est se donner au Christ de telle sorte qu’il soit, lui et lui seul, le centre organisateur de la personnalité tout entière, la clé, si l’on peut dire, de sa manifestation dans l’ordre de l’affectivité la plus profonde et la plus constructrice. Aucun amour reçu et donné, si légitime et grand soit-il entre l’homme et la femme dans l’ordre conjugal, ne donnera pourtant sa forme à une vie de sécularité consacrée. On ne trouvera, dans une telle vie, rien ni personne qui laisse supposer un autre amour que celui qui consacre et qui voue sans réserve au Seigneur. C’est l’amour du Christ et lui seul qui commande encore la donation aussi profonde que possible de soi à tous ceux, toutes celles dont le visage et dont le nombre ne dépendent jamais des liens qu’un amour conjugal tisse au cours de la vie. Une telle existence est donnée à chacun et à tous ; elle n’est pas gardée pour soi ; nul être humain n’exerce sur elle, dans la chair, un droit de régence et de priorité ; elle ignore le souci d’attirer ou de garder dans sa mouvance une fidélité humaine absolue qui, comme amour exprimé ou reçu, conditionnerait son équilibre et son bonheur. Tout est livré au Christ en elle, pour qu’il délivre ce sujet de lui-même et le consacre au service des autres, rencontrés dans la figure commune que revêt l’existence lorsque nul amour conjugal ne vient en modifier par lui-même le motif et les traits.

Désirer vivre ainsi, demander qu’on nous aide à le faire, essayer de grandir de la sorte, c’est donc cela se consacrer ; c’est retrouver en quelque sorte aussi la manière dont le Christ a lui-même vécu. On chercherait en vain dans sa vie autre chose de vraiment singulier, que les traces objectives de son amour et du Père et des autres, autre chose que cette disponibilité totale de lui-même, que le dépassement spontané de l’amour conjugal consacre et signifie. Tout découle en Jésus de ce don sans limite assignable à Dieu et à tout autre. Sa conduite et ses mœurs sont dès lors devenus l’Évangile lui-même sous l’aspect de la vie. Elles relèvent de l’entière liberté de Jésus et traduisent la manière qu’il a de vivre pour les autres, en dehors de toute possession, fût-elle de l’ordre le plus saintement conjugal. Avec le célibat ainsi compris, qui assure le don de la personne tout entière en saisissant son centre de communion le plus vital et le plus fort, le contact se trouve institué avec le Christ à une profondeur qui marque de son sceau la vie dans sa totalité. Le célibat ainsi voué peut définir une forme de vie où la consécration au Christ ne se limite pas aux seules formes canoniques qu’elle a prises déjà dans l’histoire de la vie religieuse. Il ouvre, bien au contraire, sur toute la richesse des mœurs évangéliques et doit faire jaillir une sainteté chrétienne de forme séculière, entièrement renouvelée [14].

Sans donc prétendre résoudre des questions proprement canoniques qui ne sont pas de ma compétence, je dirai cependant que le célibat vécu de façon positive, comme un don constructeur de soi-même au Christ dans le monde, est sans doute l’élément essentiel d’une consécration séculière et qu’il représente son fondement le plus irremplaçable. Aussi bien, le plus important n’est-il pas dans les formes juridiques comme telles de la consécration ; il se trouve dans la source spirituelle de cette consécration.

Source spirituelle de la consécration séculière

La grande source de la consécration séculière, nous l’avons déjà dit, c’est Jésus lui-même en tant qu’il est de Nazareth.A ce titre il nous semble immergé, comme il n’est pas possible de l’être davantage, dans la vie quotidienne des hommes de son temps. Cette immersion acceptée et voulue par le Christ revêt un sens particulièrement normatif pour ceux et celles qui désirent une consécration séculière. Dans cet état d’immersion séculière qui doit être le leur parce qu’il fut, disent-ils à juste titre, celui-là même de Jésus, ils désirent faire spirituellement retour à l’essentiel humain. Il s’agit en effet de savoir et de faire savoir ce qu’est l’homme qu’on rencontre et qu’on aime.

On entend couramment affirmer de nos jours par des prêtres surtout, et de façon provocatrice : « Moi, ce qui m’intéresse ce n’est pas Dieu, mais c’est l’homme ! ». Quelle naïveté dans ce partage ! Quelle inconsciente cruauté dans cette vivisection ! Qu’est-ce que l’homme s’il se prive de Dieu et ne veut vivre que de pain, malgré l’avis diamétralement contraire de l’Écriture et de Jésus (Mt 4,4 renvoyant à Dt 8,3). L’homme doit vivre et doit vivre comme homme, c’est trop clair. Mais le pain qui sustente les hommes en toute vérité, ne peut pas consister en molécules biologiques ni même culturelles seulement, dont l’homme serait l’unique boulanger. L’homme a besoin d’un pain qui, n’étant pas cuit seulement par lui-même, peut nourrir réellement son esprit, qui n’est pas œuvre humaine. « L’homme ne vit pas seulement de pain, redit donc Jésus, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ». Jésus rejette ainsi la tentation qui voudrait réduire l’homme aux nécessités seulement biologiques ou comme on dit, à la consommation.

