Un périodique unique en langue française qui éclaire et accompagne des engagements toujours plus évangéliques dans toutes les formes de la vie consacrée.

Ce que Dieu en pense

Servais Pinckaers, o.p.

N°1969-3 Mai 1969

| P. 174-175 |

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Récite ton chapelet, dit Dieu, et ne te soucie pas de ce que raconte tel écervelé : que c’est une dévotion passée et qu’on va l’abandonner [1].

Je sais ce que c’est la piété, on ne peut m’en faire accroire ; et je te dis que le chapelet m’agrée quand il est bien récité.

Les Pater et les Ave, et les mystères de mon Fils qu’il vous faut méditer, c’est moi qui vous les ai donnés.

Cette prière-là, je te le dis, est un rayon de l’Évangile ; on ne me la changera pas.

Ce que j’aime dans le chapelet, dit Dieu, c’est qu’il est simple et qu’il est humble, comme fut mon Fils, comme fut sa Mère.

C’est que personne ne le dira pour faire le malin devant l’assemblée de mon peuple,pour faire du nouveau en croyant que tout ira mieux, pour plaire aux oreilles, à l’imagination, à la foule, sans assez songer qu’après tout, c’est à moi qu’il faut chercher à plaire et que j’ai bien quelque chose à dire quand il est question de la prière.

Depuis que j’entends réciter le chapelet, je l’ai aimé ; pourquoi, diable, aujourd’hui ne me plairait-il plus ?

Va, mon fils, dis ton chapelet de ton mieux ; il ne t’empêchera pas de suivre la sainte liturgie que j’ai donnée à mon Église, et qui est belle et qui est grande et magnifique même, et qui ne veut que ma louange.

Récite ton chapelet ; tu trouveras à tes côtés toute la compagnie rassemblée en l’Évangile : la pauvre veuve qui n’a pas fait d’études et le publicain repentant qui ne sait plus son catéchisme, la pécheresse effrayée qu’on voudrait accabler et tous les éclopés que leur foi a sauvés, et les braves bergers, comme ceux de Bethléem qui découvrirent mon Fils et sa Mère...

Ah ! celle-là, que vous appelez aussi votre mère, qui osera dire qu’elle ne l’aime plus, son rosaire ?

Récite ton chapelet, dit Dieu, et ne crains surtout pas la ritournelle. Car je vous connais bien : vous avez souvent la tête creuse et la pensée qui tourne à vide.

Mais si vous voulez que je vous accorde de moudre le bon grain de l’esprit, vous devez vous prendre en patience vous-mêmes, comme je fais.

Il faut que votre prière tourne, tourne et retourne, comme font entre vos doigts les grains du chapelet. Alors, quand je le voudrai, je vous l’assure, vous recevrez la bonne nourriture qui affermit le cœur et rassure l’âme.

Allons, dit Dieu, récitez votre chapelet et gardez l’esprit en paix.

[1Nous remercions cordialement l’auteur et la Direction de Bon-Jour (revue des prêtres du diocèse de Liège) de nous avoir aimablement autorisés à reproduire ce texte, paru dans le numéro d’octobre 1968, p. 22-23.

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