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La Pâque de la culture

Une lecture de la « Cité de Dieu » de saint Augustin

Matthieu Bernard

Le titre de l’ouvrage ne laisse pas de surprendre. D’une part, le rapprochement des deux mots du titre n’est pas une évidence. De l’autre, le maître-ouvrage d’Augustin ne se présente pas à première vue comme un outil de discernement de la culture. Pourtant, le sérieux de Matthieu Bernard nous invite à une lecture patiente et attentive.

Pour lui, le sacrifice du Christ sert de fil rouge à la réflexion d’Augustin. L’incapacité du culte païen à procurer vertu ou prospérité constitue le constat de base. De là, l’évêque d’Hippone adopte une posture que l’A. qualifie de prophétique, invitant à se détourner du culte mensonger pour se tourner vers l’authentique culte chrétien. Contrairement à ce que l’on peut croire, il ne s’agit pas pour Augustin d’opposer, tels deux blocs, les deux cités, mais de proposer un chemin de discernement qui s’opère à partir du sacrifice du Christ et de sa fécondité.

Tout le travail de l’A. consiste à mettre en valeur l’itinéraire de discernement proposé par Augustin, à partir de la capacité qu’il assigne au véritable culte chrétien – celui du Christ total qu’est l’Église – d’opérer une assomption et une transformation de la culture. Et il ne s’agit pas d’une absorption, mais bien d’un passage, d’une pâque, d’un processus de transformation et de passage de la mort à la vie qui sait reconnaître ce qu’une culture humaine contient d’authentique et lui ouvrir le chemin vers le Christ pour qu’elle puisse donner le meilleur d’elle-même. Ainsi, pour l’A., l’Eucharistie se présente comme le sacrement de cette pâque de la culture.

L’ouvrage ne veut pas fournir des certitudes, mais présenter des critères de discernement extraits d’une lecture proprement jésuite de la Cité de Dieu. Occasion unique de rendre hommage non seulement à la méthodologie, mais à la sagesse des enseignants de l’I.É.T. de Bruxelles [1].

Alors qu’une culture que certains qualifieraient de néo-païenne se lève en ce début de XXIe siècle, Augustin – relu par Matthieu Bernard – peut s’avérer un auxiliaire précieux non seulement d’une théologie lucide et compréhensive de la culture, mais aussi de l’évangélisation de notre monde.

[1NDLR : L’Institut d’Études Théologiques de Bruxelles, faculté jésuite de théologie, a fermé ses portes en 2019.

Collection Essais du Collège des Bernardins

Parole et Silence, Paris, août 2020

280 pages · 22,00 EUR

Dimensions : 15,2 x 23,5 cm

ISBN : 9782889591756

9782889591756

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