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dans toutes les formes de la vie consacrée

Jésus-Christ dans l’histoire humaine et le mystère de Dieu

Essai de christologie

Michel Fédou

On ne présente plus le P. Michel Fédou, lauréat du prix Ratzinger en 2022 et du prix cardinal Grente en 2023, pour l’ensemble de son œuvre théologique. L’ouvrage qu’il propose ici fait tout à fait honneur à son auteur. Plus qu’un essai, c’est une véritable somme de christologie qui nous est offerte. Une christologie résolument retrempée dans son biotope d’origine : le Nouveau Testament et particulièrement les récits évangéliques. On ne perd pas un instant de lecture puisque dès l’introduction, c’est un panorama des études sur le Christ aux XXe/XXIe siècles qui ouvre le parcours.

La suite se divise en trois parties. La première est consacrée à une relecture des quatre évangiles, où c’est d’abord le récit marcien qui est largement approfondi, tandis que les trois autres le seront dans la mesure où ils apportent encore d’autres éclairages et abordent d’autres aspects du témoignage de Jésus. Cette partie très dense témoigne de la large information de l’auteur sur les acquis et les enjeux de l’exégèse contemporaine en matière de christologie. Et si c’est bien à une lecture critique que procède M. Fédou, il ne tombe jamais dans les excès d’une technicité ennuyeuse. La deuxième partie reprend les données néo-testamentaires en les croisant avec les acquis principaux des études sur le « Jésus de l’histoire ». Cette partie de l’ouvrage part de la révélation pré-pascale dans les paroles et actes de Jésus pour ensuite se concentrer sur les jours de la Passion puis sur la Résurrection du Christ. Elle s’achève par le très intéressant chapitre intitulé : « De Pâques à l’origine », où le lecteur est reconduit vers l’Incarnation et la pré-existence à partir de l’événement pascal. On retrouve-là le mouvement de la christologie ascendante. C’est celui de la christologie descendante qui est ensuite abordé dans la troisième partie de l’ouvrage, mais pas uniquement, puisque l’auteur consacre le dernier chapitre à la période qui va « de l’Ascension à la fin des temps ». On lui saura d’ailleurs gré de n’avoir pas laissé de côté cette réflexion, souvent absente des traités classiques de christologie. Son but, dans ce huitième et dernier chapitre, est de « repartir de l’Ascension, mais pour considérer désormais l’histoire qui a suivi et qui se prolongera jusqu’à la fin des temps ». Il invite à réfléchir alors « sur la manière dont le Ressuscité est présent à cette histoire, sur la manière dont il est selon les cas rejeté ou accueilli, et sur l’espérance de sa dernière venue ou « Parousie » » (p. 454).

La conclusion reprend fort utilement l’ensemble du chemin parcouru, et est suivie d’une ample bibliographie classée par thèmes et périodes.

L’unité est un trait caractéristique de la christologie ici proposée. En effet, plutôt que de choisir entre des aspects qui ont parfois été opposés dans l’histoire de la recherche (le Jésus de l’histoire et le Christ de la foi ; la christologie ascendante et descendante ; l’unicité du Christ et l’universalité du Salut), M. Fédou choisit de les maintenir ensemble. Par exemple, le Jésus de l’histoire et le Christ de la foi sont reliés par la médiation, si j’ose dire, du « Christ remémoré ». Cette « méthode », mise en évidence en son temps par M. Khäler puis par J.D.G. Dunn (2003) et développée plus récemment par E. Durand (2018), est ainsi décrite par ce dernier : « Une figure historique n’est connaissable, en première instance, que par son influence plus ou moins vive sur ses contemporains et sur les générations suivantes. Un tel impact est la condition sans laquelle le travail des historiens n’aurait pas de matériaux signifiants ni d’intérêt vital. La figure historique de Jésus est transmise par ses disciples à travers la perception qu’ils ont développée à son endroit. Il est presque impossible et il n’est pas nécessaire de séparer la figure et son impact, les deux formant ensemble l’événement » (E. Durand, cité p. 238).

Dans une christologie qui rappelle à l’envi que, par l’Incarnation, c’est dans l’humain que se révèle le divin, on ne sera pas étonné de constater que l’universalité du salut offert en Jésus-Christ respecte, elle aussi, les cheminements de l’humain. « S’il est vrai que la communauté chrétienne ne peut pas renoncer à tenir la portée universelle de l’événement Jésus Christ, elle doit aussi se rappeler l’infinie discrétion du Verbe devenu chair, sa volonté constante de ne pas se mettre en avant mais de renvoyer au règne de Dieu ou de se rapporter à son Père, son humilité radicale qui le porte à assumer jusqu’au bout sa condition humaine (…) son désir de ne pas imposer la vérité dont il est porteur. (…) Le Christ, aujourd’hui comme hier, respecte entièrement cette humanité pour laquelle il s’est offert « une fois pour toutes ». (…) Il se tient à proximité et il frappe » (p. 590-591).

Il ne fait aucun doute que cet ouvrage fera le bonheur de tous ceux – professeurs, étudiants ou prédicateurs – qui s’intéressent à la figure du Christ.

Collection Cogitatio Fidei

Éditions du Cerf, Paris, mars 2024

616 pages · 35,00 EUR

Dimensions : 13,5 x 21 cm

ISBN : 9782204162562

9782204162562

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