La sécularité consacrée reprend à son compte un tel témoignage qui est aussi celui de toute vie chrétienne mais, de ce témoignage, elle veut faire sa propre raison d’être. Elle s’y consacre et cherche à se bâtir de telle sorte qu’apparaisse, au cœur même du travail pour le pain quotidien, le rôle irremplaçable des nourritures oubliées. La pauvreté devient ici la condition où, libérée du souci d’avoir à réussir soi-même, la sécularité consacrée se livre aux tâches humaines les moins rémunérées, pour mieux apprendre et mieux faire connaître que l’essentiel est méconnu ou ignoré.

Va dans le même sens le mot de Jésus dans saint Jean sur « les adorateurs en esprit et en vérité » que recherche le Père (4,21). Jésus fut le modèle de ces adorateurs dans le plus ordinaire de l’existence humaine. Il a conduit ainsi l’humanité à sa perfection spirituelle sans modifier autre chose en elle que le cœur qui l’habite et la meut. La consécration séculière vise elle aussi une pareille transformation qui, sans abolir mais au contraire en promouvant les tâches séculières – puisque ces « adorateurs » doivent être en toute vérité des hommes – garantit la signification ultime de leur vie. Elle veut réaliser l’émergence authentique de l’homme dans une adoration réalisée à même l’existence, telle que cette existence apparaît, se façonne et circule dans les usines et les bureaux, les marchés et les gares, les rues et les maisons [15].

Tout revient, dans la consécration séculière, à l’amour du Christ comme fondement secret de l’existence. Saint Paul a trouvé, dans l’Église, les mots d’un cœur comblé par cette rencontre personnelle du Christ. « Il m’a aimé, nous dit-il ébloui, et s’est livré pour moi » (Ga 2,20). « Qui nous séparera de l’amour du Christ ? », ose-t-il encore demander (Rm 8,35). Rien ni personne, répond-il, en envisageant cependant épreuves et contradictions qui font la vie de tous les jours. Ces mots révèlent donc une affectivité « attachée sans partage au Seigneur » (1 Co 7,37) et dont le célibat pour le Royaume est le portique, dressé par le Seigneur lui-même (Mt 19,12). Mais, loin qu’un tel choix oriente la sécularité consacrée vers le retrait du monde, il en exige plutôt l’expérience intégrale, dans ses éléments les plus temporels et les plus séculiers, comme l’a dit Paul VI [16]. La consécration séculière en effet ouvre et elle se doit d’ouvrir sur le côté humanisateur du mystère de Jésus, que saint Paul lui-même appelle notre « second Adam » (1 Co 15,45). A ses yeux et aux yeux de la sécularité consacrée qui se fait ici le disciple fidèle et audacieux de Paul, toute l’humanité qu’on rencontre dans l’expérience quotidienne de l’homme et de l’humain n’est encore, comme telle, qu’un premier temps de notre vérité. Elle revendique de l’intérieur la plénitude du « second » qu’est Jésus-Christ lui-même. Pareillement d’ailleurs le Christ, étant donc ce qu’il est, à savoir l’Adam « second », exige évidemment son rapport au premier, c’est-à-dire à tout homme [17]. C’est ainsi qu’en étant consacré à un pareil Christ dans un amour qui n’en finit pas de s’émerveiller de son choix, un membre d’institut séculier se consacre par le fait même aux hommes que le Christ humanise en les divinisant. Semblablement aussi d’ailleurs, en se donnant de tout son cœur à l’amour de l’homme dans sa vérité quotidienne, il se voue, par un autre chemin, à l’amour sans partage du Christ dont l’homme est strictement inséparable.

L’irremplaçable, pour la sécularité consacrée, est donc moins la structure canonique de la consécration que la profondeur de ses sources. Dans cette vue, la spiritualité qui commande et inspire l’existence est plus importante que la forme canonique sous laquelle la consécration s’accomplit. Nulle part, mais ici moins encore qu’ailleurs peut-être, la lettre et la loi, au sens tout charnel des termes, n’ont de poids décisif. Qui n’est pas lié par l’esprit, dans un type de vie qui déroule la plupart de son cours sans aucune structure extérieure qui lui soit vraiment propre, ne le sera jamais non plus par un autre moyen. Les règlements les plus minutieux, les vœux même les plus solennels ou les plus rigoureux, à défaut de cette inspiration spirituelle qui fait toute la qualité de ces vies, ne représenteraient jamais rien d’autre que le chaînage à travers lequel se faufilent et se font les plus profonds refus. Par contre l’appui spirituel d’une fraternité paraît irremplaçable.

