Prêtre du patriarcat œcuménique de Constantinople, ancien professeur de théologie à l’Institut orthodoxe Saint-Serge (Paris), engagé dans le dialogue œcuménique, le P. Bobrinskoy (1925-2020) était aussi recteur de la Crypte de la cathédrale Saint-André-Nevsky à Paris. Ce recueil d’homélies reprend des textes prononcés à la Crypte de la cathédrale et au Couvent des sœurs de Bussy-en-Othe. Ces 79 homélies sont comme son testament spirituel où l’Esprit Saint a une place toute particulière. Les membres de l’Église catholique peuvent rendre grâce pour la foi et la vie spirituelle d’un authentique disciple du Christ ; ils découvriront aussi l’organisation de l’Année liturgique dans le rite byzantin.
Pour toutes les Églises chrétiennes, le cœur de l’Année liturgique est la fête de Pâques et son déploiement dans le don de l’Esprit Saint à la Pentecôte. Un deuxième axe est celui de l’Incarnation du Seigneur et son ministère terrestre ; dans le rite byzantin, on parle des fêtes majeures du Seigneur, célébrées à date fixe, notamment la Nativité (25 décembre), la Théophanie (6 janvier), la Transfiguration… mais aussi diverses fêtes de la Vierge Marie, sa Nativité, son Entrée au Temple, la Dormition (15 août), etc. D’autres saints comme Séraphim de Sarov, S. Pierre et S. André, complètent cette catégorie. On y trouve aussi la Mémoire des Pères des six premiers conciles œcuméniques et du 7e concile (Nicée II, 787, anti-iconoclaste). La vie des saints est comme un « évangile en acte » à chaque période de l’histoire. Ceci dit, toute liturgie évolue et s’enrichit au cours des siècles. La liturgie byzantine, dans son état actuel, remonte pour l’essentiel au Moyen Âge, tandis que la liturgie de l’Eglise catholique de rit romain a connu son dernier remaniement dans la réforme qui a suivi le Concile Vatican II (Sac. Conc. 23 : le but étant que les « formes nouvelles se développent à partir des formes déjà existantes, selon une croissance en quelque sorte organique »).
Le rite byzantin ne connaît pas de période de l’Avent. Par contre, il est doté d’un Pré-carême (5 dimanches : de Zachée, du Publicain, du Fils prodigue, du Jugement dernier et du Pardon) et d’un Carême (5 dimanches : du Triomphe de l’Orthodoxie, de S. Grégoire Palamas, de la Sainte-Croix, de S. Jean Climaque et de Sainte Marie l’Égyptienne). La Semaine sainte culmine dans la Nuit pascale, la Semaine pascale (Octave) et les 7 dimanches (de Thomas, des Femmes myrophores, du paralytique guéri, de la Samaritaine, de l’Aveugle-né, de l’Ascension et du dernier dimanche avant la Pentecôte). Les 29 Dimanches après la Pentecôte suivent l’octave de la fête (Dimanches de tous les Saints, des Béatitudes, du Centurion, des Guérisons, etc.). Ils font mémoire des miracles et de l’enseignement de Jésus, notamment en paraboles.
La manière de faire l’homélie et les textes bibliques affectés aux dimanches et aux fêtes, en Orient et en Occident, expliquent le caractère propre de chaque prédication. L’homélie occidentale privilégie souvent l’évangile, quitte à évoquer les harmoniques évangéliques que peuvent contenir les deux autres lectures, en particulier l’Ancien Testament. Comme on peut le constater dans les homélies de B. Bobrinskoy, la prédication byzantine est plus marquée par la symbolique des textes et par la mystagogie qui est une prédication à la fois biblique et liturgique, où gestes et paroles sont signifiants, comme aussi les dogmes de l’Église et la célébration des sacrements. Les textes bibliques évoqués ne se limitent pas à ceux du jour. La liturgie byzantine fait Mémoire des Pères des conciles œcuméniques. L’Église rend grâce pour les progrès de la foi lors de ces conciles : les énoncés doctrinaux sont perçus dans leur dimension spirituelle. Avec raison, l’Orthodoxie et le Christianisme occidental estiment que la foi « orthodoxe » (« droite » ou « juste ») conditionne la réalisation du salut : dans la personne du Sauveur, la divinité et l’humanité ne peuvent être unies par une simple conjonction ou association.
Le rapport au temps diffère selon qu’il s’agit d’une liturgie orientale ou occidentale. En Orient, très souvent, l’eucharistie est dominicale, alors qu’elle peut être quotidienne dans le catholicisme occidental. Impossible en Orient d’imaginer une eucharistie sans la présence constante du chant. La « participation » à une liturgie orientale diffère donc de la « participation » à une liturgie occidentale. La spiritualité orientale est d’abord liturgique, ce qui n’est pas toujours le cas en Occident où les dévotions ont pris une grande place au cours des siècles.
Il ne s’agit pas d’apprécier une liturgie au détriment de l’autre, ni d’accentuer exagérément les différences et les contrastes. La lecture des homélies de B. Bobrinskoy comporte un dépaysement salutaire pour les Occidentaux que nous sommes. Elle pourrait même nous inspirer d’adopter une prédication plus mystagogique en lien avec les événements du salut et la célébration des sacrements.
Éditions du Cerf, Paris, juin 2024
392 pages · 29,00 EUR
Dimensions : 14 x 25 cm
ISBN : 9782204160544