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Chronique du Nouveau Testament

Dany Dideberg, s.j.

N°1974-5 Septembre 1974

| P. 300-306 |

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Nous présenterons les livres que les éditeurs ont eu l’amabilité d’envoyer cette année à la revue sous les rubriques suivantes :

  1. L’Évangile et les évangiles
  2. Saint Paul
  3. Histoire et théologie du Nouveau Testament
  4. Spiritualité biblique

1. l’Évangile et les évangiles

Parmi les derniers ouvrages de la collection « Livre de Vie », figure un inédit : Initiation à l’Évangile [1] du Père A.-M. Roguet. Attentif depuis une dizaine d’années aux questions que lui posent les lecteurs de la Vie catholique illustrée, l’auteur rejoint les principales difficultés que soulève aujourd’hui la lecture des évangiles. Au fil des chapitres, son souci est de donner un ensemble de clés pour acquérir une meilleure intelligence de l’Évangile. Il cherche d’abord à définir et à caractériser ce qu’est l’Évangile et chacun des évangiles. Puis, il en examine divers aspects : les prologues, les récits, les miracles, les discours et les sentences, les paraboles, le nom et les titres de Jésus. Ce livre, qui s’achève par une bibliographie pratique et par un index des principaux sujets traités ainsi que des mots techniques utilisés, est destiné à un large public.

Selon R. Thysman deux préoccupations orientent, au stade rédactionnel, La catéchèse de Matthieu [2] : la communauté et les directives éthiques. Une premier chapitre cherche à dégager, à la lumière de la christophanie finale, les traits de l’Église matthéenne, Israël nouveau. Les trois chapitres suivants marquent l’impact de cette ecclésiologie sur la morale chrétienne : conception générale de la justice, directives pastorales à toute la communauté (Mt 5-7), lignes de conduite pour les pasteurs (Mt 10, 18 et 23-25). Par ce biais, l’auteur réussit à mettre en relief l’originalité de la catéchèse matthéenne, si riche de signification théologique et pastorale.

Exégète allemand bien connu, R. Schnackenburg présente et commente L’Évangile selon saint Marc [3], en deux volumes, dans la collection « Parole et Prière ». Trop longtemps délaissé, le plus ancien des évangiles est redevenu à la mode. Il est étudié ici à partir de la prédication des communautés primitives et donc à partir de la foi et de la vie de l’Église naissante, en tirant profit des meilleures acquisitions de la méthode des formes (Formgeschichte). L’auteur adopte un plan classique et parfois discutable. De nombreuses notes jalonnent un exposé sobre et documenté : elles orientent le lecteur vers des recherches plus approfondies. Celui qui fait partie de la même communauté ecclésiale que saint Marc et ses fidèles se laissera, comme eux, interpeller par Jésus et son message.

L’an dernier, nous avons recensé dans cette chronique le premier volume de Lecture d’Évangiles [4] de G. Becquet et de ses collaborateurs, R. Beauvery et R. Varro. Ce second volume est consacré aux textes du cycle liturgique C et, de ce fait, plus spécialement centré sur l’évangile selon saint Luc. En liaison avec la vie liturgique, le même objectif est poursuivi comme dans le premier volume, à la fois exégétique, spirituel et pastoral : par une lecture patiente et exigeante du texte, découvrir chaque dimanche l’actualité de l’Évangile et son interpellation. Pour diverses raisons, quelques points de la méthode utilisée ont été davantage développés dans ce nouveau volume, et avec bonheur : la prise de contact avec le texte étudié, l’organisation et la cohérence du texte, l’invitation finale.

La collection « Pour une histoire de Jésus » consacre son dernier livre au Témoignage de l’Évangile de Jean [5]. Il comprend deux parties. La première, due à B. Lindars, franciscain anglican et professeur à Cambridge, examine les principales questions littéraires posées par le quatrième évangile : l’origine, la composition, les sources et le travail rédactionnel. L’édition originale de cette étude a paru en anglais sous le titre Behind the Fourth Gospel. La seconde partie, qui est l’œuvre de B. Rigaux, aborde la théologie de saint Jean en exposant quelques thèmes majeurs : la lumière, la vérité et la vie. Cette approche théologique qui, de l’avis même de son auteur, est incomplète et partielle, vise « à lever un coin du voile sur la richesse d’un message aux proportions infinies ». Ce volume constitue une bonne introduction au quatrième évangile. Il est regrettable qu’il n’en donne pas un plan qui aurait servi d’utile guide de lecture.