5. Fraternité spirituelle et vie dans l’Église

Il ne serait pas impossible de montrer que, si la consécration de vierges qui restaient dans le monde et qui représentaient peut-être en cela une première ébauche de la sécularité consacrée, n’a pas donné le résultat qui nous paraît de nos jours souhaitable, c’est parce que cette forme de vie manquait de l’appui spirituel qualifié dont elle avait besoin. Par la suite, la vie religieuse avec sa structure communautaire a tout recouvert et tout pris. L’Église en est même venue à interdire toute consécration dans le monde en dehors des structures reconnues de la vie religieuse [18]. C’était sagesse, mais il faut désormais découvrir autre chose. Cette autre chose, c’est la sécularité consacrée, épaulée par la fraternité, elle aussi séculière, dont nous allons évoquer, pour finir, la signification primordiale, plutôt en récusant les images faussées qu’en analysant bien à fond ses ressources profondes.

La fraternité que les séculiers expérimentent et préconisent, est tout autre chose, bien sûr, qu’une communauté religieuse ou, à l’inverse, une pieuse union. L’appui qu’un institut séculier cherche et trouve dans la fraternité, n’a rien à voir avec ce que la vie religieuse offre à ses membres en raison de la communauté institutionnelle de revenus, de travail et de toit. Sauf de rares exceptions [19], cette forme de vie est exclue en raison de la sécularité. La fraternité nécessaire à la sécularité consacrée n’a rien à voir non plus avec je ne sais quelle société de ferveur spirituelle ou de piété, plus ou moins comparable à ce que furent et que sont, en tout cas, devenus la plupart des Tiers Ordres. Aucun d’eux en effet n’aboutit et ne veut aboutir à une consécration radicale de l’existence sous forme séculière -, ils visent plutôt à sa coloration spirituelle par des pratiques, au demeurant très bonnes, de simple dévotion.

Par contre ce que les membres d’un institut séculier demandent d’ordinaire à la fraternité, c’est, dans l’indépendance de la vie, la communauté spirituelle de vues. L’une et l’autre relèvent d’une seule et même inspiration, assez forte pour saisir l’existence sur place et la consacrer tout entière sans l’institutionnaliser. Nous ne sommes plus ici devant un résultat visé et obtenu par une communauté qui s’est groupée en vue d’un témoignage à faire valoir en corps. Nous ne sommes pas davantage devant une œuvre de piété, si importante qu’elle soit comme nous dit l’Apôtre (1 Tm 4,8). Nous sommes, si l’on ose ainsi dire, devant des solitudes consacrées [20] qu’une inspiration, assez paradoxale, sépare et réunit. La fraternité dans ce cas vit de distance et consentie et dépassée par une communauté constante d’inspiration et une périodicité de rencontres, celles-ci étant pour ainsi dire son acte fondateur constamment rénové.

On est encore loin, semble-t-il, qu’une telle conception de la fraternité, qui retrouve quelque chose du mystère de l’Église elle-même en tant que communion, soit vécue par les membres eux-mêmes avec la profondeur qui doit être la sienne ; loin aussi, qu’on ait reconnu, du point de vue proprement canonique, l’entière nouveauté que ce chemin spirituel où s’engagent les instituts séculiers représente et confère. On devine, en tout cas, que cette fraternité, inséparable de la consécration elle-même, implique une expérience de co-responsabilité qui est peut-être l’apport le plus original à la vie actuelle de l’Église.

Le rapport à l’Église des instituts séculiers est, de ce fait, si évident qu’il ne devrait pas être nécessaire d’en parler davantage. La montée de sève qu’ils représentent sera en tout cas d’autant plus bénéfique à l’Église que tout le monde en elle, évêques, prêtres, fidèles, religieux, religieuses sauront se dépouiller de leurs clichés pour accueillir et seconder cette œuvre évidente de l’Esprit. Il est nécessaire notamment que la vie religieuse refuse de se renouveler par décalcomanie des instituts séculiers. Elle doit retrouver, par ses voies propres de vie communautaire, la vérité de son charisme et s’interdire tout lamentable démarquage. L’Esprit Saint est assez vigoureux pour enrichir l’Église d’une nouvelle forme de consécration, sans faire périr les autres, qui ont porté et peuvent encore porter tant de fruits. C’est en se différenciant profondément l’un de l’autre sur la base d’une commune consécration, que la vie religieuse et les instituts séculiers enrichiront l’Église d’un amour authentique du Christ et d’un service spécifique des hommes.

