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Tu verras éclater le printemps

Lettres de Tibhirine

Frère Luc

Ces Lettres de Tibhirine sont celles que, pendant trente ans, frère Luc, le moine médecin campé de façon inoubliable par M. Lonsdale dans Des hommes et des dieux, a envoyées à son ami le Dr Georges Guillemin. Tous deux s’étaient connus pendant leurs études de médecine, et l’un comme professeur de clinique chirurgicale à la Faculté de Lyon, l’autre comme unique praticien dans son modeste dispensaire à l’ombre du monastère, ont développé une amitié fraternelle jamais démentie. Trente années de correspondance, malheureusement à sens unique car frère Luc ne conservait pas les lettres qu’on lui envoyait. Trente années pendant lesquelles il se montre proche de son ami, attentif à sa vie familiale, et proche surtout des malades et des pauvres qui se pressent à la porte de son dispensaire, jusqu’à communier à leur souffrance et tenter d’y remédier en quêteur inlassable d’argent et de prière. Pour les malades notre cœur a trop battu, avoue-t-il à son ami, lorsque des problèmes de santé viennent aussi le tourmenter (p. 67). Car, si on retrouve en ces lettres toujours brèves, le regard aigu du clinicien porté sur la vie politique et économique de l’Algérie – d’ailleurs peu évoquée, même lors des périodes les plus critiques –, on découvre aussi un frère au tempérament pessimiste, absorbé par la pensée de la mort qu’il côtoie en ses malades et qu’il sent en lui de plus en plus proche alors que l’âge et la maladie le réduisent à être un vieux mur qui croule. Tendance contrebalancée par sa fidélité – au dispensaire pour ses malades et à la cuisine pour ses frères – et par sa foi qu’il affirme de plus en plus fortement : J’accomplis ma tâche, en attendant le jour, l’heure, de fermer les yeux pour entrer dans la maison de Dieu, dont la porte s’ouvre toujours pour qui frappe, sans crainte d’être importun (p. 146). Jusqu’à cette phrase décisive dans sa dernière lettre envoyée juste avant l’enlèvement : Nous ne pouvons exister comme homme qu’en acceptant de nous faire image de l’Amour, tel qu’il est manifesté dans le Christ, qui juste a voulu subir le Sort de l’injuste (p. 155). C’est cette foi indéracinable qui permet à l’espérance d’affleurer : Devant nous, il y a le Christ portant sa Croix, et au bout du chemin brille la lumière pascale et la résurrection (p. 129). Et qui permet même, comme l’indique le titre, à la joie d’exister. Il faut rendre grâce à l’insistance de Mgr Teissier et au travail des familles des deux correspondants qui ont offert au lecteur ces lettres si intimes dans leur sobriété et si universelles.

Éditions du Cerf, Paris, novembre 2021

208 pages · 20,00 €

Dimensions : 14 x 21,5 cm

ISBN : 9782204146807

9782204146807

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