2. Saint Paul

Grâce à J.-F. Collange, L’Épître de saint Paul aux Philippiens [6] a pris place dans la collection « Commentaire du Nouveau Testament ». L’introduction expose avec sobriété les principales questions historiques, littéraires et théologiques, en particulier les destinataires de l’épître, son authenticité et son intégrité (l’auteur considère l’épître que nous possédons comme un amalgame de trois épîtres plus petites), le lieu et les dates de la composition. Le commentaire, qui suit le texte verset par verset, est rigoureux et scientifique. Trois problèmes importants sont développés en excursus : les épiscopes et les diacres (1,1), la vie « avec le Christ » après la mort (1,23) et l’hymne christologique (2,6-11). De tout temps, cet hymne a été considéré comme le joyau de cette épître. A lui seul, il suffit à en recommander la lecture et la méditation.

« Un certain Jésus qui est mort, Paul affirme qu’il est vivant [7] ». Ce verset des Actes des Apôtres (25,9) fournit le titre et la ligne directrice de l’opuscule que M.-D. Poinsenet consacre à l’itinéraire spirituel et missionnaire de saint Paul. Le texte est rédigé dans un style clair et direct ; de plus, il est agrémenté d’une cinquantaine de cartes et d’illustrations bien choisies. Cet opuscule est destiné à un large public.

3. Histoire et théologie du Nouveau Testament

L’ouvrage collectif Le ministère et les ministères dans le Nouveau Testament [8] publié sous la direction de J. Delorme est le fruit de la collaboration d’une douzaine de spécialistes. Il propose un dossier exégétique (p. 13-280) repris dans une réflexion théologique (p. 281-503).

Le dossier exégétique présente l’avantage notable d’être exhaustif si l’on entend par ministère la diaconie exercée par le Christ, les apôtres et les disciples pour l’édification et la vitalité des communautés du Nouveau Testament. Les diverses contributions sont toutes de valeur. Nous avons apprécié notamment les articles d’A. Lemaire et de J. Delorme. L’étude du troisième et du quatrième évangiles aurait pu être améliorée encore si l’angle formel de la recherche générale n’avait, par précision de méthode, fait abstraction de l’action de l’Esprit Saint dans l’Église et ses sacrements, notamment l’Eucharistie et son institution. On devine comment l’œuvre de Luc et de Jean aurait pu, dans cette lumière, approfondir l’intelligence du ministère de l’Église.

La réflexion théologique instaurée à partir du dossier exégétique est d’allure diverse. L’article de B. Sesboüé (p. 347-415) mérite la meilleure attention : il dégage le fait ministériel dans la structure de l’Église. Il a le double mérite de bien reprendre l’ensemble des données historiques du Nouveau Testament et de rappeler la fonction herméneutique indispensable de la Tradition pour une lecture du Nouveau Testament qui en respecte l’implication mutuelle avec l’Église. Les contributions de J. Delorme (p. 283-345) et surtout de H. Denis (p. 418-449) ne nous paraissent pas avoir saisi, avec le même bonheur, le lien entre intelligence traditionnelle et donné scripturaire. L’analyse d’inspiration structurale de J. Delorme est certes de grande qualité. Mais il est significatif qu’elle rencontre au fond une aporie analogue à celle de C. Lévi-Strauss devant ce que celui-ci appelait « l’axe insensé du sacrifice » (p. 308-309). La dialectique de dessaisissement et de réappropriation brillamment développée par H. Denis (p. 420-425) pose de graves problèmes de fond sur l’intelligence de l’histoire et de ses déterminations et donc de l’institution socio-historique de l’Église, notamment de la succession apostolique. L’article de M. Vidal contient des vues précieuses sur les rapports d’autorité dans l’Église. Un dernier paragraphe est consacré aux interrogations actuelles. Les prises de positions sont délibérément nuancées ; elles sont fragiles parfois dans la mesure où ici encore la réflexion théologique sur le Nouveau Testament fait méthodologiquement abstraction du contenu de la Tradition. Ce manque est surtout perceptible dans l’article de H. Denis sur le ministère comme présidence (p. 483). La note de B. Sesboüé sur ministère et sacerdoce (p. 472) est suggestive.