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[1P. Séjourné, « Vœux de religion », Dictionnaire de Théologie Catholique, Paris, Letouzey et Ané, XV 2, 1950, col. 3234-3281.

[2Les deux choses sont évidentes pour C. H. Dodd, Le fondateur du christianisme, Paris, Seuil, 1972, 128.

[3« Les religieux doivent tendre de tout leur effort à ce que, par eux, le plus parfaitement et réellement, l’Église manifeste le Christ aux fidèles comme aux infidèles : soit dans sa contemplation sur la montagne, soit dans son annonce du Royaume de Dieu aux foules, soit encore quand il guérit les malades et les infirmes et convertit les pécheurs à une vie féconde, quand il bénit les enfants et répand sur eux tous ses bienfaits... » (Lumen gentium, 46).

[4« Tout ce qui chez (ceux-là même qui ne croient pas) peut se trouver de bon et de vrai, l’Église le considère comme une préparation de l’Évangile et comme un don de Celui qui illumine tout homme pour que finalement il ait la vie » (Ibid., 16).

[5Anne Dubois, « Les instituts séculiers », Vie consacrée, 1974, 193-194.

[6« Les instituts séculiers, bien qu’ils ne soient pas des instituts religieux, comportent cependant une profession véritable et complète des conseils évangéliques dans le monde, reconnue comme telle par l’Église » (Perfectae caritatis, 11).

[7F. Morlot, « Consacrés pour une mission séculière », Studia canonica, 7 (1973), 59-73 (Ottawa, Université Saint-Paul). – G. Martelet, s.j., « Pour une christologie de la sécularité consacrée », Vocation, n° 262 (1973), 135-149.

[8Discours du 26 septembre 1970 au Premier Congrès mondial des Instituts séculiers, Documentation catholique, 67 (1970), 914. – Sur ce point, J. Beyer, s.j., « La sécularité des instituts séculiers », Jus populi Dei, Miscellanea in honorem Raymundi Bidagor, Rome, Grégorienne, 1972, II, 425-466.

[9J. de Finance, « Consécration », Dictionnaire de Spiritualité, Paris, Beauchesne, 1963, II, col. 1576-1583.

[10É. Pousset, s.j., « L’existence humaine et les vœux de religion », Vie consacrée, 1969, 65-94. « Le meilleur exposé dont nous ayons connaissance », dit de cet article P.-R. Régamey dans Paul VI donne leur charte aux religieux, Paris, Cerf, 1971, 54.

[11M. Dortel-Claudot, s.j., « Quelques éléments historiques pour une réflexion sur la consécration » (exposé, resté manuscrit, fait lors de la rencontre de la Conférence nationale des Instituts séculiers, les 25 et 26 septembre 1971).

[13F. Morlot, « Heureux les pauvres : béatitude ou conseil ? », Vie consacrée, 1974, 212, parle de la « misère imméritée » où la révolution industrielle a plongé tant de gens devenus de ce fait des pauvres à ne pas oublier.

[14C’est aussi l’opinion de H. U. von Balthasar, « Le paradoxe des Instituts séculiers », Vie consacrée, 1974, 199-203, mais qui semble donner comme allant de soi, pour les instituts séculiers, des éléments spécifiques de la vie religieuse, comme le sont la vie « dans l’obéissance » (p. 199) et « la structure de communauté approuvée par l’Église » (p. 202).

[15Selon un témoignage cité par P. Lebeau, s.j., « Consécration de la solitude », Vie consacrée, 1974, 226 : « Je voulais une vie de prière intense, me permettant une intimité profonde avec le Seigneur et très proche des hommes. Peu m’importait d’être reconnue comme consacrée... ». L’essentiel est évidemment de l’être. Le modèle est bien ici Jésus de Nazareth, mais Nazareth, pour ces disciples, c’est la grande cité moderne.

[16La formule exacte de Paul VI est la suivante : « Restons séculiers, c’est-à-dire dans la forme commune à tous, dans la vie temporelle » (Documentation catholique, 67 (1970), 914).

[17J’ai essayé de développer ce point de vue dans L’Au-delà retrouvé. Christologie des fins dernières, Paris-Tournai, Desclée, 1975, 65-83.

[18M. Dortel-Claudot, s.j., La consécration des vierges pour des femmes vivant en plein monde. Éléments de recherche, Paris, Comité canonique des Religieux, 1973.

[19P. Lebeau, s.j., art. cité à la note 15, p. 225.

[20P. Lebeau, s.j., ibid., p. 220, parle de « solitude réconciliée », ce qui est parfaitement vrai. Nous parlons de « solitude consacrée » pour bien différencier l’institut séculier de quelque forme que ce soit de la vie religieuse, qui est communautaire.

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