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dans toutes les formes de la vie consacrée

Nicée

1700 ans d’histoire

Claire Reggio

Cet ouvrage vient bien à son heure. Il met en évidence le rôle fondateur du Concile dont nous fêtons l’anniversaire, en s’intéressant à son contexte et à sa réception ultérieure, toujours reprise dans nos liturgies dominicales.

Dès les IIe-IIIe siècles, l’Église a connu des divisions au plan de la foi et de la vie pratique. Des conciles, notamment en Gaule et en Afrique du Nord, ont été convoqués dans le but de retrouver l’unité et la paix. Ces premiers conciles étaient soit régionaux, soit provinciaux. Il n’en va pas de même pour le concile de Nicée, convoqué en 325 par l’empereur Constantin. Reconnu comme le premier concile « œcuménique » ou universel de l’histoire, ce concile concernait toute l’Église de ce temps. L’empereur était en charge des deux parties orientale et occidentale de l’Empire. Converti au catholicisme, il avait fait cesser les persécutions et se sentait responsable pour sa part de l’unité de l’Église.

Pourquoi un concile d’une telle importance ? En raison notamment des troubles causés par la doctrine d’Arius, prêtre d’Alexandrie, qui professait un monothéisme radical et mettait en question la divinité du Fils de Dieu. Alexandrie était une capitale économique et culturelle de premier plan qui comptait une importante population juive ainsi que des philosophes de langue grecque, influencés par le platonisme. Pour Arius, Jésus n’est pas l’égal de Dieu, mais la première créature du Père. Les évêques du concile prirent un long temps d’échanges et de discernement avant d’arriver à un consensus. Ils se mirent d’accord pour emprunter la langue des philosophes afin de rendre compte de la difficile question de la divinité du Fils de Dieu. Celui-ci est homoousios tô patri, c’est-à-dire « consubstantiel » au Père, de la même « substance » divine que Lui, bien que distinct de Lui. Les Pères ont estimé que ce terme de la philosophie grecque pouvait rendre compte des affirmations du Nouveau Testament concernant le Christ. La préexistence et la divinité du Fils sont donc le socle de la foi chrétienne qui éclaire le sens de l’Incarnation et le rôle de sauveur universel du Fils unique de Dieu.

Le symbole de Nicée (325), complété à Constantinople (381), a sa place dans les liturgies chrétiennes. Lorsqu’à l’eucharistie, nous chantons ou récitons le Credo, « symbole » de foi, nous expérimentons son rôle de « rassembleur » : chacun se joint à cette confession de foi commune et est soutenu par la profession de foi de ses frères et sœurs qui fait grandir la paix et l’unité de l’Église, vécues comme don de Dieu. Cette profession commune est aussi source de fécondité missionnaire : « Père, que tous soient un, comme toi tu es en moi et moi en toi. Qu’eux aussi soient un en nous, afin que le monde croie que tu m’as envoyé » (Jn 17,21).

Dans un récent colloque (Paris, 20-21 mars 2025), le P. Fédou, s.j., a évoqué quelques difficultés des théologiens contemporains concernant ce langage de Nicée : il serait notamment responsable de l’hellénisation de l’Église. Aujourd’hui, on considère différemment cette question (Grillmeier). Si le mot consubstantiel n’est pas biblique, il a toutefois permis de rendre compte des données bibliques fondamentales et permis l’inculturation de la foi en monde grec. Cette inculturation est aujourd’hui plus que jamais à l’ordre du jour et peut justifier l’élaboration de théologies contextuelles.

Éditions du Cerf, Paris, mars 2025

176 pages · 20,00 EUR

Dimensions : 13,5 x 21 cm

ISBN : 9782204167994

9782204167994