Le livre contient des richesses considérables : elles sont à exploiter. Une question demeure sur la méthode. Les maîtres d’œuvre de l’ouvrage ont suscité le concours des meilleurs exégètes français. Le dossier littéraire constitué est impressionnant. Les analyses élaborées sont de type structural ou dialectique : l’apport est stimulant. Mais, au point de vue logique de l’histoire et donc de l’institution ministérielle, n’y a-t-il pas quelque risque de formalisme ? Cette difficulté épistémologique ne se retrouve-t-elle pas au plan théologique dans une certaine difficulté à percevoir le lieu théologique propre du ministère dans l’institution et la tradition mutuelles de l’Église et de l’Eucharistie ?

Curé de Saint-Séverin, J. Hamaide présente Le Discours sur la montagne [9] comme la charte de la vie chrétienne. Son souci n’est pas de faire l’exégèse du texte évangélique au microscope, mais de dégager son message. Il rattache les béatitudes non à une morale statique mais à la dynamique du Royaume éternel. Pour lui, la pauvreté, la paix, la croix définissent la condition du disciple de Jésus. Cette analyse du Sermon sur la montagne atteint le lecteur de plein fouet et le conduit à l’essentiel de la vie chrétienne.

G. Habra étudie La Transfiguration selon les Pères grecs [10]. Pour ceux-ci, il s’agit bien de la Transfiguration du Seigneur, mais plus encore de celle des trois apôtres qui y ont pris part : le Christ ne pouvait se transfigurer, l’étant dès le premier instant de son incarnation. Divers motifs expliquent « l’économie » de cet événement. Le principal est de préparer les apôtres à la Passion en leur faisant contempler auparavant l’éclat de la divinité du Seigneur. Pour faire saisir la « théologie » de cette christophanie, l’auteur présente d’abord l’essence, l’énergie, la lumière divines perçues par les apôtres, puis, les trois étapes nécessaires à leur transfiguration (purification, contemplation, illumination), enfin le lien entre leur transfiguration et la vie éternelle. Familier des Pères grecs, l’auteur réussit à exposer dans ses traits distinctifs leur conception de la Transfiguration et à en souligner l’originalité. Le chrétien d’Occident lira avec grand intérêt cette riche étude, s’il ne se laisse pas agacer par les vives critiques que son auteur adresse à la culture moderne.

L’essai de F. Bovon sur Les derniers jours de Jésus [11] rassemble les principales données historiques et littéraires sur le procès de Jésus : sources chrétiennes, juives et païennes ; la crucifixion, plus particulièrement le titulus de la croix choisi comme point de départ méthodologique ; le déroulement des faits (avec une attention à la procédure pénale suivie au cours du procès) ; enfin, les notations temporelles et spatiales. L’exposé est critique et nuancé ; il s’adresse à un large public.

Écrire un article sur Jésus [12] dans le Dictionnaire de Spiritualité était une gageure. Le Père J. Guillet s’est bien acquitté de cette tâche. Il la précise de la manière suivante : « comment atteindre l’expérience “spirituelle” vécue par Jésus ? quel sens revêt-elle pour le chrétien ? plus précisément, quelle relation y a-t-il entre l’expérience vécue par Jésus et celle que vit le chrétien ? » Cette relation de l’expérience chrétienne à l’expérience de Jésus est d’abord étudiée d’après le Nouveau Testament : les Actes des Apôtres, saint Paul, les évangiles synoptiques, l’évangile de Jean. Puis, elle est présentée, de diverses manières, à partir de quelques auteurs récents, comme contemplation immédiate (A. von Harnack ; L. de Grandmaison ; M.-J. Lagrange), distance infranchissable (R. Bultmann), identité dans l’altérité (K. Barth), révélation dans l’incognito (R. Guardini), communication spirituelle (H. U. von Balthasar). Pour mieux saisir la place que Jésus tient dans l’histoire de la spiritualité chrétienne, le lecteur se référera aux monographies que le Dictionnaire de Spiritualité consacre à ses principaux témoins.

4. Spiritualité biblique

L’exégète allemand H. Schürmann réunit dans Quand l’Esprit surgit [13] quatorze méditations sur l’Évangile selon saint Jean. Les textes commentés ont été choisis et présentés selon quatre étapes qui correspondent aux « quatre semaines » des Exercices spirituels de saint Ignace. Selon l’auteur, toute rencontre avec le Christ à travers l’Évangile semble suivre le même cheminement que celui qu’Ignace propose dans ses Exercices. Chaque commentaire est sobre et bref : il ne fournit que des « points de méditations » qui guident la réflexion et la prière de chacun. L’ensemble des méditations est précédé d’une belle introduction à la lecture spirituelle de l’Écriture. Celle-ci est, selon le mot de Guigues le Chartreux cité p. 16, simple et croyante, méditative, priante et contemplative.

Dans Aux puits de la Bible [14], le P. A. Gozier, de l’Abbaye Sainte-Marie de Paris, poursuit la lectio divina qu’il avait inaugurée dans Le pain qui cherche la faim [15]. Cette nouvelle série de méditations bibliques qui s’inspirent de la tradition des Pères et des grands spirituels, loin d’ignorer l’exégèse moderne, se veut avant tout une dégustation lente et savoureuse de la Parole de Dieu.

L’an du Seigneur [16] de W. Grossouw, qui a connu un grand succès en diverses langues, offre cent cinquante méditations : elles sont réparties selon les temps liturgiques. En plus des sujets que lui fournit la liturgie et l’Écriture, l’auteur traite quelques thèmes de caractère général : la prière, le péché, la morale, la mort... Ces textes courts et de style simple peuvent servir de point de départ et d’appui pour une prière personnelle.

Rue du Collège Saint-Michel 60
B-1150 BRUXELLES, Belgique

[1A.-M. Roguet. Initiation à l’Évangile. Coll. « Livre de vie », 116. Paris, Éd. du Seuil, 1973, 18 x 11, 314 p.

[2R. Thysman. Communauté et directives éthiques. La catéchèse de Matthieu. Coll. Recherches et synthèses, Section d’exégèse, 1. Gembloux, Duculot, 1974, 26 x 16, 110 p., 350 FB.

[3R. Schnackenburg. L’Évangile selon saint Marc. Coll. Parole et Prière. 2 vols, Tournai-Paris, Desclée, 1973, 21 x 14, 228 et 342 p., 220 et 320 FB.

[4G. Becquet. Lecture d’Évangiles pour les dimanches et fêtes des temps principaux de la liturgie (textes particuliers à l’année C). Paris, Éd. du Seuil, 1973, 21 x 14, 438 p.

[5B. Lindars et B. Rigaux. Témoignage de l’Évangile de Jean. Coll. Pour une histoire de Jésus, 5. Desclée De Brouwer, 1974, 20 x 13, 202 p.

[6J.-F. Collange. L’Épître de saint Paul aux Philippiens. Coll. Commentaire du Nouveau Testament, x a. Neuchâtel, Delachaux et Niestlé, 1973, 24 x 18, 140 p.

[7M.-D. Poinsenet, o.p. Un certain Jésus qui est mort, Paul affirme qu’il est vivant. Tours-Paris, Marne, 19 x 11, 194 p.

[8Le ministère et les ministères selon le Nouveau Testament. Dossier exégétique et réflexion théologique. Coll. Parole de Dieu. Paris, Éd. Du Seuil, 1974, 21 x 14, 542 p.

[9J. Hamaide. Le discours sur la montagne, charte de vie. Coll. Foi chrétienne. Paris, Le Centurion, 1973, 20 x 12, 168 p.

[10G. Habra. La Transfiguration selon les Pères grecs. Paris, Éd. S.O.S., 1974, 21 x 14, 192 p.

[11Fr. Bovon. Les derniers jours de Jésus. Textes et événements. Coll. Flèches. Neuchâtel, Delachaux et Niestlé, 1974, 96 p., 8 FS.

[12Article « Jésus », dans Dictionnaire de Spiritualité, Paris, Beauchesne, 8 (1974), fasc. 56, col. 1065-1109.

[13H. Schürmann. Quand l’Esprit surgit. Méditations sur l’Évangile selon saint Jean. Mulhouse, Salvator, 1973, 19 x 13, 136 p.

[14A. Gozier. Aux puits de la Bible. Partage biblique. Coll. « Ad solem ». Genève, Martingay, 1973, 18 x 14, 228 p.

[15Cf. Vie consacrée, 1972, 288.

[16W. Grossouw. L’an du Seigneur. Méditations biblico-liturgiques. Paris, Apostolat des Éditions, 1973, 19 x 12, 372 p., 30 PF.

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